TOME I
d'hui de l'idéal d'un homme fort. On n'est plus en état de voir que c'est dans le repentir qu'est la force. Chacun veut que sa vie ressemble à un livre imprimé, où ne se reproduit aucune des ratures du manuscrit ; chacun se pique d'avoir une vie sans ratures ; on voudrait ne pas même laisser soupçonner la trace des hésitations , des combats intérieurs qui précèdent toute résolution importante ; il ne tient pas à nous qu'on ne nous croie, sur chaque sujet, soudainement illuminés, infailliblement inspirés ; et le vieil adage qui dit que l'erreur est le propre de l'humanité existe pour tout le monde en général et pour personne en particulier. 434.
% III. — NOUVELLE XAISSAI^CE, €0]«VERS§>IOIV, iSAIVCTIFICATIOIV.
Être dans la vérité , c'est devenir par nos affections et notre conduite, toujours plus semblables à Jésus-Christ ; c'est le suivre spirituellement dans tous les événements qu'il a traversés , dans sa mort par notre mort au péché, dans sa résurrection par notre régénération , dans sa gloire invisible par notre vie cachée avec lui en Dieu ; en un mot, il faut que nous revivions spirituellement toute la vie de Jésus-Christ, et cela seulement s'appelle connaître la vérité, être dans la vérité. 379.
L'adoption du christianisme est à la fois une chose naturelle , puisque c'est la conscience immédiatement qui reconnaît et accepte la vérité, et une chose surnaturelle, puisque c'est Dieu qui nous donne de descendre jusqu'au fond de notre conscience et de prêter l'oreille à sa plus secrète voix. E. 440.
Il y a deux générations, celle de la nature et celle de la grâce; il y a deux hommes, l'homme de la nature et l'homme de la grâce. La génération du premier s'accomplit par le moyen de la chair, l'autre par l'intervention de l'Esprit ; l'homme de la nature procède de la chair, l'homme de la grâce procède de l'Esprit. Saint Paul , comme Jésus-Christ, ne voit dans l'un que la chair, et le nomme d'après elle; il voit dans l'autre l'esprit ajouté à la chair; une seconde naissance, qui est spirituelle , entée sur une pre-
mière , qui est charnelle, et il désigne ce nouvel homme d'après l'esprit, quoique cet esprit se manifeste dans la chair.... Une faut donc pas s'étonner que chez lui, et ailleurs encore, l'homme naturel soit souvent appelé charnel; charnelesi synonyme de naturel, qui n'étonnerait personne, et l'un de ces noms pourrait remplacer l'autre. C'est dans le même sens que saint Paul donne à l'homme naturel le nom de psychique (vulgairement animal ou plutôt animé), c'est-à-dire pourvu seulement d'une âme, mais point encore réintégré par l'esprit ou la grâce dans ses anciennes prérogatives. Il est assurément remarquable , que , chez le même auteur, psychique et charnel désignent le même état , signifient la même chose. C'est que l'une et l'autre expression pouvaient servir tour à tour pour caractériser l'humanité réduite à la condition que le péché lui a faite. Néanmoins l'une des dénominations est généralement préférée à l'autre, et saint Paul , partant de l'idée dont j'ai rendu compte, paraît quelquefois attribuer à la chair ce qui appartient spécialement à l'âme ; c'est qu'alors l'idée de la chair implique pour lui l'idée de l'âme naturelle. C'est ainsi que, reprenant les Corinthiens sur leurs divisions et leur esprit de parti , il leur reproche d'être chaimels , quoique la passion de l'orgueil et celle du fanatisme ne soient pas proprement des passions charnelles. S. XI, 235.
Tout est mystérieux, rien n'est magique dans l'œuvre de la conversion ; les lois de notre nature y sont observées , et nous ne cessons pas un instant d'être hommes. E. E. 391 .
Dieu peut faire , d'une seule parole , éclore de nouveaux cieux aux limites mêmes des cieux ; mais la naissance secrète et obscure d'une seule âme d'homme à la véritable vie , est un événement plus considérable que la création d'un nouvel univers dans les déserts de l'espace, si l'espace a des déserts. Dieu peut d'un souffle de sa bouche , balayer le firmament , anéantir ces planètes et ces soleils , parmi lesquels le globe où s'agite la multitude humaine n'est que comme un grain de sable dans les grèves de l'Océan ,' ou comme une goutte d'eau dans l'Océan lui-même; mais cette épouvantable catastrophe ne serait qu'un accident vulgaire au prix de la destruction finale d'une seule de ces âmes que Dieu a
faites capables de l'adorer, delecomprendreetdele réfléchir. M. 2i.i L'offre distincte du salut gratuit est, dans la vie de chaque homme, une grande crise qui se termine diversement suivant les dispositions diverses que cette annonce rencontre en nous. Nous trouve-t-elle châtiés, condamnés dans notre conscience, le mot de grâce qu'elle fait retentir à nos oreilles est accueilli avec espoir dans nos âmes, qu'il rassure et console. Tranquillement assis dans le sentiment de notre propre justice , elle nous enlève cet appui pour se mettre à la place ; afin de nous enrichir, elle nous dépouille ; afin de nous élever, elle nous abaisse, et commence par faire du juste de la veille, le pécheur du lendemain. N. E. 93. Libres, j'entends de cette mauvaise liberté qui n'est qu'un esclavage, elle nous offre un bienfait dont l'acceptation compromet à jamais notre liberté , en nous obligeant envers Dieu d'une telle manière que dès lors nous ne nous appartenons plus ; elle nous fait, avec une sainte violence, rebrousser vers sa loi par le chemin de ses miséricordes ; elle nous arrache au monde pour nous donner à lui. En un mot, elle porte les atteintes les plus redoutables à notre orgueil et à notre égoïsme. 94. Tout l'Evangile se résume dans la seconde naissance , et c'est par cette idée même qu'il épouvante et qu'il repousse. C'est là ce qu'on en voudrait retrancher : on en accepte tout hormis la régénération, c'est-à-dire tout, excepté l'essentiel ; tout, excepté tout. Accuserons-nous l'Evangile de s'être fermé le chemin des cœurs? Mais ce serait l'accuser d'avoir voulu nous sauver; car il n'y a de salut que dans cette vérité dont nous nous effrayons , et la raison elle-même nous déclare que nous ne pouvons être sauvés à un autre prix : comment en effet séparer le salut de la régénération?
D. U3-iU.
Rome sera bien plus facilement bâtie en un jour qu'un homme ne sera converti en un jour. Ce prodige est possible à Dieu ; mais mille fois, dix mille fois contre une, on aura prévu à coup sûr en jugeant qu'il ne le fera pas. N. E. 118.
L'union de l'âme et de la vérité , bien que perpétuelle et sans interruption , aura toujours le charme d'une rencontre toujours nouvelle; soustrait à la peine de l'ignorance et aux tourments du
doute, l'esprit n'en connaîtra pas moins la vive joie d'apprendre et de découvrir; mais le glorieux privilège de ce nouvel état, c'est que l'homme , transplanté dans sa nouvelle patrie , voyant Dieu enfin tel qu'il est , lui deviendra de plus en plus semblable, sentira son cœur se remplir de tout ce qui abonde dans le cœur de Dieu, verra tout son intérieur devenir justice, amour, sainteté, et se réjouira à jamais de servir les desseins adorables de son Père, comme le Dieu bienheureux se réjouit lui-même , d'une manière toute divine et ineffable, de les concevoir et de les accomplir. 38.
Il faudrait se faire de la conversion du cœur une bien faible , une bien fausse idée, pour s'imaginer que les plus beaux exemples et les plus graves leçons puissent opérer la conversion de qui que ce soit. E.E. 24.
Elle suppose une abjuration si complète et si sérieuse de tous les principes de l'homme naturel, je ne dis pas seulement de ses vices, mais de ses vertus, elle suppose tellement un sacrifice général sans réserve et sans arrière-pensée, et n'attendant de Dieu d'autre indemnité que Dieu lui-même, qu'il serait absolument déraisonnable d'attrikier à l'exemple et à l'enseignement, quels qu'ils soient, la force de produire en nous une révolution si intime et si fondamentale. 25.
L'œuvre de Dieu pour la conversion des âmes est évidemment construite sur un plan; ce plan lui-même a dû être pris sur les dispositions actuelles de la nature humaine; l'adoption de l'œuvre au plan, et du plan aux données psychologiques et naturelles , constitue sans doute un véritable système ; la conversion, par conséquent, et le salut s'opèrent d'après un système ; et des observations mille fois répétées ont dû faire démêler dans l'histoire du plus grand événement moral, je veux dire de la conversion , un ordre général que les théologiens ont appelé l'ordre de la grâce divine , et qu'ils ont essayé de retracer. Mais bien des causes, qu'on peut facilement supposer sans que je les indique, ont de plus en plus, dans la pensée des théologiens, resserré vers son centre le cercle immense où se meut librement et par mille circonvolutions , la divine miséricorde du père des esprits. La marche de la^conversion a été écrite une fois pour toutes, son histoire invariablement
tracée , toutes les âmes sommées, pour ainsi dire , de partir du même point et d'arriver par le même milieu, la suite des impressions de l'âme attirée vers Dieu minutieusement décrite ; en un mot, aucun médecin n'oserait prévoir avec autant d'assurance les phases successives d'une convalescence à la suite de la maladie la mieux connue et la plus régulièrement subie. Que l'infmie diversité de la sagesse de Dieu, et cette variété de conseils et de moyens qui , bien considérée , n'est encore et toujours que de la charité , disparaissent dans la vague et pesante uniformité de ces descriptions, c'est un inconvénient bien grave; mais ce n'est pas le seul, ni peut-être le plus considérable. J'en vois un plus grand dans l'illusion dotant de personnes qui, au lieu d'obéir naïvement à l'attrait de la grâce, au lieu de sentir ce qu'elles sentent, et (si cette expression est permise) au lieu de se laisser faire, concertent pour ainsi dire une œuvre qui n'est pas et ne peut être la leur, reproduisent d'après un catalogue officiel, une certaine série de mouvements et d'états moraux, passent régulièrement par toute la filière, et après avoir tout accompli et tout éprouvé aux termes du règlement et sous les auspices d'un directeur, se trouvent à la fin (amer, mais nécessaire désappointement !) n'avoir fait qu'un chemin illusoire et n'avoir marché qu'en rêve. Cela même, j'en conviens, est une paternelle, quoique dure leçon ; mais n'accuse-t-elle pas notre précipitation et notre esprit de système? Et ne nous avertitelle pas que , tout en présentant toujours avec intégrité aux pécheurs le plan de la charité de Dieu dans sa vraie forme , dans ses vraies conditions , nous devons nous garder de particulariser trop, de vouloir tout numéroter, nous devons laisser à chaque âme sa voie, qui est plutôt la voie de Dieu, respecter dans les individualités et dans les circonstances de tout genre des données premières que Dieu a disposées à l'avance, les observer avec une attention tranquille , n'écrire l'histoire des faits qu'après les faits accomplis, et jamais l'histoire de chaque fait comme celle d'un autre, et enfin nous réjouir, en rapprochant toutes ces histoires, de voir, du sein de leur infinie et brillante diversité, ressortir une unité majestueuse, l'unité des grands traits et non celle des formes et des incidents? L. 19«. m, 255.
Le pardon , qui est l'objet propre et la substance môme de la rédemption , n'est pas effectif, n'est pas réalisé sans la sanctification. Le pardon n'a son effet que lorsqu'il est écrit dans notre cœur; lorsque l'esprit de Dieu, par son esprit, rend témoignage à notre esprit que nous sommes ses enfants ; lorsque la foi nous a saintement unis au Père céleste. Jusque-là, l'intention du pardon est entière sans doute , le prix en a été payé , le droit nous a été acquis ; mais si ce pardon ne nous touchait pas, ne nous changeait pas, c'est en vain qu'il nous aurait été accordé, et notre bannissement on notre relégation durerait encore. S. xv, 342.
On ne peut trop le redire : la conversion n'est que la sanctification commencée , et la sanctification n'est que la conversion continuée. N. D. 168.
DEUXIÈME SECTION DOCTRINE ET MORALE du CHRISTIANISME