‹ Espagne poetiqueChapitre 90 sur 112 · A LA MER · texte numérisé non relu

A LA MER

Apaise le courroux de tes flots mugissans, Océan immortel : que , d’une voix amie ,

Tu répondes à mes accens.

Apaise-toi : souris à mes yeux , et consens Qu’ils errent en repos sur ta plaine endormie.

Ce vaste phénomène a tenté mes pinceaux : Fatigué de m’en faire un tableau fantastique ,

Des rives du Xaraine à l’Occident betique ,

Je viens te contempler , dieu superbe des eaux,

Le désir d’admirer exaltait ma pensée :

Par-delà l’horizon , qui long-temps la borna , Tantôt elle s’est élancée Aux sommets où fume l’Etna

quintana.

Je íegardais , ravi, jaillir de ses entrailles

Et la trombe enflammée et les noirs tourbillons.

Ses longs torrens de lave inonder les sillons ,

Et des Trinacriens s’ébranler les murailles.

Je frémissais moi-même à son foudre grondant. Tantôt je franchissais les sables du Numide .

Pour demander au Nil l’immense pyramide;

Mais , Océan sacré , mon vœu le plus ardent Me portait vers l’espace où sévit le trident.

M y voici. De ce roc que tu blanchis d’écume Je plane enfin sur toi. L’astre qui, le matin,

Au sein de tes flots se rallume.

En va dorer l’azur à son couchant lointain.

Mais toi-même, où finit ta course?...

Sur les ailes des vents mon esprit emporté Te voit sous l’Équateur, t’a laissé près de l’Ourse, Te suit à l’autre pôle, et recule, arrêté,

Devant l’immensité.

* ier Océan , ceinture et rempart de la terre Est-il dans tes destins de lui porter la guerre ?

Le mouvement sans fin, sans repos, sans objet.

Me confond. Je voyais, sur la plaine dorée,

■S’agiter les épis , que Zéphyre obligeait A courber leur tête effleurée :

QUINTANA.

J’ai vu d’un sable épais les cônes tournoyans ,

Et les pins superbes , ployans Sous l’âpre souffle de Borée.

Mais comment deviner ces bouillons, cet essor ,

Cette vague , pleine de vie ,

Qui vient, frappe, revient, frappe et revient encor , Sans jamais se lasser, de mille autres suivie?

Pourquoi contre tes bords des efforts redoublés ?

Ils te cèdent : et toi , devenu plus farouche ,

Tu rugis , te roulant! Tu les bats accablés.

Coup sur coup ! C’est en vain que t’implore ma bouche : Ces rocs n’ont plus d’abris. Les autans furibonds Accourent te souffler leurs rages effrénées :

Bivaux des froides Pyrénées ,

Tes flots touchent la nue en leurs sauvages bonds. Est-il venu le jour, qu’au fracas du tonnerre ,

Tu veux t’avancer sur la terre ,

Et, vainqueur , engloutir et les champs et les monts?

Eh ! n’as-tu pas du monde effacé l’Atlantide?

Les Zones se tenaient : entre elles s’appuyant,

L’une de l’autre, hélas! elles étaient l’égide....

Tu fondis sur la terre : elle , au choc foudroyant ,

A tremblé : son axe chancelle :

Le sol croule. Les flots hurlant heurtent les flots.

QUINTANA.

Le sein déchiré de Cybèle Gémit. Sur des débris, plane au loin le Chaos.

Où donc est-elle , ô Mer ! cette contrée antique ,

Qui rattachait l’Atlas aux champs de l’Amérique ? Lile est dans nos récits : souvenir alarmant ,

De tes sourdes fureurs éternel monument.

Et l’homme à les braver instruisit son audace!

Voilà que sous sa hache , et Je cèdre et le pin Tombent, sont façonnés. Combien, flottante masse l\e frémissent-ils pas de leur nouveau destin,

Alors que, déployant la toile vagabonde.

Ils s’en vont sillonner les campagnes de fonde!

Adieu , rive paisible , adieu, foyers si doux :

De la poupe orgueilleuse , au vent qui le seconde , L’homme imprudent sourit en s’éloignant de vous.

Il se livre à ces flots perfides :

Lnvain pour sa carrière ils refusent des guides ;

Lui les demande dans les cieux Aux éternels flambeaux du pôle radieux.

Est-il , depuis ce jour, un terme à ses conquêtes ? Sentinelle des bords que l’Aurore embauma ,

^ importe qu ait tonné le géant des tempêtes : fl est surpris, vaincu, désarmé par Gama.

L heureux navigateur , courbant de molles ondes r

QUINTANA. 411

Mon ti e à ses Lusitams les temples de Brama.

Colomb, lui dont la vie eut besoin de deux mondes, Foule enfin l'hémisphère à lui seul révélé;

Et trois fois l’Arcture gelé,

Tyran des plages infécondes,

F orce dans le rempart de ses glaces profondes ,

A 1 intrépide Cook se livre dévoilé.

Gloire à leurs noms ! gloire immortelle ! Donnez et la rose nouvelle ,

Et l’impérissable laurier ,

Sur leurs fronts genereux je les veux marier.

Eh I ne voyez-vous pas Cybèle rajeunie ,

Biche par eux d’attraits Bouveaux ?

Voyez, grâce au bienfait de leurs hardis travaux,

E Aurore à l’Occident , l’Ourse à l’Auster unie.

De quoi t’aura servi de scinder l’univers?

Fier Océan , cède au génie :

L’homme est aussi le roi des mers.

QUINTANA.

A LA EXPÉDICION ESPAÑOLA

PARA PROPAGAR LA VACCINA EN AMERICA BAJO LA DIRECCION DE D. FRANCISCO B AI, MI S.

¡Virgen del mundo , America inocente i Tú, que el preciado seno Al cielo ostentas de abundancia lleno Y de apacible juventud la frente ;

Tú , que á fuer de mas tierna y mas hermosa, Entre las zonas de la madre Tierra ,

Debiste ser del Hado ,

Ya contra tí tan inclemente y fiero ,

Delicia dulce y el amor primero ;

Oyeme : si hubo vez en que mis ojos Los fastos de tu historia recorriendo No se hinchesen de lágrimas ; si pudo Mi corazón sin compasión , sin ira ,

Tus lástimas oir , ¡ ah ! que negado Eternamente á la virtud me vea ,

Y bárbaro y malvado Cual los que asi te destrozaron , sea

ÎU

QUINTANA.

Con sangre están escritos Cu el eterno libro de la vida

Esos dolientes gritos Que tu labio afligido al cielo envia Claman alli contra la patria mia ,

Y vedan ^lampar gloria y ventura En el campo fatal donde hay delitos.

¿ Nos cesarán ja™s ? ¿ no son bastantes Tres siglos infelices

De amarga expiación ? Ya en estos dias No somos , no , los que á la faz del mundo Las alas de la audacia se vistieron ,

V por el ponto Atlántico volaron ;

Aquellos que al silencio en que yacias Sangrienta, encadenada te arrancaron.

« Los mismos ya no sois : ¿ pero mi llanto Por eso lia de cesar ? Yo olvidaría El rigor de mis duros vencedores :

Su atroz codicia, su inclemente saña’

Crimen fueron del tiempo , y no de España. ¿ Mas cuando ; ay Dios ! los dolorosos males

Podre olvidar que aún mísera me ahogan ¡

Y Cntle ellos . Ah •' venid á contemplarme

Si el horror no os ¡o veda , emponzoñada

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