‹ Espagnols et Flamands au 16e siécleChapitre 19 sur 39 · ASSASSINAT DU PRINCE D ORANGE I · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU PRINCE D ORANGE I

engagements pris vis-à-vis du duc fussent tenus (i). Son insistance déplut surtout aux calvinistes exaltés, qui lui reprochaient de vouloir s'appuyer sur un pays catholique. Jean de Nassau, son frère, était de ces intransigeants. Aux remontrances ([u'il lui adressait, le prince répondit, quelque temps avant sa mort, par un exposé lumineux de ses vues à cet égard. Il ne faisait pas si bon marché de la liberté politique qu'il se laissât guider uniquement par des considérations religieuses; et c'est pourquoi il n'hésitait pas à demander le secours de la France pour sauver les droits et les privilèges dont il se faisait le défenseur contre les Espagnols. On l'engageait à se défier du parti français. Mais à qui se fier? Aux princes d'Allemagne? On n'en avait pas reçu de secours, et quand même on en recevrait, ce serait bien peu, à cause de la différence de croyance. « \'os théologiens, écrivait-il, disent que c'est (l'accord avec la France) contre la volonté de Dieu. Premièrement, tous ceux de ce pavs ne sont pas de la religion réformée : vous le savez bien et en connais;:.ez le nombre. Pourtant toutes ces raisons ne peuvent servir de rien à telles gens et ne servent aussi grandement à la plus grande partie de ceux de la religion, car le plus grand nombre est infirme (2).

(i) Réponse du prince d'Orange à la remontrance des états qui tait l'objet de la résolution du 25 août des états de Hollande, 6 septembre 1583. MuUer et Diegerick. Documenls. V. 337-358.

(2) Pour appuyer ce qu'il dit, il rappelle ce qui s'est vu récemment en Flandre : « L'Eglise de Nieuport n'était moindre que de 3000 personnes quinze jours avant leur rendition; il n'y en avait point qui tissent sonner plus haut les mêmes propos que vos théologiens font, et leurs ministres n'en faisaient guère de moins. Dés le premier jour qu'ils virent le trompette de l'ennemi les sommer,

Chacun qui connaît les affaires d'Espagne doit confesser que le roi, par force, est contraint, pour maintenir sa monarchie, se tenir joint au pape, à l'empereur et autres potentats papistes. Le roi de France, au contraire, pour lui couper les ailes, sera contraint de s'allier à ceux de la religion et, par ce moyen, empêcher cette grandeur qui va remplissant la terre (i). »

Ainsi le Taciturne, se plaçant au-dessus des {querelles religieuses, appréciait en homme d'état la situation politique. Maurice de Nassau, qui allait lui succéder, devait réaliser ses vues et assurer l'affermissement des Provinces-Unies par l'alliance avec Henri IV .

il ne s'en trouva que trois seuls résolus en toute la ville. Ils se rendirent honteusement jusques à abandonner leurs ministres en proie, ne les comprenant en leur capitulation, et eussent été les pauvres i;ens mis à mort sans qu'aucun de mes anciens serviteurs eussent trouvé moyen, au danger de leur vie et de leurs soldats, les ilesguiser et les faire passer entre leurs soldats. » Lettre au comte .lean de Nassau, Delft. 18 mars 1584. Groen, Archives, VIII, 339-347- (1) Le même au méine, même date. Ihid., 349-363.

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