‹ Espèces et Variétés d'Intelligences: Éléments de NoologieChapitre 7 sur 37 · J4 0 BTE TT DELTA NN OHICORLIE · texte numérisé non relu

J4 0 BTE TT DELTA NN OHICORLIE

d'observation extérieure moins développé, une pensée

moins précise, moins méthodique, moins consciente, une

attention moins soutenue s'allie au développement de

l'imagination, au sens poétique, à la vivacité, à l'imprévu,

au caprice. Voilà deux portraits bien logiques, bien

vivants, qui représentent deux tendances de l'intelligence. humaine, l’une vers l'esprit scientifique, l’autre vers

l'esprit littéraire (‘).

Beaucoup d'enquêtes de ce genre (*) seront nécessaires avant qu’on parvienne à déterminer les corrélations qui existent entre les diverses manifestations de l'intelligence. On sait, par exemple, que l'imagination est jointe d'ordinaire à la prédominance de certains sens, surtout de la vue, et qu'elle entraine une forme particulière de la mémoire, de l'attention, de la réflexion ; mais combien ces liaisons restent indéterminées! Voilà un beau champ ouvert aux investigations de la psychologie expéri mentale.

Quand les lois de composition des mentalités auront été déterminées empiriquement, alors seulement on pourra tracer avec quelque sûreté des portraits intellec— tuels. Actuellement, on tâtonne et on met une unité factice

(:) {dem, p. 308.

(?) Nous ne ferons pas état des recherches assez grossières et compliquées : des américains Taorxnie et SPearmanx. Suivant le premier, qui s'inspire du mendélisme, l'esprit serait une collection hétéroclite de facultés juxtaposées et absolument indépendantes; suivant le second, l'intelligence serait une, et il y aurait une correspondance entre toutes les formes de notre activité. — Binet, qui les mentionne dans ses /dées modernes sur les enfants, adopte une solution moyenne. Il admet 1° que les corrélations sont inégales mais jamais nulles: 2° que les corrélations inverses n'existent pas : « être fort dans une branche n’est pas une raison pour être faible dans l’autre. » Les aptitudes ne s’excluent donc pas, et d’ailleurs l'application au travail nivelle les résultats. — Ces observations peuvent s’accorder avec des thèses différentes. Mais ce sont des observations sur les écoliers normaux, c’est-àdire moyens, qui possèdent toutes les aptitudes à quelque degré; elles ne sauraient convenir aux êtres d'exception. Élevées à une certaine puissance, certaines facultés en excluent d'autres.

à la place de l'unité véritable : on compose un portrait, on ne l'explique pas. Dans son étude psychologique sur A. France, M. G. Michaut fait de la sensualité le principe dominant de l’œuvre de France, celui qui engendre la forme particulière de son imagination et de son intelligence, celui qui éclaire toute sa philosophie et l’évolution de ses idées (1). À ce propos, M. G. Lanson, comme tout à l'heure M. Paulhan, s'élève avec force contre la superstition de l'unité: « Aucun homme, dit-il, n’est si un que cela. Nous sommes tous faits de pièces et de morceaux ; les plus fortes et les plus fines natures n’échappent pas à la loi de la bigarrure, et les plus riches, les plus complexes, comme celles d’un Anatole France, la manifestent plus que les autres (?). » Certes, le choix de la sensualité comme clef de l’œuvre d’A. France n’est pas très heureux : pour d’autres écrivains, ce pourraient être la paresse (M. Régnier), la goinfrerie (Saint-Amand) ou la passion du jeu (‘)? Clef pour clef, je préférerais, avec Lanson, en ce qui concerne France, la clef esthétique ou la disposition à regarder toutes choses du point de vue

(:) Telle est aussi la conclusion de M: V. Giraud qui considère la volupté comme la faculté maîtresse d’A. France (Revue des Deux Mondes du 1° décembre 1913). De même Sainte-Beuve se classe parmi les adultères (moechi); mais c’est une boutade.

(2) Feuilleton littéraire du Matin : 27 août 1913. M. Lanson est plus explicite à propos de la Mort de Maeterlinck : « Il y a bien peu d’esprits cohérents et homogènes : la plupart de nous sont composés de pièces rapportées, de seutiments, d'idées et de tendances qui appartiennent à des âges différents de civilisation. Les plus spirituels ont parfois leur coin de sottise, et il arrive que dans les plus raffinés il reste du barbare. Etre « un » homme, j'entends un individu dont toutes les parties se conviennent et dont toutes les facultés représentent le même degré de développement de l'espèce, c’est ee qu’il y a de plus rare. Nous sommes toujours en avance ou en retard sur nous-mêmes par quelque côté. » Mais l’unité de croyances ne doit pas être confondue avec l’unité d’aptitudes, ni le contenu de la conscience avec sa forme spéciale. IL peut exister en nous des survivances même lointaines sans que l'unité de notre mentalité en soit compromise. :

(*) Pour E. Faguet, la faculté maîtresse de Taine est la probité. Jadison jouait aux portraits : le jeu de la faculté maîtresse est bien plus amusant!

de la beauté et de la distinction. Mais, en admettant même qu'il y ait plusieurs clefs à l'œuvre de France, cette hypothèse n’exclurait pas l’unité de l'esprit qui l’a conçue. Si le critique du Matin a raison de protester contre l'unification arbitraire d’an tempérament, il ne saurait nier l’unité de la vie intellectuelle, qui se révèle sous sa diversité et sa complexité mêmes. Il reconnait lui-même que l'A. France de la seconde manière, le combatif anticlérical, était latent dans ses premières œuvres. Tous les esprits ne sont pas également umifiés : 1l en est qui réalisent leur unité à force de volonté, mais tous ont l’unité de la vie qui est liée à un organisme et à un cerveau définis.

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