L. 19e. II
En christianisme, vous le savez, le dogme est dans la morale, comme la morale est dans le dogme. Les dogmes sont des faits surnaturels, où s'exprime, se prononce une pensée morale ; en sorte que, d'un bout à l'autre de la religion, tout est moral , y compris la morale. i, 132.
Il est trés-sùr que l'esprit religieux donne au sentiment moral une exquise délicatesse, une susceptibilité que la moindre imperfection soulève , une pénétration à laquelle les éléments de mal moral les plus subtils et les mieux déguisés ne peuvent échapper.
Le christianisme est une doctrine, mais c'est de plus un fait et une vie ; le christianisme est ce que sont les chrétiens ; le christianisme ce sont les chrétiens eux-mêmes dans leurs œuvres et dans leur caractère. En un sens, il fait des chrétiens ce qu'ils sont ; dans un autre sens, ce sont les chrétiens qui le font être ce qu'il est. N. D. 237.
Le christianisme est autre chose qu'un ensemble de dogmes ; il est surtout le principe d'une nouvelle vie. La folie du chrétien n'est pas toute dans les doctrines qu'il adopte ; elle est encore, elle est bien plus dans les maximes qui servent de règle à sa conduite. Il est insensé en pratique comme en théorie. 22.
Nous n'oublierons jamais que l'Évangile, incorporant la morale et le dogme, personnifiant chacune de ses idées, a déconcerté ainsi l'esprit de système et pourvu, par toutes sortes de moyens,
à ce qu'on fût forcé de recourir à son ensemble pour en saisir le sens. R. C. v, 80.
Je ne sais à quoi songent ceux qui consentiraient à recevoir la morale évangélique à la seule condition qu'on leur fît grâce du dogme. D'abord c'est vouloir transplanter un arbre séparé de ses racines. Et puis, où finit le dogme et où commence la morale? Je désespère qu'on me le fasse voir. Dans l'Évangile le dogme est déjà de la morale, la morale est encore du dogme ; et leur caractère respectif tient à cette intime et organique union qui les fait être la continuation l'un de l'autre. Si vous déchirez le lien vivant qui les unit , si vous arrachez la morale du milieu de la religion comme un feuillet du milieu d'un livre , vous avez une morale comme toutes les morales, que vous aurez beau appeler belle, sublime, et qui ne vous liera pas plus que toute autre à la perfection. Mais, vue à sa place, et dans l'ensemble auquel elle se coordonne, la morale évangélique élève, nous le répétons , des prétentions immenses. L'Évangile exige de l'âme un abandon entier, sans réserve, de tout ce qu'elle aime, de tout ce qu'elle veut, de tout ce qu'elle est. Condition indispensable d'une morale vraie ; carie moindre abri, la plus modeste retraite suffit à la volonté; le plus petit recoin de l'âme lui est un monde, où elle s'espace et s'étale ; un point indivisible lui suffirait ; il n'en est pas de si étroit où elle ne se retrouve tout entière, où elle ne triomphe pleinement ; ce n'est pas l'espace qui lui importe, c'est d'être : le moi ne tient point de place ; il ne demande que la vie : n'être pas absolument rien, c'est tout ce qu'il demande, car alors il est tout. Or, c'est ce dernier asile , ce point mathématique que la morale évangélique refuse à la volonté. P. M. 42.
Tout , dans la religion chrétienne, est morale ; la divinité du Christ, la rédemption, tous les mystères sont, au fond, de la morale. Leur but est le salut et la régénération de l'homme. F. 16.
La morale devrait répugner beaucoup plus que le dogme ; le dogme est consolant, la morale terrassante. D. 140.
Faites comme vous voudrez, admirateurs de la morale de Jésus- Christ, mais qui ne voulez de lui que la morale ; c'est pour sa morale qu'il a été crucifié, c'est sa morale qu'on a attachée à la
croix. Non, dites-vous, c'est sa doctrine. Laissons les mots et voyons les choses. Je voudrais savoir quelle partie des enseignements de Jésus-Christ n'est pas de la morale ; je voudrais savoir si la proclamation des droits de Dieu , la nécessité de fléchir sa justice, de chercher son pardon, la reconnaissance que provoque sa miséricorde, l'obligation de vivre pour la reconnaissance, l'imitation de ses voies et de son caractère, le recours à sa grâce et à son esprit, si tout cela n'est pas de la morale ? tout aussi bien de la morale que le système de nos devoirs de fils, d'époux, de père et de citoyen? L'Évangile est de la morale d'un bout à l'autre, et, qui plus est, une seule morale bien liée, bien continue ; une seule idée morale se développant par sa propre énergie, et se ramifiant, coulant de son propre poids, dans toutes les pentes que lui préparent le cœur humain et la vie. Essayez de soulever l'un des bouts de la chaîne sans mouvoir et entraîner l'autre.
P. M. 80. (Voir aussi F. 17.) Il n'y a point de limite, point d'intervalle entre la religion et la morale. Elles sont si organiquement unies qu'on ne prend point l'une sans l'autre. Vous ne pourriez adopter la vraie morale sans adopter la vraie religion. Mais puisque vous prenez l'une sans l'autre, la morale sans la religion, ou puisque, ce qui revient au même, vous prenez la religion à cause de la morale, il est clair que vous n'avez pas en vue, sous le rapport même de la morale, la vérité absolue, mais seulement la vérité relative ; c'est, nous le répétons, descendre du ciel en terre. E. 285.
c) Caractère définitif.
Saluons ensemble de nos bénédictions cette religion, seule complète , qui répond à tous les besoins de l'homme en offrant à chacune de ses facultés un aliment inépuisable ; religion de l'imagination, à qui elle ouvre de magnifiques perspectives ; religion du cœur, qu'elle attendrit par la manifestation d'un amour audessus de tout amour ; religion de la pensée , qu'elle attache à la contemplation du système le plus vaste et le mieux ordonné ; religion de la conscience, qu'elle rend à la fois plus délicate et plus
tranquille; mais par-dessus tout, religion de la grâce et de l'amour de Dieu ; car elle est nécessairement toutes ces choses à la fois : comment la vérité tout entière ne satisferait-elle pas l'homme tout entier ?
Saluons avec admiration cette religion qui concilie tous les contrastes, religion de justice et de grâce, de crainte et d'amour, d'obéissance et de liberté, d'activité et de repos, de foi et de raison ; car si l'erreur a tout scindé, toute divisé dans l'homme, si elle a fait de son âme une vaste scène de contradictions , la vérité doit tout ramener à l'unité. D. 14.
Celui qui , du sein du nationalisme hébreux , en face de l'égoïsme romain , au fort des usurpations du moi individuel et politique , proclama de sa bouche , réalisa dans sa vie , consacra par sa mort le principe de la fraternité humaine, de la fraternité en Dieu, celui-là, pour jamais a clos la carrière des découvertes et des conquêtes dans le monde moral. Tout ce qui se fera dans l'intérêt de l'humanité découlera du principe vivant qu'il a posé; tout ce qu'on voudra faire pour l'humanité hors de ce principe, hors de l'inspiration chrétienne , ou restera à l'état de simple pensée, ou verra s'effacer, dés les premiers pas, son caractère emprunté. Le cosmopolitisme est né avec le christianisme. De même que Christ a porté toute l'humanité dans son cœur, chaque chrétien porte dans le sien « ce noble fardeau du genre humain, » comme s'exprime Bossuet. Il ne faut pas que ceux qui ont inventé le grand mot d'humanitarisme s'imaginent avoir inventé la charité; et parce qu'ils ont formulé à leur manière l'avenir de l'humanité, ils ne doivent pas se flatter d'avoir donné à cette notion d'humanité, dans la conscience humaine , une réalité qu'avant eux elle n'avait pas. L'important est de bien aimer; ce bon amour, la charité , est, de sa nature, expansif et universel. En me faisant aimer mon voisin. Christ me fait aimer tous les hommes ; et s'il est vrai de dire : « Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment pourrait-il aimer l'humanité qu'il ne voit point? » il ne l'est pas moins de dire : « Celui qui aime son frère qu'il voit, comment n'aimeraitil pas l'humanité qu'il ne voit point? » Le christianisme va du simple au composé, de l'individu aux masses : la marche inverse
n'est pas admissible. Je me fierais peu à des religions et à des philosophies qui n'imposeraient pas à l'amour le nécessaire noviciat de la charité domestique ou privée , qui embrasserait l'univers dans une étreinte idéale dont chaque individu à part pourrait être exclu, et qui , en nous commandant d'aimer en grand, nous laisseraient libres peut-être de haïr en détail. Je crains que, dans cet élargissement de l'œil humain, les objets les plus prochains n'échappent à son regard; je crains que la préoccupation du bien collectif ne nuise à celle du bien individuel ; et tous ces inoi personnels s'abdiquant et allant se perdre dans je ne sais quel moi universel sont des chiffres et non plus des hommes. Les philosophies du siècle tendent fortement à annuler l'individualité ; ce serait le plus grand mal qui nous pût arriver; car l'humanité n'a point de cœur, et lamour, la vie par conséquent , ne réside que dans l'individu.
Cela n'empêchera pas le christianisme de s'associer à toutes les idées, à toutes les œuvres qui embrasseront de vastes intérêts ou ceux de tout le genre humain. Le christianisme n'est ni économiste, ni publiciste; mais il se sert de tout, comme il sert à tout. Longtemps avant les âges modernes, il a créé des cosmopolites de profession dans la personne des missionnaires: Colomban, François Xavier, étaientils autre chose ? Et, de nos jours, combien de leurs émules portent aux peuples lointains, entre les feuillets de l'Évangile, la civilisation, les lumières et la liberté! Mais le christianisme ne reconnaît à personne le droit ni le pouvoir de guérir sans lui l'humanité malade, et de reconstituer la société. Il ne croit pas à une charité qui n'a pas , sous ses auspices, subi une épreuve préalable, une halte, si vous voulez , dans l'exercice des dévouements quotidiens et obscurs. La charité politique avant la politique chrétienne lui apparaît comme une belle alliance de mots , une belle antithèse peut-être , et rien de plus. A la vue de cette philanthropie savamment formulée , et se mirant dans des écrits qui seront peutêtre ses seules œuvres, le chrétien soupire ; et le génie du mal , dont l'ombre sinistre s'allonge sur la société comme au déclin du jour l'ombre des monts sur les plaines , hausse les épaules et sourit. Ces illusions le réjouissent , ces méprises le rassurent , ii
aime de si « sages ennemis. » Ses craintes se portent d'un autre côté. « Je connais Jésus, dit-il, et je sais qui est Paul ; mais vous, qui étes-vous ? » L. 19*^. ii, 151.
L'éternité et la vérité sont inséparables, ainsi que l'erreur et la caducité. Tout ce qui est vrai est éternel , tout ce qui n'est pas éternel n'a de l'être que l'apparence et le nom. Dieu a fait tout ce qui paraît de ce qui ne paraissait point. L'esprit, dont le foyer est Dieu, existait avant la matière, sans la matière ; la matière n'a été créée que pour servir d'instrument à l'esprit créé, déforme à sa vie, d'objet à son activité. Mais elle n'a point de valeur intrinsèque, absolue ; elle tire toute celle qu'elle a de son but et de son emploi. L'esprit seul, issu de Dieu, semblable à Dieu, capable de s'unir à Dieu, l'esprit seul est immortel, parce qu'il est digne de l'être. Un seul esprit vaut tous les mondes , ou plutôt tous les mondes ensemble, actuels et possibles, ne peuvent se comparer, se mesurer à un seul esprit. L'esprit seul mérite par lui-même la principale attention de l'bomme , puisqu'il a obtenu la principale attention de Dieu ; et d'autant que l'esprit et tout ce qui tient à l'esprit est invisible, on peut dire avec vérité qu'il n'y a que les choses invisibles qui méritent qu'on les regarde, et qu'il faut, dans un certain sens, être aveugle pour tout le reste.
Tout ce qui est vrai est chrétien. Toutes les vérités sont dans le monde, et la grande vérité chrétienne est un centre qui leur est montré, un confluant où toutes ces vérités, séparées les unes des autres et impuissantes dans leur isolement, se dirigent comme autant de rivières pour se réunir et faire un tout. L. 19^ i, 24.
Où en serions-nous, vraiment, s'il n'y avait rien d'absolu? Et où en serait l'Evangile? Si les principes de l'Évangile ne sont pas absolus, qu'est-il? Car c'est là précisément son caractère, et c'est par là qu'il scandalise. Q. 337 .
% m. — MODE D'ACTIOIV DLi CHRISTIAIVISME.
a) Une vie.
Le christianisme, bien loin de détruire la sensibilité naturelle, l'exerce et la développe. N. D. 444.
Le christianisme n'est fort que par la spontanéité qui lui est essentielle. Q. 430.
La gloire du christianisme est de ne dominer qu'en influant, et sous la forme de la liberté. E. 318.
Le christianisme, au fond, n'est pas un livre, quoiqu'il ait un livre pour base et pour soutien; c'est un fait et un fait moral.
La vérité est la vie, voir et vivre ne sont qu'une même chose ; la vérité n'est pas une forme, mais une substance, et il n'y a qu'une manière de connaître la vérité, c'est d'être dans la vérité !
Le christianisme n'est pas un système au dehors de nous, c'est une vie au dedans de nous. 184.
La vérité n'est pas un nom, une formule ; la vérité, c'est l'être, c'est la vie ; c'est donc l'amour, puisque dans le monde moral, qui est le monde vrai, c'est l'amour qui est la vie et l'être, et que, dans cette sphère, tout ce qui n'est pas amour n'est pas.
La vérité, la vérité tout entière, la vérité dans le cœur, voilà notre besoin à tous et notre premier besoin ; car la vérité est la source de la charité, comme la charité est la source du bonheur.
La religion de l'Évangile est une force, une sève répandue dans toute la vie. Ce n'est pas un système de raisonnements, c'est un fait propre à envahir le cœur et emporter les actes. C'est par un fait, un fait unique, mais nouveau, que Dieu a jugé à propos d'agir sur l'humanité. Il existait déjà un fait immense et magnifique qui, au premier abord, aurait semblé devoir s'emparer du cœur et de l'esprit de l'homme, c'est l'œuvre de la création. Mais ce
fait primordial avait perdu sa force, parce que l'homme avait perdu celle de le percevoir. L'expérience avait prouvé, comme de [nos jours elle le prouve encore, que le fait de la création est un fait usé, épuisé, incapable de régénérer l'âme humaine ; il en fallait donc un autre. Alors a été produit le grand fait de l'Evangile, où toute l'idée de Dieu et toute la nature de l'homme sont embrassées....
Dans l'Évangile, la question n'est plus de savoir si Dieu peut être apaisé envers l'homme ; il l'est par le fait même de l'apparition de Jésus-Christ, et avant de nous parler de vertu, il nous parle de grâce, de rémission, de salut. Ce fait accepté change toute la position de l'homme ; il opère une révolution dans tout son être; il l'émeut, l'entraîne, le renouvelle. Mais ce n'est qu'après avoir reçu cette impression qu'en étudiant la cause qui l'a renouvelé, l'homme observe avec admiration l'étonnante beauté du système, comme système. F. 128.
Partout où vous reconnaissez la vie, la vérité n'est pas loin ; partout aussi où une partie de la vérité est franchement avouée et cordialement professée, les autres, bien que recouvertes de silence et d'ombre, et peut-être même repoussées en apparence, résident secrètement dans l'âme à côté des autres éléments de vérité dont elles sont inséparables ; si Jésus-Christ peut être divisé dans la théorie, c'est-à-dire dans les formules et les mots, qui sont hors de l'homme, il ne peut l'être dans le sentiment, qui est l'homme même. H. 580.
Un chrétien n'est pas un homme qui a chassé de son esprit une théorie pour faire place à une autre, c'est un pécheur humilié, qui sent qu'il ne subsiste que par miséricorde, qui adore et bénit cette miséricorde, qui se nourrit des promesses de Dieu comme de son unique espérance, qui se dépouille incessamment de luimême ; s'offre tous les jours en sacrifice à son Sauveur et ne vit plus lui-même, mais laisse Christ vivre en lui, et ce qui lui reste à vivre dans la chair, le veut vivre dans la foi au Fils de Dieu qui l'a aimé. D. 184.
Pour lien commun avec le chrétien, il faut au chrétien de système plus que le christianisme ; il lui faut, sinon l'égalité de rang, du moins l'égalité de culture ; il n'a rien à dire au chrétien sans
instruction, il se sent mal à l'aise dans sa compagnie , il la redoute. Il lui faut encore la similitude des vues ; une nuance le dérange ; il ne se met pas au-dessus de l'impression que peut lui faire une opinion peu rationnelle ; il ne sait pas faire abstraction des formes pour s'attacher au fond, qui est le christianisme même. 11 cherche des égaux et des semblables plutôt qu'il ne cherche des frères. 186.
L'enfance du cœur est le trait qui distingue le chrétien de fait du chrétien de théorie. Mais cette enfance du cœur, qu'est-elle autre chose que l'humilité ? 1 88.
b) Caractère individuel.
Le christianisme est l'avènement définitif de la religion individuelle. C'était là qu il fallait arriver ; car cela seul mérite le nom de religion ; et si ce terme n'a pas été atteint, le christianisme n'est encore qu'une œuvre transitoire, intermédiaire ; y adoration en esprit et en vérité n'est point encore inaugurée, et c'est prématurément que Jésus-Christ a dit à l'univers : Tout est accompli, E. 283.
La religion individuelle, s'il est permis de lui donner ce nom, a pour devise cette belle parole d'un poète : Oui, c'est un Dieu caché que le Dieu qu'il faut croire ! Confiée aux cœurs, dont elle habite la partie la plus intime, elle y fixe et y concentre son empire, et ne cherche pas à le faire paraître hors de ce sanctuaire ; elle anime la vie intérieure, elle la règle, elle la caractérise; elle attire les uns vers les autres, par un doux aimant, ceux qu'inspirent les mêmes désirs, et qu'une même espérance encourage ; et dans d'intimes entretiens, dans de communes prières, élève ensemble leurs âmes vers le seul être capable de satisfaire tous les désirs, de réaliser toutes les espérances. Tout est temple pour elle ; et si elle réunit ses sectateurs dans des édifices bâtis de main d'homme, ces édifices sont plus imposants par leur objet que par leurs formes et leurs dimensions.
Ce temple est une simple maison de prière, où ne régne nulle solennité que celle du silence et d'un pieux recueillement, ni d'au-
tre majesté que celle de la présence du Dieu invisible. Pontife consacré par l'Esprit-Saint, le prêtre, dont la voix remplit ce modeste édifice, a pour titre à la confiance de ses auditeurs leur choix môme; obtenir leur confiance, mériter leur amour, ce sont toutes les grandeurs auxquelles il aspire ; il a été poussé par une vocation intérieure dans la carrière du sacerdoce : son ambition, laissant derrière elle toutes les perspectives delà terre, a pour terme le ciel. Cette religion a d'abord, et peut-être longtemps, peu de sectateurs ; mais tous sont croyants. Elle ne languit jamais ; toujours active et zélée, parce qu'elle est libre, elle peut mieux cesser d'exister que cesser d'agir; elle se répand de proche en proche par l'insinuation, l'exemple, la sympathie. On ne la nomme pas encore, que déjà elle a couvert un vaste sol de ses adhérents et de ses amis ; et, par une correspondance secrète sans mystère, elle entretient des relations toujours animées, toujours fructueuses entre ses membres dispersés. Ne pouvant s'appuyer sur aucune force extérieure, elle se repose tout entière sur le zèle qui l'a fondée; rien ne lui fait illusion sur son état. Unie, identifiée avec la force publique, elle eût pu s'abuser jusqu'à se glorifier dans la langueur, et à se réjouir dans la mort : réduite à la force morale, elle est à l'abri de cette méprise ; elle est toujours en état de mesurer sa force ou d'apprécier ses progrès; en un mot, elle est puissante comme l'âme qui est immortelle ; l'autre est forte comme ce monde qui doit passer. L. C. 255.
Parmi les traits caractéristiques et essentiels de l'œuvre de Christ, il faut compter celui-ci : Le Christ a consacré le principe de l'individualité religieuse. È. 280.
Une religion individuelle dans son principe ne connaît pas l'ésotérisme ; elle le repousse ; toutes les autres, non-seulement le comportent, mais le supposent. Elles le supposent en vertu même de leur principe socialiste. Le christianisme (et nous donnons ce fait à méditer à nos lecteurs) est, parmi les religions des peuples civilisés, la seule qui n'ait pas connu l'ésotérisme. Et si elle ne l'a pas connu, c'est qu'elle y répugne profondément, c'est qu'il la contredit dans son essence. E. F. ii6.
La religion chrétienne fait du bien dans toutes les sphères ;