‹ Espagnols et Flamands au 16e siécleChapitre 2 sur 39 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

sont laissé égarer par les insinuations des contemporains qui le jalousaient et cherchaient à le perdre dans l'esprit du roi. Le véritable auteur du désastre, c'est Philippe II lui-même. Médina Sidonia, désigné pour commander la flotte après la mort de l'amiral Santa Cruz, avait conscience de son incapacité. Il supplia le roi de ne pas lui imposer une tâche beaucoup trop lourde pour lui. Par un inconcevable aveuglement, Philippe II refusa de l'écouter. Ce point de l'histoire de l'Armada a été parfaitement éclairci par l'intéressante publication de M. C. Fernandez Duro : La Armada Invencible.

Il est permis également aujourd'hui de reléguer au rang des légendes les récits qui montraient la flotte dispersée par la tempête en face de Calais, Philippe 1 1 apprenant inopinément le désastre et affectant une impassibilité dont on lui faisait honneur. C'est à d'autres causes que la tempête, c'est particulièrement à la supériorité de la tactique navale des Anglais, qu'il faut attribuer l'échec des Espagnols.

Opiniâtre dans la mauvaise fortune, Philippe II tourna ses vues d'un autre côté : il conçut le projet ambitieux de monter sur le trône de France, vacant par la mort de Henri III. Roi de France, il redevenait aisément maître, du moins il le croyait, de l'ensemble des Pays-Bas. Ne pouvant arriver à ses fins, il chercha à faire attribuer la couronne à sa fille Isabelle ou à une créature qu'il aurait désignée. Les dépenses énormes qu'il fit alors ne servirent qu'à épuiser son royaume, à affaiblir sa situation au nord de l'Europe, à faire perdre à l'Espagne le rang de puissance prépondérante.

La cession des Pays-Bas à l'infante Isabelle,

VIII ESPAGNOLS ET FLAMANDS AU XVie SIÈCLE

mariée à l'archidac Albert, ne fut encore qu'un moyen imaginé pour ramener à l'obéissance les provinces séparées de la généralité depuis iSyg. Mais celles-ci résistèrent avec autant de fermeté que de vaillance aux sollicitations comme aux attaques dont elles furent l'objet sous le règne du successeur de Philippe II, tandis que les provinces méridionales restaient sous la dépendance de l'Espagne : le gouvernement des archiducs, en effet, ne constitue pas ici d'interruption dans l'histoire de la domination étrangère qu'un trop grand souci des intérêts dynastiques avait fait imposer par Charles-Quint à ses compatriotes.

Au point de vue qui nous occupe particulièrement, celui de la politique générale de l'Espagne, des renseignements nouveaux nous ont été fournis par des publications récentes : elles sont indiquées dans la liste des sources principales. Nous avons, en outre, mis grandement à profit la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pa3^s-Bas, tirée des Archives de Simancas, qui se trouve aux Archives générales du royaume, à Bruxelles. Cette importante collection de copies se compose de 3i volumes, dont lo seulement, se rapportant aux années i558 à iSyy, ont été analysés par Gachard. Les 21 autres ont été peu utilisés par les historiens de la révolution du XVI^ siècle dans les Pays-Bas.

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