‹ Espagne poetiqueChapitre 98 sur 112 · AU COMBAT BE TRAFALGAR · texte numérisé non relu

AU COMBAT BE TRAFALGAR

ODE

L’orgueil se plaît sans doute à chanter la victoire; Apprenez , toutefois , qu’arbitre de la gloire ,

Le dieu puissant des vers ,

A la vertu trahie offrant sa récompense ,

Au-dessus des succès que le hasard dispense Proclame les revers.

La Mémoire retient aux parvis de son temple Ceux , ô Léonidas ! qui suivirent l’exemple ,

Donné par ton grand cœur :

Les héros ont reçu dans leur noble Elysée Ceux qui, cendres aussi de Numance embrasée, Trompèrent le vainqueur.

Là brille l’héroïsme où Bellone obstinée Fait lutter la constance avec la destinée:

C’est là notre vertu.

Rappelle à tes pensers les fastes des deux mondes ; Clio , tourne les yeux sur l’empire des ondes ,

Où la retrouves-tu ?

Uí

Des forets de Fingal autrefois pompe altière , C’est des terres d’Atlas que touchent la frontière Cent funestes vaisseaux.

Ali ! lances par la .main d un démon homicide , Ils vont ensanglanter les colonnes qu’Alcide

Eleva sur les eaux.

Albion porte envie à la ville fameuse ,

Autie reine des mers , qui de l’onde ècumeuse Comprime les eiforts :

A la riche cité que Bellone préfère.

Que parent les tributs du lointain hémisphère,

A l’ombre de ses forts.

Combien te sied le mal, Angleterre inféconde. Amante des vapeurs, jetée où l’œil du monde Te regarde si peu !

Champs où la brume arrose une oiseuse verdure ; Où Flore est sans gaite , l’Automne sans parure , L’Amour sans traits de feu !

La flotte du superbe , ivre de sa fortune ,

Insulte à nos remparts de sa montre importune, De ses jeux méprisans ;

Et vous le souffrirez ! Non : que l’onde soumise Vous voie encor punir 1 orgueil de la Tamise, Elèves des Bazans.

ARRIAZA.

Tels que , s’entre-heurtant au-dessus de nos têtes, Deux nuages épais confondent les tempêtes Qui bouillonnent en eux :

La Nature a frémi du grand choc attérée.

Tandis que se croisaient de la flamme étherée Les rayons fulmineux :

Tels , aux rangs opposés , le démon de la guerre Rapproche et va mêler du terrestre tonnerre Les noirs embrasemens ;

D’un vaisseau contre l’autre il presse le naufrage ,

Et, dans un seul combat , livre l’homme à la rage

De tous les élémens.

Parmi les ais brisés et les cendres brûlantes ,

Les débris meurtriers et les masses croulantes , L’angoisse et le trépas ,

A la triste lueur dont l’Océan s’éclaire,

Yaillans chefs espagnols , en quel lieu l’insulaire Ne vous voyait il pas ?

La fierté de vos fronts vous faisait reconnaître , Quoique teints des vapeurs du foudroyant salpêtre , Ou d’un sang précieux :

Tel, des fils de la terre épouvantant l’armée, Resplendissait , au sein de la nue enflammée ,

Le visage des dieux.

Page 1