‹ Espagnols et Flamands au 16e siécleChapitre 13 sur 39 · SEPARATION DES PROVINCES DU NORD · texte numérisé non relu

SEPARATION DES PROVINCES DU NORD

été proposées au Congrès de Breda(i), Afin de leur donner satisfaction, le comte de Schwartzenberg et les commissaires impériaux proposèrent des concessions plus larges : l'approbation pure et simple de la Pacification de Gand, de l'Edit perpétuel et de l'Union de Bruxelles, mo3xnnant le rétablissement de l'autorité du prince telle qu'elle existait du temps de l'empereur et l'exercice de la religion catholique, à l'exclusion de toute autre; pour la Hollande et la Zélande, l'exercice des deux religions exceptionnellement autorisé. Ils offraient ainsi beaucoup plus que Philippe II n'aurait concédé, mais beaucoup moins que les députés des états n'étaient disposés à accepter : ceux-ci, en allant jusqu'à demander que le roi autorisât l'exercice de la religion réformée dans les villes et places où elle était alors pratiquée publi([uement réclamaient de lui l'impossible.

Le 9 décembre iSyg, le duc de Terranova quittait Cologne.

Les députés des états espéraient-ils, malgré tout, venir à bout de la résistance de Philippe II? Pendant les conférences, ils avaient tout fait pour convertir ses commissaires à leurs idées de tolérance, joignant aux instances les supplications, représentant les conséquences fâcheuses d'une plus longue obstination, les dissensions qui allaient grandir, au détriment de la religion catholique. Terranova parti, ils conférèrent pendant un mois avec les envoyés de l'empereur : ils auraient voulu que Rodolphe II

( Il Ibid., 214.

Il6 ESPAGNOLS ET FLAMANDS AU XYl^ SIÈCLE

intervînt pour empêcher une rupture définitive. Leurs prières restèrent sans effet.

Tout espoir de rétablissement de l'autorité du roi dans l'ensemble des dix-sept provinces par la voie pacifique était abondonné (i).

On vit bien, un peu plus tard, Rodolphe II essaver de jouer encore le rôle de médiateur, au moment où les états offraient au duc d'Anjou la souveraineté des Pays-Bas. Cette offre pouvait aboutir à un arrangement aussi préjudiciable à la maison d'Autriche (qu'avantageux à la France. A cette occasion, l'empereur adressa aux états une remontrance dans laquelle il leur rappelait les liens qui unissaient les Pays-Bas à l'Allemagne; il leur représentait que les conditions de l'accord proposé avec le frère de Henri III étaient contraires aux droits du roi catholique, de la maison d'Autriche, duSaint- Empire, à leurs obligations. Il se déclarait toujours disposé à travailler au rétablissement de la paix et exprimait l'espoir d'obtenir des concessions de Philippe II si les états consentaient à reprendre les négociations (2). A cette offre les états répondirent par un refus. A quoi bon songer encore à négocier? Le roi s'était obstiné à repousser les moyens équitables d'arrangement cjui lui avaient été proposés. Aujourd'hui que tout espoir de réconciliation devait être abandonné, ils ne croyaient pas manquer à leur devoir ni oublier les exemples de leurs ancêtres en ren(jnçant à l'allégeance envers le roi catholique

(i) Ibid,. 228-230, 2-.;5, 250, 289, 292, 299, 301, 303

(2: F-'empereur aux états généraux, 22 avril i^Ho. Ibid. 335.

SÉPARATION DES PROVIN'CES DU XORD llj

pour se soustraire à une domination intolérable. Ils rappelaient qu'ils avaient en vain imploré jadis la protection et le secours de l'Empire tandis que leurs ennemis étaient autorisés à y recruter des troupes et y trouvaient des ressources pour les coml)attre. Ils constataient enfin que les récentes conférences de Cologne, ouvertes à l'intervention de l'empereur, n'avaient servi qu'à augmenter la mésintelligence. En conséquence, ils s'excusaient de ne pouvoir reprendre des négociations qui leur avaient si mal réussi (i).

Il est certain qu'ils ne devaient pas grande reconnaissance à l'empereur pour son intervention, qui lui était suggérée moins dans l'intérêt des Pays-Bas que dans celui de sa famille. Comme son père, douze ans auparavant (2), il était préoccupé avant tout de servir Philippe II, le chef de sa maison, dont il était l'obligé (3). Quelle confiance, d'ailleurs, pouvait on avoir dans ces négociations par personne

i\) Les états généraux à l'empereur, 21 mai 1580. Ibid., 340-341. I,e 12 juin, Rodolphe II leur annonce pourtant l'envoi d'un ambassadeur spécial. Le 28 juillet, les états s'excusent de ne pouvoir suspendre les négociations avec le duc d'Anjou. Ibid., 362.

12,1 Voir notre ouvrage : Espagnols et Flamands au XVI'' siècle. L' Etablissement du régime espagnol dans les Pays-Bas, p. 142-143.

131 Un observateur avisé écrit à ce propos : " Il fera sans doute au roi d'Espagne toutes les fa\eurs qu'il lui sera possible, sauf qu'il ne mettra pas la main à la bourse pour lui. tout bons frères et amis qu'ils soient. •' Hubert Languet, conseiller de l'électeur de Saxo, à Beutterich, secrétaire de Jean- Casimir, Francfort, 14 février 1578. Bnefe des Pfalzgrafen Johann Casimir, \. 2C)ô. Languet ajoute : " Bien s'oHrait-il de s'entremettre d'appointer les différends survenus entre le roi d'Espagne et ceux des Pays-Bas, s'il en était requis, ajoutant que le roi d'Espagne ferait mieux de chercher la paix que de poursuivre la guerre contre ses sujets. Vous entendez à quoi tend cette rhétorique. L'ambassadeur d'Allemagne en cette cour a tait semblant de trouver étrange que l'empereur l'emplovàt si froidement aux affaires de son maître. Quand on est trop longtemps à tendre ses filets, bien souvent les oiseaux s'envolent, c'est à dire que le temps se passe, les occasions se perdent, et les affaires s'embrouil lent de plus en plus. "

Il8 ESPAGN(3LS ET FLAMANDS AU XVI<^ SIÈCLE

interposée? En Espagne, sans doute, on espérait lasser les mécontents et venir à bout des résistances grâce aux divisions qui s'introduiraient à la longue parmi eux. Mais, en attendant, le pays se ruinait, l'insurrection faisait des progrès, et il était à craindre que les voisins ne vinssent se jeter dans la mêlée (i).

Le temps de la politique d'atermoiements était passé. On peut même dire que l'accord était devenu impossible depuis que Philippe II avait annoncé la volonté de ramener le pays à la situation telle qu'elle existait lors de son avènement. Après la Pacification de Gand, pareille exigence était insoutenable. En i57g, la Pacification elle-même ne suffisait plus à donner satisfaction aux provinces insurgées : la paix de religion, proclamée eniSyS, bien qu'elle fût restée sans application, suffisait à témoigner du progrès des idées sous l'impulsion du prince d'Orange. Seule la force pouvait être employée pour vaincre la résistance; encore ce moyen devenaitil déplus en plus incertain, car Philippe II épuisait ses ressources dans cette lutte, dont on ne prévoyait pas l'issue.

En Espagne, comme à Vienne, comme dans les Pays-Bas, on sentait qu'il eût mieux valu trouver un moyen d'arrangement; mais on comprenait que tout accord serait vain sans l'assentiment du prince d'Orange, et cet assentiment ne pouvait être obtenu qu'au prix de concessions qu'on repoussait à Madrid. Xe pouvant persuader le prince par la raison, on

(i) Le conseiller Christophe d'Assonleville à Granvelle, 23 novembre 157<S. Correspondance du cardinal de Granvelle, VII, 206-207.

Page 1