‹ Espagnols et Flamands au 16e siécleChapitre 9 sur 39 · SEPARATI(~)X DF.S PROVINCES DU NORD QQ · texte numérisé non relu

SEPARATI(~)X DF.S PROVINCES DU NORD QQ

]\I<)tte, gouverneur de Cxravelines. Il avait al)andonné depuis le mois d'avril iSyS la cause des états pour se réconcilier avec Philippe II et était devenu le chef du parti des Malcontents : on désignait sous ce nom les W^allons catholic}ues que les violences des radicaux flamands indisposaient chaque jour davantage. La Motte parvint à gagner si bien la confiance du roi, qu'il en reçut des pouvoirs pour traiter avec les villes insurgées qui voudraient se réco cilier (i). Devenu gouverneur général, Alexandre Farnèse l'assura de son amitié et de sa confiance et l'autorisa à promettre de l'argent et des laveurs aux chefs de la résistance dans le Midi disposés à faire leur soumission (2).

Alais ceux-ci avaient adhéré à la Pacification de Gand et entendaient y rester fidèles. Le roi y avait donné son approbation : ils demandaient que cette approbation fût confirmée. Pareille exigence déplaisait maintenant à Philippe II, comme à Alexandre Farnèse : la Pacihcation contenait plusieurs clauses qu'il leur paraissait nécessaire au moins de modifier, notamment celles qui reconnaissaient l'existence de l'hérésie dans deux provinces et accordaient une grande autorité au prince d'Orange. Il s'agissait de trouver un moyen de tourner la difficulté, et ce moven, Granvelle le suggéra. Toujours persuadé que la voie des négociations était la seule praticable, il crovait que l'on parviendrait, avec de l'adresse

, 1 Dieqerick, Correspondance de Valeiitiii de Pardien, p. 22 et 24.1. La lettre du roi à La Motte est du 1 1 septembre.

,2. Farnèse à La Motte, Bouges, iN octobre 1578. Bussemaker. De Afschetding. tweede deel. 352-353.

loo i-:sPA(iNi)Ls ]:r flamands au xvi'-' siècle

à enlever au prince d'Oranij^e Tintinence cju'il exerçait grâce au traité de Gand. Quant au point de l'exercice de la religion réformée autorisé en Hollande et en Zélande, lorsque le moment serait venu de le soumettre à la résolution des états généraux, on chercherait à le régler en introduisant dans cette assemblée le plus grand ncniibre possible de députés catholiques fidèles au roi (i).

Alexandre Farnèse s'étant montré disposé à s'engager dans cette voie, Granvelle 1'}/ poussa davantage. Jamais sa devise k diviser pour régner » n'avait semblé pouvoir être appliquée avec plus de succès qu'en cette circonstance. Les gens de guerre, remarquait-il, ont toujours trompé le roi. C'est ainsi que don Juan avait tout gâté par son mépris pour les conseils d'hommes expérimentés qui lui parlaient de paix (2). Granvelle se félicitait donc du choix que le roi avait fait d'Alexandre Farnèse. 11 l'approuvait pour une autre raison : c'est que, depuis le duc d'Albe, il n'avait cessé de blâmer les agissements des Espagnols dans les Pa vs-Bas, ([u'ils ne connaissaient pas, où ils voulaient pourtant se mêler de tout, '( et Dieu sait comme, » où ils étaient hais. Il faisait donc coiisciller au prince de Parme de se servir des indigènes et lui adressait tout un programme bien différent de celui qu'avaient suivi les

( 1 1 Ses vues à ce sujet sont exposées notamment dans des lettres à Alexandre Farnèse et à Antonio Père/, iq décembre 1^78. Conespondance du cardinal de Granvelle, VII, 2;^2 -ri,:,, -ri,-. Naturellement il n'admettait le recours aux étatsque comme un pis aller et à la ci:)nditi()n qu'on pût compter sur un vote favorable.

i-j I Granvelle au roi, 24 novembre 1 ^78; à Alexandre Farnès-.', iT décembre; à Marguerite de Parme, 1 4 décembre.' /Z»/V/., 213-21.4, 2n)-22i>, 22()-227.

SEPARATION DES PROVIN'CIùS DU NORD lOI

gouverneurs depuis Marguerite de Parme, car celleci lui paraissait avoir sagement gouverné (i). P^arnèse partageait ces vues pacifiques et conciliantes, comme le témoigne sa correspondance avec les Malcontents. Après La Motte, il parvint à s'assurer de cette façon un autre collaborateur important, Emmanuel de Lalaing, l)aron de Montignv, gouverneur du Hainaut, commandant des troupes levées par les Wallons pour leur défense contre les excès des calvinistes flamands. Montigny assurait, du reste, n'avoir pas l'intention de rompre avec les états généraux, mais vouloir maintenir l'union par toute la Filandre et rester fidèle à la Pacification de Gand (2).

C'est ce que désirait non moins que lui Guillaume d'Orange. Persuadé de la nécessité de mettre promptement un terme à l'anarchie qui régnait à Gand, il vint même négocier, au mois de décembre i5yS, avec les chefs du mouvement calviniste, et, sur ses vives instances, ceux-ci consentirent à transiger : ils signèrent un acte par lequel ils garantissaient l'exercice de la religion catholique, la restitution aux ecclésiastiques de leurs biens confisqués et la remise en mains neutres des seigneurs qu'ils tenaient en prison. En retour de ces concessions, ils demandaient que les soldats wallons se retirassent de la Flandre. L'accord arrêté avec le prince d'Orange devait également avoir pour consécjuence l'établisse-

\ 1 ) Grarivelle à Marguerite de Parme, 27 décembre 1578. Ibid., 2^6.

i2i Alexandre F'arnèse au roi, 3 iiov-embre. Revista de archivas, IX, 383. Il soutenait que le duc d'Albe avait créé la triste situation dans laquelle se trouvaient les Pays-Bas et suppliait le roi de ne pas le laisser s'occuper de ses attaires. Ibid., 440. — Diegerick, Lettres inédites d'EmmaniuI de Lalaiiig. p. .;43-

I02 i:SPAGNOLS V.T FLAMANDS AU XVI^ SIÈCL1-:

ment de la péiix de religion dans les villes de la Filandre d'où le culte catholic[ue avait été exclu, c'est-à-dire que les deux religions y seraient établies sur un pied d'égalité. ^Nlais une pareille tolérance ne pouvait pas plus convenir aux ]\Ialcontents qu'à Alexandre Farnèse et à Philippe II : ils réclamaient l'application de la Paciiication avec des restrictions qu'elle ne comportait pas, tandis que les états l'entendaient dans un sens plus étendu cjue ses auteurs ne lui avaient donné (i).

Ainsi le temps et les circonstances, au lieu de favoriser le rétablissement de l'entente, élargissaient la distance C}ui séparait le Xord du Sud et rapprochaient davantage les ^lalcontents d'Alexandre Farnèse.

•Le 5 décembre 1378, les états d'Artois faisaient savoir aux états généraux c}u'ils négociaient, avec les députés d'autres provinces assemblés à Arras, un arrangement sur la base de la Pacification de Gand, et ils déclaraient que si les provinces de l'union refusaient de s'entendre avec eux, ils étaient décidés à passer outre. C'était l'annonce de la rupture, car l'accord, dans ces conditions, était impossible.

Un mois après, le 6 janvier, les députés des provinces d'Artois, de Hainaut, de Lille, Douai et (Jrchies signaient un traité par lequel ils formaient une ligue pour le maintien de la religion catholique

1 " l'oice avait été d'admettre quelque chose par provision pour ne pas tomber en l'entière et intaie combustion. •• Sur les négociations entre les députés des provinces wallonnes et les états généraux à ce moment, voir surtout Bussemaker, De Afscheidmg, tweededeel, p. 34Ô et suiv., et Gachard, A ci es des états i^énciiiHX, t. 1 1.

SÉPARATION DES PKOVINC'IIS Dl' NORD lo3

rcjmaine et de l'obéissance au roi, coiit(n"mément à la Pacilication de Gand, et réprouvaient la paix de religion. Par la confédération cl'Arras, l'union générale était virtuellement rompue. Elle le fut en fait, le 23 janvier suivant, par l'union conclue à Utrecht entre les provinces protestantes de Hollande, Zélande, Gueldre, Frise et Over3^ssel, Gronini^ue, Utrecht, contre-partie de celle d'Arras. D'après le préambule du traité, le but des adhérents à l'union d' Utrecht était de fortifier la Pacihcation de Gand, de garantir aux ccnifédérés leurs privilèges, libertés, lois et coutumes. Les provinces et villes contractantes prenaient l'engagement de se secourir mutuellement contre toute contrainte ou \iolence qui serait exercée à leur égard au nom du roi. En matière reliiJfieuse, la Hollande et la Zélande étaient laissées libres de se comporter comme elles l'entendraient ; les autres provinces également, mais à la condition que personne ne pût être inquiété pour ses opinions, ainsi qu'il était établi par la Pacification. Le traité d'Utrecht résolvait ainsi le point qui avait été laissé à la décision des états généraux : sauf la réserve faite en ce qui concernait la Hollande et la Zélande, il proclamait la paix de religion, dont les catholic|ues wallons ne voulaient pas.

De même que les confédérés d'Arras déclaraient ne pas se séparer définitivement de la généralité, de même l'Union d'Utrecht, dans l'esprit de ses promoteurs, ne comportait pas non plus de rupture; il ne fallait même pas y voir l'intention de se soustraire à l'autorité du souverain. C'était une union

des provinces protestantes des Pays-Bas, ouverte aux villes qui voudraient y adhérer, comme le firent Gand, Anvers, Ypres, Bruges, Lierre, le P'ranc de Bruges. Elle n'en forma pas moins, avec la Confédération d'Arras, le point de départ de la scission entre le Xord et le Midi ; elle est la base de la répul)lique des Provinces-l'nies, qui allait être constituée définitivement le jour où les provinces méridionales seraient toutes réduites à l'obéissance par les victoires d'Alexandre Farnèse(i).

L'Union d'Utrecht conclue, il était naturel cjue les négociations en cours entre les députés des provinces wallonnes et Alexandre Farnèse fussent poussées avec activité. La clause capitale, sur laquelle portaient les principales difficultés, c'était la ratification de la Pacification de Gand, que les chefs du mouvement wallon réclamaient avec instance, décidés à ne pas traiter définitivement si le roi ne renouvelait l'approbation qu'il v avait donnée. Mais autant ils se montraient résolus à cet égard, autant Farnèse éprouvait de répugnance à leur donner satisfaction : accueillir leur demande, c'était, en effet, composer avec l'hérésie, puisqu'il devait autoriser l'exercice de la religion réformée dans deux provinces; c'était affaiblir l'autorité du roi, car il fallait consentir au départ des troupes espagnoles. Son adresse parvint à tourner la difficulté : il obtint de la Motte et des autres chefs du parti des Malcon-

1' Paul Kredericq, Lt renouvellement, e» 1578, du traité d'alliance conclura l'époque de Jacques VMi Arleveldc, entre la Flandre et le Bradant. Travaux du cours pratique d histoire natiunah\ l'niversité do Liéi^e, i''"' fascicule, p. 137.

Page 1