CHAPITRE V
De Malaga à Cadix. — Bobadilla. — La Roda. — Osuna. — Utrera. — Xérès. — Cadix. — Murillo. — Séville. — Les Patios. — L'CEuvre de Murillo. — La Caridad. — Le Palais San-Telmo. — L'Alcazar. — Le Musée. — De quelques peintres espagnols. — La Giralda. — La Cathédrale. — De Séville à Madrid. — Aranjuez.
Il s'agit de quitter de nouveau Malaga, à destination de Cadix, par une voie moins pittoresque mais plus facile que celle de Ronda. Nous remontons à Bobadilla et, d'Alora à Gobantes, nous admirons encore ce fantastique spectacle de la voie ferrée traversant des rochers que Ton ne peut comparer à rien. Dans quelques heures, entre Séville et Jerez, nous traverserons des plaines immenses qui ne ressemblent ni à la Crau, ni à la Hongrie orientale, ni au cours du Danube en aval de Pesth, et c'est ici le lieu de reproduire une pensée du marquis de Custine que j'ai cité déjà. Il dit avec une grande vérité que TAllemagne, la Suisse, l'Italie même,
VOUS laissent souvent penser que vous voyagez dans un autre pays, mais que l'Espagne est toujours l'Espagne. Ici, aucun étranger ne peut se croire chez lui un seul instant, ni s'imaginer que ce qu'il voit n'est pas l'Andalousie.
Nous repassons par Bobadilla dont le buffet est réputé l'un des meilleurs d'Espagne et nous reprenons la route de Cordoue jusqu'à La Roda, embranchement pour rejoindre la grande ligne de Madrid, Cordoue, SéAille et Cadix. De La Roda, 380 mètres d'altitude, nous montons à Pedrera, point culminant de cette ligne, 460 mètres, et nous redescendons rapidement par Aguadulce à Osuna, ancien apanage de l'une des plus grandes familles d'Espagne . La Colegiata d'Osuna est une église de style gothique dans un coin obscur de laquelle on peut admirer un Christ, chef-d'œuvre de Ribera. Une chapelle souterraine renferme les tombeaux en marbre Je la famille d'Osuna.
" A Marchena les ducs d'Arcos possèdent un palais ; puis il faut encore changer de train à Utrera et y attendre pendant assez longtemps celui qui va de Séville à Cadix. Nous profitons de l'arrêt pour aller visiter cette jolie petite ville de 14.000 habitants, d'une propreté exquise avec les ruines d'uu
vieux château dont la grosse tour carrée est presque intacte. On restaure sa principale église qui date du xvi'' siècle. La seconde église, Santiago^ possède dans son trésor, plutôt que parmi ses reliques, l'un des deniers qui furent donnés à Judas pour vendre Notre-Seigneur !!
Nous traversons de grandes plaines marécageuses avant d'arriver à la jolie petite ville de Lebrija avec son vieux château ruiné et ses murailles flanquées de tours. Son église entourée d'un beau cloître, où croissent les orangers, est riche en ornements et en boiseries. La tour qui la surmonte semble copiée sur le modèle de la Giralda de Séville. Avez- vous remarqué que partout où il avait un beau monument, une croix d'un joli style, on en retrouvait, partout aux alentours, des copies plus ou moins bien réussies mais qui attestent le penchant de T homme à la reproduction de ce qui est ou de ce qui lui semble beau ?
Des troupeaux de bœufs, de chevaux, de taureaux, sont épars dans des plaines immenses, à l'ouest desquelles coule le Guadalquivir qui va se jeter dans la mer à San Lucar de Barrameda. Ce n'est que bien peu avant d'arriver à Jerez que Ton voit les premières vignes, admirablement tra-
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vaillées. La ville se distingue par une excessive propreté : la visite des caves où s'élaborent les vins presque tous destinés à la consommation anglaise, nous mènerait trop loin et nous retiendrait trop longtemps : constatons toutefois que la plupart des propriétaires de ces magnifiques celliers sont d'origine française et surtout du Béarn. Deux tours pittoresques surmontent le vieil Alcazar. Un chemin de fer relie Jerez à San Lucar de Barrameda.
Nous arrivons ensuite à Puerto Santa Maria qui se trouve en face de Cadix ; nous avons 35 kilomètres à faire avant d'y arriver, pour contourner l'immense baie et revenir au nord par l'isthme qui rattache Cadix à la terre ferme. Les courses de taureaux de Puerto Santa Maria sont au nombre des plus célèbres de l'Espagne ; le pays est parsemé de belles habitations. Un embranchement sur le IrocaderOy pris par le duc d'Angoulème en 1823, se détache de la ligne principale, après avoir passé la rivière de San Pedro. Puerto Real est au fond de la baie, dominé par Médina Sidonia adossée à la montagne, dans une belle position ; plus près, Chiclana oii les habitants de Cadix ont leurs campagnes, comme je Fai dit déjà.
La voie traverse d'immenses marais salants du
milieu desquels s'élèvent des pyramides blanches, puis elle passe sur un pont de bois le bras de mer de Santi Pétri qui sépare complètement du continent rile de Léon où se trouvent Cadix et San Fernando. L'arsenal maritime de la Carraca forme une autre île, où l'on n'arrive que du côté de San-Fernando. Il est bien aménagé et renferme toutes les installations nécessaires aux constructions maritimes, des casernes, une église, un collège de gardesmarine et un bagne, comme autrefois chez nous à Brest et Rochefort.
Il nous reste à traverser San Fernando, 25.000 habitants, place forte perdue sur une langue de terre de plus de 10 kilomètres de long, couverte de marais salants et dominée par un monticule sur lequel est établi un observatoire qui règle toutes les estimations de la marine espagnole. La langue de terre se resserre ; c'est à peine si les deux voies, la route carrossable et la ligne ferrée, peuvent y trouver passage : la forteresse de la Cortadura^ la tranchée, coupe le remblai à michemin et après avoir dépassé la station de Aguada Puntalas et le promontoire de la Punta de la Vacca^ nous débarquons dans une gare dont le sol tout entier a été conquis sur la mer.
Cadix, dont le nom primitif G addip, lieu entouré, que les Grecs et les Romains changèrent en celui de Gades, d'où Cadix, était, au témoignage de Pline, entièrement séparée de Tîle de Junon, aujourd'hui Léon. D'après Strabon, elle était une des plus importantes cités de TEmpire, malgré l'exiguïté de son territoire : aujourd'hui cette place forte occupe une presqu'île que l'Océan baigne de toute part ; sa baie est splendide. C'est, dit-on, la ville la plus agréable de l'Andalousie, au moins pour la douceur de son climat. Elle compte cinq portes, mais par le fait, on n'y arrive que par l'isthme. Cadix, peuplée de 6S.000 habitants, est l'une des plus anciennes villes de l'Europe, et elle semble toute neuve par la blancheur de ses maisons, par Tair de jeunesse qu'elle a conservé à travers les âges. Montez à la Torre de la Vigi^, autrement dite La Torre de Tavira^ et vous aurez sous les yeux Tun des plus beaux panoramas du monde. La ville, d'une blancheur éblouissante, avec ses toits en terrasse et ses fortifications qui tombent en lambeaux sans avoir pris les teintes de la décrépitude ; ri4/amerfa et les Jardins botaniques, deux énormes berceaux de verdure et de fleurs ; la baie, qui se déroule comme un manteau d'azur, gardée par
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ses rochers, animée parles manœuvres des bateaux à vapeur et des navires à voiles, égayée par le vaet-vient des embarcations de pêche, de trafic ou de plaisance : la jolie ville de Rota penchée sur son promontoire ; San Lucar de Barrameda, Puerto Real, San Fernando, Chiclana, Santi Pétri, Mediua- Sidonia sur le sommet de la montagne qui lui sert de piédestal ; au loin les monts de Ronda ; et au sud, à Test, à Touest, l'immensité de l'Océan. Allez, l'après-midi, voir le beau monde qui parade dans la Calle Ancha et que vous retrouverez le soir sur le Baluarte de la Candelana^ à la Plazado Mina, ou sous les ombrages de ÏAlameda de Apodaca; il y a encore de jolies Gaditanes, mais ici, pas plus qu'ailleurs, vous ne verrez les costumes nationaux. Une Espagnole remplaçant la mantille par le chapeau, et troquant l'éventail contre le parasol, peut aller se promener aux Champs-Elysées sans qu'on la remarque, sacrifiant ainsi à une imitation stupide des modes de Paris, toutes les séductions d'une toilette charmante d'élégance et d'originalité.
Près de la porte de Tierra, l'inévitable Plaza de Toros, en bois, très vaste et sans intérêt.
Cadix possède deux cathédrales : l'ancienne, La
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Yieja, qui n'offre rien de remarquable et la nouvelle, La Nueva, qui est une niasse imposante mais lourde àrœil. Cette dernière, de construction toute ïécente, est composée de trois nefs séparées par d'énormes piliers : la Silleria du chœur provient de la Chartreuse de Santa Maria de las Cuevas. La crypte, malgré ses formes écrasées, est une œuvre artistique de la plus grande beauté. Il s'y produit un effet d'acoustique des plus bizarres. Ce- n'est point l'écho de la tour de Murcie que nous avons retrouvé beaucoup plus parfait encore dans une des pièces de l'Alhambra de Grenade et que je ne crois pas vous avoir signalé, mais lorsque vous marchez sous cette voûte, votre pas se répercute, sous vos pieds, à plusieurs reprises et comme le tremblement produit par la hallebarde d'un suisse d^église, habile dans l'art de se servir des insignes de sesfonctions. Jamaisje n'avais entendu cet effet-là. Le marbre a été employé à profusion dans la construction et le dallage de cette cathédrale : les peintures abondent mais ne sont guère à admirer, si Ton excepte toutefois une magnifique copie de la Conception de Murillo par Clémente de Torras. Ses richesses en reliques et vases sacrés, sont incalculables ; la custodia, ostensoir, est estimée à plus
de 250.000 francs ; et il y en a une autre, pieuse donation de Don Pedro Calderon de la Barca, qui ne lui cède en rien pour le mérite artistique et pour la valeur.
Mais ce qu'il tant voir surtout et avant tout à Cadix c'est la chapelle du Couvent de Santa Catalina qui possède le tableau que peignait Murillo lorsque, se reculant sur son échafaudage pour juger de Feffet, il tomba à la renverse sur les marches deTautel. Transporté à Séville, il mourut de cette chute trois mois après. C'est un magnifique tableau représentant les Noces de sainte Catherine , dont on ne se lasse pas d'admirer le coloris, le fini de l'exécution et l'expression des traits. Dans la même chapelle et du même grand artiste, on voit encore une Immaculée Conception, Vierge placée au milieu de la nef, bien éclairée et qui vous regarde à quelque endroit de l'église que vous vous placiez. Les traits changent à mesure que vous changez de place vousmême : aucun peintre n'a pu imiter ce chef-d'œuvre et vous comprenez que la photographie ne peut en donner même une idée. Il y a encore un tableau de ce peintre célèbre, Saint Antoine recevant les stigmates ; le saint semble sortir de son cadre.
Murillo aimait à peindre dans l'endroit même où
son œuvre devait être placée, pour juger du jour, de la hauteur et de tout ce dont ne se préoccupent pas assez les artistes de nos jours ; nous retrouverons un autre Saint Antoine dans une chapelle de la cathédrale de Séville, qui futpayé 1.600 pesetas etqueLouis-Philippeyquise connaissait en affaires, aurait acquis, malgré sa grande dimension, en le recouvrant tout entier de pièces de cent francs. On n'accepta pas le marché.
Cadix a joué autrefois un grand rôle dans la vie commerciale de l'Europe, alors que les galions venaient y apporter les richesses du nouveau monde et que les pavillons de toutes les nations battaient dans son port franc. Cette prospérité à disparu aussi bien en conséquence du déplacement des opérations marchandes dans le monde entier, que par suite de la perte que l'Espagne a faite de ses grandes possessions d'Amérique, Cuba et Puerto Rico exceptés, et de l'incurie de ses gouvernants. Mais sa situation exceptionnellement favorable est toujours la même : elle est toujours la façade de l'Europe vis-à-vis des Antilles et de l'Amérique méridionale : J 'avenir lui appartient.
Nous partons pour Séville et nous refaisons la même route jusqu'à Utrera. A 31 kilométrée de la
capitale do rAiidulousie ; nous traversons la station de Dos Hermanas et nous entrons à Séville au clair de la Lune. Les Phéniciens la nommèrent Hispalis, à cause de la fertilité de ses tenues. Jules César l'appela Julia Romiila et les Maures lui donnèrent le nom qu'elle porte encore aujourd'hui.
Voilà ce que Ton dit ici, mais il ne faut pas oubHer que les habitants de Séville passent pour les Gascons de la Péninsule et qu'ils s'en vantent euxmêmes. Le marquis de Custine que j'ai cité déjà plusieurs fois et qui ne jugeait rien avec bienveillance, dit du peuple andaloux qu'il est « le plus léger, le moins sincère, le moins généreux mais le plus théâtral des Espagnes. Il ajoute qu'il joue la gravité à merveille et qu'il est naturellement élégant; il paraît distingué, comme ailleurs on a l'air commun»; et pour en finir avec ce marquis voyageur, il définit ainsi la Sal Espanola qui est le trait caractéristique de FAndaloux : « Ce n'est pas la grâce française, ce n'est pas la simplicité, le calme de la beauté italienne ; c'est, au physique, ce que le sel attiqiie était à l'esprit. »
Séville est une grande ville dans toute l'acception du terme ; son climat est charmant, et son
ciel admirable. Il y a beaucoup de société ; et en
dehors du palais de *S'an-7'e/mo, résidence ordinaire du duc de Montpensier, c'est àTAlcazar que réside l 'ex-reine Isabelle lorsqu'elle vient à Séville. Je ne puis, en ce qui me concerne, accepter le jugement de Custine ; nous n'avons rencontré ici, comme à Barcelone, comme partout, que des gens aimables, empressés et du meilleur monde.
Séville, en effet, ressemble à nos anciennes grandes villes de France, Lyon, Bordeaux, Besançon, Nantes et tant d'autres où l'on venait passer ses hivers avant que le gouffre de Paris n'ait tout attiré à lui et en attendant qu'il devienne inhabitable. Séville a d'excellents hôtels, de belles promenades, toutes les ressources d'une grande ville, mais là comme ailleurs, les costumes nationaux ont à peu près disparu. « Moins un peuple est civilisé, ai-je lu quelque part, plus il attache d'importance à sa parure. » Les Espagnols sont par trop civilisés puis(ju'on ne trouve plus, partout, que les hideuses modes de Paris et que, si on ne voyait pas encore le manteau à collet, doublé de peluche aux couleurs' voyantes, si toutes les femmes avaient dos chapeaux au lieu de la mantille, on ne saurait vraiment pas dans quel pays on se trouve.
C'est à Séville que l'on doit séjourner lorsqu'on
vient en Espagne dans un but autre que do tout voir sans arrêt ; mais je crois Tavoir dit déjà. Il faut passer par ici en venant de Madrid et avant d'aller à Grenade et môme à Cordoue, car on ne saurait trouver un contraste plus parfait que celui qui existe entre cette dernière ville et la capitale de l'Andalousie .
Il ne reste plus des anciennes portes de Sévilie que celle de Triana qui conduit au faubourg du même nom, de l'autre côté du Guadalquivirque l'on traverse sur un beau pont. Ce faubourg est habité par une nombreuse population ouvrière attachée à la fabrique de céramique, qui occupe remplacement d'une ancienne chartreuse, et aussi par toute une tribu de gitanos. C'était l'entrée princti^ale de la ville ; c'est par la porte de Triana que passaient les rois lorsqu'ils visitaient l'Andalousie.
Nous retrouvons à Sévilie des rues étroites et tortueuses, où les maisons modernes, aux couleurs voyantes et aux balcons ornés de grands rideaux flottants, alternent avec les constructions anciennes^ aux teintes sombres, à l'aspect mystérieux. Les unes et les autres présentent toutefois , à l'intérieur,lamême disposition que les secondes tiennent de Turchitecture arabe et que les premières ont
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cherché à imiter ; c'est le Patio, ou cour carrée, entouré de colonnes et séparé delà rue par un vestibule pavé de marbre et par des grilles de fer d'un goût exquis et d'un travail souvent merveilleux. La plupart des maisons ont aussi un portique sur la ■oie publique, El Z^f^ï^an, donnant accès au Cancel,
'est-cà-(lirc à la porte de chêne incrustée de riches ornements de fer admirablement ciselés. En un mot ce sont les maisons mauresques dont on a vitré la galerie, et pour les fenêtres donnant sur la rue, les moucharabiehs que vous connaissez sont remplacés par des balcons vitrés, les miradores dont j'ai déjàparlé àMurcie si je ne me trompe.Toujourscommechezles Maures, une fontaine entretient la fmicheur dans le Patio garni de plantes et de fleurs et qu'une grande toile carrée, toldo, tendue de bout à bout, protège contre lesardeurl du soleil d-Andalousie ; c'est là qu'on Jîasse ses journées, toute l'année durant, et presque toute ses nuits, pendant l'été.
Les places sont généralement petites, plantées d'arbres : l'une d'elles, de construction récente estcarrée.bien belle, bien large. mais,un non-sens pour ce pays.Quelques palmiers t ombragent !/r c'est vous dire qu'on n'y rencontre jamais personne
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Et penser que pour construire cette place on a détruit le magnifique couvent de Saint Dominique !
Sévilte reçoit de l'eau en assez grande quantité par un bel aqueduc nommé los Cdlwivs do Car- ;?207î« qui vient deAlealadeGuadaira. Des conduits souterrains amènent Teau jusqu'à lîi Cruz de lo Canipo, pendant dO kilomètres et là commence une série de 410 arcs jusqu'au château d'eau de Fancienne porte de Carmona.
Il y a beaucoup à voir à Séville. Nous sommes ici dans la patrie de Murillo dont la statue s'élève sur la place du Musée et partout, dans les églises comme dans les couvents, il va des chefs-d'œuvre à admirer; les plus belles toiles de Murillo, celles de son élève Zurbaran, de Alonso Cano, des Ilerrera, dont un fut chanoine de la cathédrale de Séville, de Montafies, de Pedro Campana,Roelas,Pacheco, Valdès, etc., etc.
Beaucoup de sculptures et de statues en bois peinles,spécialité particulière à Séville et à Malaga.
Je ne parlerai naturellement que de ce que nous avons vu de plus remarquable, n'ayant pas la prétention de jamais remplacer un guide du voyageur.
Commençons nos visites par un intéressant établissement hospitalier de Séville, la Ccwidad^
administré comme Tétaient jadis certains de nos liôpitaux — celui de Lyon par exemple — par une commission composée des personnages les plus marquants de la ville qui se font gloire de dépenser leur temps et leur argent pour les déshérités de la fortune. C'est Tun de ces administrateurs, Thonorable marquis de Santa-Cruz de Inguanzo qui nous a fait parcourir ce bel établissement. C'est l'asile des vieillards pauvres que Ton y reçoit et nourrit Jusqu'à leur mort. Un membre de la commission est toujours de service et, à riieure des repas, des messieurs de la ville vienrent servir ces malheureux. Une coutume pieuse veut que l'on baise la main au plus vieux des pensionnaires de Thospice, ce qui nous fîmes à la suite de notre aimable guide ; le vieillard nous remercia et nous bénit ; et de là nous allâmes prendre les assiettes remplies par des religieuses, pour les remettre aux pauvres infirmes, assis à côté de leur lit quand ils peuvent le quitter. Dans une salle voisine et après la cuisine, admirablement propre, nous visitons les pèlerins, c'està-dire les voyageurs pauvres que Ton héberge pendant trois jours, absolument comme à notre hospitalité de nuit.
La coutume de baiser la main du prince, surtout en usage en Espagne et en Portugal où, dans les grandes cérémonies, les grands sont admis à baiser la main du roi, est certainement venue des Maures de même que le titre d'alcade, que portent les magistrats municipaux, vient dialcaïde, chez les unciens conquérants de TEspagne ; ce nom était »/orté par le gouverneur d'une ville ou d'un château. Cette coutume s'est généralisée car, ici, on u'aborde pas un prêtre sans lui baiser la main et vous avez vu qu'à la Caridad on baisait également celle du pauvre parce qu'il représente aussi Notre- Seigneur sur la terre.
Dans l'Eglise, on admire d'abord, sur le maîtreautel, un groupe représentant l'ensevelissement de Notre-Seigneur, composé de statues de grandeur naturelle faites avec une perfection telle que Murillo voulut les peindre ; c'est le seul travail de ce genre que Ton possède du grand artiste. De lui encore, mais de sa première manière, toute la vie de sainte Rose, suite de toiles de petite dimension. j)e lui toujours, deux immenses tableaux représentant l'un, Moïse faisant jaillir leau du rocher; l'autre, le miracle de la multiplication des pains. La gravure a reproduit ces chefs-d'œuvre, mais la gra-
vure, c'est un peu la photographie voulant donner ridée d'un Rubens !
Encore de Murillo, un magnifique Saint -Jean-de- Dieu, avec des prespectives dans le noir et un point lumineux au fond de la toile où Ton distingue l'entrée de l'hospice. Ce chef-d'œuvre avait trois pendants. En j 810 ils furent transportés en France tous les quatre; puis à la paix. Napoléon en rendit deux au roi d'Espagne et en garda un qui figure encore au Louvre. Le roi d'Espagne en donna un au Musée de Madrid et rendit l'autre à la Caridad. Quant au quatrième, on suppose et on dit tout bas, ici, qu'il aurait été égaré dans les fameuses collections du maréchal Soult ! Personne n'ignore le goût qu'avait le général pour les beaux tableaux ! ! !
Dans cette même église on remarque aussi deux tableaux de Valdès représentant, l'un l'apothéose de la Croix et l'autre deux morts, étendus dans leur cercueil ; le premier est un évêque revêtu de ses ornements pontificaux, l'autre un guerrier. La mort a presque achevé son œuvre de décomposition. Ce qu'il y a de bizarre dans l'histoire de ce tableau, c'est qu'il fut composé par Valdès, du vivant et sur Tordre des deux morts qui voulurent
avoir sous les yeux ce salutaire spectacle. C'est horrible !
J'allais oublier de citer ce que ron appelle les Enfants de Murillo : un petit Notre-Seigneur, faisant pendant à un jeune saint Jean-Baptiste, sont des œuvres charmantes que nous avons regardées de nouveau pour oublier l'œuvre de Valdès.
Dans la sacristie on voit un grand paysage flamand qui est une véritable étude de lumière ! Encore un saint Pierre,de Murillo et un beau Christ de Valdès.
Après avoir parlé si longuement de la Caridad il convient que je termine par où j'aurais dû commencer, c'est-à-dire par Thistoire de'sa fondation ou pour mieux de son fondateur, Don A. de Maiïara,qui avait d'abord mené dans le monde une vie assez tourmentée. Ayant perdu sa femme et voulant réparer ses erreurs, il consacra toute sa fortune et se voua lui-même à l'œuvre que nous venons de visiter. Il ne lui restait rien et l'église était encore à construire. Sur ces entrefaites, mourut à Séville un pauvre aveugle qui lui céda, par testament, la moitié de sa fortune, laissant l'autre moitié à sa femme. La succession se composait de.*. CINQ DOUROs. C'est avec les vingt-cinq
francs de l'aveugle et la grâce de Dieu aidant, que
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fut commencée l'Eglise. On espère que le fondatour sera canonisé un jour.
Allons visiter les promenades de Séville : je vous dispense de faire avec nous le lourde la ville, à Tune des extrémités de laquelle on trouve YAlaniedade Hercules absolument abandonnée aujourd'hui pour les allées qui longent le Guadalquivir et l'immense Paseo du Palais San Telmo. En face du Palais se trouve le Salon de Cristina où l'on peut s'asseoir sous de magnifiques ombrages et voir arriver et repartir les- très nombreux équipages qui se rendent à la promenade de las Delicias à côté de laquelle, il faut bien le dire, ÏAlameda de Valence ne ressemble plus qu'à un désert sillonné par quelques rares ommibus. Cette promenade est très animée.
Et puisque nous sommes à côté du Palais San Telmo entrons-y, avec la permission toutefois de l'Intendant qui délivre des cartes pour visiter cette résidence et son parc, d'une contenance de plus de 6 hectares, planté d'orangers d'un bon rapport, sans compter la partie réservée à la promenade, avec de beaux palmiers, desbambous partout et des arbres superbes. On y voit aussi quelques Eucalyptus globidus qui tendent à s'emparer de l'Espagne,
même dans les parties qui ne sont pas malsaines. Près de Malaga surtout, comme à Murcie et déjà à Yalence, ces sauvages Australiens montraient leurs grandes branches écheveloes, avec ces lanières rouges qui pendent autour de leur corps blanc. Ce sont des enfants monstres, dans toute Tacception du terme et par-dessus le marché des enfants terribles puisqu'on n'a pas encore trouvé le moyen de les utiliser. Vous savez mieux que personne que Je ne suis pas l'ennemi des Eucalyptus ^ mais je trouve qu'on en abuse un peu et que mieux vaudrait les laisser à leur rôle excellent de médecins sans rivaux pour les pays marécageux ; et si je pouvais cultiver chez moi ces fébrifuges sans rivaux, je ne voudrais pas les conserver au delà de dix ans. En vieillissant ils deviennent affreux !
Mais à propos de quoi cette sortie contre les Eucalyptus? Vous seriez bien embarrassé de le dire... et moi aussi. Entrons vite dans le Palais. C'est une demeure princière, ornée avec beaucoup de goût et qui renferme des peintures remarquables. Naturellement nous retrouvons ici des Murillo, le fameux Caton de Ribera s'ouvrant la poitrine, et le Moine de Zurbaran, si souvent reproduit parce que c'est un pur chef-d'œuvre de ce maître. Une suite
de vingt-cinq tableaux brodés en soie, représente toutes les aventures de Don Quichotte, Quelque chose de très curieux encore c'est la double représentation de la fameuse procession de la Fête-Dieu avec les coutumes de jadis, si bizarres, et les personnages d'aujourd'hui. Ce serait à revenir à Séville pour assister à cette procession.
Parmi les monuments qui attirent surtout les étrangers à Séville, il faut compter en première ligne VAlcaz'/7* qui fut la forteresse et le palais des rois maures, que saint Ferdinand occupa après la conquête et que Don Pedro le Cruel agrandit en le défigurant. Il est difficile de rencontrer un exemple du style de transition plus complet que celui del'Alcazar. A Cordoue, la civilisation qui succomba avec le dernier Calife, était dans sa période ascendante tandis que dans l'Alcazar de Jacub-Yusuf on voit disparaître le génie d'un peuple héroïque. Après saint Ferdinand et Don Pedro, Don Juan II restaura le palais^ les Rois Catholique y firent des chapelles et des appartements, Charies-Quint, Philippe III et Philippe V voulurent l'embellir à leur façon et pendant six siècles, ce malheureux palais subit des transformations qui le laissèrent dans l'état où nous
le trouvons aujourd'hui, c'est à-dire dépourvu de tout ce qui constitue le caractère de l'architecture arabe. On a bien raison de dire qu'il y a un accord indéfini ssable entre le caractère des hommes et le style de leurs monuments et aussi, que l'architecture est la physionomie des peuples !
La partie supérieure du palais sert de résidence à la reine Isabelle, ne l'ai-je point déjà dit? Tout est aménagé pour les nécessités de la vie moderne; la façade de l'entrée principale offre à l'œil ce singulier spectacle d'une porte carrée, comme celles des temples égyptiens, qui a dû être refaite sous Don Pedro I" et qui jure avec les fenêtres en ogive recourbée des Arabes et les ogives purement gothiques. C'est en 1171, 567® année de l'hégire, que le sultan Ebn-Macub-Yusuf commença la construction de l'Alcazar dont on peut dire qu'il ne reste plus aujourd'hui, que le Patio de las Doncellas, celui de las Munecas^la salle des Ambassadeurs et les pièces les plus rapprochées : je ne parlerai donc que de celles que je viens d'énumérer.
Le Patio de las Doncellas est un carré circonscrit entre cinquante-deux colonnes de marbre blanc qui soutiennent une galerie inférieure dont les arcs, par un caprice d'architecture, ne corres-
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pondent pas à ceux du dessous. Ce patio donne accès au Salon des Ambassadeurs et au Salon de Charles-Quint.
Le Salon des Ambassadeurs est formé par quatre arcs de grandes dimensions, garnis de clairesvoies, et soutenant une galerie de plus de quarante arceaux, entrecoupée par quatre balcons en relief et ornée des portraits de rois et de reines que Philippe II y fit placer.
C'est ici qu'on vient admirer tout ce que, dans sa richesse et son exhubérance, Tart mauresque a a pu imaginer de merveilles d'ornementation, et surtout cette ravissante coupole connue du monde entier sous le nom la Media Naranja^ la Moitié de rOrange,dont la voussure est peinte des plus vives couleurs.
Vis-àrvis la porte d'entrée du Patio de las Doncellas^ jeunes filles ou servantes, se trouve celle du Patio de las Mimecas, des poupées, où tout est plus petit, plus délicat et, si faire se peut, encore plus enluminé. Ce patio donne accès aux jardins où Ton arrive par El Apeaderoy le pied-à-terre en langage ordinaire, la halte comme on dit sur les lignes de chemins de fer ; les allées de ces jardins, pavées de délicieuses briques vernissées,
azulejosy sont percées de trous munis de petits robinets qui déversent à a olonté une pluie fine très favorable à la végétation et maintenant toujours la plus douce fraîcheur. C'est dans ces jardins que se trouvent les constructions mauresques couvertes d'ombre et de mystère que Von désigne sous le nom de Bain des Sultanes, devenu plus tard le Bain de la célèbre favorite du roi Don Pedro le Cruel, Maria Padilla, dont vous savez rhistoire.
L'Alcazar, dans son ensemble, est donc un monument arabe par la forme et l'ornementation ; espagnol par les arrangements divers qui y ont été introduits, mais il force l'admiration du voyageur qui serait bien blasé s'il ne la ressentait pas.
Voyez et revoyez l'Alcazar de Séville ; mais je vous le répète encore, voyoz-le avant TAlhambra de Grenade pour que votre admiration aille toujours en grandissant.
Nous allons au Musée; ne vous effrayez pas trop, je ne suis pas un artiste et je ne vous dirai que quelques mots des chefs-d'œuvre qu'il renferme. Le Musée de Séville est un modèle du genre pour moi. Il n'a que peu de tableaux, tous sont des chefsd'œuvres et sur 140 toiles, 24 sont de Murillo,
20 de Ziirbaraii, 10 deHerrera le Vieux,10 de Juan de Valdès Leal, 2 de Juan de las Roelas. On prétend que Murillo considérait son tableau de Saint Thomas de Villeneuve donnant Taumône aux pauvres, comme son chef-d'œuvre : je veux bien le croire, mais si on vous laissait le choix d'un ou plusieurs tableaux de cette Tribune de Séville, je suis sûr que vous prendriez ou Saint Joseph tenant l'enfant Jésus dans ses bras, ou Saint Antoine^ dans la même position, ou Saint Pierre Nolasqiie à genoux devant Notre-Dame de la Merci, ou la Naissance de Notre-Seigneiir Jésus-Christ^ ou la vision à^ Saint François embrassant Notre- Seigneur sur la croix, ou Saint Félix de Canlalice, ou Saint Antoine de Padoue, ou bien encore, pour finir, les Saintes Juste et Rufine^ patronnes de Séville, soutenant la Giralda. Mais on ne vous donnera pas le choix.
Au lieu de vous envoyer une sorte de catalogue dénué de tout intérêt, Tidée me vient.de vous tracer une biographie en miniature, c'està-dire aussi brève que possible, de quelques-uns de ces peintres célèbres, dont nous admirons les œuvres, trop souvent sans savoir d'oii ils sortent et à quelle époque ils se sont illustrés.
Je commence naturellement par Bartolomé EsTÉBAK MuRiLLO, né à Séville et qui fut baptisé dans la paroisse de la Madeleine le 1" janvier 1618. Elève de Juan del Castillo et très pauvre, il commença par faire des tableaux de peu de prix, pour T Amérique. Il arriva en 1643 à Madrid et il y étudia sous la direction du célèbre Vèlasquez, son compatriote. Deux ans après il revenait à Séville où son talent lui obtint Tadmiration de tous et le plaça en peu de temps à la tête des peintres de sa ville natale. Murillo était d'un caractère* tendre, aimable, mais d'une grande rigidité de mœurs. Il eut beaucoup d'élèves mais aucun imitateur. Il a peint plus de 160 tableaux dont l'Espagne possède la plus grande partie. Je vous ai dit sa chute au couvent de Santa- Cataliaa, à Cadix ; il en mourut ici le 3 avril 1682 et fut enterré dans la paroisse de Santa-Cruz.
Francisco DE Zdrbar AN était né le 7 novembre 1598 à Fuente de Cantos, en Estramadure ; il fut Télève de Juan de Roelas et devint en peu de temps, un des meilleurs peintres de son époque. Il fut le peintre du roi Philippe IV et mourut à Madrid en 1662.
Francisco de Herrera, le Vieux, naquit à Séville
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vers Tan 1576 et mourut à Madrid en 1656.
Je ne vous cite Francisco Pacheco, né à Séville en 1571 et mort dans cette ville en 1654, que parce qu'il fut le maître du célèbre Velasquez.
Quant à Juan Valdes Leal, dont vous avons vu Tœuvre principale dans l'église de la Caridad, il (Hait né à Cordoue en 1630 et fut Télève d'Antonio del Castillo. Il croyait que mieux valait peindre beaucoup que bien peindre; il aurait dû naître de nos jours! Il avait une grande facilité et beaucoup d'imagination et devint un des premiers peintres de TEcole de Séville, où il mourut le 14 octobre 1691.
Alonso CANO,dont nous avons admiré les œuvres à Grenade, sa patrie, y était né le 19 mars 1601. Son père lui enseigna l'architecture ; il étudia la sculpture sous le célèbre Montafiès et la peinture avec Pacheco et Juan del Castillo. Il mourut dans sa ville natale le 5 octobre 1667.
Le licencié Juan de LAsRoELAS,qui fut le maître (le Zurbaran, était né à Séville vers 1558 ou 1560. 11 étudia la peinture en Italie et en rapporta beaucoup de correction dans le dessin ainsi qu'un coloris brillant. Il mourut à Olivares le 23 avril 1625. Ses œuvres principales sont le Saint André du Musée,
de Séville ; le Santiago que nous verrons dans la cathédrale; Sainte Lucie, dans la paroisse de ce nom et le Saitit Isidore, qui est considéré comme son chef-d'œuvre, dans l'église qui est sous le vocable de ce saint.
J'ai pu me procurer ces notices, je les consigne ici, personne n'est obligé de les lire, pas même vous, mais il peut être bon de les avoir sous la main. Inde!
J'allais oublier de parler de la Tor?'e de Oro, située sur la rive du Guadaiquivir, en face du salon de Cristina, C'est un très ancien mojiument octogone, attribué aux x\rabes, et que le roi de Cas tille, don Pedro le Cruel, avait choisi comme dépôt de ses trésors : les bureaux du capitaine de port de Séville y sont installés. On prétend aussi que son nom lui vient de l'or que Ton rapportait d^Amérique et que l'on y déposait. Ce n'est pas une construction romaine, car Italica^ ancien municipe romain, patrie du poète Silius Italiens, des empereurs Trajan, Adrien et Théodose était située à 5 kilomètres de Séville, sur la route de Badajoz.Il n'enreste plus qu'un cirque; et toutes les colonnes antiques qui abondent ici, viennent évidemment de ces ruines. La Torre de
Oro est donc d^origine arabe et se reliait autrefois à l'Alcazar par des murailles que Ton a démolies. Elle supportait, au temps des Maures, une des extrémités de la chaîne de fer qui barrait le fleuve et dont l'autre bout allait s'attacher sur la rive droite du Guadalquavir, à des conti'eforts en maçonnerie. Elle fut édifiée sous le règne de Yusuf-Almotacid-Ben-Annasif, pour un gouverneur nommé Abulala et elle porta le nom de Borjd-Adahab.
Avant d'entrer dans la Cathédrale il convient de s'arrêter devant la fameuse Giralda^ la merveille de la Ville-Merveille.
C'est le minaret de l'ancienne mosquée de Abu- Yusuf-Jacub sur l'emplacement de laquelle s'élève aujourd'hui la cathédrale et dont le Patio de los iVara/y 05, qui existe encore, a conservé tout le caractère primitif; il est au pied duminaret,commeà Cordoue, et entre ce monument et lamosquée.EUe fut terminée par Yacub-Almanzor en Tan 593 de l'hégire (qui commence le 23 novembre H96).La Giralda est le monument le plus caractéristique de la domination des fils d*Agar et un chef-d'œuvre de l'art arabe. Elle est construite toute en briques : on y monte facilement par une rampe, plus douce encore
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que celle du campanile de Saint-Marc àVenise, et qui donnerait passage à une petite voiture attelée d'un poney. Les vingt-huit paliers dont elle est formée conduisent, comme à Murcie, jusqu'à la plate-forme, à soixante-sept mètres de hauteur ot la tour, qui devient plus étroite à mesure qu'elle s'élève, domine encore d'une centaine de pieds cette plateforme d'où la vue est déjà admirable sur la ville el la campagne que baigne le Guadalquivir. Une statue colossale de la Foi, tenant en main le Labartim^ couronne ce magnifique monument : la Foi est audessus de tout.
Une vieille muraille percée de créneaux, lui sert de ceinture au nord, et encadre la porte de ElPerdon, le Pardon, l'un des plus beaux restes de l'art arabe dans le sud de l'Espagne qui subit si longtemps le joug des infidèles.
Un texte arabe sur la fondation, la beauté et l'antiquité de ce monument, traduit par ïhornborg et cité par Contreras, le très compétent restaurateur de TAlhambra, dans son Etude d€sc?'ipiive des mojiiiments arabes de Grenade, Séville et Cordoue^ appelle Abu-Ehl-Alokaïri, inspecteur de l'œuvre et dit que ce fut lui qui l'éleva jusqu'au sommet primitif et qu'Almanzor lui confia ensuite la cons-
truction de la forteresse de Gibralfarache. Dans son Tra los Montes^ Théophile Gautier n'est pas du même avis; il place bien la construction du Campanile^ ancien minaret, vers la même époque, puisqu'il dit que ce fut vers l'an 1000, mais il appelle son architecte Geber, que les Arabes nomment Jaber, et prétend que c'est lui qui a inventé l'Algèbre, science qui porterait alors le nom de son inventeur^ Al-Geber. Et cependant le mot Algèbre semble plutôt dériver du mot arabe Al- Jebra, qui signifie concentration.
L'église de forme quadrilatérale, mesure d'après Contreras, 129 mètres de long sur 83 de large. Elle fut élevée par le Chapitre qui résuma, dit-on, son plan dans cette phrase : « Elevons un monument qui fasse croire à la postérité que nous étions fous. »
C'est en vain que l'on a recherché le nom de l'architecte : depuis Pero Garcia jusqu'à Hontanon, beaucoup de maîtres inscrivirent dans ce grand monument les changements du temps où il fut élevé. Il est du commencement du xv^ siècle et appartient au gothique de la décadence. L'église a neuf portes ; l'une d'elle porte le nom de San Cm^oé^^/ parce que, auprès d'elle, est peiuto à la
fresque Timage colossale de saint Christophe que Ton retrouve aussi souvent en Espagne qu'en Suisse. Une autre porte, la Pnerta del Lagarto^ sous laquelle est suspendu un énorme crocodile envoyé, dit-on, à Alphonse le Sage par le sultan d'Egypte qui demandait la main de la fille du roi et que celui-ci refusa au Muisuman qui plaçait sa requête sons un aussi redoutable emblème ; la Piierta de los Naranjos qui donne dans le Patio et plus bas,celle qui communique avec le 5ayrano. Des colonnes de plus de 30 mètres de haut, et au nombre des 36,jeles ai comptées, partagent on cinq nefs ce grandiose vaisseau. Il n'y a pas en Espagne d'église qui présente d'aussi importantes proportions. Ici tout est énorme : un chandelier destiné à porter le cierge pascal et modelé d'après celui du temple de Jérusalem, m'a paru aussi haut que la colonne Trajane à Rome, sur le Forum de cet empereur romain né en Espagne; et on m'a assuré que le cierge pascal, représentant à s'y méprendre la tige colossale (Jue produit en mourant V Agave mexicain, ne pèse pas moins de 1.000 kilos. La Capilla Mayor^ avec son rétable gothique en bois de mélèze, est un chef-d'œuvre de délicatesse et de fini qui remonte cependant aux pre-
mières années du xv* siècle déjà si loin de nous. Il est absolument impossible de faire une description des richesses artistiques de tout genre, renfermées dans cette église et d'en donner môme Tidée : il faudrait des volumes et j'y renonce, cela va sans dire. Je ne parlerai pas plus des vitraux, dont un surtout est admirable, que des peintures de Murillo et de tant d'autres maîtres de Técole sévillane, ni de l'inévitable Co7^o qui est au milieu de cette grande nef. La Silleria faite de boiseries inestimables, comprend 127 stalles de style gothique et un magnifique lutrin soutenant d'immenses livres de chants, parchemins manuscrits, admirablement enluminés et que Ton voudrait voir enfermés plutôt que laissés entre les mains de petits enfants de chœur qui les font tourner avec une baguette.Lery'«5co;'o, cette partie extérieure du chœur qui fait face à la porte d'entrée est orné d'un riche fronton dorique et de marbres précieux qui proviennent de l'ancienne cathédrale. A quelques pas en avant on remarque une pierre tombale avec cette inscription, unique dans l'histoire des mausolées et des épitaphes :
A CastUla y â Léon Mundo nuevo diô Colon.
C'est Jà que repose Fernand Colomb, lils de rimmortel Christophe, qui légua à la cathédrale de Sévilleune partie de ses biens et sa bibliothèque. Cette simple inscription est toute la revanche de la vérité sur les injustices de Thistoire !
Les ducs de Yeraguas sont les descendants directs de Christophe Colomb. Le duc actuel se nomme Cristobal Colon, duc de Yeraguas : il siège au Sénatdans les rangs du parti libéral. On compte autour de l'église, 37 chapelles, renfermant toutes des richesses artistiques qui défient la description . C'est dans celle du Baptistère que se trouve le fameux Saint Antoine de Padoue de Murillo dont Théophile Gautier, un bon juge en pareille matière, a dit que « jamais la magie de la peinture n'a été poussée plus loin ». La chapelle de San Pedro a neuf toiles excellentes de Zurbaran ; et celle de Santiago^ le fameux tableau de Roelas représentant saint Jacques combattant les Maures àla bataille deClavijo... mais j'ai dit que je ne voulais pas décrire.
La Chapelle Royale renferme les tombeaux du roi Alphonse X, le Sage, et de la reine Dofia Béatrix, femme de saint Ferdinand. Devant l'autel est placé, dans une chasse en argent, le corps du roi
saint Ferdinand qui repose dans un cercueil de cristal, velu de son costume de guerre, dans un état de conser\ation parfaite; le public est admis à le contempler à certains jours de Tannée . Dans une crypte sont réunies les cendres de plusieurs princes, enfermées dans de petits cercueils recouverts en velours. On y voit, non sans surprise, celui de Maria Padilla. Il faut remarquer aussi, dans cette chapelle, le drapeau de la conquête et Tépée de stiint Ferdinand.
Dans la grande sacristie, encore deux Murillo, Saint Isii/ore Qi Sa int Léfiiidre ; puis le Trésor,d'\me richesse inestimable: un tabernacle construit par Juan Arféen lo87, de 3" 25 de haut, en forme de temple circulaire à quatre étages et que 24 hommes suffisent à peine à porter dans les processions. Le Tenebrario, chandelier de près de 7 mètres de haut que Ton allume pendant les cérémonies de la semaine sainte, et qui n'a peut-être pas son pareil eu Espagne. Je ne parle pas de Tostensoir gigantesque qui se place au-dessus de la Ciistodia^ d'une croix enrichie de pierres précieuses, d'un encensoir en or avec sa navette, etc., etc. Le reliquaire est posé sur l'autel. On y vénère entre autres objets précieux, une épine de la couronne de Notre-Seigneur.
On' y voit aussi les clés présentées au roi saint Ferdinand lorsqu41 entra en vainqueur à Séville. La Sala Capitular est en damas et or : les ornements sont superbes et mériteraient eux aussi une longue description. Le Sagrario^ quoique dépendant de la cathédrale, est desservie par des prêtres spécialement chargés des cérémonies qui s'y- célèbrent les archevêques de Séville sont inhumés dans des caveaux, au-dessous de cette chapelle.
Impossible d'énumérer, même sommairement, toutes les autres églises qui méritent une visite particulière, dans cette ville où il faudrait passer des mois et qui est Tune de celles où Ton désire faire un long séjour.
Il y aurait également à citer beaucoup de maisons particulières qui sont de remarquables édifices; mais je me bornerai à parler de la Casa de Pilatos qui reproduit exactement, dit-on, le Palais de Pilate à Jérusalem. Je me demande où on en a pris les plans ! C'est surtout dans le Prétoire que Pilate s'est immortalisé... à sa façon.
Ce palais est situé auprès de la Puerta de Carmona; il fut construit vers Tan 1533 par Don Fadrique Enriquez de Ribera, au retour d'un voyage à Jérusalem qu'a chanté dans ses vers son
compagnon de pèlerinage, le poète don Juan de la Encina. l no belle porte de marbre donne aceos à un Patio entouré de colonnes et de galeries à arcades où le marbre, le sUic, les faïences et les arabesques rivalisent d'élégance, de richesse et d'éclat. Les statues de Cérès, de Pallas, de Diane, de Jiinon et d'autres déesses, ornent la fontaine qui déverse ses eaux dans une grande vasque et A'ingl-quatre bustes de personnages romains, retrouvés à Italica, forment sur lès parvis, une rangée empreinte d'un caractère de très haute antiquité. Au milieu du /?^^/o, une croix de grande dimension, au pied de laquelle, pendant la la semaine sainte, se groupent les processions qui vont de là à la Ctniz del Campo pour y faire les stations du Chemin de croix. Puis, tout au fond de cette cour à ciel ouvert, une chapelle où Ton voit une colonne de marbre de même configuration et de môme hauteur que celle de la Flagellation: derrière une grille, un coq ; et ensuite la reproduction du corps de garde dans lequel saint Pierre renia Notre-Seigneur ; du prétoire de Pilate et même du balcon où cet opportuniste des temps passés crut se justifier au yeux de la postérité en se lavant publiquement les mains.
Partout les annes des marquis de Tarifa, famille fondue dans la grande maison de Medinaceli, à Tune des branches de laquelle appartient cette belle et ancienne demeure.
Il faut visiter encore lesA?*chives des Indes^ dans la Casa Lonja^ à côté de la Cathédrale, pour y voir tous les importants dossiers qui concernent la conquête admirable. Toute l'histoire de la découverte de l'Amérique est là. Le monument est en pierre, voûté en pierre, et délie à peu près l'incendie. Au-dessous des portraits de ces grands capitaines que l'on nomme Christophe Colomb, Fernand Cortez, Pizzare, et tant d'autres, sont encadrés, sous verre, des autographes intéressants. Il y a bien encore la Colombîna, bibliothèque qui appartient au chapitre de la Cathédrale. Fernand Colomb lui donna tous ses papiers particuliers et ses livres qui furent ajoutés à la bibliothèque en question, laquelle prit alors et par reconnaissance, le nom qu'elle porte encore aujourd'hui.
Traversez, si vous ne craignez pas trop Todeur du tabac mouillé, la Fàbrica de Tabaco%, immense édifice, construit sous Charles III, et vous y trouverez une population grouillante de 4.000 femmes, jeunes filles ou enfants, qui y manipule, année
moyenne, 1. 300. 000 kilos de tabac pour faire des cigares, sans compter un nombre incalculable de cigarettes. Il y a des enfants dans leur berceau que leurs mères allaitent, d'autres qui essayent auprès d'elles leurs premiers pas. Tout ce monde va, vient, crie, se dispute, demande quelque chose, vous regarde bien en face et, en somme travaille à ses pièces, comme Ton dit vulgairement. Il n'y a pas de journées payées ; on s'en va quand on veut, et la nuit venue, les ouvrières qui ont apporté de la lumière peuvent encore rester. Tout ceci en vertu d'un nouveau règlement qui convient peu, on le comprend, aux surveillantes obligées de rester parfois fort tard dans des ateliers presque déserts et qui ont la mission très difficile de fouiller, à sa sortie, tout ce monde enjuponné, roulé dans son châle et qui a des recettes impossibles pour faire la contrebande. A propos de la Manufacture des tabacs, on peut dire que ses produits ne sont pas très bons et qu'ils se vendent relativement très cher. Les cigares de 40 centimes ne sont pas merveilleux et on en fume couramment du prix de 50 centimes jusqu'à 1 franc. Il faut placer ici une remarque qui m'a été faite par un maître d'hôtel de premier rang. Le luxe des Espagnols se montre sur-
tout dans le fumer ; pour la plupart, le manger n'est rien ou peu de chose ; une servante fait le chocolat, cuisine un plat ou deux et tout est dit ; mais l'hidalgo qui se contente de si peu, à table, a toujours un excellent cigare à. vous offrir et en fume rarement de mauvais. Dans les quelques maisons où Ton reçoit et où Ton invite, il y a au contraire un grand luxe de cuisine et surtout de vins de France ; on ne vous en laisse pas goûter d'autres et ceux que j'ai bu dans ce pays sont vraiment parfaits, c'est une justice que je dois leur rendre. Mes amphitryons, s'ils sont jamais mes lecteurs, se reconnaîti*ont dans ce souvenir gastronomique que le hasard me fait insérer après la visite à la Manufacture de tabacs de Séville.
Ce qu'il ne faut pas oublier de voir encore, c'est un buste de Pierre le Cruel placé dans une niche et dont voici l'histoire en deux mots : dans un rendez-vous qu'il avait donné, le prince trouva un homme justement offensé qui lui barra résolument le chemin ; il tua cet homme. Le lendemain le Coirégidor de Séville qui portait alors le titre de Asistente se présentait au rapport et le roi lui demanda s'il connaissait l'auteur du meurtre qui avait été commis la nuit précédente. Sur la réponse
négative du Corrégidor, le prince lui dit qu'il voulait voir la tète de l'assassin placée à l'endroit où le crime avait été commis, ou qu'il y ferait placer celle de l'Asistente lui-même. A quelques jours de là^ Pierre le Cruel découvrit, niché dans le mur, son buste couronné et entouré de tous les attributs de la royauté. Cette légende est de l'histoire, paraît-il !
Les Carmélites de Séville possèdent le manteau de laine blanche de sainte Thérèse, leur fondatrice, qui était née à Avila où l'on voit encore sa maison. Par un privilège insigne on le met sur les épaules des personnes pieuses qui peuvent l'y conserver pendant quelques minutes. On peut voir également, dans ce même monastère, un autographe delà sainte, signé Térésa de Jésus et un autre de son confesseur, le vénérable Père de la Cruz.
J'ai commencé Séville par la Caridad, je termine par le Carmel. Séville n'est-elle pas, en Espagne, la ville par excellence de Maria Santisima ?
Pdur aller à Madrid nous prenons la route de Cordoue en traversant d'abord les champs ou fut Italicaj puis des plaines fort riches, et avant d'arriver à Lora del Rio, une autre grande plaine où se tenait jadis la célèbre foire de Mairena. Sur
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la montagne de Setefilla apparaît un sanctuaire dédié à la sainte Vierge et célèbre dans tout le pays. Palma est au milieu d'une forêt d'orangers dont les fruits rivalisent, dit-on, avec ceux de Palma de Majorque. A Horrnachuelos , avec son vieux château en ruine, le paysage change d'aspect, il devient sombre et sévère. Nous voici à Almodovar, avec un autre vieux château, fortifié par don Pedro, que nous avions vu déjà en allant de Cordoueà Grenade.
De la première de ces deux villes nous refaisons la même route jusqu'à Alcazar de San Juan d'où nous continuons pour Madrid par Quéro, entouré de lacs salés comme Villacanas où Ton arrive après avoir traversé d'immenses plaines sans cultures. Kejoe's renommé pour ses vins blancs et Castillejos^ embranchement de Tolède.
Nous voici à AranjiieZy un nid de verdure au milieu d'vm pays nu, désolé, sans un arbre, sans une fleur.
Grossi des eaux du Garama, le Tage prend ici des proportions de fleuve et fertilise cette oasis perdue dans les plaines arides et jaunâtres de la Nouvelle-Cas tille.
Rendez-vous de chasse de Charles-Quint quand
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ce monarque pouvait, entre deux guerres, se donner ce plaisir, le domaine royal d'AranJuez, sous le règne de Philippe II, devint un Palais qu'un incendie réduisit en cendres et que Philippe Y fit reconstruire sur des plans venus de France, qui rappelaient à la fois Taspect rouge et blanc de la place Royale à Paris et l'architecture du château de Fontainebleau.
Il y a peu de choses à dire de cette résidence au point de vue du palais lui-même , retouché successivement sous Charles III, Charles IV, Ferdinand VII et Dona Isabelle : on y remarque toutefois de belles fresques, quelques tableaux et le cabinet chinois de Charles III, orné de laques japonaises du plus grand prix. Le reste ne vaut pas la peine d'être mentionné. Mais ce qui est admirable, ce sont les jardins, c'est le parc immense que le Tage traverse d'un bout à l'autre : les jardins dont les légumes et les fruits, les asperges et les fraises surtout, surpassent en beauté et en saveur les meilleurs produits horticoles de toute l'Espagne ; le parc avec ses lacs et ses cascades^ complanté de chênes et d'ormeaux gigantesques sous lesquels tous les rossignols de la Péninsule Ibérique se réunissent au printemps . Il n'y a pas au
monde, d'orchestre qui puisse être comparé à celui-là ; il n'y a pas de concert qui puisse égaler les harmonies que des millions et des millions de chanteurs ailés, formés à l'école de Dieu, font entendre là, à la lueur des étoiles, pendant les nuits de mai.
On visite avec intérêt la Casa del Labrador, un caprice de Charles IV, cottage à l'extérieur,, palais à rintérieur; et on ne se lasse pas de contempler le panorama immense qui se déroule aux regards, des fenêtres du Palais, et qui embrasse la Nouvelle- Castille depuis les monts de Tolède jusqu'au Guadarrama et les plaines de la Manche et du bas Aragon, entre la Sierra del Alcaraz et les monts Universales: ici la vue de l'homme a des limites^ l'horizon n'en a pas.
Grâce au Tage on voit ici de fort belles prairies, ce qui est rare en Espagne, et on arrive à Cienipozuelos. A PintOj vieille tour, dernier vestige du château dans lequel Philippe II fit enfermer la princesse d'Eboli.
Nous traversons enfin le Manzanarès, dont on a trop plaisanté et dont les saignées pratiquées sur son cours, en amont de Madrid, enlèvent toute l'eau pour arroser les champs. Alexandre Dumas,
dit-on, ou mieux, dit-il, remplit un verre d'eau et vint le verser dans le lit desséché de ce pauvre fleuve qui n'est cependant pas le seul à n'avoir pas d'eau lorsque les neiges sont fondues dans la montagne. Enfin nous débarquons à Madrid, gare d'Atocha, 614 mètres d'altitude, alors que Madrid, Puerta dcl So/, est à 673™. Ici le manteau est de rigueur.
On dit que Tair n'éteint pas un flambeau mais qu'il tue sûrement un homme : prenons nos précautions.