‹ Espagne: souvenirs et impressions de voyageChapitre 13 sur 23 · Voir page · texte numérisé non relu

Voir page

ce que peut être le climat du plateau de la Castille.

De la Canada nous allons redescendre jusqu'au golfe de Gascogne, en suivant cependant un profil très dentelé, si on peut s'exprimer ainsi.

Nous traversons quelque tunnels encore, et d'immenses viaducs pour arriver enfin à la station d'Avila, qui esta onze cent trente-deux mètres d'altitude.

Il fait froid dans ce pays entouré de montagnes boisées ; les environs sont très beaux, dit-on, mais les moyens de les explorer sont nuls. Les maisons, en granit noir, ne sont pas gaies, mais ce que l'on vient voir à Avila ce sont ses murailles percées de neuf portes, qui furent considérées comme les plus remarquables et les plus belles du moyen âge.

La Cathédrale, engranitégalement, datait des rois goths et fut réédifîée en H 07 parle roi Alphonse VII . Elle est crénelée et servait d'église et d'alcazar^car on pouvait s'y retrancher et s'y défendre. C'est à Avila que naquit sainte Thérèse. Un couvent de carmélites avait été élevé sur l'emplacement de la maison de la grande sainte : on l'a sécularisé, comme on dit dans le style élégant des crocheteurs modernes, mais la chapelle du couvent est encore consacrée

au culte. On voit au-dessus de la porte, le buste de sainte Thérèse, qui prit le voile dans le couvent voisin de Tlncarnation. L'église de Saint-Thomas, construite en 1432 par les Rois Catholiques et oîi repose leur fils, llnfant Don Juan, mérite également une visite.

La vapeur nous emporte tranquillement à travers les campagnes désolées qui précédent Mirigorria^ vieille colonie basque. Les taureaux sauvages abondent au milieu de ces blocs immenses qui rappellent les environs de TEscorial ; ils appartiennent au marquis de Miraflores et passent pour les plus féroces de TËspagne,

Arevaloj dont J 'aspect désolé attire à peine le regard, était autrefois une résidence royale. Aux temps jadis, le Palais que Ton xetrouve vaguement au milieu de ses ruines, était habité par les Rois Catholiques, Ferdinand et Isabelle : l'empereur Charles-Quint,Philippe II son fils, les rois d'Espagne Philippe III, Philippe IV et Charles II y tinrent souvent leur cour.

Ce n'estplus aujourd'hui qu'un entrepôt de grains, l'un des grands marchés pour les blés de Castille, le centre de la production des pois cbiches, ce condiment obligé du pot-au-feu espagnoL

La rivière Âdaja, affluent du Duero, traverse ce territoire et ces plaines fertiles dont la richesse agricole est aussi grande que la vue en est triste. C'est dans cette rivière, aux eaux limpides et glaciales^ queTon pêcheun poisson, le seul peut-être au monde qui puisse se manger frais après plusieurs mois de conservation. Ce poisson, la Pescadilla de Arevaloy dont les dimensions varient entre celles d'un gros anchois et d'une petite sardine, n'a besoin d'être ni salé ni fumé pour se garder longtemps. En le retirant du filet, on l'entasse dans un grenier quelconque où il se dessèche aussitôt. Lorsqu'on veut en faire usage pour l'alimentation, il suffit de l'immerger pendant quelques heures dans un récipient rempli d^eau douce et il reprend sa fraîcheur première pour être mis à la poêle comme s'il venait d'être péché.

Il faut s'sLTrèteThMedinadel Campa, où l'on quitte la ligne du Nord pour prendre la nouvelle route de Salamanque, la plus directe de Paris àLisbonnepar Coïmbre, s'il y avait coïncidence dans les trains et sïl y avait des express pour se rendre en Portugal sans passer par Madrid, ce qui est plus long mais ce qui fait les affaires de la compagnie du Nord de l'Espagne qui a de gros actionnaires en Portugal..

Médina est un embranchement important, car c'est encore de là que Ton part pour Zamora et, dans la direction opposée, pour Ségovie, mais il est probable que le train de Paris n'y passera plus, lorsque le chemin en projet, deBurgos à Madrid par Arandaet Segovie, viendra se raccorder à la grande ligne actuelle, à Villalba, au sud de l'Escorial, évitant ainsi la double rampe que nous venons de parcourir, la neige de ces altitudes extrêmes et un bon nombre de kilomètres. Seulement, quand cette ligne sera-t-elle ouverte ? En Espagne, on a de grandes idées, on entreprend beaucoup de choses, on en commence beaucoup même, mais on les voit rarement terminées. Voyez plutôt une carte des chemins de fer espagnols, elle est noire de pointillés: ce pays sera plus et mieux sillonné que la Belgique ou l'Angleterre lorsqu'à ces poîntillages auront succédé des lignes noires; mais quand ? Ceci est le secret des Dieux, de Plutus en particulier dont les financiers étrangers sont généralement les prophètes.

Mais voici le fameux «iS^nor^5 al trén)> qui retentit et il faut prendre sa place pour faire les 77 kilomètres de route très insignifiante qui nous séparent de Salamanque, aussi muy noble et muy leal que

coup d'auires villes d'Espagne, mais que ses richesses monumentales ont encore fait surnommer la Petite Rome et qui doit à son université célèbre, ce dernier surnom de Mère des vertus^ des sciences et des arts .

Romaine ou Carthaginoise, Torigine de Salamanque est fort ancienne. Alphonse le Grand la conquit sur les Arabes, le calife Modhafer la rasa, Alphonse VII commença sa restauration et les Rois Catholiques l'enrichirent. Ses monuments, généralement construits en granit rose, font Teffetabsolument contraire à ceux d'Avila ou de l'Escorial ; ils sont bien conservés et d'une grande pureté architecturale. Les murailles qui entourent encore la ville sont également percées de neuf portes ; celle de San Pablo est ornée de belles statues, mais le pont qui donne sur la porte delRio est à coup sûr une des antiquités les plus curieuses de Salamanque ; il a quatre cents mètres de long et il a été réédifié sous Trajan, puis sous Adrien.

Les plus grandes familles du royaume avaient des palais dans cette ville illustre et il faut voir surtout la Casa de las Couchas avec ses coquilles sculptées un peu partout et son riche patio, h^^ rues sont curieuses à parcourir etla Plaza ilfayor, vaste carré

entouré de portiques, est renommée par toute TEspagne.

Le souvenir du Diable boiteux^ le fameux roman de G il Blas de Santiliane, vous poursuit dans cette ville, avec le Bachelier deSalamanque et les farces épicées du temps où tous les Gaulois n'étaient pas en France ! Franchissons vite le seuil de la cathé-^ drale, style gothique moderne, dont le portail est superbe. La tour qui le domine a été élevée sur le plan d'un architecte que Ton classerait peut-être aujourd'hui parmi les Incohérents ; il s^appelait Churriguera et a donné son nom à une école espagnole qui s'appelle Churrigueresque. Il est difficile de le juger sur la tour en question, car lors du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, Tadministration de la ville, redoutant la chute de la tour, la fit envelopper d'une forte muraille en maçonnerie! Quand j'ai entendu raconter cette singulière histoire, j'ai rêvé de Pont-à-Mousson, de Brive-la- Gaillarde,de Pézenas ! ... Singulière municipalité! Mais pour faire partie de l'administration, on n'est pas obligé, parait-il, d'avoir pris ses grades à l'université de Salamanque. Rentrons dans l'église dont les proportions intérieures sont remarquables et l'ornementation très riche.

Voyez encore le Colegio Viejo avec son beau cloître et sa très intéressante collection de miniatures chinoises; et le couvent de 5«n/oZ)ommyo qui y contre l'usage universel, n'a pas de coro ; puis nous visiterons enfin ce qui attire tout le monde à Salamanque, la fameuse Université qui compta jusqu'à dix mille étudiants et qui était au second rang des quatre grandes universités d'Europe : Paris, Salamanque, Oxford et Bologne. Au xn** siècle ou professait déjà dans la vieille cathédrale, située non loin de celle d'où nous sortons, et on y accourait de l'Europe entière. Les professeurs furent presque tous des hommes remarquables ; théologie, philosophie, médecine, littérature, musique, langues^ chimie, physique, droit : l'enseignement de l'Université comprenait tout ce qui s'apprend,mais il est bien déchu aujourd'hui de ce qu'il était autrefois.

A Avila nous avons vu le lieu oii naquit sainte Thérèse et le couvent où elle prit le voile. A Se ville on nous avait montré son manteau : à Salamanque il faut prendre une voiture et se faire conduire à Alba de formés pour voirie tombeau de la sainte; c'est à vingt-cinq kilomètres, mais la splendeur de la chapelle vaut bien la course, très intéressante du reste.

II faut ensuite revenir à Médina del Campo d'où Ton peut reprendre le train pour Zamora. Nous traversons d'abord les vignobles de Nava del Rey qui produisent un vin que Ton compare au Jerez ; puis, après la Venta de Palias, Timmense forêt de chênes verts appartenant à la marquise de la Espeja^ comme celle que nous rencontrons après Castro Nuûo. Nous sommes sur les bords du Duero, sur la rive gauche duquel nous trouvons la petite ville de Toro qui joua jadis un certain rôle dans l'histoire et qui, à plusieurs reprises, fut la résidence des rois. Le nom de D. Pedro le Cruel y a souvent retenti : les Cortès de Castille s'y réunirent parfois. La ville offre peu d'intérêt aujourd'hui.

Zamora est une très vieille ville, la clé du royaume de Léon; elle fut prise et reprise par les Maures et par les Castillans. Alphonse le Catholique s'en rendit maître en 748 et Abd-el-Rhaman s'en empara de nouveau en 813. Reconquise par les chrétiens, elle résista à Mondhir en 878. Le khalife de Cordoue l'attaqua en 939 et ne put y entrer qu'en laissant quarante mille des siens couchés sur le champ de bataille de Simancas. Zamora était appelée « la Bien-Murée », et les chroniques du

Cid Campeador en parlent à propos de la mort du roi Don Sanche. On reconnaît encore la trace des murailles et une citadelle, dans Tenceinte de laquelle se trouvent la Cathédrale et le Palais épiscopal ; tout à côté, les ruines d'une maison qu'habita le Cid. La Cathédrale est très simple et d'un style roman très pur : elle fut fondée par un évêque originaire du Périgord et ressemble à nos vieilles églises françaises.

C'est encore de Médina del Campo que nous nous embarquons pour Ségovie qui prétend remonter à Hercule et qui fut, dans tous les cas, une ville importante pendant la domination romaine. Capitale, sous les Maures, elle fut encore la résidence des rois chrétiens, et c'est à Ségovie qu'Alphonse le Sage composa ses fameuses Tables astronomiques. L'aqueduc, œuvre des Romains et dont on fait remonter la construction à Trajan, est un merveilleux assemblage de pierres sèches, sans ciment. Cette œuvre grandiose avec ses cent dix-neuf arceaux si ingénieusement superposés et parfois, d'une hauteur prodigieuse, constitue un des plus beaux monuments d'une époque fertile cependant en chefs-d'œuvre de ce genre. La ville, entourée de murailles crénelées, en bon état et flanquées

i7.4 ESPAGNE

de quatre-vingt-trois tours, est bâtie sur le haut d'un rocher, à neuf cent vingt-quatre mètres au-dessus du niveau de la mer.

UAlcazar, jadis si célèbre, fut détruit par un incendie en 1862. Don Alphonse VI — le roi du Cid —

qui, chassé de ses Etats par son frère Don Sanche le Fort, s'était réfugié chez les Maures, avait étudié la construction de TAkazar de Tolède et, rentré en Cas tille, il fit élever cette série de tours crénelées au milieu desquelles s'élevait le donjon qui servit longtemps de prison d'État. L'intérieur en était admirablement décoré et, dans le salon des Rois, il y avait cinquante-deux statues des anciens souverains d^Oviédo, de Léon et de Castille, depuis le roi Pélgige jusqu'à la reine Jeanne, morte en 1535 et après laquelle commença la dynastie autrichienne. Quelle fatalité poursuit tous les alcazars, gigantesques constructions qui semblent devoir défier les injures du temps et que l'incendie vient dévorer comme s'ils étaient de mauvaises maisons modernes !

La Cathédrale est un des plus beaux monuments de ce genre que l'on puisse voir en Espagne. C'est vraiment un cliché que cette phrase que l'on retrouve^ sans cesse au bout de sa plume, maipj

£SPA67f£ 275

comment faire cependant pour en changer lorsque l'admiration est toujours la même ? Jugez-en : cent treize mètres de long, cinquante-six de large ; trente-trois mètres de haut à la grande voûte, avec une coupole qui s'élève à soixante mètres. Le gothique domine presque partout et les marbres variés abondent dans la décoration intérieure. Toutes les chapelles — et elles sont nombreuses — renferment des œuvres d'art, à commencer par la Piedad de Juni, peintre né à Valladolid et qui vivait dans la seconde moitié du xvi® siècle. Ce tableau vaudrait à lui seul le voyage deSégovie. Les clottres sont également remarquables et, dans la ville, on peut visiter de très vieilles maisons, fort curieuses.En dehors, la Fer« Crwz est une ancienne église gothique qui appartenait à l'ordre des Templiers et qui est bâtie sur le modèle du temple de Jérusalem.

Nous voici revenu pour la dernière fois à Médina, et en route pour Valladolid, où il faut s'arrêter également avant de fermer le livre sur Burgos^ car la résidence actuelle du Capitaine Général de la Vieille-Castille fut, comme je l'ai dit déjà, la capitale de l'Espagne jusqu'à Philippe IL Un grand nombre d'événements célèbres dans l'histoire, se

sont donc passés dans les murs de cette ville.

Le P«/ae5 /?oya/ n' offre r i en de remarqnab I e , mais , tout à côté, visitez la façade golhique de Tancien Couvent de San Pablo et son portail orné d'une telle quantité de sculptures que Ton a pu dire de lui : € Il faut voir ce portail pour croire qu'il y ait eu des hommes assez patients pour terminer une pareille entreprise. » C'est réellement un fouillis merveilleux, un entassement de sujets que Ton ne rencontre, je crois, nulle part ailleurs. La façade également gothique de San Gregorio est peut-être plus riche que celle de San Pablo, je ne parle pas du portail, bien entendu. Dans la Sala del Claustro , au dessus de la chapelle de V Université^ se trouve la collection des portraits de tous les rois d'Espagne, depuis Philippe V jusqu'à la reine Isabelle II, précisément ceux qui n'ont pas régné à Valladolid. L'Université compte mille étudiants et est, aujourd'hui, la troisième d'Espagne ; sa bibliothèque renferme une curieuse collection de Bibles en toutes les langues.

Le Colegio major de Santa Criiz était jadis un des grands collèges du royaume, avec une bibliothèque très remarquable. On a entassé, dans une salle, tous les livres volés aux divers couvents de

la ville, et qui ne sont encore ni reconnus ni catalogués. C'est la façon libérale, moderne, d'augmenter les collections du plus fort. C'est la mode en Italie comme en Espagne... comme, ailleurs encore !

Je ne parlerai pas plus du Musée que de celui de Madrid et pour la même raison, car celui de Valladolid ne le cède en richesse qu'à Madrid et à Séville. Il a été fondé par le grand cardinal Pedro Gonzalès Mendoza. En dehors des dix salles consacrées à la peinture, il y en a trois où nulle part ailleurs on ne peut mieux étudier l'école de sculpture castillane. Les artistes ne peuvent donc pas se dispenser de visiter Valladolid.

La Cathédrale^ qui fut commencée sous le règne de Philippe II par Juan de Herrera,et qui ne devait s'incliner que devant Saint-Pierre de Rome, ne fut jamais terminée. Cela se comprend,mais telle qu'elle est, elle mérite encore une visite. Voyez encore la Plaza May or qui servit de modèle à celle de Madrid et la Plaza del Campo grande dont le couvent des Carmelitas calzadas était l'ornement : c'est une caserne, aujourd'hui. Votre Guide vous indiquera encore quelques églises fort intéressantes à visiter, sans oublier la maison où habita Cervantes lors-

278 ESPA6KE

qu'il faisait imprimer soa Don Quichotte et celle où mourut Chriatophe Colomb,

En quittant Valladolid nous trouvons Buenos, «élèbre dans Fhistoire par Tentrevue qui eut lieu dans ses murs, entre Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Cas tille, avant leur mariage célébré à Valladolid. Isabelle la Catholique était née à Duehas, mais on ne retrouve plus les traces du palais où «elle vit le jour.

C'est à Venta de Banos que se trouve T embranche ment de la Galice où nous conduirons notre lecteur, réservant la description deBurgos pour la fin de ce volume.

Comme je sais, par une longue expérience, que l'on ne fait pas toujours ce que Ton veut; que l'on ne voit pas tout ce que Ton aurait désiré ; que le temps manque souvent et que mille circonstances indépendantes de notre volonté nous forcent à brûler parfois ce que nous aurions voulu adorer, le lecteur trop pressé n'aura qu'à brûler aussi les pages qui vont suivre et se bornera, avant de rentrer en France, à voir Burgos qui est sur la grande ligne et qui sera, pour lui, comme le bouquet et le complément de tout le voyage d'Espagne.

Venta de Bafios... Une grande et vilaine gare,

un buffet médiocre, une propreté douteuse, beaucoup de mouvement, encore plus de lenteur : en un mot, un arrêt désagréable ou un transbordement incommode.

Venta de Bafios n'est ni une ville, ni un bourg,, ni un village, ni un hameau : c'est Tagglomération de tous les services qu'exige l'exploitation des chemins de fer, surtout aux extrémités d'une ligne et à ses points de croisement : bureaux, salles d'attente, halles à marchandises, remises de locomotives, matériel roulant, ateliers de construction et de réparation, dépôts de rails et de charbon, et quelques bâtiments en forme de casernes pour j entasser au détriment de la santé, et souvent de la morale, le personnel des employés et des ouvriers, ainsi que leurs familles.

Au temps des diligences, sur la route de Burgos àValladolid, on relayait entre Magaz et Duenas, devant la porte d'une misérable auberge, complètement isolée, à grande distance du village de Calabazanos, où furent célébré en 1431, les noces du fameux connétable de Castille, Don Alvaro de- Luna, et de Dofîa Juana de Pimente), en présence du roi Don Juan II. Cette auberge était la Venta de Baûos, ainsi nommée d'une petite souce ther-

maie, parfaitement oubliée aujourd'hui, qui se trouvait auprès. En étudiant les tracés de la ligne de Madrid à Irun, les ingénieurs durent sans doute prévoir un trafic important pour le transport des produits calciques, dont la chaîne des monts avoisinants est riche en gisements et qui alimentaient déjà un charroi considérable à partir de la Venta de Baîios : c'est probablement en raison de cela que l'emplacement fut choisi pour une station d'abord, puis pour point de croisement des lignes de Santander, de la Galice et des Asturies.

Trois lieues à peine séparent Palencia, de Venta de Bafios, et Palencia mérite d'être visitée : on y trouve, du reste, des hôtels à peu près convenables, notamment la Fonda Barbotan, et Ton peut, en s'y prenant à temps, choisir son coin dans le wagon qui va à Léon, attendu que les voyageurs arrivant de Venta de Bafios, doivent transborder ici, le train des Asturies se formant à Palencia.

Cette ville, chef-lieu de la province du même nom, est la plus ancienne des cités de Castille. Elle fut la capitale du peuple vacéen, aux temps celtibériques et reçut des Romains le nom de Palantia. Après avoir vu, sous ses murs, la déroute du consul

Lucius Licinius LucuUus, résisté aux assauts de Marcus Lepidus, de Rutilius Rufus et de Pompée lui-même soufifert; les dévastations des Alains, des Vandales et des Visigoths et passé des siècles sous la domination des Maures, elle fut annexée à la couronne de Castille sous le règne de Ferdinand P' et suivit, depuis lors, les destinées de ce royaume, devenu le pivot de la monarchie espagnole.

Le Cid s^ maria avec Doua Jimena. Son université, fondée en 1212 par Alphonse VIII, fut transférée plus tard à Salamanca et deux conciles tenus, le premier sous le pontificat de Jean XXII et le second sous celui de Clément VIII, imposèrent au monde catholique les Ordonnances qui y furent arrêtées.

Située sur la rive gauche du Carrion, à 780 mètres au-dessus du niveau de la mer et dominée du côté de TEst, par deux monticules coniques, derniers contreforts de la petite chaîne de Fuentes de Valdepero, la ville de Paleneia, qui renferme une population de 15.000 âmes, présente un aspect beaucoup plus animé que ne Test d'ordinaire celui des villes de Tintérieur de l'Espagne ; cela tient surtout au commerce des grains que le canal de Castille apporte du pays de Campos, à ses

minoteries, à ses établissements métallurgiques et à ses' fabriques de couvertures de laine, si en renom dans toute la Péninsule Ibérique.

Ses monuments anciens sont dignes de remarque, ses édifices modernes n'ont rien d'intéressants. Nous ne citerons donc que pour mémoire THôtel de Ville, qui occupe Tun des côtés de la Plaza Mayor dont le centre a été converti en jardin anglais avec une pièce d'eau au milieu ; le théâtre, presque toujours fermé; la place de Taureaux qui n'ouvre qu'une fois l'an ; les casernes de cavalerie et d'infanterie ; mais nous ne saurions parler sans enthousiasme de la Cathédrale, de l'église San Miguel, de l'église San Lazaro, et des couvents de San Pablo et de San Francisco.

La Cathédrale, qui date du xiv" siècle, est un monument gothique aux vastes proportions, remarquable par la pureté de son style, l'élégance de ses formes, la hardiesse de ses voûtes et la richesse de son ornementation. Les boiseries et la grille du chœur, des tapis de Flandres de toute beauté , de magnifiques rétables , des tableaux de maîtres, notamment les « Epousailles de sainte Catherine, » le chef-d'œuvre de Matéo Cerezo, des vases sacrés d'un travail exquis ; tout attire le regard et

provoque radmiration. Cette église est placée sous l'invocation de san Antolin, cénobite qui vivait dans une grotte que Ton visite pieusement et audessus de laquelle le temple a été édifié. On racontequ'alors que Palenoia ne s'était pas encore relevée de ses raines et que quelques maisons à peine restaient debout dans cette partie de la ville qui forme aujourd'hui le faubourg des Hortolanos et la paroisse de AUende-el-Rio, le roi de Navarre, Don Sancho, poursuivant un sanglier, dans Tardeur de la chasse pénétra dans cette grotte, sans respect pour l'effigie du saint qui y était conservée. Aussitôt son bras droit, armé du javelot, resta paralysé ; et le roi • de Navarre ne recouvra l'usoge de ce membre qu'après avoir fait amende honorable et le vœu de fonder une église à cette même place.

La tour crénelée de l'église San Miguel est peutêtre unique en son genre, dans les constructions gothiques: la perle de l'église San Lazaro est une Sainte Famille d'Andréa del Sarto, cet émule de Raphaël, et les couvents de San Pablo et de San Francisco renferment des autels, des sarcophages et des bas-reliefs qui sont de véritables merveilles artistiques.

La vitesse n'est pas précisément la qualité dis-

tinctive des chemins de fer espagnols, nous l'avons observé souvent déjà ; il n'y a donc pas lieu de s'étonner que partant de Paléncia àtroisheures aprèsmidi on n'arrive à Léon qu'à huit heures quarantecinq du soir. La distance n'est que de 123 kilomètres et il existe 14 stations surleparcoui s. La contrée est plate, triste à l'œil, sans un arbre, sans la moindre verdure. Le regard embrasse d'immenses horizons encadrés entre deux rangées de collines coniques et coupés, de-ci de-là, par la tour blanche et ronde de quelque pigeonnier municipal, par le clocher jaune de l'église de quelque village brun, posé dans la plaine comme un navire à l'ancre au milieu de la mer. Le sol blanchâtre est d'une fertilité incomparable, l'herbe parasite est un mal inconnu dans la terre de Campos ; une pluie après les semailles du blé, suffit pour assurer la récolte: s'il ne pleut pas le grain reste intact et se conserve dans la terre qui lui sert de silo, prêt à germer l'année suivante, dès que la pluie viendra. Du reste pas un caillou sur les champs, pas une pierre à la superficie ou môme dans le sein des monts avoisinants, ce qui a donné lieu à un proverbe castillan qui se traduitainsi:

« Au pays de Campos, malheur aux besaciers ; « Les chiens sont détachés, les cailloux prisonniers ! »

Au sortir de Palencia^ la ligne de Santander se sépare de celle de Léon et court vers le nord en se rapprochant du pied des collines. On trouve, à six kilomètres, la première station, desservant le gros bourg de Gri jota, renommé pour ses boulangeries. Chaque matin les femmes de Grijota, montées sur des ânes à la queue écourtée, se dirigent vers Palancia pour y porter du pain : elles sont brunes, hàlées, et semblent n'avoir rien à redouter, pour leur teint, des ardeurs du soleil. Il n'en était pas ainsi sans doute, autrefois, puisqu'on garde dans la contrée le souvenir ou plutôt la légende d'un procès célèbre qu'elles intentèrent au Soleil. Marchant de l'ouest à l'est pour aller à Palencia dans la matinée, et de l'est à l'ouest pour retourner à Grijota dans Taprès-midi, elles avaient le soleil sur le nez, à l'aller et au retour : le tribunal du district fut saisi de leur réclamation et le juge, sans recourir à l'épée de Salomon, mais doué de toute la sagesse du roi d'Israël, rendit cette sentence : « Le Soleil est immobile : il ne marche vers personne, on marche vers lui. Si les femmes de Grijota allaient le soir à Palencia et retournaient chez elles le matin, elles tourneraient toujours le dos au Soleil et n'auraient pas les inconvénients de ses

rayons. Les plaignantes sont déboutées et condamnées aux dépens. »

Le jugement était juste et le remède pratique,mais on prétend que les maris ne consentirent pas à ce que leurs femmes découchassent tous les soirs^ comme le juge le leur conseillait.

On dépasse Villaumbrales, Becoril, et Paredes de Nava où naquit le célèbre sculpteur Alonzo de Berruete. La lagune malsaine de la Nava, mesurant dix kilomètres de long sur cinq de large et qu'il serait facile de dessécher au plus grand bénéfice de Tagriculture et de la salubrité, s'étend entre Paredes et la station voisine de Villalumbroso ; puis on arrive à Cisneros, la patrie du célèbre cardinal don Francisco Jimenez de Cisneros, Tune des gloires de l'Espagne. Villada et Grajal restent dans l'ombre oîi les place leur insignifiance, mais voici Sahagun. On voudrait pouvoir s'y arrêter ; les ruines du Monastère des Bénédictins de Sahagun réveillent des souvenirs historiques palpitants d'intérêt et gardent encore, dans les décombres de ses murs^ de ses cloîtres, de ses autels, les traces inefl'açables de la grandeur passée. Le couvent, Ecclesiœ mir» ynagnitiidinis, fut fondé par les premiers chrétiens, brûlé par les Maures et reconstruit, au onzième

siècle, dans toute la splendeur que Ton retrouve dans ses restes épars. Le roiAlphonse VI, dit/e Vaillant^ vaincu à Santa Maria de Carrion par le roi de Navarre Sancho-Ramir, fut contraint par son impitoyable adversaire à renoncer à sa couronne et à troquer le manteau d'hermine pour l'habit du moine, dans le Monastère de Sahagun, dont Tabbc* Bernard de Cluny était alors le prieur. Mais le Roi- Moine, El Rey-Monge^ comme l'histoire le nomme, put bientôt s'enfuir, accompagné de la reine Dofia Elvira, de ses frères Don Gonzalvo et Don Fernando et d'un groupe de seigneurs guidés par le brave Peranzuies, cherchant aide et trouvant protection dans l'alcazar de Tolède, auprès du roi maure Al- Manoum. Sancho-Ramir fut assassiné à Zamora; Alphonse VI reconquit ses États et reprit sa couronne après avoir juré sur les saints Evangiles, entre les mains du Cid, dans l'égliseï de Santa Godea, qu'il n'avait pas trempé dans le meurtre accompli. Dans la suite, pendant son long règne de quarante-trois ans, il combla de faveurs et de dons le Monastère de Sahagun qui reçut ses cendres et lui éleva un magnifique tombeau, aujourd'hui disparu.

Sahagun s'honore aussi d'avoir vu naître saint Facond et saint Primitif, martyrisés par ordre du

consul Atticus, sous le règne de Marc-Aurèle. e t le moine Pedro Ponce qui fut le premier, en Europe, à fonder l'enseignement des sourdsmu ets.

Une minute d^arrêt, au dire du chef de train et plusieurs en réalité, aux stations de Calzada, Burgorranero, d'où partira quelque jour une ligne ferrée destinée' à ouvrir un débouché aux mines de charbon de Savero, Sautas Martas, Palanquinos et Torneros. Enfin voilà Léon, dont les tours gothiques dominent les collines qui délimitent le bassin du Torio et de laBernesga.

Nous sommes descendu à la Fonda Suiza, tenue à l'espagnole, c'est-à-dire avec autant d'amabilité que de manque de confortable, et nous imitons les paisibles habitants de la tranquille cité, en faisant quelques tours, avant l'heure du coucher, sous les arcades de la Plaza Mayor où la bonne société se donne rendez-vous chaque soir.

L'antique capitale du royaume de Léon fut fondée par les Romains bien avant l'ère chrétienne: elle est située sur la rive gauche de la Bernesga,en amont du confluent de cette rivière avec le Torio, à huit cent trente-huit mètres au-dessus du niveau de la mer, et renferme environ douze mille habitants.

Annexée par Léovigilde à la couronne des rois Wisigoths, elle eûtà subir laloi deskhalifes maures Abib-al-Feheri et Abderraman, jusqu'à ce que le le roi d'Oviedo, Ordoyne II, la délivrât et y fixât sa résidence. Les successeurs de ce prince, Froïla le Lépreux, Alphonse le Moine, Ramir lII,Ordoyne III, Ordoyne IV le Mauvais, Sancho I" le Gros, Ramir- Wermond II, Alphonse V et Wermond III, occupèrent le trône pendant la durée de cent quatorze ans : et Wermon III ayant été défait et occis par son cousin le roi de Castille, Ferdinand I", celui-ci réunit le royaume de Léon au royaume de Castille et se fit couronner roi de Castille et de Léon en Fannée 1038.

N'en déplaise à Burgos et à Tolède, si fières, à juste titre, de leurs cathédrales gothiques, la cathédrale de Léon nous semble plus belle encore, plus hardie, plus pure de style, plus digne en un mot d'être citée comme le modèle par excellence de Tart ogival en Espagne. Il nous est agréable de constater aussi que les travaux de restauration, inaugurés il y a une vingtaine d'années par un artiste éminent, don Juan de Madrazo, et continués par un autre artiste de grand talent^ don Demetrio de los Rios, conservent à l'édi-

fi ce tout son caractère et toute sa majesté.

L'église collégiale de San Isidro, est un temple roman, surmonté d'une tour carrée et entouré d'un cloître parfaitement entretenu: elle constitue en Espagne, avec la cathédrale de Salamanca et l'église de Fromista, un des rares spécimens de Tart au xi** siècle, époque où le roi Ferdinand P' on décida la construction et en fit dresser le plan. Malheureusement Tintérieur en est complètement gâté par les couches de chaux sous lesquelles disparaissent les assises de pierre de ce beau monument. Le corps de San Isidro est placé sur le maître-autel, dans une châsse d'argent soutenue par des lions ; on y conserve aussi de précieuses reliques et des vases sacrés de la plus grande valeur. Mais ce qu'on admire surtout dans cette église, ce sont les quatorze tombeaux des rois de Léon, rangés à la file, dans un panthéon audessous du chœur, véritable merveille de sculpture et de détails.

La ville de Léon est entourée de grosses murailles à tambours qui constituent, comme Los Cubos de Burgos, la promenade d'hiver. En suivant cette enceinte, on arrive devant un vieux palais aux dimensions géantes, que Ton désigne

SOUS le nom de Casa de los Guzmanes ; c'est dans ce palais que naquit le célèbre défenseur de Tarifa, Guzman el Bueno, dont Thistoire a conservé le nom comme un exemple de patriotisme poussé jusqu'au sacrifice d^un enfant adoré.

■ D'autres églises, des couvents et le monastère de San Marcos^ de style renaissance, attirent encore notre attention ; mais le train va partir : en route pour la Galice.

Nous quittons Léon un peu avant dix heures du matin. Laissant à notre droite la ligne des Asturies qui monte vers le nord, nous courons vers Touest et nous avons bientôt dépassé les stations insignifiantes de Quintana et de Villadangos. Celle de Veguellina, qui vient après, est située dans une délicieuse vallée qu'arrose la rivière Orbigo sur laquelle se trouve, ici, un pont célèbre dans les annales de la chevalerie. Aux temps du roi de Castille Don Juan II, un vaillant paladin, Don Suero de Quifïones, originaire de Léon, avait fait P emprise de mainteni?* contre tout venant, un pas d'armes en l'honneur de la dame de ses pensées dont il portait au cou le gage, un lourd carcan de fer. Le lieu choisi par lui était le pont de Veguellina , passage accoutumé des che-

valiers espagaols et étrangers se rendant à Saint- Jacques de Compos telle ou en revenant. Il resta là un mois, et rompit trois cents lances sans qu'aucun de ses adversaires eût pu le délivrer^ ce que firent les juges du camp, rempli d'admiration pour la valeur, la force, l'adressé et la courtoisie dont avait fait preuve l'invincible tenant.

Grossi des eaux du Pocos, la ri\dère Tuerto contourne un monticule qui porte à son sommet une ville à Taspect imposant, ceinte de vieilles murailles et hérissée de clochers. C'est Astorga, l'Asturica Augiista des Romains, siège d'un évêché fondé en 747 par le roi de Léon, Alphonse le Catholique. Sa cathédrale gothique en granit rouge, surmontée de deux tours, semble couvrir la ville de son ombre tutélaire : les ruines du Palais des Osorio se dressent, gigantesques, avec leurs pans de murs étrangement déchiquetés, et d'autres églises dont Tarchitecture appartient à des styles divers dessinent, dans la limpidité de l'atmosphère, leurs formes arrondies ou leurs vives arêtes. Astorga est la capitale, sans attributions administratives^ du pays des Marayatos, ces hommes vêtus de noir qui promènent sur toutes les routes de l'Espagne leurs culottes

bouffantes, leurs justaucorps serrés à la taille par une large ceinture de cuir et leurs vastes chapeaux, conduisant de grandes charrettes roulières attelées de huit à dix mules, poussant devant eux une escouade d'ânes et de mulets pesamment chargés, ou chassant à la gaule un régiment de dindons que Ton mangera à Madrid, encore tout échauffés et fourbus du voyage. Nous achetons à la gare, quelques tablettes de chocolat d^Astorga, le plus fameux et le meilleur de tous les chocolats espagnols, et nous prenons aussi une bonne provision de Manteeadas^ excellents petits massepains^ grossièrement logés dans des carrés de papier qu'on dirait de carton, en raison de leur épaisseur et qui furent blancs peut-être, avant d'avoir passé par les mains du pâtissier.

Pour descendre des hauts plateaux de la Castille dans le royaume de Galice, il faut franchir cette partie de la chaîne cantabrique que l'on désigne sous le nom de Montanas de Léon. On monte, en dépassant la station de Vega, dans la vallée de Mayaz, jusqu'à Brafiuelas, le point culminant de la ligne de Léon à la Corogne, perçant le col du Manzanal à la côte de 1.100 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La descente est admirable de beauté, effrayante de précipices que l'on domine à pic. Vingt-trois tunnels, des viaducs perdus dans les espaces, à des hauteurs vertigineuses, des murs de soutènement de plus de 100 mètres de long et de 30 de haut, des ponts d'une hardiesse inouïe sur la Majada, le Novaes, la Valdelafuente, la Valdelacasa, le Hueso, le Tremor, le Pozaco, le Silva, le Castrion, la Granja, laNasera, et TArgutorio; des cours d'eau déviés, des routes déplacées et un lacet à peu près unique en son genre, El Lazo, au moyen duquel la voie passe en tunnel sous elle-même, comme dans le chemin de la Forèt-Noire ; tels sont les travaux d'art que le génie de l'homme a accumulés pour vaincre les difficultés que la nature lui opposait, et qu'on regarde, émerveillé, entre les stations de Braûuelas, de la Granja et de Torre, où l'on n'est plus déjà, qu'à sept cents mètres d'élévation.

Le paysage a changé complètement d^aspect : voici des bois, des champs verts, desmaisons blanches attenantes aux terres cultivées, de belles rivières, le Sil et la Boeza, des produits variés ; nous sommes dans la vallée de Vierzo, et ce sont là les ruines du château de Bembibre qui fut, au temps

jadis ^ Tune des plus formidables citadelles des comtes-ducs de Benavente.

On aperçoit, auprès de la station de San Miguel de las Duefias, les vastes bâtiments et les dépendances grandioses d'un couvent de religieuses cisterciennes, fondé par rinfante DofiaSancha, fille du roi de Léon Alphonse IX, vers le milieu du xni° siècle; et le train s'arrête en gare de Ponferrada.

La ville de Ponferrada est située à petite distance de la gare, sur une hauteur dominant le cours du Sil et dominée elle-même par les monts de Castro et de Santo Tomâs : dans le lointain, les monts Aquiliens avec leurs pics bleuâtres, l'Irago, l'Aguiama et le Foncebadon. La tour de la cathédrale, dédiée à la Vierge de la Yeuse, Nuestra Senora de la Encinay découpe dans le ciel ses formes élégantes, au-dessus de la noire ceinture des murailles qui emprisonne la vieille cité, et des ruines imposantes du château des Templiers, dont les assises de briques, assombries par le temps, et les murs crénelés, semblent retenus et non pas fixés sur la paroi rocheuse au pied de laquelle les eaux du Sil passent avec fracas.

La station suivante est Toral de los Vados, d'où

se détache une petite ligne de 10 kilomètres aboutissant à Villafranca sur les bords du Valcarcel, et desservant CoruUon, Villabuena, Cacabelos et Carraeedo. Villafranca, fut fondée par des moines de Cluny qui y établirent un couvent pour venir en aide aux pèlerins français se rendant à Compostelle. L'horizon se resserre : nous traversons de grandes tranchées; nous passons au milieu de rochers énormes dont la dynamite a eu raison pour ouvrir une voie à la locomotive; entre deux tunnels, nous franchissons le pont oblique de Las Cobas, jeté au-dessus du Sil, d'une montagne à Vautre, et qui marque la limite des Castilles et de la Galice. Le royaume de Galice, divisé aujourd'hui en quatre provinces, Corufia, Orense, LugoetPontevedra, est situé à l'extrême nord-ouest de l'Espagne, confinant de l'est aux Asturies, du nord et de l'ouest, à l'Océan, du sud à la province de Léon, à celle de Zamora et au Portugal dont elle est séparée par le fleuve Miflo ; et par les monts ou Sierras de Gérez, de Raya Seca, de Laranco, de la Segundera et de la Culebra.

Sa population s'élève à environ quinze cent mille âmes : son sol est accidenté, ses champs bien cultivés, ses pâturages fertiles, son bétail estimé, ses

côtes poissonneuses; et malgré les furies de la mer, dans ces par âge s, ses magnifiques ports, Vigo, Carril, Gorcubion, la Corogne, le Ferrol et Rivadeo, sont avantageusement connus et fréquentés partons les pavillons. Ses habitants, dont le langage se rapproche encore plus du portugais que de Tespagnol, sont doux, hospitaliers, très sobres, un peu parcimonieux et, généralement, d'une probité proverbiale.

Les Gallegos sont les Auvergnats de TEspagne, au caractère près qui chez eux est plus humble et plus soumis : ils font d'excellents soldats. A Madrid, comme dans la plupart des grandes villes de TEspagne, la Catalogne et le Royaume de Valence exceptés, les commissionnaires du coin, les porteurs d'eau, les veilleurs de nuit sont presque toujours des hommes venus de la Galice, Mozos de cordely Aguadores, Serenosy auxquels on peut, sans crainte, livrer une lettre ou un paquet, permettre rentrée de Tappartement, et confier la garde de la rue et la clef de la maison. Le Gallego est indispensable aux Espagnols habitant les cités; et le Gallego fait son petit pécule, sou à sou, à la faveur des Espagnols. Ge ^oni àe^ Ganapànes , c'est- à-dirç des hommes sachant gagner leur pain ; ils suppor-

lent volontiers les moqueries des Andaloux qui les plaisantent sans cesse et qui les tournent en ridicule ; ce sont eux, certainement qui ont mis en vogue ce proverbe : « Dame pan y dime tonùe : Traite-moi d'imbécile et donne-moi du pain. y>

Nous passons à Quereflo, au pied des monts de la Cabrera; à Sobradelo, sur le Casayo, en face de Puentenuevo; à El Barco de Valdeorras, où débouche la vallée la plus fertile de toute la Galice et dont les vins sont recherchés : c'est Villamartin : « Villamartin, de Espana el jardin », dit-on dans le pays et avec raison, parce que quelques-uns de ses produits semblent venir en droite^ ligne de la terre de Ghanaan : un seul cardon suffit à la charge d'un âne, et les fougères de la sierra de Queixa atteignent trois mètres de hauteur.

Puis viennent les stations de la Rua-Petin, auprès des ruines de la ville romaine de Giguria; et de Montfurado, sur le rocher, la. Pena del Cue7*vo^ où les eaux du Sil charrient des sables aurifères dont l'exploitation encore pratiquée, remonte à l'époque de la domination des Romains. Ce sont eux qui, au n® siècle de notre ère, creusèrent un tunnel de plus de cinq cents pas de long pour y faire passer larivière et y recueillir les paillettes d'or. Nous traver-

sons ensuite San Clodio,près de la vallée de Quiroya, où Ton voit les ruines d'une abbaye debénédictinset où on franchit le Lor sur un pont de quarante mètres de hauteur, et la Puebla de BroUon, sur le BroUon, aux pieds des monts de Miranda. Demi-heure d'arrêtet hnSet kMoniîorte^ Parada y Fonda^ comme crient les employés de la compagnie ; de plus, changement de train pour la ligne de Orense, Vigo, Tuy et le Portugal par Vianna do Castello.

Page 1