SÉPARATION DES PRUVIN'CES DU NORD I
tents que, tout en maintenant leur adhésion en principe à la Pacification, ils transigeraient sur les points préjudiciables à la religion catholique et à l'autorité du roi.
Cette concession avait été suggérée par Alexandre Farnèse, qui comptait s'en servir comme du moyen d' l' assainissement » dont il avait entretenu Philippe II (i). Le roi l'approuva, en lui recommandant d'exiger le retour à la situation telle qu'elle existait «du temps de l'empereur (2). » C'était manifester l'intention d'introduire dans le traité des restrictions qui en amoindriraient la portée.
Dès le 19 mars, le prince de Parme, ayant écarté les dernières difficultés, pouvait annoncer au roi c|u'il ne voyait plus d'inconvénient à accorder aux états d'Artois et de Hainaut ce qu'ils demandaient : ils avaient fini par admettre la « saine » interprétation des articles embarrassants de la Pacihcation(3). Deux mois plus tard, le 17 mai, à Arras, par un acte sisfné de ses commissaires et de ceux des états d'Artois, de Hainaut, de Lille, Douai et Orchies, les provinces wallonnes opéraient leur réconciliation avec l'Espagne (4). Le 28 juin, l'accord était définitivement conclu au camp devant Maestricht.
( 1 ) (c Quand on traitera, je tâcherai de faire amender lesdits articles par voie d'interprétation et de déclaration, et j'emploierai tous les moyens pour les persuader. » Alexandre Farnèse au roi, 25 janvier, 21 février 157Q. Bussemaker, De Afschcidùig, tweede deel, p. 417-420, 434.
(2) Le roi au prince de Parme, 28 février i57<). Archives du royaume, Corresfondaiice de Philippe II.
(3) Ibid. — Bussemaker, De Afschcidinc;, tweede deel. 435-4.36.
(4) Points et articles conçus, avisés et arrêtés pour parvenir à une bonne pai.K et réconcilia! ion avec Sa Alajesté. Au lieu abbatial de Saint-Vaast, à Arras, 17 mai i57Q. Gachard, Actes des états généraux, II, 201.
Par ce traité, la Pacification de Gand et l'Edit perpétuel étaient confirmés; les gens de guerre espagnols et bourguignons devaient quitter le pays dans les six semaines et ne pourraient plus y être rappelés que dans le cas de guerre extérieure ; les fonctions de gouverneur général seraient toujours exercées par un prince de sang royal, et, en conséquence, Alexandre Farnèse serait remplacé dans les six mois.
Naturellement les chefs du parti des Malcontents qui avaient le plus travaillé à la réconciliation furent amplement récompensés de leurs services et dédommagés des pertes qu'ils avaient subies pendant la guerre. Outre l'oubli du passé, on leur octroya des gratifications, on leur conféra des emplois. La ]\Iotte et Montigny, les plus actifs, avaient, d'ailleurs, réclamé des garanties, qui leur avaient été accordées. Le vicomte de Gand, gouverneur de l'Artois et de Hesdin, fut créé marquis de Richebourg. Arschot, Havre avaient reçu l'assurance, s'ils faisaient leur devoir, qu'ils seraient rétablis en leurs biens, fortunes et offices. Quantité d'autres virent, comme eux, leurs ambitions satisfaites.
Si l'argent et les considérations d'intérêt personnel furent d'un grand poids dans le retour des Wallons à l'obéissance, d'autres causes expliquent cette réconciliation. Il y eut d'abord l'interprétation du point de la religion selon l'esprit de la Pacification de Gand, point sur lequel l'accord était impossible avec le Nord, surtout depuis que le prince d'Orange avait fait proclamer à Anvers, le 12 juillet i5yS, la