‹ Espagnols et Flamands au 16e siécleChapitre 26 sur 39 · LES PROVINCES OBÉISSANTES · texte numérisé non relu

LES PROVINCES OBÉISSANTES

Il se traduisit notamment dans la correspondance d'Alexandre Farnèse avec Mansfeld pendant la campagne de France de i5g2. Celui-ci se plaignait d'être laissé sans ressources alors qu'on renforçait l'armée envoyée à l'étranger au détriment de la défense du pays. Bien qu'il eût raison, Alexandre Farnèse lui écrivit qu'étant seul gouverneur général et ayant seul la responsabilité, il avait seul à donner des ordres, qu'il entendait conserver l'autorité sans partage (i). La querelle s'envenima. L'un et l'autre en référèrent au roi, Mansfeld demandant ou à être déchargé du gouvernement ou à pouvoir en assurer la marche (2), Farnèse se plaignant d'être mal secondé, de ce qu'on fit courir toutes sortes de méchants bruits à son sujet, comme de rester contre le gré du roi, d'être revenu de France sans y avoir été autorisé (3).

Ces brouilles accusaient une situation troublée, incertaine, un manque de direction, auxquels la mort d'Alexandre F'arnèse ne devait p^s mettre fin.

Les Italiens qui composaient son entourage disparurent; mais l'influence qu'ils exerçaient revint à l'élément espagnol, qui allait de nouveau prédominer, toujours au préjudice des indigènes.

(r) A propos d'un ordre donné par Mansfeld, en langue espagnole, au pagador Gabriel de Santestevan, il lui écrit : « Vous n'ignore? ma qualité et que le roi veut que je demeure gouverneur des Pays-Bas, que quand Sa Majesté sera servie changer de volonté, je tiendrai à taveur de me départir de la charge, mais jusqu'alors mon intention est de commander et d'être obéi, m'assurant que je n'ordonnerai chose dont je ne puisse bien répondre et qui ne soit pour le grand ser\ice de Sa Majesté... Et vous requiers, mon cousin, vouloir changer de stil en cet endroit.» Farnèse à Mansfeld, 24 janvier 1502. Archives du royaume. Correspondance de Philippe II .

(2) Mansfeld au roi, 8 août \^g2.Ibtd.

(3) Le même au roi, 24 août (septembre ?) 1592. Ibid.

En attendant l'arrivée du nouveau gouverneur général, ^Nlansteld fut chargé d'administrer, comme il l'avait été pendant l'absence d'Alexandre F'arnèse. L'intervention militaire en France n'était pas abandonnée, mais la direction en était confiée au comte de Fuentes, envoyé dans les Pays-Bas, comme on l'a vu, pour procéder éventuellement à la destitution du neveu du roi.

Don Francisco Henriquez de Azevedo, comte de Fuentes, avait été châtelain de Milan. Il passait pour être dur, hautain, comme le duc d'Albe, dont il était parent et qui avait même quelque peu dirigé son éducation. Aussi, quand il partit pour les Pays- Bas, prédisait-on {}u'il s'y rendrait odieux (i). La prédiction s'accomplit, non pas seulement à cause de son caractère, mais par la faute de Philippe H, qui en avait fait son confident (2), ce dont Fuentes se prévalut pour se donner des airs de supériorité. Après la mort d'Alexandre Farnèse, il refusa de communiquer au comte de Mansfeld et au conseil les dépèches qui contenaient les volontés du roi, dont il était porteur, se réservant de donner des explications en temps opportun. Aussi vit-on bientôt se renouveler entre lui et Mansfeld les mêmes querelles qui avaient éclaté entre celui-ci et Alexandre Farnèse. Le premier accusait l'autre de s'attribuer une trop grande importance, prétendait qu'il était son obligé, le menaçait de faire réduire ses attributions (3) .

(1) Relation de Tliomas (lontariiii, 15Q3. Gacliard, Relations des ambassadeurs îieW/j>«5, p. 212-21 '',.

(2) Matteiicci au cardinal AlJobrandino, Bruxelles, 12 décembre 1592. Bulletins de la Commission royale d'histoire^ 4" série, L 292.

(■i,j Le même au même, même date. Ibid., p. 2()2. — La mésintelligence

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