‹ Espagnols et Flamands au 16e siécleChapitre 11 sur 39 · SEPARATION DES PROVINCES DU NORD · texte numérisé non relu

SEPARATION DES PROVINCES DU NORD

paix de religion, que les états des provinces méridionales repoussaient absolument (i). Avec le temps, le dissentiment qui s'était produit à propos de l'interprétation de la Pacification de Gand, de la question religieuse, de l'autorité du roi, s'accentua et se porta sur un autre terrain. Dans les provinces méridionales, on alla jusc^u'à expliquer la scission par l'antipathie de race. Hubert Languet remarque à ce moment que toutes les villes de langue française se rangeaient du parti de l'Espagne (2). Un autre contemporain va jusqu'à rappeler « l'inimitié invétérée des provinces flamandes à l'endroit des wallonnes (3). )) Il semble pourtant qu'il faille expliquer l'attitude de celles-ci plutôt par les colères qu'y avaient soulevées les excès des calvinistes de Gand, le saccagementdes églises et des monastères, l'interdiction du culte catholique, l'arrestation d'ecclésiastiques, le pillage de leurs maisons, l'emprisonne-

fn Les états de Brabant exprimaient l'opinion qu'il fallait remettre à un autre temps et à une assemblée des états, convoqués selon la prescription de la Pacification de Gand, tr,us chant;ements à faire dans l'état de la religion. Résolution prise, au mois d'aoïit 1578, par les états de Lille, Douai et Orchies et les états de Brabant au sujet d'une requête des réformés d'Anvers tendant à obtenir le libre exercice de la religion. Gachard, Actes des états géiia aux, 1,412-413.

12) Epistolcr, lib. \, pars II, p. 788.

(31 De Caverel, Ambassade de J . Sarrazin, p. 205. — Il ccrit encore : ce L'hérétique des provinces flamandes fut enfin si téméraire que d'attenter toutes telles choses de ses propres mains sur les provinces wallonnes, de sorte que pleurerions encore notre exil ou servitude n'eust été que... il rencontra à qui parler.. . et que la postérité de ceux qui anciennement ont heureusement servi à leurs seigneurs, comtes d'Artois et de Flandre, pour dompter et rompre la teste aux Flamands, quantes fois ilz s'estoient esle\'ez et mustinez, avoit hérité la force et le courage avec la succession de la terre, le baron de Montigny s'étant à propos planté à Menin et lieux circonvoisins avec les troupes wallonnes indignées des comportements du prince d'Oran<:eet des hérétiques, qui firent entendre au Flamand, bien qu'il fût bon marchand et artisan, qu'il n'estoit pas homme pour rencontrer les Wallons en faict d'armes. » Ibid., 21-22. — Parlant du prévôt Foncq, il fait cette refle.xion : « Il y avoit tels de grande autorité es Pais-Bas qui n'estimoient pas ledict président tort bien afléctionné ni à leur endroit ni en\ers les provinces wallonnes..., pour estre Hollandois. " Ibid., 203.

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ment de gentilshommes notés pour désapprouver l'insolence de Hembyze, qui terrorisait la ville. Ce sont ces excès qui ont sinon causé, au moins hâté la défection de l'Artois et des provinces méridionales (i) et fait renoncer celles-ci à la lutte entreprise en commun contre la tyrannie étrangère.

Pour les provinces méridionales, la lutte, en effet, se termine avec le traité du 28 juin iSyg. Mais le mot de c( réconciliation » qu'on a appliqué à cet acte est loin de correspondre à la réalité des sentiments qu'on éprouvait chez les sujets redevenus obéissants : leur antipathie pour les Espagnols subsistait, même sur le terrain religieux, car le catholicisme intransigeant des uns était tout différent de celui que les autres pratiquaient. Pour Alexandre Farnèse, peu importait la contrariété de caractères et d'opinions. L'essentiel était d'avoir obtenu ce traité, qui liait les provinces méridionales et qu'il se réservait d'interpréter à son avantage. A peine l'accord était-il conclu qu'il exprimait l'espoir degarder les soldats espagnols dans le pays (2). Philippe II en attendait davantage encore : il s'imaginait que la soumission des provinces du Sud pouvait lui ramener celles du Nord, et, dans cette confiance, il trouva bon d'attendre, pour ratifier le traité, le résultat de négociations qui venaient d'être engagées en vue d'une paix générale (3).

(Il Davison aux secrétaires d'RIisabeth, Anvers, lô mars 1579. CaUndar of Stule l'apeis, Fureign Séries, i57"'^-i57Q. p- 434-455.

1-^; Alexandre l'arnèse au roi, i.S juillet 157Q. Archives du royaume, Coriesfondavce de Philippe II.

(3; Le roi au même, 4 juin. Ibid .

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Dès le moment OÙ il avait succédé àMaximilien II, l'empereur Rodolphe II avait fait des démarches à cette lin en Espagne et dans les Pays-Bas. Chef de la seconde branche de la maison d'Autriche, neveu de Philippe II, qui représentait la première branche, il était naturellement désigné pour intervenir dans cette circonstance : par là il répondait aux vœux des princes d'Allemagne, fatigués de ressentir les contre-coups d'une lutte aussi longue qu'acharnée, il servait les intérêts de son oncle, qui s'épuisait en efforts stériles, ceux des Pays-Bas, qui réclamaient son aide en leur qualité de membre de l'Empire. A Madrid, la majorité des conseillers de Philippe II, appelés à délibérer en i5yS sur la proposition de Rodolphe agissant en qualité de médiateur, se montra disposée à l'adopter. On sentait que cette guerre interminable menait l'Espagne à sa ruine : « dans le monde entier, remarquait un des conseillers, il ne se trouverait pas assez d'argent pour terminer par la force les affaires de Flandre; » et pas un membre de l'assemblée n'osait contester cette affirmation (i). Grégoire XIII, qui s'y intéressait toujours vivement, ordonnait des prières pour la pacification de ces provinces; il envoyait en France un légat chargé d'inviter le roi à détourner le duc d'Anjou de toute intervention en faveur des insurgés : il prescrivait à son nonce à Madrid d'appuyer les démarches de l'empereur (2).

(i\ M. Brosch, Dott Jnan d'Anstria in deii Nicderlanden, Mittheiluuoen des Instituts fiir ôsterreichische Geschichtsforschung, XXI, 481.

i2i Theiner, Annales, II, 431-433. — Au sujet de la participation du pape aux pourparlers relatifs à la pacification générale et aux négociations de Cologne,

Tl s'agissait de reprendre les négociations au point où elles avaient été abandonnées à Gertruidenberg, en 15/7. ^^a-is que de changements s'étaient produits en ces deux années, et que de difficultés nouvelles ! L'archiduc Mathias nommé gouverneur général par les états ; les provinces insurgées plus étroitement liées par la seconde Union de Bruxelles, du lo décembre i577 ; la paix de religion, qui reconnaissait la liberté de conscience, d'autres actes accomplis sous l'influence du prince d'Orange n'avaient pas peu contribué à augmenter l'irritation contre celui-ci en Espagne. Telle était la situation à la mort de don Juan. Au nom de l'empereur, le comte de Schwartzenberg, son grand chambellan, avait proposé à ce moment une suspension d'armes ; mais Alexandre Farnèse s'}' était opposé parce qu'elle l'aurait afl'aibli, alors qu'il songeait précisément à frapper un grand coup : il renforçait son armée, se préparait à achever le siège de Maestricht, négociait avec les Malcontents. Une suspension d'armes, c'eut été l'abandon des projets qu'il entretenait avec la plus grande confiance (i).

Sauf l'armistice, les propositions de l'empereur furent finalement acceptées par les deux parties, et le congrès pour la paix générale s'ouvrit à Cologne le 7 mai 1579.

Ce fut un événement européen. Non seulement

voir notamment : Niederlând. Pacificatiotisiaf^ zu Koln im J. iSjç, dans les Nniilialiirberichte ans Dcutschland, 1572 15M5, II. Band, II. Theil, p. H)3--57o.

> I ) Alexandre Farnèse au roi, ;.;() octobre i57<^. .\rchi\'es du royaume, Corlespondatice de Philippe II. .Vu mois de janvier 1579, l'empereur prc^pose néanmoins encore un projet d'armistice. I, empereur aux états i;énéraux, 10 janvier. Calriida< 0/ State Papers, Foieigii Séries. \^~'^-\^~Q, p. y)^.

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