ASSASSINAT DU PRINCE D ORANGE
dionales, l'esprit de conciliation, le désir de concessions réciproques, bases du pacte du 8 novembre iSyô, s'affaiblissaient déjà sous l'influence de l'action exercée par l'Espagne.
On a reproché au prince d'Orange ses négociations avec le duc d'Anjou après la seconde Furie d'Anvers, sa persistance à recommander un rapprochement entre ce prince et les provinces de l'Union, qu'il avait trahies. Sur sa politique à ce moment, il s'est franchement expliqué ; lui-même a clairement exposé la situation telle qu'il la comprenait. Les états avaient à opter pour l'un de ces partis : faire la paix avec l'EspagnCj se réconcilier avec les Malcontents, lutter seuls, se réconcilier avec le duc d'Anjou. Faire la paix avec l'Espagne? Mais Philippe II avait été déclaré déchu de ses droits de souveraineté. Se réconcilier avec les Malcontents? C'était remettre les affaires entre les mains du prince de Parme ; c'était la continuation de la guerre, l'extirpation de la religion, le retour des soldats étrangers dans les provinces de l'Union. Ces provinces étaient-elles en état de lutter avec leurs seules forces? Le pays était petit, le peuple s'y adonnait plutôt au commerce qu'à la profession des armes ; l'argent était difficile à trouver : dans ces conditions, on ne pouvait songer à se passer d'aide étrangère. Sans doute la réconciliation avec le duc d'Anjou présentait plus d'un inconvénient : ce prince était mal entouré, mal conseillé ; il était à craindre qu'il ne gardât pas mieux ses nouveaux engagements que ceuN qu'il avait pris par le traité de Bordeaux; certains aussi pensaient
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qu'il n'était pas permis de traiter avec un prince professant une autre religion que celle de la majorité. A ces objections on pouvait répondre que le duc occupait plusieurs villes de grande importance, qu'il était dangereux de rompre avec lui, parce cju'on aurait pour ennemi le roi son frère et qu'on indisposerait en même temps la reine d'Angleterre, qui l'avait recommandé aux états. Quant au point de la crovance, mieux valait traiter avec le duc, qui tolérait deux religions, qu'avec le roi d'Espagne, qui voulait en extirper une. On se déliait justement du premier; mais on pouvait lui poser des conditions. Enfin, il était le prince juré du pays, et il le restait tant qu'il n'y avait pas eu de renonciation légitime. Et, tout en déclarant qu'il eût préféré voir les provinces s'aider de leurs propres forces, le prince d'Orange se prononçait pour la réconciliation avec le duc d'x\njou (i).
Malgré la solidité de ses arguments, les états en trouvaient les conclusions bien dures. Ceux de Hollande auraient préféré attribuer l'autorité au prince lui-même, sûrs que les provinces lui auraient procuré les moyens nécessaires pour continuer la lutte (2). Guillaume d'Orange persista à demander ([ue les
(1) Mémoire délivré de la part du prince d'Orange et du conseil d'état aux états ;:énéraux, Anvers, 26 janvier 1583. Muller et Diegerick, Documents, IV, 333-341 . — Discours du prince d'Orange aux états, 27 janvier 1 3H3(? . Correspondance de Guillaume le Taciturne, V, 302-31 5. — Avis du prince d'Orange présenté aux états généraux, 7 février 1583. Ibid., 95-1 15. — A\is du prince d'Orange sur la situation et l'accord à faire avec M. le duc d'Anjou, Anvers, 27 avril 1583. Muller et Diegerick, Documents, V, 75-79. — Mémoire du prince d'Orange sur l'accord avec le duc d'Anjou. Renon de i'"rance. Histoire des troubles, III. (')7-b9, et Correspondance de Guillaume le Taciturne, V, 133-141.
'21 Résolution des éiats de Hollande au sujet d'une remontrance à adresser au prince d'Orange, La Hâve, 25 août 1583. Muller et Diegerick, Documents, V, 32r,.33o.