CHAPITRE II
l'Évandle.
§ I. — LA COWSCIEIVCE ET L'ÉVAIVGILE.
Si l'Évangile n'avait pas été donné à l'homme, il faudrait mourir; oui, mourir de douleur d'avoir été condamné à vivre; mourir de douleur d'avoir été formé avec d'insatiables désirs de perfection, avec une ardente soif de Dieu, et de sentir que cette soif et ces désirs ne sont qu'une cruelle déception, un jeu funeste de la puissance inconnue qui, sans nous consulter, nous a jetés dans la vie. 13.
Tant que la conscience, avec sa voix grave et triste, ne se joint pas au concert de toutes les facultés humaines, chantant en chœur les louanges de l'Évangile, cet Évangile n'est encore ni accepté, ni compris. Le christianisme est essentiellement la religion du repentir; c'est par le repentir qu'il veut mener à l'amour. S. m, 268.
La vraie religion est nécessairement un appel à la conscience. Elle s'adresse à celle de chacun de nous, et fonde au centre même de l'individu un système de relations où Dieu suffit à l'individu, et l'individu à Dieu, aucun élément n'est pris au dehors. L'humanité, le monde restent hors de question. L'individu, par rapport à Dieu, est tout un monde, comme Dieu lui-même est l'objet unique de l'individu. C'est avec sa propre àme que cet homme écoute, avec sa propre conscience qu'il adhère et qu'il croit, La foi n'est pas un emprunt fait à la multitude, ni une formule imposée par l'autorité ; elle lui est propre, elle naît de lui ou dans lui, elle est un fruit de la liberté. Le développement de sa foi n'a point une autre origine, une autre nature que sa foi elle-même. Toute la vie qui s'y rattache a le même caractère de spontanéité. Elle est à lui, elle est de lui comme sa foi. Ni le torrent des idées générales ne la lui
a apportée, ni ce même torrent ne l'emporte. Née d'elle-même, elle ne relève que d'elle-même ou de son principe divin. Elle ne se proportionne qu'à lui, non au développement de l'intellig-ence et à la culture de l'esprit. Elle triomphe dans la plus grande simplicité d'existence. Elle fait de l'homme, d'ailleurs vulgaire, un homme complet, une unité vivante, au milieu de ces hommes peut-être éminents par leurs facultés, qui ne comptent que comme des fractions dans la grande unité sociale. Elle l'investit enfin d'une dignité que rien ne peut égaler ni suppléer; rien, pas même le génie. E. 14-15.
Le christianisme, en s'approchant de nous, se dirige vers les parties saines de notre nature, et s'unirait à elles si, entre lui et cet homme vrai, il ne trouvait l'homme faux, l'homme de péché.
L'humanité, est aveugle, mais elle se souvient confusément d'avoir vu ; elle est expatriée, mais de loin en loin quelques fugitives réminiscences l'entretiennent d'une patrie perdue ; ou, de môme qu'une ou deux notes jetées dans l'air rappellent, sans pouvoir la reproduire, une mélodie qu'on a entendue jadis, certaines circonstances de la vie et certaines impressions intérieures font vibrer dans l'âme des cordes muettes, qui réveillent le souvenir de quelque divin concert, et puis retombent dans le silence. m
L'Évangile est caché au fond de toute conscience, c'est-à-dire cet Évangile intérieur qui ne serait rien sans l'Évangile extérieur, mais sans lequel aussi l'Évangile extérieur ne serait rien. Car la Parole a toujours parlé, la Parole a parlé à tous ; et quand elle s'est faite chair, c'est pour venir « vers les siens. » Il y a donc au dedans de nous, dans notre dernier fond, si nous voulons descendre jusque-là, quelque chose qui rend témoignage à l'Évangile, et qui, incapable de l'annoncer à l'avance, est capable de le reconnaître lorsqu'il paraît. E. 439.
S'il était possible de caractériser une religion par un seul mot, nous dirions que le christianisme est la religion de la conscience. C'est là en effet son caractère distinctif et l'un des traits les plus éminents de sa supériorité. Les religions peuvent s'adresser à dif-
férentes forces de notre àme. Telle religion s'empare de l'imagination, telle autre a son empire dans la sensibilité, telle autre peut prétendre à captiver la raison ; mais le triomphe de la vraie religion doit être de régner sur la conscience. L. C. 124.
La religion de la conscience est la seule qui personnalise Dieu.