SEPARATION DES PROVIN'CES DI' NORD III
Rodolphe II, le promoteur de ces conférences, mais les princes de l'Empire, qui avaient joint leurs instances aux siennes, y furent représentés en même temps que le roi d'Espagne, Mathias et les états généraux. Philippe II avait désigné pour son plénipotentiaire le vice-roi de Naples, Charles d'Aragon, duc de Terranova, auquel furent adjoints Maximilien de Longue val, seigneur de A^aux, et les conseillers Christophe d'Assonleville et Foncq. L'archiduc Mathias et les états généraux étaient représentés notamment par le duc d'Arschot, Jean Van der Linden, abbé de Sainte-Gertrude de Louvain, Frédéric d'Yves, abbé de Maroilles, Gaspard Schetz. Les provinces d'Artois et de Hainaut, qui traitaient à ce moment avec Alexandre Farnèse, n'eurent pas de députés à Cologne, Le comte de Schwartzenberg représentait l'empereur. Les électeurs de Trêves et de Cologne, l'évèque de Wurzbourg, le duc de Juliers, le prince-évêque de Liège envoyèrent également des députés aux conférences.
Grégoire XIII avait désigné pour le représenter l'archevêque de Rossano, J.-B. Castagna, plus tard Urbain VII, qui avait été nonce en Espagne et possédait la confiance de Philippe IL C'est ce prélat qui ouvrit le congrès par un discours où étaient exposées les vues du Saint-Siège. Le pape désirait le rétablissement de la paix dans les provinces belges, une paix vraie, ferme et durable, mais qui ne pouvait l'être, selon lui, que par le maintien de l'unité religieuse et de l'autorité du roi (i). C'était
(i) Theiner, A finales , III. 9G-97.
conseiller une opposition irréductible à toute transaction, yims le nonce avait, lui, à cette heure du moins, des vues beaucoup moins étroites que ne rindiquait cette déclaration. Il voyait bien que les négociations n'aboutiraient pas sans la soumission du prince d'Orange, et que celui-ci ne pouvait être gagné que par de larges concessions. Dans les lettres qu'il écrivait à Rome, on le voit se prononcer nettement pour la Pacification de Gand, sans réticence, sans même excepter l'article qui reconnaissait l'existence de la religion réformée en Hollande et en Zélande ; il s'agissait seulement de trouver un moyen de rétablir le culte catholique dans ces deux provinces. Dans les quinze autres, on n'aurait accordé d'autre exercice public que celui de la religion catholique. Mais le pape lui fit savoir qu'il était opposé à un pareil programme. Castagna n'insista pas et finit même par approuver pleinement l'attitude intransigeante du roi d'Espagne (i).
Comme toujours, Philippe II était résolu à ne rien céder sur le point de la religion et, quant à son autorité, à repousser toutes les propositions qui auraient pour effet de l'affaiblir. Dans l'instruction remise au duc de Terranova dès le mois d'août i5y8, il se prononçait résolument en ce sens et exigeait, dans la Pacification de Gand, l'annulation des articles sur lesquels il entendait ne pas céder. Au sujet du départ des soldats espagnols, la clause portant
{\) Nuntiatnrbcrichti' ans D^tilschJnnd, 1 1 L Abtheilung, II Band, 282, 3i8-;:;i(), 321, 35<"'.
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qu'ils ne pourraient être rappelés qu'en cas de guerre avec l'étranger, devait être supprimée (i).
Cette instruction reflétait la véritable pensée du roi ; mais elle était beaucoup trop absolue, et Philippe II lui-même reconnaissait qu'il n'aboutirait qu'à un échec complet en produisant de pareilles exigences. Tout en maintenant ses prétentions sur le point de la religion, il consentit, dans une instruction secrète du mois de septembre de la même année, à autoriser quelques concessions sur le reste, ainsi sur l'application des placards, sur la réunion des états généraux, pourvu qu'elle eût lieu comme du temps de l'empereur. Le prince d'Orange devait nécessairement quitter le pays ; mais le duc de Terranova était autorisé à proposer la restitution de tous ses biens et états au comte de Buren, son fils. Si, au cours des négociations, il était question d'une indemnité à accorder au prince, on pourrait lui offrir I GO. COQ ducats. Les autres chefs de la résistance partiraient également; les gens de guerre à leur service seraient désarmés ou éloignés. L'archiduc Mathias renoncerait à son titre de gouverneur général, et don Juan serait remplacé (2).
Telles étaient les dispositions du roi au début des conférences. De leur côté, les députés des états avaient pour instruction de réclamer la ratification de la Pacification de Gand et de l'Edit perpétuel.
Il Instruction générale pour le duc de Terranova, 30 août 157S. Ibid.. 377-
(2j Instruction secrète pour le même, S septembre 1578. Ibid., 588-593. Une copie de cette instruction fut envoyée à Alexandre Farnèse. après la mort de don Juan, pour lui servir de guide, avec recommandation d'employer toute la réserve et la prudence possibles
Tapprobation de T Union de Bruxelles et l'observation de la paix de religion là où elle avait été reçue (i). Comme dans les congrès précédents, la question religieuse allait être la grande difficulté à l'établissement de l'accord.
On put s'en apercevoir à la lecture des propositions faites, le i^^' juin, au nom de Philippe II, par le duc de Terranova, en réponse à celles des états généraux : elles ne renfermaient guère, en effet, de concessions plus importantes que les offres apportées récemment d'Espagne par le baron de Selles : le roi exigeait que son autorité fût rétablie « telle qu'elle avait été du passé; » il entendait que la religion catholique fût seule enseignée et pratiquée. Ceux de ses sujets non catholiques qui préféreraient se retirer à l'étranger obtenaient un délai de quatre ans pour effectuer leur départ, pourvu que, dans cet intervalle, il ne commissent ni désordre ni scandale. Quant à leurs biens, on leur laissait la faculté de les vendre ou de les faire régir par des catholiques. La Pacification de Gand, l'Union de Bruxelles, l'Edit perpétuel seraient observés dans tous les points qui ne seraient pas en désaccord avec les conditions posées par le duc de Terranova au nom du roi (2).
Les états généraux jugèrent que ces conditions étaient insuffisantes, contraires à la Pacification de Gand et même moinsfavorablesque celles qui avaient
h; Gachard, Actes des états généraux. II, lyg-iBd. — Articles exhibés, le 25 mai, aux commissaires impériaux parles députés de l'archiduc Matiiiaset des états généraux. Ibid., 205.
(2/ Points et articles proposés par le duc de Terranr)\a, au nom du roi catliolique, aux princes électeurs et autres commissaires de l'empereur, r'f juin 1370- Ibid., 2io-'ji 1 .