‹ Espagne: souvenirs et impressions de voyageChapitre 5 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De lune des difiicultés des voyages en Espagne. — De Gobantes à Cadix par Ronda et Gibraltar. — Mode de trans^ port. — La Serrania de Ronda. — Ronda. — Climat, types, costumes. — Pourquoi les Anglais gardent Gibraltar. — La Maestranza de Ronda. — A cheval ! En route pour Gibraltar. — Le Ventorillo de Jimena, — Gaucin. — San- Roque. — Linea. — Gibraltar, difficultés pour y entrer. — Panorama splendide. — Algéciras. — Tarifa. — Ferez de Guzman. — Route de Cadix.

J'aurais dû dire, en préface, que Ton ne voit pas l'Espagne en un jour, ni même en un seul voyage. Si, en deuxans, on veut bien la connaître comme elle mérite de l'être, il ne faut pas s'éterniser à Grenade, à Se ville, à Cordoue, ni dans les musées de Madrid : il faut marcher et marcher toujours ; il faut voir la côte et l'intérieur.

Voulant aller directement de Barcelone à Madrid, avec mes lecteurs, je ne lésai même pas conduits de la capitale de la Catalogne au Montserrat. De Malaga à Cadix, même embarras pour moi : il faut

voir Ronda et Gibraltar et il faut aller aussi par la voie ferrée. Je vais donc suivre les deux routes, en commençant par la plus pittoresque ; puis je reviendrai à Gobantes pour escorter également les voyageurs qui ne voudraient pas faire cette excursion, tellement belle cependant qu'on ne peut en citer, en Europe, une qui lui soit comparable : ces derniers auront la ressource d'aller de Cadix à Gibraltar par le bateau à vapeur, mais ils n'auront pas vu Ronda !

En attendant que la ligne de chemin de fer projetée entre Bobadilla et Gibraltar par Canipillos, Teba, Âlberquilla, Ronda, Jimena et Algeciras, soit mise en adjudication, construite et livrée à Texploitation, ce qui ne sera pas fait de sitôt, on ne peut aller à Ronda, et de là à Gibraltar, qu'en diligence, à cheval ou à pied.

Les voyages à pied ne sont pas de mode en Espagne et le climat, surtout dans les provinces du Sud, s'y prête peu. La distance à parcourir à cheval, depuis Bobadilla ou Gobantes sur la ligne du chemin de fer de Malaga à Cordoue jusqu'à Ronda, est trop longue pour être considérée comme une course d'agrément. Nous allons donc donner nos préférences au système de locomotion le plus com-

mode et le plus rapide, malgré ses înconvéïiîonts, dans un pays où la poussière est un véritable fléau, la diligence, qui conserve ici, dans son attelage et dans ses allures, un caractère des plus originaux. Partis de Malaga à sept heures et demie du malin, nous quittons le chemin de fer à Gobantes, et nous prenons immédiatement, devant la porte de la Fonda de la Casa B lança ^ la voiture qui nous déposera à Ronda à quatre heures du soir.

C'est un lourd véhicule à trois compartiments, coupé , intérieur et rotonde, peint en jaune à l'extérieur, doublé au dedans de drap qui fut bleu jadis, et garni de chaînes et de sabots de fer appendus dans l'espace restant libre entre les roues. Dix mules sont attelées, deux à deux, à ce monument, écrasé parla bâche de cuir noir qui a perdu sa couleur sous l'action du soleil, de la poussière et de la pluie ; elles sont surchargées de harnais, de pompons, de grelots. Le siège du cocher est placé sur une banquette qui occupe tout le devant du coupé, à la même hauteur, et qui est abrité par le plafond de la diligence disposé en forme de véranda : le conducteur etunjeunehomme armé d'une gaule de quatre pieds, s'assoient à côté du cocher ; le conducteur, on le comprend, est le

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chef de ce train-là; mais le jeune homme à la gaule, quelles sont ses attributions ? Nous le verrons en route. Un gamin dépenaillé est à califourchon sur la mule de gauche de la première volée ; le plus souvent cette mule est un cheval. Ce gamin est Taiguilleur qui tient dans ses mains la vie des voyageurs, car c'est lui, c'est lui seul qui dirige dans les tournants dangereux, sur le bord des précipices, la marche des huit bêtes soumises à sa juridiction, les brides dont le cocher dispose ne dépassant pas la tête des deux mules du . timon.

Le coupé se trouvant libre ,nous nous y. installons : c'est la meilleure place, malgré le paravent que les dos du cocher, du conducteur et du jeune homme mystérieux, dressent devant le nez de l'occupant, au plus grand détriment de la vue dont il voudrait jouir. Tout le monde est à son poste ; le personnel sur sa banquette, les passagers dans leurs compartiments. Les garçons d'écurie réchauffent les mules de l'attelage à grands coups de bâton, les appelant chacune par leur nom, leur prodiguant, au milieu de jurons sonores, force encouragements et encore plus de menaces. Le signal du départ vient d'être donné. Armé de son fouet, le cocher tape, à coups

de manche, sur les deux bêtes placées à sa portée : le conducteur a trouvé on ne sait où, une trique dont il fait le même usage : le jeune homme à la gaule se met de la partie : le gamin de tête éperonne sa monture, et ne ménage pas les horions à la mule sa voisine : les garçons d'écurie redoublent la bâtonnade ; et les mules, ahuries par les cris, aiguillonnées par la peur, espérant fuir les coups, enlèvent au triple galop la diligence qui part à fond de train, en chassant sur ses essieux d'une manière épouvantable.

Nous sommes sur le versant occidental de la Sierra de Abdalajis ; le paysage est sauvage, la contrée désolée. De distance en distance, des ruines de châteaux, de forteresses, à'atalayas : partout les traces des Maures qu'on dirait partis d'hier; et voilà quatre siècles qu'ils ne sont plus là!

La route est accidentée : à chaque instant des montées rapides^ des descentes à pic. C'est alors que la ferraille, appendue sous la voiture, trouve son emploi et que le jeune homme aux attributions ignorées, exerce ses fonctions. A chaque descente, on défait les chaînes et on ajuste les sabots aux roues de derrière qui, chaussées de ces patins à semelle aplatie, ne tournent plus et opposent ainsi une énorme

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résistance à la marche trop précipitée que les roues de devant essayent en vain de prendre. Pour gravir les rampes, il s'agit de lancer Tattelage à toute vitesse, à partir de leur base et de ne pas le laisser s'arrêter en chemin. Le manche du fouet du cocher, le gourdin du conducteur, les éperons du gamin et sa courte lanière, s'escriment à qui mieux contre les pauvres mules qu'épouvantent encore les vociférations et les trépignements des deux automédons assis sur la banquette. Quant au jeune homme à la gaule, il est descendu de son siège et, courant à perte d'haleine, il frappe à tour de bras sur les reins, sur les flancs, sur la queue des six mules du milieu, regagnant sa place, descendant de l'autre côté pour n'avoir pas à faire le tour de la voiture, soufflant comme un marsouin, suant comme un mitron, criant comme un brûlé et jurant comme un possédé. C'est un écureuil, c'est un singe, c'est un acrobate; mais c'est surtout un fustuaire émérite, un bâtonniste sans pareil.

Nous passons à Ardales où s'amorce la route qui mène aux bains de Carratraca, situés sur l'autre versant de la Sierra de Agitas, On traverse Casarabonela, admirablement posée dans un berceau de fleurs et d'où l'on aperçoit les belles tours mau-

resques de Alhaurin el Grande : puis la route s*engage dans d'épouvantables défilés pour traverser la Sierra de Tolok et franchir le Puerto de Martinez, au milieu d'énorme blocs rouges. On voit ensuite les grosses tours carrées du vieux château àeElBurgo dont les ruines dominent en Técrasant, le misérable village qui est groupé à leur pied.

Nous entrons dans les défilés de la Serrania de Ronda, dont les gorges du Monténégro peuvent seules donner une idée. Ce sont d'abord les échancrures géantes que Von désigne sous le nom imagé deDientes de la Viej a {lesBents de la Vieille) parce qu'elles se montrent comme les chicots ébréchés qui restent encore, isolés les uns des autres, sur d'antiques gencives ; puis, Tafireuse descente du Puerto de los Empedrados ; ensuite, le Puerto del Viento balayé parles rafales ; au delà le torrent du Toro ; enfin le panorama de Ronda dont rhorreur surpasse toute beauté.

C'est la Vega de Ronda, luxuriante de verdure et de fleurs, circonscrite dans un cercle de montagnes d'un bleu d'azur et au milieu de laquelle se dresse une pyramide rocheuse aux teintes jaunâtres, de trois cents mètres d'élévation, fendue par le milieu du haut en bas et dont les sommets

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jumeaux, séparés par rimmense déchirure, sont courouoés, Tuo par ce qui reste de rancienne ville des Maures, Vautre par les constructions de la Ronda des Chrétiens. Les ruines d'un aqueduc romain, de dimensions énormes^ coupant la plaine sur Fun de ses côtés. Tiennent encore ajouter un effet grandiose au merveilleux du tableau qu'embrasse le r^ard.

Ronda est située au pied de la Sierra Morena, couverte, à son sommet, de neiges éternelles. (!^onstruite parles Maures qui ne l'abandonnèrent que bien longtemps après avoir perdu Grenade, elle est divisée en deux par une tranchée gigantesque, El Tajo^ de soixante-dix mètres de largeur et de près de trois cents de profondeur, dont les arêtes sont si vives et les parois si unies qu'on dirait que la masse rocheuse a été coupée, de la cime à la base, par un coup d'épée gigantesque que le bras de Dieu seul a pu donner.

Nous avons passé sous le magnifique aqueduc qui amenait autrefois à Ronda-la-Vieja, VAriinda des Romains dont il ne reste plus que des ruines à trois lieues d4ci, les eaux du Guadalvin captées en amont de lu Cueva del Gato, la Grotte du Chat etla route, décrivant une grande courbe, traçant plusieurs

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Iacets,nous élève insensiblement du niveau où nous sommes, à la hauteur où la ville est placée, soit une différence de deux cents mètres environ. La diligence s'arrête devant le Parador de Buena Vista^ admirablement posé au bord du précipice, et nous nous laissons tenter par cette situation sans avoir eu à regretter , pour ce qui concerne la table et le coucher, de lui avoir donné la préférence sur les deux autres fondas qui lui font concurrence. A peine arrivé, nous courons au Pont-Neuf, qui traverse la fissure sur son point le plus étroit et qui relie la ville moderne à l'ancienne cité des Maures. Ce pont qui se compose d'une arche principale de trente-huit mètres de jour, et de deux arches plus petites, placées aux deux extrémités comme des crampons au moyen desquels elle s'accroche au rocher, fut construit vers la fin du siècle dernier, sur les plans et sous la direction de l'architecte Don José Martin de Aldeguela dont la mort tragique deviendra le romancero de cet ouvrage d'art quand^ à travers les âges, le récit de cet événement aura pris les formes poétiques des légendes du passé. Ce qu'il y a de certain c'est que cet architecte, s'étant penché sur le parapet pour regarder en bas, fut pris de vertige et tomba au fond du ravin où

Ton retrouva son corps en lambeaux. On compreud aisément que la tête ait pu lui tourner, quand on sonde l'abîme que Ton a sous les pieds : le Guadalvin roule avec fracas au milieu des rochers et c'est à peine si Toreille perçoit un doux murmure ; les maisons et les gens sont de dimension et de taille ordinaires et cependant on les croirait sortis d'une boîte de joujoux de Nuremberg.

Nous entrons dans la vieille ville qui ne renferme plus que quelques habitants, et nous trouvons, au bout, l'antique pont de San Miguel qui nous montre, sous d'autres aspects,le même tableau des convulsions delanature, empreintes de la même grandeur. L'Alcazar n'a plus que des murs délabrés ; nous passons à travers ses ruines, et par un sentier de chèvres, creusé dans le roc, nous descendons à près de deux cents mètres au-dessous des deux ponts et des deux villes qu'on dirait perdus dans les airs : c'est un spectacle fantastique ; on s'oublie à l'admirer.

Le Guadalvin tombe en cascades, dans sa prison de pierre et ses eaux font mouvoir les roues des moulins maures attachés sur ses bords : quelques pas seulement et nous le voyons, redevenu tran-

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quille, caresser mollement une fraîche vallée parsemée de jardins et couverte de fruits : les séductions de la nature à côté du chaos ! Il faut venir à Ronda pour trouver un contraste aussi grandiose, aussi accentué.

Si la descente était périlleuse, la montée ne Test pas moins : on doit avancer avec précautions ; une chute serait mortelle.

Nous visitons, dans la rue de Saîi Pedro ^ le Palais du roi maure Al-Motad-Ed qui , au dire de la tradition, buvait dans des gobelets ornés de pierreries, faits avec les crânes des chrétiens qu'il avait lui-même décapités. On descend du palais à la rivière, en passant par les jardins superposés ; Tescalier de marbre, incrusté dans le roc, fut souvent arrosé par la sueur des esclaves chrétiens que le farouche musulman obligeait à monter l'eau du Guadalvin, pour remplir ses citernes.

Mais le gouffre nous attire ; nous revenons sur ses bords, au Parador de Buena Vista ; le soleil va disparaître là-bas^ derrière la Sierra del Pinar, et ses rayons obliques, avec leurs teintes rouges, illuminent de tons indescriptibles ce paysage étrange, ces épouvantables rochers. Les vautours planent sous nos pieds et le fond de la crevasse

disparaît peu à peu dans Tombre envahissante. Ronda est peuplée d'environ vingt mille habitants: le climat est doux, délicieux en été ; la moyenne de durée de la vie dépasse de beaucoup les. bornes ordinaires, et les cas de longévité y sont très fréquents. Le proverbeTaffirme quand il dit: ^EnRonda los hombres a los ochenta son pollones : à Ronda, à l'âge de quatre-vingts ans, les hommes sont encore déjeunes coqs. » Le type des /îonrfmo^ est certainement le plus caractéristique des types andalous, déjà si caractérisés. Les mœurs, le costume, le langage, tout garde là, un cachet profondément gravé. Les hommes portent, avec cette élégance dont ils ont le secret, le chapeau, c«/(3n^'5, de feutre velouté, la chemise brodée aux boutons reluisants, le gilet évasé de voyantes couleurs, la veste ajustée qu'ornent des arabesques faites de drap de diverses nuances, la ceinture de soie qui comprime la taille, la culotte collante dans laquelle on ne sait pas comment ils ont pu se loger, les guêtres de cuir jaune aux multiples lacets, les bottines de veau serrées à la cheville, et la manie de laine bariolée qui leur sert de manteau, de lit et de besace. Les femmes n'ont pas leurs pareilles, dans toutes les Espagnes, pour la tournure, la grâce et la beauté : personne ne sait,

comme elles, planter dans des cheveux d'un noir d'ébène aux reflets bleuâtres, l'œillet écarlate ou la rose mousseuse ; personne, comme elles, n'a ces yeux dont on rêve, ce teint que les Vierges de Murillo ont fait connaître au monde, ces formes délicates aux suaves contours ; personne ne se drape mieux qu'elles dans la mantille de dentelles, le châle de Manille ou la mante de soie ; personne enfin, comme elles, ne réunit autant de séductions sous la basquine ronde et le corset de velours, la jambe bien prise dans un bas étiré, et le pied si cambré dans son petit soulier.

Les mélodies de Ronda, que Ton répète d'un bout à l'autre de la Péninsule Ibérique, ont un rythme plaintif et caressant ; les danses sont un poème de chaste volupté.

Ronda et sa Serrania vivent principalement de la contrebande, alimentée par la proximité de Gibraltar que les Anglais détiennent et garderont, non plus comme une forteresse maîtresse du détroit qui met l'Océan en communication avec la Méditerranée, mais comme un entrepôt admirablement situé pour inonder frauduleusement l'Espagne de produits britanniques. A part cela, l'élevage, et surtout le dressage des chevaux, constituent la

seule et unique industrie de la contrée : les chevaux sont des modèles de la race andalouse ; les dresseurs pourraient en remontrer aux plus célèbres entraineurs de France et d'Angleterre.

La Maestranza de Ronda est une institution du moyen âge qui conserve tout son prestige et toute sa prépondérance. Cet ordre nobiliaire, dont les statuts datent des premiers jours de la chevalerie, n'a plus qu'un caractère honorifique, mais il figure au premier rang parmi ces corporations traditionnelles que l'Espagne a la sagesse et l'orgueil de respecter.

Réveillés avant l'aube, nous courons à VAlameda pour voir, sous cette forêt de lauriers-roses le lever du soleil.

Le ciel a des teintes verdâtres d'une ineffable douceur. La lumière qui monte, éclaire tour à tour le sommet des Sierras dans le lointain et Ronda elle-même s'illumine de ces rayons de feu. Accoudés à la grille qui surplombe^nous admirons encore une fois El Tajo, la coupure, et ses immenses profondeurs.

Nous profitons de cette sortie matinale pour entrer dans un vieux couvent, voir la Maison de Ville, lourd monument du xvii® siècle et visiter

la Place des Taureaux où, malheureusement, nous n'avons pu assister à une de ces coursés qui sont réputées pour être des meilleures de TEspagne, mais qui n'ont lieu qu'à Tépoque des foires, dans les derniers jours du mois de mai.

Pour aller à Gibraltar, on n'a pas ici l'embarras du choix. On ne peut y aller qu'à pied ou à cheval ; or, les voyages à pied étant bannis du programme des touristes en Espagne, c'est le cheval qui reste seul maître de la situation. Nous avons donc traité avec un guide, recommandé et garanti par le propriétaire du Parador^ qui nous fournira les montures, nous accompagnera et nous mènera à bon port.

La distance qui sépare Ronda de Gibraltar est de soixante-douze kilomètres, par des chemins qui, le plus souvent, ne sont que d'abrupls sentiers : force est donc de renoncer à faire le voyage d'une traite, il faut coucher en route, quelque part. Le cheval que nous devons monter est un bel andalou, à répaisse crinière et à la longue queue : il est blanc comme la neige et doux comme un agneau. Sa selle mauresque est recouverte d'un caparaçon fait d'une mante de Palencia aux rayures criardes, et elle est ornée, par devant et par derrière, d'énormes

besaces venant de Villadiego, qui pendent sur le garrot et sur les flancs de Tanimal : les étriers sont garnis de sabots de bois dans lesquels le pied se loge comme dans une niche et une double bride, ainsi que la corde de jonc enroulée sur Tun de ses côtés, nous répondent des moyens coercitifs à employer en cas de besoin, comme du licol nécessaire à chaque halte qu'on fera. Le guide chevauchera sur un genêt solide, portant même harnarchement, et, de plus, un énorme tromblon appendu à Tarçon : le genêt est alezan brûlé, c'est la couleur du pays. Les besaces se garnissent de notre petit bagage, de victuailles pour le déjeuner et d'une outre de cuir contenant quelques litres d'excellent vin d'Espagne.

Notre hôte attentionné ajuste lui-même à notre talon gauche un éperon rouillé, muni d'une grande molette, que le guide a fourni. Il est dix heures du matin : nous avons pris congé de tout le personnel du Parador, rangé sur le pas de la porte ou perché sur les balcons ; on nous a souhaité, une foule de fois, bon et heureux voyage ; on nous a redit, on nous redit encore : « Vaga usted con Dios : Allez avec Dieu ». Répondant à notre tour : « Queden itstedes con Dios : Restez avec Dieu »,

nous enfourchons notre andalou et, suivant de près notre guide, nous nous mettons en route pour Gibraltar.

Au sortir des murailles de roche entre lesquelles il passe au fond du précipice que Ronda domine du haut de ces escarpements, le Guadalvin prend le nom de Guadiaro et se cache sous bois, dans la fraîche vallée de Cortès dont les fruits à noyaux, les pommes et les poires, sont des plus savoureux. Nous cheminons pendant quatre heures sur les bords de la rivière, raccompagnant dans ses méandres et partageant avec elle les douceurs de ces lieux ombragés : la vallée est solitaire et la vue coupée par les arbres qui couvrent la plaine et les versants de la Sierra de Toro et de la Sierra de Libar qui enserrent cette oasis que nous parcourons. Mais voici le Ventorrillo de Jimena : c'est le moment de faire halte, de donner aux chevaux un picotin et défaire honneur à nos provisions de route. Le Ventorrillo, comme son nom l'indique, est le diminutif d'une Venta ; et la plupart des Ventas en Espagne, n'offrent au voyageur que l'orge et la paille poiir les montures, de vastes écuries et une : cuisine immense où chacun est libre de condimenter à sa façon ce qu'il aurait à faire cuire.

en profitant du feu allumé dans Tâtre et des ustensiles mis à sa disposition qui se résument en quelques pots de grès et quelques poêles de fer battu, La Venta et le Ventorrillo ne fournissent pas autre chose : ni pain, ni vin, ai viande, ni poisson, ni légumes. Ah ! oui, on y trouve du sel, ce symbole de l'hospitalité, de Teau limpide et froide, et du chocolat servi dans de petites tasses, du chocolat exquis. Quant aux lits, il n'en est pas question, les muletiers étant seuls, parmi les passants, à s'arrêter là pour la nuit et dormant, tout habillés, sur la paille, dans un coin de l'écurie.

Le Ventorillo de Jimena ne fait pas exception à la règle et il ne pouvait nous donner ni rien de moins, ni rien de plus. Nous faisons donc servir leur repas à nos bêtes, et nous nous installons devant une table, sous une treille, pour nous réconforter de notre côté, grâce à nos provisions.

Après deux heures de repos, nous repartons, et laissant le Guadiaro continuer ses courbes capricieuses, nous nous rapprochons du pied de la Sierra Bermeja dont le nom même indique les vermeilles couleurs. La route est de plus en plus pittoresque : le soleil, dans sa course descendante, dore des

tons les plus chauds, ce paysage dont Taspect sauvage est corrigé par la grandeur de ses formes et les derniers rayons de Tastre à son coucher, illuminent au loin la silhouette de la petite ville de Gaucin, perchée, elle aussi, sur une éminen ce rocheuse que couronnent les ruines d'une forteresse des Maures.

G^est là que nous allons nous arrêter, car la nuit va venir et il n'est pas prudent de s'aventurer dans Tombre à travers ces casse-cous. La montée, pour y arriver, est quelque chose d'épouvantable ; un escalier disloqué taillé dans le roc et des précipices affreux, où le moindre faux pas nous ferait dégringoler. Nous mettons pied à terre et notre guide en fait autant : chacun ainsi veille à sa propre sécurité ; les chevaux livrés à leur instinct et nous, dégagés du souci de les guider ou de les maintenir.

Le Parador de los Ingleses est une grande auberge, dont le rez-de-chaussée est installé à l'espagnole, avec ses arcades, ses fontaines, ses cours à ciel ouvert et ses vastes écuries, tandis que l'étage supérieur renferme des installations presque britanniques, car on y trouve une table parfaitement servie, des vins de choix, du thé et des bois-

sons alcooliques : inutile de dire que les Anglais, allant à Gibraltar ou en venant par terre, sont les hôtes accoutumés de ce Parador,

Nous partons de Gaucin au lever du soleil : des portes de la ville, la vue est admirable ; la pointe de Gibraltar, dont nous sommes encore à 30 kilomètres, se détache comme la corne d'un rhinocéros, sur les eaux du détroit, et les côtes d'Afrique bleuissent au delà.

Dépassant la Venta de los Nogales par un sentier qui longe les rives du Jenal et franchissant le gué de Pasada Real, en aval du confluent de cette rivière et du Guadiaro, nous déjeunons à la Venta de Azebuchal, de ce qui reste de nos provisions prises au départ de Ronda, tandis que nos chevaux reçoivent une bonne ration de paille, d'orge et de caroubes. Nous trouvons ensuite le bourg de Tesorilloj les défilés d'Almoraina, la Venta de Odon au delà de laquelle nous gravissons la colline que San Roque couronne.

San Roque est une ville d'environ 10.000 âmes, de construction récente puisqu'elle ne date que de l'époque à laquelle la pointe d'Europe devint la proie de l'Angleterre, au commencement du siècle dernier; elle est située à 12 kilomètres

de Gibraltar dont la séparent le territoire neutre et les lignes anglaises. Le voisinage de la possession anglaise a déteint sur elle : son aspect, ses usages sont empreints du cachet britannique.

Nous descendons au bord de la mer : la magnifique baie d'Algéciras se déroule à notre droite, dominée par ces hauteurs, et commandée par Gibraltar.

Nous n'avons nullement l'intention de nous assujettir à la vie cellulaire à laquelle sont soumis les habitants de cette place de guerre et les personnes qui, après avoir rempli une foule d'ennuyeuses formalités, obtiennent l'autorisation d'y pénétrer et d'y passer la nuit. Les portes en effet fennent à 5 heures du soir : impossible après cela d entrer ou de sortir jusqu'au soleil levé ; les heures d'ouverture et de clôture sont annoncées par un coup de canon. Mais une ville au moins aussi peuplée que San Roque, s'est élevée sur les limites mêmes du territoire neutre, occupant toute la largeur de l'isthme et portant le nom de Linea. C'est là que nous prenons nos quartiers, de façon à n'avoir qu'un pas à faire pour visiter Gibraltar le lendemain, sans avoir subi les ennuis de sa prison. Linea, du reste, est bien construite, on y trouve

de bons hôtels^ notamment le Victoria, et Tanimation y est grande, cette ville étant devenue l'entrepôt des marchandises à introduire en Espagne sans payer de droits, et le centre des opérations frauduleuses auxquelles les felouques de la baie et les contrebandiers de la montagne se livrent chaque nuit.

Il faut être muni d'un passeport pour entrer à Gibraltar, et encore le visiteur étranger estil soumis, d'abord à une constatation rigoureuse de son identité, ensuite à une surveillance occulte de tousses mouvements. Oh ! la libre Angleterre! Si l'Espagne ou la France, dans leurs places fortes, faisaient subir aux touristes anglais la dixième partie des mesures vexatoires que l'Angleterre pratique à Gibraltar, le monde entier retentirait des plaintes britanniques et l'Espagne et la France seraient mises par tous les organes de la presse du Royaume-Uni, au ban des nations civilisées !

En sortant de Linea on traverse une petite plaine sablonneuse : puis, on longe le champ de courses, excellent hippodrome admirablement installé ; on trouve ensuite un stand avec ses cibles en permanence, des aires pour le jeu de cricket et

pour le lawn-tennis, les cimetières des chrétiens et des juifs, le marché au hétail et les abattoirs.

Le promontoire qui compose cette parcelle du sol espagnol soumise à la domination de la Grande- Bretagne, s'étend depuis le territoire neutre jusqu^à la pointe d'Europe sur une longueur de près de 5 kilomètres, et une largeur variant de un kilomètre à deux. Les Phéniciens la désignaient sous le nom de Alube,d'où Calpe : les Romains s'arrêtaient aux colonnes d'Hercule, entre Calpe en Europe et Abyla sur la côte africaine, qui leur disaient : « Nec plus ultrj » ; les Berbères le nommèrent Gebal-Tarik, le mont deTarik, au pied duquel ce chef des Maures débarqua en l'année 711 : l'Espagne transforma Gebal-Tarik en Gibraltar que les Anglais écrivent de même et prononcent Djihroltar,

Guzman-el-Bueno s'en empara en 1309, chassant les Maures qui le reprirent en 1333. Mais un autre Guzmany entra en vainqueur en 1462, et durant deux cent quarante-deux ans, Gibraltar fit partie du royaume d'Espagne. Pendant la guerre de Succession, le 24 juillet 1704, un amiral anglais y entra par surprise et l'occupa au nom de l'archi-

duc Charles, prétendant à la couronne d'Espagne réfugié alors en Portugal : cet amiral se nommait Sir Georges Rooke,dont la consonnance rappelle le verbe anglais rook qui signifie voler. A la signature du traité d'Utrecht, le roi d'Angleterre George 1" était disposé à rendre Gibraltar à TEspagne, mais ses conditions étaient inacceptables et l'Angleterre garda entre ses mains la clef du détroit : elle en fit une forteresse formidable, une escale pour les vaisseaux de la Compagnie des Indes, un entrepôt pour les produits de ses manufactures, et, de nos jours, un immense dépôt de charbon pour les bateaux à vapeur allant dans les ports de la Méditerranée, dans l'Inde, en Australie, au Japon, en Chine, ou en revenant.

La ville est située sur le bord de la mer, au pied d'un rocher de près de 150 mètres de hauteur, percé de meurtrières, hérissé de canons. En venant de Linea, on y entre par la porte de la baie et, après avoir dépassé le quartier des Irlandais, on rencontre la principale rue : Main Street, qui coupe le place du Commerce {Commercial Square) et mène, en contournant, à la Cathédrale et au Palais du Gouverneur. Au sud de la ville, toujours au pied du rocher, se trouvent le champ de ma-

nœuvre Grand Parade^ les jardins de TAlameda, le faubourg de Rosia,les grandes casernes et enfin la pointe d'Europe qui forme l'extrémité orientale de la baie d'AIgéciras comme la pointe de Cabrita en marque les limites à l'occident. Gibraltar renferme dans ses murs une population de 20.000 habitants et une garnison d'environ 6.000 hommes. Là, tout estanglais : les maisons, les noms des rues, les enseignes, les magasins, les hôtels, les buvettes, tout jusqu'au brouillard artificiel que produit la fumée du charbon de terre, le combustible le plus employé ; heureusement pour nous que nous ne sommes pas allé visiter Gibraltar un dimanche, car alors la ressemblance eût été par trop désagréable et nous aurions pu nous croire à Hartlepool, à Harwich ou à Falmouth. Toutefois, ce que l'insipidité de la vie anglaise, dans ses formes extérieures, n'a pas effacé, c'est le contraste original entre les soldats blonds aux casaques rouges à brandebourgs blancs ou au jupon écossais qui prête tant à rire aux malignes Andalouses, et les Maures cuivrés, sous leur long burnous blanc, les Juifs de Tanger au turban crasseux, et les gens de la Seîrania de Ronda drapés dans leurs mantes aux couleurs voyantes ; tout

cela allant, venant, se coudoyant, de Land Po?'tk Ragged Staffs au milieu des fruits du midi de TEspagne et des produits de Birmingham, de Leeds ou de Manchester, se parlant, disputant, s'injuriant même dans une confusion de langues qui doit rappeler les scènes de la tour de Babel.

Munis de toutes les autorisations voulues, grâce à l'obligeante intervention du chancelier du consulat de France, nous avons visité la ville et les fortifications sous la conduite d'un sergent anglais, le plus aimable des guides et le plus agréable des surveillants que Ton puisse imaginer.

Nous avons vu le Dock Yard avec ses bassins de carénage, le nouveau Môle et son débarcadère, les bastions casemates de Jumper et du Roi, le vieux Môle et ses quais encombrés de ballots, la cathédrale anglicane, grotesque monument, et la belle église catholique vouée au Sacré-Cœur.

Nous avons parcouru, à cheval, Willis Road^ et fait ainsi le tour du promontoire, visitant tour à tour, le château Maure construit en Tan 72S par Abu-Abdul-Hager, la Toire del Hometiage : la Tour de THommage, la batterie Willis dominant le précipice de El Salto del Lobo : le Saut du Loup, le phare et le sémaphore, la Sillita, au-dessus de la

baie Catalan, la grotte San Miguel aux belles stalactites, toutes les galeries couvertes et à deux étages, où Ton se heurte à chaque pas à TaffClt d'un canon, et qui ne serviraient à rien le jour d'un combat, tant les artilleurs y seraient promptement asphyxiés. Nous sommes monté, tout en nous amusant des grimaces des singes sans queue cabriolant autour de nous, à la cime du roc, du Penon, comme on le nom oie, pour admirer, de là, un splendide panorama : au nord, la Serrania de Ronda ; la Sierra Nevada aux pics neigeux à Test ; au sud, de l'autre côté du détroit, Ceuta toute blanche au pied du mont Abyla, le Gibel-Mousa des Maures, puis la pointe de La Almina, et la Sierra de BuUones ; à l'ouest le Monte Cuervo, chauve comme un vautour ; et à nos pieds la baie, Algéciras, San Roque et Gibraltar.

Un service de bateaux à vapeur établit, trois lois par jour, une communication directe entre Gibraltar et Algéciras, à travers la baie. Profitant de cette voie facile et commode, nous sommes allé coucher à Algéciras, à la Fonda de la Marina^ pour prendre, au point du jour, la diligence de Cadix.

Algéciras, le^Portus Albus des Romains, Tlle-

Verte des Maures, Jeziratu-'Al-Khadra^ est située sur la baie, en face de Gibraltar, à Tembouchure du Miel ; sa population est d'environ 15.000 âmes : ses maisons basses, et garnies de grandes grilles de fer, sont toutefois d'un très gracieux aspect : le port est des plus sûrs et les bois de chênes-lièges qui restent toujours verts, forment autour d'elle le plus charmant rideau, tandis que le groupe des petites ilês Palomeras nage dans ses eaux comme un vol de canards rasant de près les flots.

Eh partant d' Algéciras au moment où le soleil se lève, nous voyons le rocher de Gibraltar coififé d'un chapeau de nuages: c'est signe de beau temps. De même qu'à Lucerne, on dit :

Si le Pilote a son chapeau Le temps se met au beau ;

on dit à Algé ciras :

PeFion encasquetadOf Buen tiempo asegurado.

Nous traversons des défilés, nous serpentons sur le versant de la Sierra de Linea : le paysage est enchanteur, la vue admirable ; il ne manque qu'une chose, des habitants dans cette solitude.

On fait halte pour dîner à Tarifa, la ville la plus mauresque de toutes les villes d'Andalousie, les confins extrêmes de l'Europe au sud, le point le plus rapproché de la côte d'Afrique. Fondée par les Carthaginois qui la nommaient Josa, devenue ensuite la Julia Traducia des Romains, elle fut longtemps occupée par les Maures : c'était alors Tarif-Ibn- Malik. Sancho le Brave s'en empara en 1 232 ; et comme les Maures, sous les ordres d'un traître, l'infant Don Juan, venaient pour la reprendre, Don Alonso Ferez de Guzman s'y enferma, jurant de la tenir pendant un an, de la défendre oU des'envelir sous ses ruines. C'est ici que se place ce drame resté légendaire et connu du monde entier. L'infant Don Juan, avant de passer à l'ennemi de sa patrie et de sa foi, avait parmi ses pages un fils de Ferez de Guzman ; il le retint prisonnier et voulut s'en faire un gage, notifiant par la voix du héraut au champion de Tarifa que ce fils, objet de son amour, allait être tué si la place ne se rendait pas, Guzman fit répondre par son héraut : « Mieux vaut l'honneur sans un enfant, qu'un enfant sans l'honneur » ; et il jeta lui-même son poignard par-dessus les murs pour que cette arme servît à l'affreux sacrifice. L'enfant fut tué, et Tarifa resta à l'Espagne.

t3ii ESPAGNE

La ville, peuplée de 12.000 habitants est de forme quadrangulaire, entourée de murailles et dominée par les ruines de son Alcazar : la tour de Guzman occupe Fun des angles de Tenceinte. Les rues sont tortueuses, tout y est sombre. Dans ce pays du soleil, les femmes sont voilées, laissant àpeine un œil à découvert, comme les Péruviennes ; il n'est pas toujours aisé de les reconnatre sous les plis redoublés de leur mantille noire, et on dit que bien souvent il en est résulté de cruelles méprises. On cite le cas de maris surpris faisant la cour à leurs femmes, en les prenant pour une autre. Les mœurs des Maures sont à peine effacées encore.

Une plaine arrosée par le Guadalecito, relie Tarifa à Pefla del Ciervo, petite forteresse où Ton employa, dit-on, en 13i0 et pour la première fois en Europe, des canons apportés de Damas. On aperçoit, par delà le bras de mer, les murs blancs de Tanger : c'est ici la partie la plus étroite du détroit.

Nous passons ensuite à la Venta de Tabilla^ laissant à droite la grande lagune de La Janda aux bords de laquelle Tarik rencontra le dernier roi des Goths, Roderic, le battit et prépara ainsi sa vie-

ESPAGNE i:<3

toire de Guadalete qui donna pour des siècles TAndalousie aux Musulmans.

Traversant le Barbate, nous laissons à droite, sur un monticule, la ville de Vejer de la Frontera, à gauche de Meca et le cap qui fut le Promontorium Junonis des Romains, Tarel-al-Ghar des Maures, Trafalgar où, le 21 octobre 1803, Villeneuve et Gravina furent vaincus par Nelson qui paya de sa vie les lauriers de la victoire. Conil, qui vient après, est une petite ville de 4.000 âmes; avec un petit port où Ton charge du soufre et où Ton pêche du thon. D'ici on voit au loin, dans les terres, deux pics de forme bizarre dominant Médina Sidonia.

La plaine qui suit, arrosée par le Conilete, est solitaire, infestée de serpents.

Voici Chiclana, belle ville de 12.000 habitants, avec un climat délicieux : c'est la résidence d'été des familles riches de Cadix ; elle possède des eaux minérales justement appréciées.

Puis viennent des marais salants, le canal de Santi Pétri qui sépare Tîle de Léon du continent, le pont de Suazo ; et la diligence s'arrête enfin aux portes de la ville de San Fernando où nous prenons le chemin de fer qui nous dépose, après un trajet de dix minutes, en gare de Cadix.

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