‹ Espèces et Variétés d'Intelligences: Éléments de NoologieChapitre 4 sur 37 · OBJET DE VAN OO · texte numérisé non relu

OBJET DE VAN OO

comparer pour les classer, enfin de découvrir la structure ou le mécanisme des différents types. La Noologie empiète donc sur la Psychologie ou plutôt utilise ses résultats, mais son but essentiel est la classification des familles d’esprits.

Le Noologiste dispose d’une double méthode : la méthode directe et la méthode indirecte ou historique (je ne fais pas état de la méthode synthétique ou déductive dont il faut se méfier). La méthode directe consiste dans l'expérience et l’observation attentive des enfants et des hommes; elle a été inaugurée par Binet. La méthode indirecte part de l'étude des hommes de génie d'après leurs confidences et leurs œuvres, en vertu de ce principe que les différences éclatent surtout dans les esprits supérieurs ; elle a été entrevue par Sainte-Beuve et amorcée par Wechniakoff.

Cette science n’est donc pas entièrement neuve : elle peut glaner des remarques éparses dans l'œuvre des plus anciens moralistes, mais elle est à peine ébauchée. Avant d'établir le bilan actuel des recherches de Noologie et de pousser l'enquête un peu plus loin que nos devanciers, il ne sera pas superflu de montrer que cette science n’est pas illusoire, qu’elle a un objet propre et bien défini.

On peut, en effet, nous objecter que les esprits sont tous semblables ou tous différents (‘) : dans le premier cas, il n'y aurait pas de place pour la Noologie à côté de la Psychologie; dans le second, cette pseudo-science s'émietterait en une poussière infinitésimale d'observations individuelles.

(*) La coexistence et l'opposition radicale de ces deux thèses sur l'esprit humain justifierait à elle seule l'existence de la Noologie, qui a précisément à connaître de deux attitudes aussi opposées, comme révélatrices de deuxmentalités permanentes : Parménide et Héraclite inaugurent le duel de l'Unité stable et de la Multiplicité mouvante !

À la thèse averroïste de l'identité foncière des esprits, on peut répondre que, si elle semble confirmée par l'unité de l’œuvre scientifique, elle a contre elle la diversité des systèmes philosophiques, des théories de toute nature et des conceptions esthétiques. Quant à la thèse de la diversité radicale des esprits individuels, elle est obligée de s’accommoder de l’uniformité, constatée par le psychologue, des fonctions psychiques, susceptibles elles-mêmes de variations plus ou moins prononcées.

La Noologie ressemble assez à la chimie qui, comme elle, est une science concrète, et qui soutient avec la physique (:) les mêmes rapports que la Noologie avec la Psychologie. Les innombrables combinaisons de la chimie organique se font à l’aide de quelques radicaux simples : l'identité des éléments n'empêche pas la diversité des corps, et sous cette diversité même on retrouve des fonctions identiques.

Mais l'examen des faits sera plus probant que tous les arguments : pour sortir du dilemme identité-diversité, il suffit de montrer qu il y a des intelligences impénétrables l’une à l’autre et des intelligences qui spontanément se comprennent, bref qu'il y a des mentalités hétérogènes et des mentalités congénères. L'historique qui suivra cette partie sera convaincant à cet égard.

Les adversaires de la Noologie (il y en aura) et les esprits critiques (dont le rôle est si utile) ne manqueront pas de nous objecter qu'il n'y à peut-être que deux classes d’esprits (°), et que c’est un noyau trop mince pour une science nouvelle.

(*) La relation de la chimie (science concrète) à la physique (science abstraite) est souvent mal comprise. V. à ce sujet Gogror : Classification

des sciences, I, 1v, p. 428.

(2) Cf. A. Dumas fils : « La nature a deux ou trois moules où elle jette les hommes, peut-être au hasard, et, à quelques nuances près, tous les

MENTRÉ. — /Voologie. 2

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