L INVINCIBLE ARMADA I
commentaire : <( Comme vous pourrez le comprendre, j'excuse le plus que je puis le duc de Médina Sidonia et tous ceux qui ont occupé les premiers emplois dans la flotte. Quant à justifier mes actes et prouver que tout ici était en ordre, cela ne me convient pas... : m'en occuper seulement pourrait faire douter du contraire... x\insi je désire extrêmement qu'à ce sujet A'otre Seigneurie se montre très prudente, très circonspecte et évite toute démonstration pouvant faire soupçonner que, de mon côté, il est besoin de justification. Alais si, par hasard, il arrivait que, pour justifier le duc de Médina ou dans une autre intention, ou voulût m'endosser les actes de ceux de sa nation ou d'autres, je vous supplie de prendre hardiment ma défense : je vous assure que j'ai été et que je suis en règle, que je n'ai pu prévenir le mal, arrivé je ne sais ni ne veux dire par quelle cause (i). » Évidemment le désastre ne lui était pas imputable. Mais il est évident aussi qu'il n'avait pas eu confiance dans le succès de l'entreprise. Au mois de mars encore, pendant les négociations avec Elisabeth, il en désirait l'ajournement. « Si les Anglais, disait-il, procèdent sincèrement, ainsi qu'ils veulent le donner à entendre, il convient de faire la paix. Par là on arriverait aux fins que l'on a en vue sans exposer la flotte à un désastre possible, désastre qui aurait pour conséquence la ruine aux Pays-Bas. •» L'affaire alors se présentait dans des conditions différentes de celles qu'il avait indiquées comme nécessaires à la réussite ; le point essentiel, le secret.
1) p. Fea, Ahssandro Famese, ;^()8-;^io.
n'avait pas été observé ; on ne possédait pas le nombre d'hommes suffisant pour les opérations après le débarquement. Des difficultés allaient naître dont les Français et les Allemands pourraient profiter pour inquiéter l'Espagne aux Pays-Bas, Il fallait avant tout pacifier ces provinces. Le nord reconquis, en prenant pour base l'île deWalcheren, on exécuterait le projet d'invasion avec sécurité et sans que personne y pût mettre d'entraves. Tout en exprimant ainsi son avis, il déclarait ne pas chercher à faire revenir le roi sur sa détermination ; mais, malgré tout, on devait conclure qu'il persistait à blâmer la direction donnée à l'entreprise et qu'il voulait adresser à Philippe II un dernier avertissement (i).
Telle était, en effet, sa pensée: le témoignage d'un historien contemporain, qui servait à ce moment dans l'armée de Flandre, l'établit formellement. Cabrera rapporte (pi'il fut chargé par le prince de Parme d'aller exposer à Philippe II les raisons qui militaient en faveur de l'ajournement de l'entreprise. Il devait faire remarquer au roi que la jonction de ses bateaux avec la flotte espagnole était impossible, à cause du fort tirant d'eau des galions, qui était de 25 à 3o pieds, que, dans les parages de Dunkerquc, on n'atteignait pas cette profondeur, que, pour éviter les bancs de sable, les navires espagnols devaient se tenir très au large, que, par conséquent, entre ceux-ci et les bateaux portant l'armée d'invasion
(1) Le prince de l^arme au roi, -jn mars 138S. Archives du royaume. Cornsfottdatice de Philippe II. — Spuiiish Cahttdar, Elizahelh, IV, 2;^4-2--î7. — Herrera dit positivement que l'- prince de Parme déconseilla alors l'expédiiion. Ilistoria del niHtido, 111. S:^ .