‹ Espagnoles et francaisesChapitre 3 sur 4 · LES · texte numérisé non relu

LES

Les églises de Madrid sonnaient à toute volée pour la fête des Rogations, la foule bourdonnait joyeuse dans les mes où les processions matinales allaient passer ; Tair était doux, embaumé d'une suave odeur de printemps ; de légers nuages flottaient au ciel comme une blanche gaze à travers laquelle tombaient affaiblis les rayons ardents du soleil d'Espagne.

Il y avait peu de monde au Prado. Cette promenade, tant célébrée par les poètes espagnols, était alors un vaste parc dont les sinueux bosquets touchaient au palais du Baen-Retiro ; Tonne et le platane ombrageaient ses pentes gazonnées, ses parterres semblables à des corbeilles de fleurs, et le vent courait toujours frais et parfumé sous ces immenses feuillées, tépioins de tant de rendez-vous dV mour. La grande allée servait d'avenue au Huen-Retiro. Cette résidence royale n'était pas d'un somptueuse apparence ; ses constructions irrégulières dominaient le Prado, et de hautes murailles au-dessus desquelles débordaient les cimes touffues des marronniers environnaient ses jardins.

La magnificence de Charles-Quint, les habitudes austères de Philippe II régnaient encore dans ce séjour qu'ils élevèrent. Une morne et minutieuse étiquette présidait à la vie de ceux qui l'habitaient, dictait tous les actes de leur volonté, réglait leurs occupations, leurs- plaisirs, leur imposait leur entourage, leurs préférences et leurs amitiés. Quand ils étaient malades, Tétiquette choisissait le médecin et le confesseur qui devaient venir près de leur lit; après avoir assisté à leur baptême et dominé toute leur existence, elle ordonnait leurs funérailles et les conduisait jusqu'à la sépulture que d'avance elle leur avait assignée. Les premiers sujets de cette despotique puissance étaient le roi et la reine d'Espagne. Sans doute la vie d'un couvent n'était pas plus triste et plus monotone que cette vie pleine de splendeur et de fatigante représentation ; sans doute, la robe de bure, le voile noir de la carmélite, n'imposaient pas plus de contrainte et de plus minutieux devoirs que cette couronne fermée, enrichie des diamants et des perles des deux Indes.

Quelques femmes, couvertes de mantes noires et accompagnées d'un écuyer, espèce de valet sans livrée, quelques cavalières f drapés de leurs larges manteaux, suivaient lentement les allées par lesquelles la procession devait passer. Selon un ancien usage, le primat des Indes et le chapitre royal de San-Isidro venaient, le jour des Rogations, bénir les fruits de la terre dans les jardins du Buen-Hetiro. La faveur d'y suivre le clergé la tête découverte et un ciei^e h la main élait fort briguée et difficilement obtenue; ordinairement les portes decette royale demeure ne s'ouvraient quo devant les grands d'Espagne qu'y appelait leur service.

Quand neuf heures sonnèrent à la grande horloge du palais, la procession parut à l'entrée de l'avenue ; aussitôt les portes s'ouvrirent, la garde wallonne prit les armes et les cloches de la chapelle tintèrent à double carillon. Le catholicisme, qui célèbre si pompeusement ses fêtes en

Espagne, déploie une magnifique simplicité dans celle dos Rogations; point de cierges ni de palmes semées de nœuds d'argent, point d'autels étincelants portés par de robustes lévites, point de riches bannières ni de panneaux armoriés; l'encens et les fleurs sont les seules offrandes. D'abord marchaient en larges surplis blancs les prêtres et les chantres, puis les chanoines de San*Isidro, vêtus de leurs am* pies robes de taffetas cramoisi et coiffés de la barrette verte : le primat venait ensuite ; il portait ses ornements blancs, une chasuble de satin des Indes retombait sur son aube de dentelle, sa mitre était de drap d'argent ; cinq grosses perles formaient sa croix pectorale, sa crosse était émaillée de blanc et d'argent, et son anneau pastoral n'avait qu'un seul et limpide diamant monté sur or mat. Quelques cavalières, vêtus de noir et l'épée au côté, allaient à la suite du prélat. La voix des chantres, les sons graves du basson résonnaient plus solennels sous ces vastes ombrages ; on eût dit une de ces fêtes que la primitive église célébrait dans les champs, lorsque les temples des dieux de l'antiquité étaient encore debout.

Quelques groupes de promeneurs s'étaient réunis devant le palais dont la grande grille venait de s'ouvrir. A l'extrémité du premier vestibule, on distinguait la cour d'honneur, puis au delà, un autre vestibule dont les portes donnaient sur les jardins intérieurs.

Un cavalier, qui avait précédé la procession de quelques pas depuis qu'elle était entrée au Prado, vint se placer en avant de tous les curieux, dont les regards se tournaient vers l'intérieur du Buen-Retiro. C'était un homme de trente ans environ, de très-haute taille et d'une noble tournure.. Son manteau, bordé d'un léger galon d'or, cachait à demi un pourpoint de drap de soie noire, sur le côté Igauche duquel était brodée la croix rouge de Calatrava ; un chapeau à larges bords, orné d'un nœud d'émeraudes, ombrageait ses traits sévères et réguliers. Quoiqu'il portât sur sa poitrine les insignes de l'un des quatre

ordres militaires et religieux du royaume d'Espagne, il était aisé de reconnaître, à son teint d'une fraîche UaQcheur, à sa blonde chevelure, que ce cavalier n'était point Espagnol, et qu'il descendait de ces races du Nord, dont le sang ne se mêla jamais au sang arabe.

Il leva un moment les yeux vers les fenêtres du palais , puis il avança encore et se rangea à Tentrée du vestibule, devant la porte que gardaient les sentinelles armées de hallebardes.

La procession arrivait; elle passa lentement entre deux haies de spectateurs qui s'agenouillèrent pour recevoir la bénédiction pastorale du primat. Le cavalier s'était aussi prosterné; il se releva au moment où les gentilshommes qui avaient obtenu la faveur de suivre le prélat venaient d'entrer. Une sorte de combinaison instinctive le fit aller en avant ; il marcha sans être bien sûr de ce qu'il allait faire, de ce qu'il allait répondre si on l'arrêtait au passa^^e. Le chapeau bas, la contenance iière, impassible, il franchit le seuil. Aussitôt les deux hallebardes des sentinelles retombèrent croisées derrière lui; il était entré. On pouvait payer de la vie une pareille témérité.

Une heure plus tard, les tambours battaient aux champs; cent hommes du régiment de la Cfiamberga étaient sous les armes. La reine régente, Marie- Anne d'Autriche, sortait du Buen-Retiro pour aller à Notre-Dame d'Alocha finir une neuvaine. L'étiquette avait réglé quel serait ce jour-là le vêtement de la reiûe, quelle route elle devait parcourir, quelles dames l'accompagneraient , et combien de carrosses suivraient le sien. Cette souveraine, dont le sceptfe touchait aux quatre parties du monde, n'avait p'à^

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même le pouvoir de faire asseoir devant elle quelqu^un de son choix pour lui faire compagnie durant le chemin.

Quand le royal cortège eut disparu au bout de l'avenue, tout sembla s'endormir dans le palais. De temps en temps une légère clameur s'élevait de la salle des gardes v^ailonnes et troublait seule le silence des vastes appartements où quelques dames de service passaient comme des ombres. Au dehors^ les oiseaux chantaient sous ces sombres allées du Prado, au pied desquelles semblaient venir s'éteindre le mouvement et le bruit de la grande ville de Madrid. Plus de silence encore et plus de solitude régnaient dans les jardins du palais; leurs riches parterres, leurs bosquets irréguliers, leurs immenses charmilles, étaient embaumés des doux parfums de mai; un vent tiède bruissait sous les larges feuilles des platanes, et semait sur les gazons les blanches grappes de l'acacia.

Au delà du grand parterre, sous un berceau de grenadilles et de roses de Gueldre, quelques voix de femmes s'élevaient doucement ; puis, parfois, une vague plainte d enfant et quelque refrain monotone. A l'abri de ces feuillages sombres, semés de tant de fleurs, plusieurs dames étaient assises par terre sur des coussins ; elles formaient un cercle, au centre duquel un enfant de quatre ou cinq ans essayait de se tenir debout ; une jeune dame agenouillée près de lui ne lâchait pas ses lisières de soie.

La pauvre petite créature avait un aspect chétif et triste ; son teint, d'une blancheur transparente, sa bouche pâle et entr'ouverte, accusaient des souflrances continuelles ; son corps amaigri semblait perdu dans les immenses plis d'un fourreau de satin bleu, et son front disparaissait sous un béguin garni de dentelles de Flandre.

Un peu à l'écart, et cachée sous les larges touffes d'un laurier-rose, une jeune fille lisait debout : elle avait quinze ou seize ans. Sa taille frêle était encore celle d'un enfant, mais les traits de son visage, l'expression de sa physionomie annonçaient une de ces organisations hâtives qui

n'ont point d'adolescence ; ses cheveux, d'un blond cendré, étaient cachés sous une petite calotte de velours noir ; une robe de damas violet, à manches justes, retombait sur sa jupe de taffetas blanc ; elle ne portait d'autres bijoux que deux magnifiques perles aux oreilles. Cet enfant, c'était le roi d'Espagne, Charles II; cette jeune fille, c'était sa sœur, l'infante dofia Marguerite d'Autriche, la fiancée de l'empereur Léopold.

c Dofia Séraphina, dit une des dames à la berceuse qui tenait les lisières du roi Charles II, dona Séraphina, avancez un peu par ici. Sa Majesté me paraît incommodée du soleil.

— Sainte-Vierge I ne parlez pas ainsi tout haut, dona Catalina, sinon le savantissime docteur don Antonio de la Muleta va nous faire rentrer sur-le-champ.

— Il s'en garderait ! répliqua une des menines de l'infante en ouvrant un petit parasol si ingénieusement fait, que plié il représentait un oiseau, le grave docteur est à cheval sur ses ordonnances ; celle de ce matin porte nne promenade de deux heures après le déjeuner de Sa Majesté.

— Le déjeuner aussi était une ordonnance de sa façon. Dieu nous assiste ! l'apothicaire, maître Bartholomé Sanguijuela, aura, pour peu que ceci dure, la place de maîtred'hôtel du roi.... Doucement donc, dona Séraphina, si vons lâchez ainsi les lisières de Sa Majesté, elle va tomber. >

La berceuse roula autour de son bras le large cordon de soie, et, s'agenouillant devant le roi, qui pleurait et criaillait, elle lui dit :

« Votre Majesté ne peut marcher seule ; elle a faiUi se laisser tomber l'autre jour ; si un pareil malheur arrivait, Mme la gouvernante serait capable de me faire mettre à la tour de Ségovie ; et puis, il ne faut pas que Votre Majesté se fatigue, elle donne demain audience aux ambassadeurs, et il faut que du moins elle puisse se tenir debout. »

Le roi se prit à crier 3i fort qu'il coupa la parole à la berceuse. On essaya de Tapaiser; sa sous-gouvemante, sa nourrice, toutes les dames de. servi ce s'empressèrent autour de lui ; le médecin, qui ne s'éloignait jamais, accourut.

< Ce n'est rien, dit*il en tâtant gravement le pouls du petit roi, dont le visage, un moment animé, redevenait blême et stupide, ce n'est rien ; il faut encore à Sa Majesté une promenade de trois quarts d'heure dans la grande allée. »

Les dames se levèrent, la sous-gouvernante prit le roi dans ses bras, et quelques valets de pied, qui se tenaient à distance, vinrent transporter les tapis et les coussins. La berceuse et la nourrice déployèrent un espèce de dais sous lequel marcha la sous-gouvernante assistée du médecin ; tous deux contenaient à grand'peine le pauvre petit roitelet qui, contrarié de cette promenade, pleurait, jetait les hauts cris, et voulait absolument marcher.

La menine avait couru vers Tinfante.

Madame, dit-elle, Votre Altesse Royale va venir dans la grande allée ; telle est la suprême ordonnance du célèbre docteur don Antonio de la Muleta ; il Ta très-distinctement prononcée, non en latin, mais en assez bon espagnol.. .. Ah ! le maudit Catalan I »

La princesse mit en souriant un doigt sur sa bouche, et attira sa menine vers elle ; toutes deux se blottirent sous les branches fleuries du laurier-rose, et regardèrent à travers le feuillage le groupe qui s'éloignait. Par une distraction inouïe, on les avait oubliées.

La princesse se leva, fit lentement le tour du berceau appuyée sur la menine, et s'écria :

« Il n'y a plus âme qui vive.... nous sommes seules, je peux m'asseoir sur ce gazon.... Ri tta, qu'on est bien ici ! ... »

Pour la première fois de sa vie, son regard ne trouvait personne dans un rayon de cinquante pas autour d'elle. Cette solitude inaccoutumée lui donna comme un frisson

de crainte et de joie ; elle se serrait contre lamenine^ qui avait aussi presque peur, en répétant :

« Nous sommes seules, Ritta I... »

Puis, rassurée, elle s'assit sur une pente où l'herbe croissait verte et menue. An-dessus de sa tête un rosier de Gueldre étendait ses rameaux flexibles, à Textrémité desquels s'épanouissaient des fleurs d'un blanc neigeux ; la grenadille mêlait ses étoiles rouges aux grappes d'un jeune cytise, et secouait ses parfums autour de la princesse. Elle cueillit ime rose de Gueldre, et dit avec mélancolie :

< Ritta, j'aimerais mieux cette fleur dans mes cheveux que la couronne qui m'attend.

— Ah ! madame, s'écria la menine, une couronne impériale !...

— Oui, reprit la princesse, j'aime mieux cette pauvre fleur si blanche, si frêle ; tu n'ei^ voudrais pas, toi, Ritta, pour remplacer tacoiironne ducale.... »

La menine cueillit une rose, la mit dans ses cheveux un moment, puis elle secoua la tête avec un geste charmant d'orgueil et de coquetterie enfantine. La princesse sourit tristement et dit :

« Ma belle duchesse de Sandoval, quel est Theureui cavalier auquel tu donneras le chapeau de grand d'Espagne, et le droit de se couvrir devant le roi ?

— Je supplie Votre Altesse de croii'e que je n'en sais encore rien, répondit la menine en rougissant ; je n'y ai même pas encore songé.... Je me trouve si heureuse sans seigneur et maître !

— Oui, tu es heureuse, plus heureuse que moi, Ritu, » murmura la princesse en laissant aller sa tête fatiguée sur l'épaule de. la menine ; elles restèrent ainsi gracieusement enlacées et immobiles comme les statues de marbre qui décoraient les jardins.

Une tendre amitié unissait le cœur de ces deux jeunes filles, dont l'une était née sur le trône, et Tauti-e appartenait à la plus haute noblesse de l'Espagne. Elles formaient

pourtant un parfait contraste ; peut-être par cette seule raison s'aimaient-elles si sincèrement. Doua Christina de Sandoval, l'unique héritière d'une des plus anciennes familles de la monarchie, était une grande et belle fille aux yeux noirs, au teint espagnol ; le sourire errait toujours sur sa bouche gracieuse ; elle ignorait les larmes, et n'avait encore trouvé que des joies dans ce monde, où le hasard lui donna une place si enviée ; son regard riant était celui d'un enfant, et les passions n'avaient marqué d^aucune ride précoce ce front de vingt ans. Orpheline dès le berceau, et menine de l'infante, elle n'était jamais sortie du palais, et ignorait tout ce qui se passait hors du splendide horizon (le la cour. Marguerite d'Autriche, plus jeune de quatre .ans, était grave et pensive, comme si une longue expérience lui eût déjà appris la vie. Il y avait la trace de profonds soucis sur. ce front si jeune, et ces yeux mélancoliques révélaient les pensées et les passions d'un autre âge : cette frêle existence avait trop rapidement mûri.

L'infante demeura ainsi quelques moments comme absorbée dans une idée fixe; il y avait des larmes sous ses paupières ; ses petites mains jointes reposaient sur un volume des œuvres de sainte Thérèse ouvert sur ses genoux ; on eût dit qu'elle priait. La menine n'osait interrompre ce silence et cette profonde rêverie; son regard distrait suivait des oiseaux sous les branches d'un marronnier. Tout à coup elle serra vivement le bras de l'infante, et s'écria :

« Madame ! oh ! mon Dieu ! madame î que Notre-Damedel-Pilar nous protège !

— Qu'as-tu, Ritta, dit la princesse eu se levant avec une sorte d'effroi.

— Il y a un homme ici ! répondit la menine toute tremblante et en se serrant contre la princesse. Il est là.... là, sous ce platane....

— N'aie pas peur, Ritta, n'aie pas peur! » s'écria la princesse.

Son regard fier et irrité chercha un moment devant rile ; pois il s*arréta sur un cavalier qui sortit du bosquet et demeura debout à dix pas, la tête découverte et une main sur sa poitrine. A cet aspect elle pâlit, ses genoux ployèrent, et elle dit en mettant sa main sur la bouche de la menine, qui criait et appelait à laide :

« Tais-toi, Rilta, tais-toi ! »»

Le cavalier s'approcha lentement ; on sentait son cœnr battre violemment sous la croix de Calatrava; il mit tm genou en terre devant la princesse et ne put parler.

« Blomberg, dit-elle en abaissant un regard ineffable d'inquiétude et de joie sur cet homme qui tremblait prosterné devant elle, Blomberg, comment êtes-vous entré ici?.., Pourquoi y êtes-vous venu?... Hélas! imprudent! il y va de votre vie.

— Je le sais, madame, répondit-il d'une voix brève et triste ; mais que vaut ma vie à présent ?.. . •

Un bruit de pas et de voix qui s'approchaient fit taire brusquement le cavalier. L'infante lui tendit une main qu'il toucha de ses lèvres, et de l'autre lui montra vivement les branches touffues du laurier- rose ; puis, passant son bras sous celui de la menine stupéfaite, elle alla audevant de ceux qui la cherchaient.

La gouvernante accourait, suivie de plusieurs dames. Elle fit mine de se jeter aux pieds de Tinfante, et s'écria tout effarée :

« Que Dieu me pardonne cette inconcevable distraction. Votre Altesse était seule !...

— Le malheur n'est pas grand, répondit la princesse ; d'ailleurs j'avais Bitta.. . .

— Mais l'étiquette ! madame, interrompit vivement la gouvernante, l'étiquette a été oubliée !... Nous ne devons jamais quitter Votre Altesse.... Puis, tournant ses petits yeux fauves sur la menine, elle ajouta : Dona Ghristina est bien pâle ! Jésus ! mon Dieu ! Votre Altesse ai&si me paraît troublée.... Nous avions cru entendre des cris....

— Un enfaotiDage de Ritta, dit froidement la princesse, déjà rassurée et maîtresse d'elle-même ; elle a eu peur d'une abeille qui est venue étourdiment se jeter dans ses cheveux. »

La menine secoua sa belle chevelure noire et dit, en essayant de rire :

< Oh l ouiy j'ai eu peur 1 et j'ai crié comme une sotte. »

La gouvernante passa sa main sèche sur les boucles soyeuses qui retombaient gracieusement autour du visage de la jeune fille, et dit avec sévérité :

« Il n'y a rien de si malséant et de si laid que de montrer ainsi ses cheveux. Selon Tusage établi sous la reine Anne, quatrième épouse du roi Philippe II, les menines doivent porter pour l'ordinaire Tescoffion de velours violet, relevé de passe-poils et nœuds d'argent.

— L'escoffion avec^ des 'nœuds tombants! murmura Ritta ! c'est ainsi que se coiffait ma grand'mère au temps, qu'elle était menine de l'infante dona Maria ; je ne veux pas ressembler à un portrait de famille.

— Votre Altesse va rentrer, dit la gouvernante ; le roi est dans ses appartements.

— Déjà ! s'écria l'infante, en jetant autour d'elle un regard inquiet et rapide.

— Jj Angélus vient de sonner, madame, et, le jour des Rogations, il est d'usage que les infantes d'Espagne aillent dire VAve Maria dans la chapelle. »

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