ASSASSINAT DU PRIN'CE D ORANGE
Plessis-lez-Tours, son action avait été virtuellement annulée; aujourd'hui, c'est au duc d'Anjou que revenait l'autorité arrachée à Philippe II : par le traité de Bordeaux du 23 janvier i58i, les états s'étaient formellement engagés à le reconnaître comme prince souverain. Un an après, le ig février i582, à x\nvers, le frère du roi de France prêtait serment à la Joyeuse Entrée et était reconnu duc de Brabant et marquis du Saint-Empire. Le mois suivant, il était inauguré à Gand comme comte de Flandre.
On pouvait être certain que le fils de Catherine de Médicis ne montrerait pas la même incapacité que l'archiduc Mathias. Ayant à sa disposition une armée recrutée en France, dévouée à ses intérêts, entouré d'une cour jeune et turbulente, excité par l'espoir d'obtenir l'appui du roi son frère, ne cachaitil pas, au contraire, des vues trop ambitieuses? Des restrictions avaient été mises à l'exercice de son autorité : ne lui paraitraient-elles pas humiliantes? Ne voudrait-il pas se débarrasser de ces entraves par un coup de force? C'est ce qui arriva, en effet. i\u mois de janvier i583, les troupes françaises disséminées en Flandre reçurent l'ordre de s'emparer le même jour, le 17, des places où elles étaient établies. Le duc d'Anjou s'était réservé celle d'Anvers. Plusieurs villes furent ainsi occupées; mais à Anvers, les bour-
Series, 1579-1580, p. 388. — Au moment où il arrivait dans les Pays-Bas, un envoyé de la reine d'Angleterre écrivait à son sujet : >• Hier, j'ai dîné avec le prince id'Orangei et lui. Il est petit et maigre, lent à parler, a des manières d'enfant, ce qu'il faut attribuer à son éducation. Il parait très dou.x et simple, ce qui plaît à ceux qui croient qu'on pourra s'en servir à volonté. » Davison à Walsingham, Anvers, 20 no\embre 1577. Kerv\n de Le;tenho^'e, Relation} politiques, X, 124.
geois eurent le temps de s'armer et de tomber sur les Français, dont un bon nombre furent mis à mort.
Sa tentative ayant misérablement échoué, le duc paya d'audace : il prétendit que lui et ses hommes avaient été provoqués; mais, en bon prince, il offrait de tout oublier, de s'employer au bien commun et de rechercher avec les états généraux le moyen de réparer le « malheur » qui venait d'arriver. En attendant, il recommandait qu'aucun tort ne fût fait à ses hommes, parce qu'autrement « d'autres en pâtiraient (i). » Telleétait, en efhet, l'exaspération dans le pays qu'il pouvait s'attendre à de dures représailles.
Cette honteuse trahison, qui aurait dû, semblet-il, marquer la fin de son court règne, ne provoqua pourtant pas de rupture entre le duc et les états. Le prince d'Orange, sans approuver naturellement une conduite aussi perfide, s'employa au raccommodement. Il fallait aux Pays-Bas un soutien à l'étranger, et ce soutien, on ne pouvait l'obtenir que de la France ou de l'Angleterre. Le prince montra que rompre avec le frère de Henri III, c'était à la lois se priver de l'appui du roi de' France, dont on s'attirerait l'inimitié, et indisposer la reine d'Angleterre, dont le duc recherchait la main avec apparence de succès. Pressés par les arguments du Taciturne et, d'un autre côté, par les progrès menaçants d'Alexandre Farnèse, les états se laissèrent persuader. Des négociations furent ainsi entamées, qui aboutirent,
fij Leduc d'Anjou au prince d'()rant;L', du can^p de Bercliem, 17 janvier 15^3. Coyrespondance de GniUaumc IcTacittii'tic. V, 7^-71)