TOME I
min, la vérité et la vie. » (Jean, xiv, 6.) Ne mettons donc pas, comme on le fait trop souvent, le christianisme à la place de Jésus-Christ. Être chrétien, c'est appartenir à Jésus-Christ, vivre avec lui, avoir commerce avec lui. 11 semble singulier de dire cela à des chrétiens, mais il est nécessaire de le leur faire entendre. 421.
Dieu ne nous fait pas chercher par un messager, il vient luimême, il s'unit à nous. Au lieu de nous dire : montez à moi, il descend. Voilà l'essentiel, le point central de la révélation : Emmanuel, voilà le premier et le dernier mot de la dogmatique chrétienne. Ce mot, recueilli par la foi, devient le principe de la vie en Dieu. , R. C. v, 83.
Ce n'est pas l'humanité qui pouvait fournir à l'humanité ellemême l'image de la nouvelle créature ; il fallait que cette nouvelle créature fût réalisée dans un individu, si jamais elle devait l'être; car, quand on pourrait, en ramassant tous les plus beaux traits que peut fournir l'histoire du genre humain, composer de ces mille traits épars l'idée de l'homme nouveau, encore ne serait-ce qu'une idée ; mais cette idée même, l'humanité ne la fournira jamais ; on ne pourra jamais trouver, ni dans un homme à part, ni dans tous ensemble, de quoi se former l'idée de l'homme nouveau, parce que le principe qui crée cet homme-là n'existe ni dans tel ou tel homme, ni dans tous ensemble. M. 13.
Ce n'est qu'en Jésus-Christ que vous trouverez tout à la fois le Dieu qui est dans la nature et le Dieu qui est au-dessus de la nature, le Dieu de l'univers et le Dieu de votre âme, le Dieu souverainement saint qui ne pardonne rien, et le Dieu souverainement bon qui pardonne tout, le Dieu qui donne la première et la nouvelle naissance, le Dieu qu'il nous faut, Dieu tout entier.
Il ne faut pas s'y tromper : l'image aussi douce que majestueuse, l'idée même de celui que les siècles modernes ont appris à appeler familièrement le bon Dieu , elle n'appartient pas naturellement à l'imagination et à la pensée de l'homme ; c'est par l'Évangile qu'elle a été apportée à l'esprit : le bon Dieu est un Dieu révélé. E. E. 6.
J'ai besoin d'un Dieu homme, il est trop tard , après dix-huit siècles, pour se récrier à ce langage ; ce qui n'eût été alors, de la part de l'imagination humaine , qu'une pensée aussi profane que téméraire, est devenu la vérité ! Dieu s'est fait homme pour le salut des hommes ! L'éternelle essence s'est assujettie par amour aux conditions du temps et de l'espace ; disons tout : une idée est devenue une personne ; Dieu , pour ainsi dire , s'est localisé : la terre l'a connu en la personne de son Bien-Aimé ; le Dieu de l'éternité, le Dieu dont la pensée frappe de vertige , est devenu le Dieu familier, l'auguste mais intime ami de chaque âme ; le morne désert de l'infini s'est animé ; l'avenir est devenu présent ; la vie a senti et savouré d'avance sa perpétuité ; nous avons distinctement aperçu les bords sacrés de la patrie , le seuil de la maison paternelle; nous avons salué du nom de Père l'invisible, le Tout- Puissant , l'Infini ; nous avons eu avec lui des rapports directs , détaillés et journaliers ; nous lui avons parlé face à face comme un ami parle à son ami ; nous lui avons confié, avec la certitude d'en être chaque jour entendu , nos besoins et nos peines de chaque jour; nous avons eu, en un mot, un commerce personnel avec un Dieu personnel , qui n'en est pas moins demeuré pour l'imagination le Dieu infini , pour la conscience le Dieu redoutable et saint. L. 19«. ii, 15i.
Jésus est le soleil du monde des esprits. Il n'y a sans lui , dans la vie humaine, que ténèbres, que désespoir. Nulle route pour aller à Dieu, nulle connaissance de Dieu, nulle consolation solide, nulle espérance, et pour unique direction de la vie , le hasard, la fantaisie et les impulsions les plus contradictoires des instincts les plus opposés. Quiconque peut désirer d'éteindre ce soleil, est l'ennemi de l'humanité, et ne saurait avoir, même dans ce monde infernal où l'on ne sait que haïr, de plus impitoyable , de plus cruel ennemi de son propre bonheur. N. E. 212-213.
La guerre impie , la guerre insensée que l'esprit du monde a déclarée à Jésus-Christ est une guerre à mort. Mais le monde n'a garde d'annoncer son dessein tout entier. Il n'est pas toujours d'une bonne politique de se poser ouvertement comme ennemi de Jésus-Christ. Bien que les vrais amis de Jésus-Christ n'aient
formé la majorité dans aucun siècle ni dans aucun pays, il y a, dans tous les pays de la chrétienté , une prévention en faveur de Jésus-Christ , dirai-je, une espèce de foi, qui n'est pas la foi véritable , qui ne suppose point l'amour, mais qui ne laisse pas de s'épouvanter au premier bruit et à la seule pensée d'une guerre à mort contre Jésus-Christ.
On sait en général et confusément qu'on a besoin de Jésus- Christ, et que Jésus-Christ de moins dans le monde y ferait , on ne sait comment, mais on en est sûr, une profonde , une horrible lacune. La pensée a ses aventuriers comme elle a ses héros ; et jamais peut-être n'en eut-elle autant qu'aujourd'hui. L'avez-vous remarqué toutefois ? Ils n'osent, tout en renversant le christianisme par leurs raisonnements, se séparer absolument du christianisme, et c'est au nom de Jésus-Christ qu'ils font la guerre à Jésus-Christ. La cynique incrédulité du dernier siècle n'est plus de saison ; le christianisme, on le croit, n'est plus qu'un fantôme, un vain nom ; mais il faut compter avec ce nom, avec ce fantôme. Et ce n'est pas seulement aujourd'hui, c'est de tout temps que l'adversaire de Jésus-Christ a trouvé mieux son compte à essayer de le diminuer qu'à tenter de l'anéantir. E. E. 153
Jésus-Christ et la plénitude de Jésus-Christ sont un seul et même mystère, une seule et même vérité ; et partout où l'on est parvenu à ôter à Jésus-Christ un seul rayon de sa gloire, ce seul rayon disparu produit une obscurité parfaite, au sein de laquelle vous entendez comme une voix lugubre de l'humanité qui s'écrie : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l'a mis. y>
Rien ne restreint ici-bas la vérité proclamée par Jésus-Christ nous y voyons de Dieu tout ce que nous pouvons y voir de lui c'est une plénitude relative , mais véritablement une plénitude rien ne manque dans la manifestation de Dieu en Jésus-Christ, de ce qui doit s'y trouver pour l'homme dans sa chair mortelle ; cette manifestation est aussi pleine qu'elle peut l'être pour des hommes avant leur transfiguration dans la gloire. N. E. 434.
C'est une loi éternelle , et confirmée par l'expérience de tous les âges , qu'on ne peut retrancher quelque chose à la plénitude
de Christ sans amoindrir dautant l'idée de la loi chrétienne , et pareillement, qu'on ne peut essayer d'entamer cette loi parfaite sans être poussé impérieusement à taire descendre Jésus-Christ de ce trône où l'avait placé notre foi. E. E. 175.
Le grand intérêt, la grande passion du cœur humain , jusqu'à ce que la vérité l'ait entièrement vaincu , c'est de réduire Jésus- Christ à n'être qu'un nom ; et à l'inverse de Jean-Baptiste , qui trouvait tant de joie à dire : « Il faut qu'il croisse et que je diminue, » notre cœur, même après avoir confessé Jésus-Christ, se répète sans cesse à demi-voix : « Faisons tout pour qu'il diminue et tout pour que je croisse. » 155.
La divinité du Christ, l'incarnation est le christianisme lui-même, et il est assez clair qu'elle ne saurait être rien de moins. Il est plus facile de la repousser que de lui donner dans le système de l'Évangile un rang subordonné, une importance secondaire. Pour qui admet Emmanuel ou la Parole faite chair, tout est là, et cette doctrine est dès lors à celle de la rédemption ce que le contenant est au contenu. S. XV, 343.
L'instinct de l'humanité ne s'y est point trompé. Elle a pu, à dater d'un principe vrai, être inconséquente ; elle a mal continué. C'est son ordinaire; mais elle est partie du bon pied.
On a vu et l'on voit encore des docteurs sérieux embarrassés de ce dogme comme d'une superfétation , comme si Dieu avait pu révéler aux hommes aucun mystère inutile ! On a cherché à éluder des déclarations trop expresses et trop pressantes ; on n'a pas vu que c'était le lest du navire qu'on jetait à la mer, et que ce rationalisme rendait, du premier coup, le christianisme irrationnel. Car s'il devient rationnel en repoussant tous les mystères, c'est-àdire en se désavouant lui-même , un mystère de moins le rend moins rationnel d'autant. L'homme reçoit plus facilement la vérité tout entière qu'une partie de la vérité.
J'ai parlé de Vessence du christianisme ; mais au point de vue de l'existence de cette religion, le dogme de la divinité de Jésus- Christ n'est pas moins important; ce dogme, tout au moins, lui garde sa place dans le monde ; cette place, même vide, annonce et rappelle l'absent ; son vrai nom , encore prononcé , le défend contre l'oubli : ce nom, c'est presque lui-même.
— Jésus de moins, c'est la vérité de moins dans le monde, c'est la voûte des idées morales privée de sa clef, c'est la vie dépouillée de sa raison, c'est l'existence humaine , c'est la société , c'est le mouvement de la civilisation et de l'intelligence , réduits à n'être plus qu'un effroyable non-sens , c'est , au-dessus des décombres silencieux de tout ce que nous avons fait , de tout ce que nous avons été , le dieu du mal élevant son ricanement infernal longtemps contenu, qui éclate enfin dans l'universelle désolation.