‹ Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et reflexionsChapitre 16 sur 81 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Appropriation du Clirislianisme.

2 I. — COXTE.TIPLATIOX DE JÉSLS-CURIST.

Les vérités par lesquelles on vit sont des vérités que l'on voit. Dans cet ordre d'idées, croire, c'est voir; voir c'est vivre. Toute vérité que vous n'avez pas vue est hors de vous, n'est pas à vous.

11 en est des hauteurs de l'âme comme des magnificences du firmament. Lorsque, par une nuit sereine, des milliers d'astres étincellent sur le front des cieux, cette éclatante richesse de la voûte étoilée ravit quiconque a des yeux ; mais celui à qui la Providence a refusé le bienfait de la vue, en vain il aurait l'esprit ouvert aux conceptions les plus hautes, en vain sa capacité intellectuelle dépasserait de beaucoup celle du commun des hommes, toute cette intelligence, et toute la force qu'il pourrait encore ajouter par l'étude à ses rares facultés, ne l'aideront en rien à se faire une idée de ce ravissant spectacle , tandis qu'à ses côtés un homme sans talent et sans culture n'a besoin que d'entr'ouvrir les paupières pour embrasser d'un regard et s'approprier en quelque sorte toutes les splendeurs du firmament, et pour recevoir dans l'âme, par les yeux, les impressions qu'un pareil spectacle ne peut manquer de produire. Un autre ciel, un ciel plus magnifique que la voûte d'azur étendue sur nos têtes, se déploie à nos regards dans l'Évangile ; de divines vérités sont les astres de ce ciel mystique, et y brillent plus lumineuses et plus pures que les étoiles

dans le firmament ; mais il faut un œil pour les voir, et cet œil, c'est l'amour. L'Évangile est une œuvre d'amour ; le christianisme n'est que l'amour réalisé sous sa forme la plus pure ; et comme la lumière de ce monde ne peut être connue que par l'œil, l'amour ne peut être compris que par l'amour. D. 39

La science peut nous donner des convictions, l'amour seul nous donne la vie. 43.

Celui qui contemple le Fils et qui croit en lui, c'est celui-là qui a la vie éternelle. Il faut avoir quelque chose à regarder, voilà qui tient uniquement à Dieu ; mais il faut regarder, voilà la part de l'homme. L'objet proposé à nos regards est d'une telle nature, a une telle vertu, que, regardé, il nous rend la vie, comme le serpent de Moïse rendait la vie à ceux qui le regardaient. E. E. 3.

Nous n'entendons pas ici, sous ce nom de regard, l'examen des preuves qui établissent la vérité de la religion chrétienne, quoique le témoignage rendu en sa faveur ait été confirmé par des prodiges, des miracles et plusieurs autres effets de la puissance divine (Héb. II, 4); nous n'entendons point sous ce nom de regard, l'étude des Écritures, quoique la parole des prophètes, qui est trèsferme, rende partout témoignage à Jésus. Tous ces soins sont recommandables, nécessaires, et nous n'avons garde de vous détourner d'une étude trop négligée aujourd'hui, et sans laquelle il est à craindre que plusieurs n'en viennent jamais à contempler Jésus- Christ ; mais après tout, ces travaux ne valent pas tous ensemble et ne sauraient remplacer le regard que nous réclamons, et ce regard tout seul les a bien souvent remplacés. « La foi,» sans doute, (( vient de l'ouïe, » c'est-à-dire que l'ouïe est l'origine de la foi, son point de départ ; mais c'est au regard qu'il appartient d'achever l'œuvre incomplète de l'ouïe. Où en est, à votre avis, un homme qui a beaucoup ouï dire, beaucoup lu, et qui n'a pas regardé ? un homme qui s'est soigneusement informé des preuves de la divinité de Jésus, un homme qui les a reçues et qui n'a pas regardé Jésus? un homme que ces preuves ont convaincu, c'està-dire vaincu, forcé de croire, mais dont la foi, toute passive, reçoit, subit la vérité, mais ne l'embrasse point, ne s'y unit point par un mouvement propre, et pour qui, chose étrange, la vérité

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