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responsabilité aux Guides du voyageur, et il en est de bous, malheureusement on ne peut en dire autant des diverses fondas^ posadas et autres gargottas qui portent ici comme ailleurs du reste, le nom d'hôtels.
On débute invariablement par la Puerta del Sol, place ainsi nommée parce que c'est un carrefour allongé où aboutissent les principales rues du Madrid moderne. II y a des hôtels,des cafés,, des tramways, quelques magasins, beaucoup de monde, mais pas Tombre d une porte ! Allez visiter plutôt la Plaza May or reconstruite sous Philippe III et qui rappelle un peu la place Royale, au Marais; ou la place d'Orienté près du Palais Royal ; mais après les Jardins du Palais et le Buen Retiro, ce qu'il faut voir, à Madrid, ce sont ses promenades vraiment fort belles : le Prado, les Recoletos, la Castellana ne seraient déplacés dans aucune grande capitale. Il faut parcourir ces immenses boulevards, plantés d'une quadruple rangée d'arbres, encombrés par une foule pacifique et polie. Pendant la promenade des jours gras on peut dire que tout Madrid est dehors ; les déguisements circulent dans l'allée du milieu avec les voitures ; le commun du public reste sur les trottoirs. Tout le monde s'aborde et se parle à
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l'ombre du masque ; on monte sur les marchepieds des voitures, sur le siège s'il y a place, dans la capote si elle est renversée. Le premier mozo de cordel ou le dernier des arriéras peut y converser librement avec une Infante qui passe dans son équipage, et jamais un propos inconvenant, une parole grossière dans la bouche de ces hidalgos déchus.
Il y a encore las Délicias et la Puerta dAlcala^ une vraie et superbe porte celle-là, où il faut aller se promener le samedi pour voir défiler la Cour dans ses voitures de gala. Elle se rend à Notre-Dame d'Atocha, en traversant les jardins du Retira^ pour y vénérer l'image de la Vierge apportée en Espagne par saint Pierre, dit la légende. C'est dans cette église que se célèbrent les mariages de la famille royale et que les troupes prêtent serment de fidélité. On se demande seulement de quelle fidélité il peut bien être question dans la patrie des pronunciamientos alors que Téglise d'Atocha renferme le tombeau du général Prim, par exemple, ce patron et ce modèle de la fidélité !
Et puisque nous en sommes aux églises, continuons notre visite^ en observant qu'aucune, à Madrid, n'a rang de cathédrale et que c'est l'archevê-
que de Tolède 'qui préside à toutes les grandes céréraoïiies de TEtat ; c'est lui par exemple, qui fait les mariages royaux. 11 faut voir cependant San IsidroelRéal, véritable musée de peinture, dédié au patron de Madrid : le saint laboureur est en grande vénération dans toute TEspagne et surtout dans les Castilles.
Il faut voir encore la Capilla del Obispo qui date du temps des Rois Catholiques, sous le règne desquels Madrid n'était pas encore capitale, et l'église delà Encarnacion ; mais il faut réserver pour la fin San Francisco el Grande qui va être livrée au culte très prochainement. L'humble ermitage bâti par ce saint aiixiii* siècle, existait sur l'emplacement de l'église actuelle, superbe rotonde qu'un décret dos Cortès a affecté. sans lui enlever son caractère religieux, à la sépulture des grands hommes. Il convient d'ajouter que cette église appartenait à Tordre de Saint- Jean de Jérusalem, qu'on Ta confisquée avec tous les biens de l'ordre et qu'avec les dits biens on a restauré magnifiquement l'église. Ceci rappelle le fameux dicton : Du bien d^ autrui , large courroie ! L'église était loin d'être terminée lorsque Ton y fit les funérailles royales du jeune Alphonse XIL Partout, dans la décoration extérieure, on retrouve
la croix du saint Sépulcre ; les marbres de l'intérieur sont fort beaux, les statues merveilleuses et les fresques de vrais chefs-d'œuvre : il faut remarquer surtout la chapelle de Santiago et le tableau représentant le saint sorti du tombeau pour achever la déroute des Maures à la célèbre bataille de Clavijo. Peu d'églises, modernes s'entend, sont plus belles et celle-ci, aux formes près, rappellerait un peu VAnnunziata de Gênes.
Les palais particuliers sont nombreux, à Madrid et je ne veux pas les énumérer ici, me bornant à citer ceux des ducs de Medinaceli et de Villahermosa qui se font face dans le bas de la carrera San Jéroiiimo comme aussi celui du marquis de Monis^ trol, calle de la Lima, un véritable musée où l'on reçoit la plus amicale hospitalité.
Impossible, par exemple, de ne pas parler du Palais Royal, le plus beau de l'Europe depuis et peut-être même avant que les Tuileries aient été brûlées par la Commune et rasées par le stupide Gouvernement républicain.
Sa construction date du règne de Philippe V, époque à laquelle l'ancien Palais des rois de la maison d'Autriche fut détruit par un incendie tout à fait accidentel.
C'est un vaste quadrilatère d'environ 140 mètres de côté et de plus de 30 mètres d'élévation, dominant à de grandes hauteurs et complètement à pic, les Jardins du Campo del Moro,\Q\\iàvL Manzanarès, le parc de la Casa de Campo et la gare du Chemin de fer du Nord. 11 est entièrement bâti en granit du Guadarrama et en pierre blanche de Colmenar : on le dirait de marbre, comme la cathédrale dD Milan dont il a tout Téclat et toute la fraîcheur. On peut le visiter avec une permission délivrée par le Mayordomo Maijor : l'entrée principale est au sud et ouvre l'accès d'un Patio grandiose surmonté d'un dôme vitré. L'escalier est monumental. Les salles très nombreuses, il y en a trente au premier étage; les tapisseries de Flandres dont elles sont tendues, les tableaux de maîtres, les porcelaines et les laques de la Chine et du Japon, la bibliothèque riche de plus de cent mille volumes et manuscrits, la collection de pendules que Ferdinand VII, pour imiter en quelque chose le grand Charles-Quint, s'amusait à monter ; la Chapelle Royale placée sous l'invocation de saint Jacques le Majeur, Santiago patron d'Espagne et de San Isidro, patron de Madrid, tout cela doit être vu et ne peut pas être décrit.
Mais si la position de ce palais est admirable, elle lui impose aussi tous les inconvénients d'une situation beaucoup trop découverte et que fouette trop souvent le vent glacial du GuadaiTama dont les effets sont tellement mortels que les sentinelles placées à l'angle faisant face au Nord-Ouest, la Punta del Diamante^ doivent être changées tous les quarts d'heure en hiver et qu'il arrive parfois qu'au bout de ces quinze minutes de faction il n'y a plus qu'un cadavre à relever.
Ce qu'il faut voir encore et surtout, avec la permission du grand écuyer qui ne la refuse jamais, ce sont les écuries royales, las CaballerizaSj fort bien tenues et dans lesquelles on peut admirer un grand nombre de bons et très beaux chevaux.
Un amateur, un sportsman comme Ton dit, ne peut se dispenser de cette visite après laquelle on en fait une autre aux voitures de gala et aux vieux équipages qui offrent un véritable intérêt de curiosité rétrospective.
Tout à côté est Vi4 rmm«, l'un des musées les plus intéressants de l'Europe. Philippe II y fit transporter les curiosités historiques que l'on conservait à Valladolid, la vraie capitale des Espagnes jusqu'au règne de ce roi ; ses successeurs l'imitèrent
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et, au commencement du siècle cette collection était très riche,mais survint la guerre de Tlndépendance et les habitants de Madrid i^iMèveniV Arrneri i pour repousser Tinvasion français. Tout avait été classé de nouveau avec goût et méthode lorsque Tincendie vint détruire, en 1886, ou du moins causer de grands dommages à cette admirable collection. On la restaure aujourd'hui avec le plus grand soin et elle en vaut la peine car on peut dire qu'elle est unique en son genre pour les souvenirs historiques. En fait d'épées seulement, on y voit celles de Roland, du roi Pelage P% du Cid, du Grand Capitaine Gonzalve de Cordoue, de Fernand Cortez, de François r% de Don Juan d'Autriche, le héros de Lépante, ainsi que son armure. Les costumes guerriers ont plus particulièrement souffert du dernier incendie,mais on répare tout merveilleusement et je le répète, on ne peut venir à Madrid sans y voir VArmeria,
Je ne parle pas des collections particulières, parce que rien ne peut être comparé au Musée royal.
Sa création est due à Ferdinand VII qui en
a fait la plus riche collection de toute TEu-
rope. Il est loin d'être complet cependant mais
il l'emporte sur tous les autres comme réunion de chefs-d'œuvre. Je n'entreprendrai pas de citer même un seul des deux mille deux cent soixante cinq tableaux du catalogue mais je puis vous dire : « Madame, prenez votre pelisse, monsieur gardez votre plus chaude fourrure, si vous saviez assez le froid qu'il fait dans les pays chauds, pour ne l'avoir pas laissée chez vous ; puis entrez au Musée Royal et vous n'en sortirez quelorsque les gardiens en fermeront les portes ; et vous y reviendrez le lendemain et encore les jours suivants... » Je m'arrête là, tant j'ai grande envie de vous accompagner encore dans cette visite artistique.
Il ne s'agit pas ici de faire une description ou une analyse. Si j'écrivais seulement pour être lu au coin de votre feu j'essaierais de vous rendre compte de certaines impressions, mais j'ai la prétention de vous faire passer les Pyrénées et devons accompagner dans ce merveilleux pays. Quand vous serez au seuil de cette collection sans rivale, armé du catalogue et non d'un Guide quelconque, vous verrez vous-même, vous éprouverez les sentiments les plus divers : vous frissonnerez devant Ribeira; vous vous attendrirez avecMurillo ; vous entendrez les coups de fusil qui partent des tableaux de Goya,
le peintre réaliste des guerres civiles ; vous retrouverez le grand Rubens des Pays-Bas ; vous vivrez de votre propre vie d'artiste, car tout le monde Test plus ou moins, et vous ne regretterez pas votre voyage à Madrid.
Si. au contraire, vous voulez circuler tout en restant assis dans votre fauteuil, eh bien!, prenez Ëdmondo de Amicis, dont F Espagne a été traduite en français : et lisez sa description du Musée de Madrid, comme celle de VArmeria que Ton va reconstituer telle qu'il Ta vue, et aussi celle du Musée naval unique dans son genre, et vous vous promènerez dans les solitudes de l'Amérique à Fépoque de la conquête ; vous y trouverez les modèles de tous les singuliers bateaux sur lesquels ces étranges navigateurs traversaient des océans inconnus, les armes des peuples sauvages, etc. Voulez-vous assister à un combat de taureaux ? lisez encore de Amicis, qui décrit merveilleusement aussi un de ces hideux combats de coqs auxquels il a la loyauté de vous dire : « Surtout n'y allez pas ». JUus enthousiaste que moi et au début sa vie de voyageur, il s'extasie devant la Puerta del Soly sans avoir vu, je le pense, les boulevards de Paris, mais je répète que je suis condamné à
plus de discrétion et que si je décrivais aussi longuement > j'allongerais mes récits de manière à me rendre illisible. Je me bornerai donc ici même à vous dire : Venez et voyez ; vos impressions seront les vôtres et par conséquent les bonnes. Je vous indique les points les plus remarquables ou les plus intéressants à visiter, le Guide se charge de tous les détails et dans certains cas particuliers je vous dis : « Laissez le guide et prenez le catalogue. » C'est le cas pour ces musées divers.
Je ne vous parle pas non plus des théâtres et un peu pour la même raison. Le Théâtre Royal avec son excellente troupe italienne, est un des plus grands de l'Europe ; tous les autres sont également fort beaux ; allez-y et vous ne regretterez pas votre soirée, mais ne me demandez pas la description de la salle. Suivez- moi plutôt aux environs de Madrid qui restera notre quartier général et où nous reviendrons tous les soirs.
Partons donc ensemble pour Tolède, car quin a pas vu Tolède n'a pas vu l'Espagne.
Rien n'est plus facile : on prend quelques provisions, on déjeune dans un wagon qui vous conduit sans transbordement jusqu'à la gare de Tolède, on évite ainsi les horribles fondas de cette ville sans
pareille et on gagne du temps pour la visiter. C'est à la gare de las Delicias, où Ton s embarque également pour le Portugal, qu'il faut venir chercher le train de Tolède, c'est-à-dire très loin de la Puerta (lel Sol ; on traverse le Manzanarès et la petite ville de Getafe avec son collège à'Escolapios ou Pères de la Doctrine chrétienne. On franchit ensuite le Tage dont on suit presque constamment la rive gauche jusqu'à Tolède. Gardez-vous de prendre un des nombreux omnibus ou des odieuses tartanas qui vous attendent à la gare ; le fameux pont d'il fcan/arâr, le pont des ponts ^n'an^^i qu'à peu de distance et pendant ce court trajet vous pouvez déjà vous faire une idée de cette ville unique, assise, comme Rome, sur sept collines . Je me hâte d'ajouter qu'il ne faut pas très longtemps pour en faire le tour, mais je dois dire également que l'on peut y séjourner beaucoup sans y avoir tout vu, car il faudrait en parcourir toutes les rues, s'arrêter devant presque toutes les maisons et admirer partout de magnifiques sculptures recouvertes ordinairement hélas ! d'une quintuple couche de lait de chaux. Ici, ce sont des balcons en fer forgé, splendidement travaillés, là des portes massives, avec des marteaux superbes, des clous gigantesques
que Ton nomme avec raison des demi-oranges, puis des écussons sur tous les murs, des façades noircies par le temps, des palais transformés en écuries. Il est très difficile de donner une idée de Tolède : c'est une ville à part comme Venise, Sienne ou Nuremberg. Il n'y a pas de terme de comparaison. Théophile Gautier, que je n'ai guère plus cité qu'Alexandre Dumas, a dit fort bien que cette ville étrange « tenait à la fois du couvent, de la prison, de la forteresse et aussi un peu du harem, car les Maures ont passé par là. » M. Yillaamil, un des peintres qui ont le plus contribué à vulgariser les monuments espagnols, prétendait qu'au bout de neuf mois on ne pouvait encore rien connaître de Tolède et si l'on veut tout voir, je le suppose au moins, il faudrait parcourir cette ville en tenant à la main les deux volumes de Texcellente monographie de Don Sixto Ramon Parro — Toledo en la mano — ils n'ont que mille
cinq cent cinquante pages.
Tout cela signifie que je n'ai pas la prétention de décrire Tolède, ce qui est impossible, et que je me bornerai tout au plus à indiquer l'itinéraire à suivre pour visiter ce musée à ciel ouvert, le plus promptement et le plus complètement pos-
sible. Le Tage décrit comme un fer à cheval autour de la ville qui s'élève à 60 mètres au-dessus du cours du fleuve ; on le traverse sur deux ponts, situés aux deux extrémités du fer à cheval. Celui à'Alcantara est orné de deux portes massives, percées dans des remparts crénelés, dont les premières constructions remontent jusqu'au roi Wamba. Après avoir gravi la rampe qui conduit à la ville on se trouve en face de la Puerta del Sol, une vraie porte celle-là, une perle de l'architecture des Maures, admirablement conservée. Elle est encadrée dans une forte muraille couronnée de créneaux avec une belle tour demi-circulaire. Au-dessus de l'un des arcs est un énorme écusson aux armes de la cathédrale de Tolède et, entre les deux, une vieille sculpture représente l'exécution de Fernand Gonez. doX Alguazil mayor fut décapité par ordre du roi pour avoir insulté deux dames de la Cour.
Au lieu d'entrer dans la ville, mieux vaut continuer à droite, et aller admirer tout de suite la porte de Visagra, flanquée de deux grosses tours rondes crénelées. Elle date du temps de Charles- Quint : on le reconnaît san« peine à la grandeur massive de la construction, aux armes de l'Em-
pire gravées sur les écussons. Tout ce qu'a fait le monarque sur les Etats duquel le soleil ne se couchait jamais, est marqué du même sceau. La vieille porte, aujourd'hui murée, remonte à la première époque de la domination arabe et fermait la seconde enceinte de Tolède. C'est par la poterne de l'arc du milieu, qu'entrèrent les armées chrétiennes. On a voulu faire dériver le nom de Visagra du latin, via sacra, mais il est plus probable que Ton retrouve là, la Bab Schara des Arabes qui signifie Porte des champs, car, en dehors de la porte, on se trouvait en rase campagne.
Nous revenons à la Puerta del Sol pour l'admirer encore et nous nous engageons dans les rues tortueuses de la ville en nous dirigeant vers la porte fife/ Cambron^ construite par le roi Wamba, réédifiée par les Arabes, réparée pas les Espagnols en 1576, et située tout au nord de la ville. Les rois goths avaient élevé près de là, un des quatre Alcazars de Tolède, mais on n'en trouve plus de traces, pas plus que de celui qui existait près de la place de Juan de Padilla et qui fut habité par 1 Alphonse Vin. Un troisième alcazar se trouvait sur l'emplacement actuel de l'hôpital àe Santa Cruz et
fut d'abord le prétoire des rois goths. Lorsque les Maures eurent conquis Tolède. leur chef, Al Fahri, y construisit un palais pour sa fille Galianaet c'est là que vint résider le roi de Gastille, Don Alfonso , après en avoir expulsé par la force des armes, les Maures qui l'occupaient .
Et puisque j'ai prononcé le nom de Galiana, une petite digression à son sujet, Il faut aller voir, en dehors de la ville, la Huer ta del Rey au milieu de laquelle on retrouve les ruines d'un château de plaisance de la belle princesse : l'intérieur, habité par des paysans, est noir et enfumé, mais on y découvre des arabesques ravissantes, des inscriptions et des ornements en relief et aussi les armoiries de la noble famille de Guzman qui le reçut en apanage^ après la conquête. Une vieille légende raconte que Charlemagne s^y arrêta et que Galiana se fit chrétienne pour le suivre en France où elle partagea son trône.
Mais retournons à la porte del Cambron, un peu au-dessus de laquelle se trouve la célèbre église de San Juan delos Reyes^ érigée en 1477 par les Rois Catholiques après la victoire de Toro remportée sur les Portugais. Ils l'avaient d'abord destinée à recevoir leur sépulture qui se trouve, comme nous
Tavons vu déjà,dans la chapelle royale de Grenade. Aux murs extérieurs de la basilique sont suspendues des chaînes ; ce sont celles des chrétiens délivrés à Malaga et à Almeria lorsque les derniers Maures furent expulsés du sol de l'Espagne. Le chevet est une merveille d'architecture, avec ses deux tribunes à balcon suspendues aux derniers piliers, qui portent les chiffres enlacés d'Isabelle et de Ferdinand. Dans l'église, il faut remarquer le pilier qui supporte la chaire : c'est un tronc de palmier pétrifié. Le cloître est un chefd'œuvre d'architecture, on le répare magnifiquement ; c'est un des plus riches modèles de l'art gothique dans toute sa pureté et il est célèbre dans le monde artistique entier. Le Museo Provincial est installé dans les galeries supérieures : on peut y voir le portrait du célèbre Torquemada et l'emplacement de la cellule du cardinal Jiménès, l'un des plus illustres prélats dont s'enorgueillit le siège archi-épiscopal de Tolède.
C'est ici l'occasion de constater que Tolède est non seulement une des plus anciennes villes d'Espagne, mais du monde, s'il en faut croire les chroniqueurs ; et il faut souvent s'en rapporter à ces savants inconnus qui représentent la tradition et qui
la conservent. Les plus modérés placent l'époque de la fondation de Tolède avant le déluge, rien que cela ! et c'est Tubal qui aurait posé sa première pierre. D'autres en font une ville grecque ou romaine ; d'autres enfin la font élever par les Juifs qui entrèrent en Espagne au temps de Nabuchodonosor, appuyant leur opinion sur Tétymologie du nom de Tolède qui viendrait de Taledoth^ mot hébreu signifiant : générations, parce que les douze tribus auraient contribué à la bâtir et à la peupler.
Et puisque nous parlons des Juifs, quittons San Juan pour visiter Santa Maria la Blanca qui est, avec Nuestra Senora del Transita, l'un des spécimens les plus intéressants des rares constructions hébraïques sur le sol de l'Espagne, avec ses gros piliers, ses chapiteaux, ses inscriptions talmudiques et, dans la cour qui la précède, les piscines traditionnelles de la purification. Quanta Nuestra Senora del Transita ^ c'est une synagogue abandonnée depuis longtemps, mais dont les cinquantequatre arches sont remarquables par la richesse et la perfection de leurs ornements.
Si je parle autant des Juifs c'est que l'on pré- . tend que ceux de Tolède n'ont pas voulu consentir à
la mort de Notre-Seigneur. Le Conseil des prêtres présidé par Caïphe envoya, dit-on, consulter les tribus pour savoir si Jésus-Christ devait être mis à mort. Lorsque la question fut posée aux Juifs de Tolède, la synagogue se prononça pour Tacquittement. On affirme encore que l'original de la réponse,avec une traduction latine, est conservé dans les archives du Vatican. En ré compense, on permit aux Juifs de Tolède de bâtir cette synagogue qui est la seule, paraît-il, que Ton ait jamais tolérée en Espagne.
Ceci est une légende, et puisque nous en sommes à cette époque, je me demande où j'ai bien pu lire que la Légion romaine qui occupait Jérusalem à l'époque de la mort de Notre-Seigneur-Jésus- Christ, était composée de Tarragonais ? Je ne puis me répondre à moi-même, mais tenez pour certain que j'ai vu cela quelque part.
Il est temps d'entrer enfin dans la Cathédrale qui passe pour être une des plus belles et surtout des plus riches de toute l'Espagne. Ce n'est pas peu dire ! Quelques auteurs font remonter sa construction au temps .de l'apôtre saint Jacques, premier évèque de Tolède^ qui en aurait désigné l'emplacement à son disciple et successeur, Elpidius, ermite
du Mont-Carmel. Dans tous les cas, saint Eugène, sixième évêque de Tolède, Tembellit et Tagrandit. Elle fut démolie en 302, pendant la persécution de Dioclétien et rebâtie vers Tan 312, après la conversion de Constantin. Elle devint mosquée pendant Tocupation des Maures : saint Ferdinand la fit démolir et, en 1227, jeta les fondements de la nouvelle église dont la construction dura deux siècles. La Cathédrale de Tolède est la métropole de TEspagne.
Mais, avec tout cela, nous ne sommes pas encore entré dans ce beau monument, à la description duquel l'auteur du Toledo en la mano^ dont j'ai parlé déjà, n'a pas consacré moins de 743 pages. Je me bornerai à dire que son architecture est du style gothique le plus pur et que Ton y entre par huit portes monumentales. Cinq nefs partagent Téglise ; celle du milieu à 46 mètres d'élévation et Ton a dit d'elle que « les autres semblent incliner la tête et s'agenouiller en signe d'adoration et de respect -». Les nefs sont séparées par 83 piliers formées chacun, d'un assemblage de 16 colonnes élancées. Le vaisseau a 113 mètres de long sur 57 de large. Le retable du maître-autel, tout en boic de mélèze, est divisé en cinq étages garnis de
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statues, décorés des plus riches ornements : derrière, se dresse une œuvre incompréhensible qui se nomme le Transparente et qui est un entassement inoui de marbres, de dorures, de nuages, etc. Pardon de ne pas détailler davantage, mais la plume recule épouvantée devant de pareilles descriptions qui ne sont à leur place que dans un catalogue des merveilles.
Le Coro est remarquable par la richesse de la Silleria, composée de trois rangs de stalles en bois merveilleusement découpé : je ne crois pas que Tart gothique ait rien produit de plus
parfait.
De toutes les chapelles qui ornent le pourtour de
Téglise, ou qui sont adossées aux piliers gigantesques, Je neveux parler que de deux. D'abord celle de San Ildefonso, élevée à la place même où la sainte Vierge apparut et donna au saint la chasuble miraculeuse. L'apparition est représentée dans un médaillon de marbre sculpté en relief. Une petite armoire en marbre rouge, du côté de Tépitre, renferme la pierre blanche sur laquelle la Vierge posa le pied lorsqu'elle descendit dans l'église; les fidèles peuvent toucher cette pierre à travers les barreaux et au -dessus de Tarmoire on lit ce verset
du psaume xxxi : Orabimini in loco ubi steterimt pedes ejus.
La chapelle Mozarabe est peut-être la plus curieuse. Elle fut fondée par le cardinal don Francisco Jiménès Cisnéros, pour perpétuer au milieu des cérémonies modernes du rit grégorien, Tancien rite chrétien primitif, qui par une capitulation spéciale, lors de Tinvasion des Arabes, avait continué à s'exercer dans six églises de Tolède. Les fidèles ^ui avaient profité^ de cette tolérance furent appelés .lfozamô^5^ c'est-à-dire mêlés aux Arabes.
Plus tard, Alphonse VI voulut rendre général ^'exercice du culte romain; le clergé résista et finit cependant par perdre ses traditions et jusqu'à Imtelligence des textes; mais survint le grand Jiménès qui fit traduire les rituels et obligea le clergé des six paroi ses Mozarabes à venir, à tour de rôle, dire l'office dans la nouvelle chapelle, à l'heure même de l'office du chapitre.
Il faut admirer surtout, dans cette chapelle, une fresque gothique représentant un combat entre les Maures et les habitants de Tolède. On y voit la cité antique, avec ses murailles, les camps des deux armées, les costumes des guerriers, jusqu'aux traits de leurs visages. Et deux autres fresques
représentant le départ des Maures pour TAfrique, les navires et mille détiiils de la marine du moyen âge.
Nous sortons un instant pour reprendre nos esprits et respirer un peu sans rien regarder, mais le moyen de ne pas voir la haute tour qui fait partie de la façade principale et qui se termine en une pyramide ornée de trois grandes couronnes d'épines. Une cloche gigantesque est suspendue au premier étage ; elle pèse 226 quintaux métriques (1) et a O'^SO de circonférence.
Il m'est absolument impossible d'énumérer les richesses de la sacristie, je veux dire du trésor de la Vierge du Sagrario, dont la chapelle a été élevée à Tendroit même où.lors de l'invasion des Maures, on avait enfoui la sainte image. Derrière la statue vénérée, on entre dans l'Ochavo yS.insi appelé parce que la pièce est octogone. Ceci est encore une partie du trésor : précieuses reliques, cercueils en argent renfermant les corps de sainte Léoeadie, patronne de la ville, et de saint Eugène; un amoncellement de merveilles ! . . . Je répète que la cathédrale de Tolède est la plus riche de toute