CHAPITRE I
Caraclérislique du Chrislianisme.
§ I. — HUMit^'ITÉ DU CHRIf§»TIANISME.
a) Ses rapports avec la religion en général ; — Christianisme et religion naturelle; — et religions humaines.
La religion, à ses débuts dans l'homme, est une sublime pétition de principe. E. xi.
Nul homme ne peut donner à l'humanité une religion. S'agitil d'une religion naturelle? c'est la nature qui la donne ; et un homme peut tout au plus en formuler les dogmes, en rédiger les enseignements ; il ne fait que restituer à l'humanité ce qu'il a reçu de l'humanité. S'agit-il d'une religion positive, ij'entends une religion dont la raison humaine n'eût pas d'elle-même découvert les doctrines ? Je demande quelle portée de cœur, d'imagination, de raison, quelle étendue de génie, quelle merveilleuse devination il faut supposer à un homme pour admettre que |ces dogmes de son invention, ces dogmes que la nature n'a pas^enseignés, seront admis en tout pays, conserveront leur à-propos en tout temps, s'appliqueront à tous les états de l'humanité et de la so-
ciété, en un mot pourront constituer et constitueront en effet la religion du genre humain. D. 53.
Si la religion n'est pas pour tout le monde , elle n'est pour personne, si elle est moins nécessaire à ceux-ci qu'à ceux-là, elle est inutile à tous. S, xv, 109.
Une religion n'est point une idée, un philosophéme qui n'appartient à personne et que chacun peut remanier à son gré ; c'est un fait, vrai ou faux, mais un et indivisible dans sa fausseté comme dans sa vérité. L. 19*^. m, 419.
Une religion n'est ni une loi, ni proprement une doctrine; c'est un fait qui unit le cœur et la volonté de l'homme à l'auteur de son être. F. 164.
La manière dont on s'approprie l'accent d'une langue est un exemple assez frappant de ce qu'on appelle synthèse. La religion s'apprend comme un accent. S. ix, 379.
C'est le propre d'une religion vraie, comme de tout système vrai, que chaque vérité renferme toute la vérité, que chaque détail pressé avec rigueur rende tout le système. 380.
La religion, pour un très-grand nombre d'individus , est un livre écrit dans une langue étrangère. S'ils daignaient l'ouvrir, ce livre excellent, je veux dire s'ils examinaient par eux-mêmes et en elle-même la religion qui leur est proposée, ils verraient bientôt que la langue de ce livre mystérieux est une langue humaine, universelle, intelligible à tous , une langue , du moins , que tout le monde peut apprendre. Mais au lieu de s'en assurer ils recourent aux traductions. Ces traductions, dont les meilleures sont imparfaites et dont la plus fidèle est bien loin de rendre toute la force de l'original, ce sont les chrétiens, ce sont tous ceux qui font profession de christianisme. Entre ces traductions, ils ne choisissent pas même , ou s'ils choisissent, vous savez comment. Et en tout cas , si celle qu'ils ont rencontrée est obscure, incorrecte, grossièrement inexacte, toute pleine d'énormes contre-sens, si elle fait dire au texte le contraire de ce qu'il a dit , ils s'en contentent, ils s'imaginent connaître le livre, et le jugent sans appel d'après cette version infidèle. N. E. 223.
Une religion, avons-nous dit, n'est pas une langue, c'est une
vie ; ou, si vous l'aimez mieux, elle n'est une langue intelligible et distincte qu'autant qu'elle est une vie. C'est une vie ajoutée à la vie» c'est la vie de notre vie même. Elle pénètre celle-ci de part en part aussi intimement que le sang est uni à la chair qu'il humecte et qu'il nourrit. Et de même que d'un lieu quelconque du corps humain , l'incision la plus superficielle fait couler le sang, de même la religion, ce vrai et pur sang de la vie humaine, jaillit et coule sans effort de toutes les parties de cette vie, à la moindre atteinte , au moindre contact des objets extérieurs ; c'est-à-dire que, placée au centre même de notre pensée et de notre volonté , étant pour l'une la mesure et pour l'autre la régie de tout, elle n'est absente d'aucun des mouvements de notre vie et préside ou prend part à chacune de nos déterminations. E. 153.
La religion n'est pas tant un idiome qu'il faut apprendre à parler couramment, qu'une vie qu'il s'agit de s'approprier par l'action ; et notre âme doit offrir à la vérité sainte un foyer plutôt qu'un écho. 130.
Il en est du génie d'une religion comme de celui d'une langue. Le génie d'une langue ne réside pas dans certains idiotismes fruits du hasard, mais dans sa partie constitutive, où s'est gravée l'irrécusable image de la nation qui la parle et qui est toujours identique à elle-même ; peu importe qu'autour des grandes lignes qui ne changeront pas il y ait une partie flottante, le fond persistera ; les voiles du navire flottent au moindre souffle, bien qu'invariablement fixées aux mâts. De même en est-il du génie d'une religion et surtout du génie d'une religion vraie. R. C. v, 85.
C'est dégrader la religion que de la réduire à n'être qu'un frein. Elle doit faire autre chose qu'empêcher et que détourner : il faut qu'elle pousse, qu'elle anime, qu'elle crée. La crainte n'est que le commencement de la sagesse. L. 18®. ii, 342.
S'il y a dans le monde une religion positive qui, propre à diriger la vie et favorable à la marche progressive de l'esprit humain, ne trouve de limites dans aucune circonstance de lieu et de temps, une telle religion est de Dieu. D. 56.
La religion n'est pas uniquement , mais elle est, avant tout, une obéissance. N. D. 421,
Obéir , non pas à soi-même , non pas à une loi qu'on se sera faite, non pas à une idée, mais à une personne, à la personne de Dieu, voilà l'essence de la religion. Cela ne se remplace point.
Toute religion contient le germe d'une société, et d'une société d'autant plus intime que le principe de la religion est plus spirituel. E. 165.
La religion peut devenir une passion comme une autre, et une passion, certes, avec laquelle il ne faut pas jouer. Et quand elle ne deviendrait pas une passion, elle est aussi difficile, plus difficile même à dompter dans le calme que dans l'emportement.
Qui verrait la religion dans les formes terrestres qu'elle a revêtues pourrait dire, avec une apparence de raison, qu'elle est un des plus grands maux que la nature ait infligés à l'humanité.
Plus est forte la dépendance où la religion place l'individu, plus elle l'investit, sous tout autre rapport, d'une haute indépendance. Toute religion est une liberté. En nous donnant à un maître, elle nous enlève à tous les autres. Si elle n'abolit pas des dépendances d'un autre ordre, elle les fait relatives d'absolues qu'elles étaient. Nous appartenons encore à la société, peut-être nous lui appartenons mieux, mais c'est d'une manière médiate; car jamais l'homme n'aura deux maîtres. C'est cette indépendance qui indigne les puissants de la terre , et même en général tous ceux dont elle n'est pas le partage. E. 79.
Tout pour l'esprit, tout par l'esprit : voilà la devise de toute religion qui croit en soi. 332.
Après tout, la religion peut tout ce qu'elle veut, et aucun pouvoir, dans le monde, n'a fait d'aussi grandes choses qu'elle. 376.
— Les écoles nous apprennent à aller du connu à l'inconnu, et du simple au composé. Mais il se passe dans le règne de Dieu des choses qui dérangent toutes nos idées. C'est tout directement par l'inconnu', par le composé, par l'extraordinaire qu'il faut commencer. C'est par la religion révélée que l'homme remonte à la religion naturelle. D. 62.
On parlait un jour devant Voltaire de YHistoire naturelle de Buffon : pas si naturelle, s'écria-t-il. J'en dis bien autant de la religion naturelle, et même, si vous voulez, de la morale naturelle. Le christianisme a fait surgir, dit-on, quelques sentiments de plus dans notre cœur et quelques idées de plus dans notre raison : parlez mieux, le christianisme nous a donné un nouveau cœur et une nouvelle raison; il a du moins ouvert l'un et l'autre, et ménagé une issue vers le jour à des plantes dont le germe glacé n'attendait qu'un rayon de ce soleil de justice. Ce dont l'humanité ne soupçonnait pas même l'existence lui a paru naturel dès qu'elle l'a connu ; et il était naturel, en effet, car il correspondait à tous les faits et complétait toutes les vérités. P. 322.
La religion révélée mène mieux à la religion naturelle que celleci à celle-là. Cette assertion n'est pas paradoxale. En effet, la religion soi-disant naturelle ne prend de la réalité et ne mérite son nom de religion que lorsqu'elle a reçu le sceau de la révélation. Car, de religion naturelle, au sens vrai, il n'y en a pas. La révélation donne une certitude, un sens nouveau, à des vérités présumées, mais non encore vivantes, et non encore appliquées à la conscience. H. 80.
Par là même qu'on prêche le christianisme, on prêche la religion naturelle, et il n'est nullement nécessaire de faire pour elle une classe de discours à part. Dans la chaire même, il vaut beaucoup mieux considérer les vérités que la religion renferme comme des faits moraux internes que comme des vérités objectives. 79.
La religion naturelle, aussitôt qu'elle se fait positive, cesse de pouvoir être la religion du genre humain. D. 51.
— L'immortalité de l'âme, ou la perpétuité de l'être humain, est le lien commun de toutes les religions. C'en est la partie à la fois la plus élémentaire et la moins intime. Rien de plus nécessaire en toute religion, mais nous n'ajoutons pas : rien de plus profond. En un mot, point de religion sans cette croyance , mais cette croyance n'oct pas la religion. La religion, c'est d'abord le besoin et puis le sentiment de Dieu ; c'est le rapport de subordination et d'amour de la créature au Créateur; conçu, désiré, cherché, trouvé, ce rapport est l'idée première et la vérité même de toute
vie religieuse. Un tel rapport, dans sa pureté, est trop spirituel pour être aussi commun dans la pensée et dans les discours des hommes que l'espérance d'une seconde vie , espérance qui est comme l'os où cette moelle est renfermée.
Ce sentiment, ce besoin est tout ce qu'il pouvait y avoir de plus chrétien dans le monde, en dehors et avant l'apparition du christianisme ; il est, par conséquent, ce que le christianisme reconnaît pour sien et pour homogène à lui-même dans tout temps, dans tout pays et dans toute âme ; c'est là ce qu'il adopte avec empressement et ce qu'il prend sous sa protection parmi les manifestations religieuses des différents siècles et des différentes religions ; ces aspirations vers la vérité sont, à ses yeux, une partie de la vérité. S. ix, 18.
Rien ne désarme la conscience comme la négation du grand avenir. Quand la préoccupation d'un jugement futur est mise de côté, quand on a cessé de se figurer vivement une économie où l'homme, séparé de tout ce qui, en ce monde, le séparait de sa conscience, sera livré sans défense, sans relâche et sans diversion aux cruelles vengeances de ce juge insulté ; quand on ne voit plus des yeux de la foi cette solitude éternelle et profonde où le remords, assidu, infatigable, sera la seule société et l'unique pensée de l'âme infidèle, où le pécheur subira le plus grand des supplices, celui de rester éternellement seul avec lui-même, alors la conscience peut être impunément rudoyée, et l'homme, sans la renier expressément, n'admet plus de toutes ses exigences que les moins sévères, les plus proportionnées à sa faiblesse ou à son orgueil ; et s'il parle encore de principes et de devoirs, c'est des principes qu'il s'est faits et des devoirs qu'il a choisis. N. E. 57-58.
L'instinct de la religion n'est pas éteint dans la nature humaine. L'homme a besoin d'adorer. La foi à l'infini est la loi de son être ; il cherche l'infini partout, et plutôt que de s'en passer, il le suppose où il n'est pas. La pensée, la science, l'amour, la patrie, l'humanité, gratuitement revêtues de cet attribut, deviennent les objets de sa religion, deviennent pour lui des dieux. Il croit pouvoir, tantôt à l'un, tantôt à l'autre, se prodiguer sans mesure, se dévouer sans partage ; chacun tour à tour devient pour l'homme
un abîme où il précipite sa vie. Le fond de cet abîme, qui devait être sans fond, est bientôt atteint. S. xiv, 88.
Tous ces cultes divers ne sont pas des religions : ce sont des admirations, qui, portées au comble, prennent le nom d'adorations. La religion est une obéissance. La religion ayant Dieu pour objet, prosterne devant lui l'être créé, anéantit devant lui l'homme pécheur. Toutes les autres religions élèvent l'homme, la religion vraie l'humilie et l'abat. C'est pour le relever sans doute, mais en qualité de pénitent et de serviteur : ces deux titres font toute sa gloire. Descendre pour monter, tout est dans ces deux mots. 88.
En résumé, les religions humaines sont littéralement l'apothéose de la volonté. P. M. 29.
En dépit de tous les efforts contraires et de toutes les prétentions, chacun a sa religion, n'en doutez pas ; chacun a son culte ; chacun déifie quelque chose ; et quand on ne sait quelle idée encenser, on se déifie soi-même. D. 84.
A l'ombre du christianisme, et dans le sein même de la chrétienté, végètent certaines religions sans histoire , sans forme et sans nom, qui tiennent lieu de christianisme à beaucoup de personnes. Ces religions, qui lui doivent toutes bien plus qu'elles ne pensent, ne sont autre chose qu'un effort des différentes facultés de l'âme pour se mettre par elles-mêmes en communication avec la Divinité. C'est l'imagination, le sentiment, la raison et la conscience, cherchant ensemble, ou chacune pour soi, à satisfaire le besoin qu'elles ont de Dieu. Et il est à remarquer que ces diverses religions sont plus particulièrement celles de ces esprits cultivés qui voudraient trouver un terrain neutre entre le christianisme, qui leur paraît trop simple et trop peu rationnel, et l'athéisme, qui les épouvante. à.
La religion de la conscience ! N'est-ce pas celle qui prescrit de vivre pour Dieu, de ne rien faire que pour Dieu? de nous vouer, corps et âme, entièrement à lui? N'est-ce pas celle qui nous apprend que lui refuser quelque chose c'est le lui dérober , parce que, de droit souverain, tout lui appartient, en nous et hors de nous ? N'est-ce pas celle qui nous apprend que nous ne pouvons
rien faire de trop pour lui, et que, par conséquent, tous les efforts de l'avenir ne peuvent, de notre part, combler un seul des vides dupasse? N'est-ce donc pas celle qui condamne absolument, irrévocablement notre vie, et qui nous présente devant lui non comme des enfants, non pas même comme des suppliants, mais comme des condamnés et des victimes ? Dites à présent que la religion de la conscience est la bonne ! Oui, pour les consciences larges, indulgentes à elles-mêmes, sans délicatesse et sans pureté ; mais plus vous aurez d'attachement à vos devoirs, de scrupule à les bien remplir, plus l'idée que vous vous faites de la loi divine sera sévère et complète, plus cette religion sera terrible pour vous ; et, loin de vous offrir des consolations, elle vous enlèvera une à une toutes celles que vous voudriez tirer de vous-mêmes. 9.
Le triple objet de toute religion, d'éclairer, de consoler et de régénérer, n'a été rempli ni par l'une ou l'autre de ces religions, ni par toutes à la fois. S'agit-il de la religion de l'imagination? C est le charme de quelques instants fugitifs, ce n'est ni la lumière, ni l'appui, ni la sanctification de l'âme. Essayons-nous de la religion de la pensée? Sa seule prétention raisonnable, qui est d'éclairer, elle y satisfait si mal qu'elle ne fait guère qu'épaissir nos ténèbres en matière de religion. Nous adressons-nous à la religion du sentiment? Elle effleure l'âme; elle n'en atteint pas les profondeurs ; elle ne la régénère pas. Enfin, la meilleure de toutes ces religions, celle de la conscience, nous a démontré par son excellence même l'impuissance de l'homme à se pourvoir d'une religion. Elle n'a pu que nous montrer l'abîme que le péché a creusé entre nous et Dieu ; elle ne l'a pas comblé. 12.
b) Universalité.
Il ne faut pas mal entendre ce que déclare l'Evangile sur l'opposition naturelle de l'homme à la vérité du salut. Cette opposition est bien prouvée ; mais ce qui ne l'est pas mohis, c'est l'harmonie de l'Evangile avec les besoins les plus profonds de notre nature, et, pour tout renfermer en un mot, la parfaite humanité du christianisme. Quand un cœur est gagné à l'Evangile, il est
gagné par l'Evangile, par quelque chose qui est dans l'Evangile; et, de peur que vous n'imputiez ce changement à je ne sais quel pouvoir occulte, et, comme s'exprime Saurin, à je ne sais quel « fabuleux enchantement, » ce cœur prendra soin de vous dire ce qui l'a gagné, et il vous le dira si bien que vous ne serez plus étonné que d'une chose : pourquoi tous les cœurs, sollicités de même, ne sont-ils pas gagnés de même? C'est là qu'est le mystère, mais il n'est que là. L'Evangile est la raison même, c'est pour cela qu'il nous gagne; l'Evangile est la raison même, c'est pour cela qu'il nous repousse. Quoi qu'il en soit, sa force est de se montrer tel qu'il est, et tout ce qui le manifestera plus pleinement le rendra plus puissant ; et plus il se montrera divin, plus il sera humain ; il n'a cessé d'être humain, c'est-à-dire propre et harmonique à l'humanité, que quand l'homme, le dépouillant de sa couronne de miracles et de son voile de mystères, a prétendu le faire descendre jusqu'à lui. Quand Jésus-Christ a cessé d'être parfaitement Dieu, il a cessé d'être parfaitement homme.
Quand on voit à quel point le christianisme se juge contraire au monde, et le monde contraire à lui, on a l'idée d'une incompatibilité si essentielle et si profonde, qu'on ne peut s'empêcher de se demander avec quelle espérance, et, pour ainsi dire , de quel droit cette religion se propose au monde ; et il ne reste de choix qu'entre deux suppositions, celle d'une extravagance absolument sans exemple, ou celle d'une inspiration secrète et d'une force surnaturelle. N. D. 2.
On dit que la vérité est inflexible, et dans un sens on a raison ; mais dans un autre sens, il faut dire que la vérité seule, j'entends la vérité parfaite, est flexible, et se prête à tous les caractères de la nature humaine, à tous les mouvements de la vie; car elle seule est placée assez haut pour condescendre sans s'avilir. R. vu, 139.
Ce qui distingue éminemment le christianisme entre toutes les religions et toutes les philosophies , c'est son humanité ; et ce trait comment en rendre raison, comment remonter à son origine sans remonter à la croix? Otez le mystère de la rédemption, ce
caractère d'humanité de notre reliijfion tombe avec et peut-être avant tous les autres. L. 19^. m, 76.
Le christianisme évangélique est une religion aussi humaine que divine, une relit;ion qui connaît l'homme, et qui «se souvient de quoi nous sommes faits. » S. xiv, 256.
Il y a une telle correspondance entre la religion chrétienne et l'humanité, que chacune, bien saisie, doit ramener cà l'autre, et ainsi la foi vers la nature, et la nature vers la foi. H. 600.
Les premières données du christianisme gisent profondément dans toute âme d'homme; sous ce rapport, le christianisme, tout surnaturel qu'il est dans son histoire, est, sous d'autres rapports, une chose éminemment naturelle ; il ne faut que s'examiner avec candeur en face de l'infini, pour être poussé de conséquence en conséquence vers la nécessité de la religion chrétienne; et tout esprit sincère arrivera par cette route à un point de vue d'où tous les détails du christianisme lui apparaîtront dans une coïncidence si parfaite avec tous les besoins de son àme, avec toutes les données de la nature, que, comme Thomas, à la vue des stigmates divins, il se prosternera en s'écriant : « mon Seigneur et mon Dieu! » L. 19Mi, 235.
Avez-vous vu des lignes tracées à l'encre sympathique raviver, à l'approche du feu, des traits dont la pâleur se confondait avec la blancheur du papier sur lequel elles furent tracées ? Cette écriture invisible est la loi de nature, ranimée par l'amour de Dieu, lequel est ranimé lui-même par un fait prodigieux, Dieu fait homme. Dieu mourant pour nos péchés. C'est là le feu dont la chaleur fait revivre sur le papier des syllabes, des mots, des lignes effacées. Si l'homme doutait de la loi morale, ce n'était pas (liute d'une raison assez éclairée, mais faute d'un cœur régénéré. Lorsqu'il s'est repris à croire en Dieu, il s'est repris à croire à tout le reste.
Le monde a beau résister ; il est chrétien malgré lui ; et heureux les hommes de notre âge, si c'était être chrétien que de l'être malgré soi! Mais enfin il y a une telle convenance entre le christianisme et la nature humaine, que, sans le vouloir, nllo s'en