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connaissances, aucune garantie d'exactitude et par conséquent aucun intérêt(‘).» Et F. Paulhan remarque excellemment : « Ces trois types, comme on les entend communément, donnent surtout la prédominance des diverses formes de la parole intérieure, des diverses espèces d'images dont s'accompagne la pensée qui se parle. Mais ils ne constituent nullement des types intellectuels complets, et l’on ne peut, quoiqu’on l’aitessayé (*), fonder avec eux une classification satisfaisante des esprits. On sait aussi qu'il n’en faut pas trop généraliser la formule. Tel musicien qui, en tant que musicien, appartiendra au type auditif, sera peut-être un visuel ou un moteur par l'exercice de la parole intérieure (*). »
La classification des sensoriels est facilitée par l'existence des organes des sens; mais il est plus malaisé de classer les émotifs ou les abstraits ; aussi presque rien n’a été tenté dans cette voie. Il est une classification célèbre au moyen âge, durant lequel les philosophes scolastiques furent partagés en trois camps rivaux, dont les champions se renouvelaient sans trêve : les nominalistes, les conceptualistes et les réalistes. Cette querelle des universaux, outre son intérêt historique encore actuel, a une portée psychologique et noologique considérable. Or, si on n’a pas manqué d'en narrer les péripéties, personne jusqu'ici n’a songé à tracer le portrait d’après nature d’un nomina-
(2) Ailleurs, Binet remarque que le peintre Tade Styka, habile dessinateur à vingt ans, a la mémoire visuelle d’un enfant de huit ans qui ne sait pas dessiner.
(*) Dans sa Psychologie de l'Art (1912), M. Müller Frersxreis distingue les types sensoriels (sensori-visuel, sensori-auditif et sensori-moteur), les types imaginatifs (visuel, moteur, verbal) et les types afectifs. Classification trop facile en vérité, où la justesse est sacrifiée à la symétrie !
(°) Esprits logiques, Introduction, p. 8. Je serais assez porté à croire d’après différents indices, que, à la différence du visuel et de l’anditif le moteur où homme à images motrices prédominäntes constitue un type So plet et autonome (Cf. le praticien).
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liste ou d'un réaliste : en s’aidant des œuvres des grands scolastiques et des données de psychologie individuelle que nous possédons aujourd'hui, on pourrait tenter avec fruit de reconstituer leur mentalité (!).
Le noologiste ne peut attendre que ces analyses et d'autres du même genre soient établies pour se mettre à l’œuvre : psychologie et noologie doivent s’entr'aider pour le plus grand bénéfice des deux sciences. — La sociologie nous offre-t-elle des ressources plus grandes que la psychologie ?
Quand on cherche à classer les différentes sortes de mentalités, une solution se présente aussitôt à l'esprit : n'y aurait-il pas autant de familles spirituelles que d'objets auxquels l'intelligence s'applique ? Il suffirait, par exemple, d'analyser le génie militaire d’un Napoléon, le génie politique d’un Richelieu, Le génie financier d'un Law, le génie musical d’un Beethoven, le génie mécanique d'un Watt, le génie scientifique d’un Newton, etc., pour obtenir un atlas complet des variétés de l'intelligence humaine. Mais, outre qu’une analyse exacte des hommes de génie dépasse actuellement notre portée, on n’a pas encore donné, que je sache, une classification satisfaisante des grands hommes, non plus que des objets auxquels peut s'appliquer l'intelligence humaine. Des dons qui paraissent socialement très distants, comme l'aptitude aux affaires et le génie militaire, sont étroitement apparentés au point de vue psychologique. Ribot a très bien
(:) La querelle des universaux a un double aspect ; psychologique et métaphysique. On peut se demander ce qui correspond à l’idée : soit dans l'esprit, soit dans les choses. À la première question on a répondu par le nominalisme ou par le conceptualisme (une autre solution plus moderne est le pragmatisme); à la seconde par le conceptualisme ou par le réalisme. C’est une plaisanterie de vouloir ramener ces théories à une différence élémentaire comme celle de l’auditif et du moteur.
montré dans l’/magination créatrice que le commerçant est à sa façon un tacticien qui lutte contre ses concurrents et déjoue leurs combinaisons offensives (‘). On peut même rapprocher au point de vue du travail mental, les combinaisons du financier et du général de celles de l'algébriste qui jongle avec les vecteurs ou du joueur d’échees qui dispose ses pièces. Seulement, dans le premier cas, la part de l’imprévu est plus grande, et l'impossible même doit être envisagé régulièrement. Ribot conclut aussi à l'identité de l'imagination mécanique et de l'imagination artistique : leurs processus sont analogues, seuls diffèrent les matériaux mis en jeu(?). Cette parenté est surtout frappante dans le cas de l'architecture et des arts déeoratifs; mais les arts les plus immatériels ont leur « technique ». Les imaginations diffèrent moins par la quantité et la qualité des représentations qu’elles associent, que par leur structure affective et motrice : le contenu de Fintelligence est moins significatif que son orientation. L'application de l'intelligence dépend pour une bonne part des circonstances ; mais la même intelligence applique les mêmes procédés dans les domaines les plus divers.
Que faut-il donc penser de la classification spontanée par le langage des individualités fortes ? Cette classification mérite d'être prise en sérieuse considération, parce qu'elle est établie par le sens commun qui se guide sur des rapports réels, entrevus plutôt que clairement aperçus. Quand il s’agit de fonctions sociales administratives ou rétribuées, la répartition des talents est déterminée par des motifs souvent fort étrangers à la
(*) On pourrait tirer de ce rapprochement psychologique des conséquences pratiques pour le choix des dirigeants de la guerre, spécialement des intendants.
(*) Nous aurions des réserves à faire sur ce point.
vocation. Mais lorsque des individus affrontent les risques d'une carrière aventureuse pour remplir un rôle social volontaire, ces individus en majorité (il faut faire la part de l'orgueil individuel et du snobisme) obéissent à une sorte d'instinct et sont guidés par leurs affimtés spirituelles. On est artiste, inventeur, savant, philosophe(:) par libre élection, sous l'impulsion de tendanees profondes.
Toutefois, la répartition des mentalités ainsi obtenue est assez sommaire. Il y a bien des façons d’être philosophe, savant ou artiste : 11 y a une manière philosophique de traiter la science, et une manière scientifique de philosopher; le savant de grande envergure, comme le philosophe, est artiste à sa façon, et l'artiste est aussi un homme de science (Le Vinci). Souvent l’homme à ses débuts hésite sur sa voie : tel littérateur a commencé par être peintre, tel autre a manié tour à tour le pinceau et la plume ; tel futur savant a débuté comme écrivain, et tel philosophe a d’abord été un savant. Et il y a parfois entre artistes qui cultivent des arts différents plus de ressemblances qu'entre artistes rivaux. D'autre part, il est digne de remarque que les talents ne sont pas ordinaïrement transmis dans leur intégrité et que les annales du progrès révèlent sans cesse des noms nouveaux. Les dynasties de grands artistes, de grands savants ou de grands inventeurs sont extrêmement rares; par contre, il arrive assez fréquemment que le fils d’un savant soit un artiste (Henri Regnault peintre, fils de Victor Regnault physicien) ou que le fils d’un mathématicien soit musi-
() Cournot distingue dans la nature intellectuelle et morale de l’homme cinq formes principales de développement, « appropriées à autant de syncrasies ou de tempéraments divers ». Il les range dans un ordre qui corresàla marche générale de la civilisation : la religion, l’art, l’histoire, la philosophie, la science (Essai, $ 337).