TOME I
Evangile que St. Paul, et de ne prendre dans St. Paul que ce qui le distingue de ses compagnons d'œuvre et non ce qu'il a de commun avec eux. Au fait, tout St. Jean se retrouve dans St. Paul ; mais combien de lecteurs, même parmi les simples, ne paraissent pas s'en douter. L. R. m, 93.
Je le répéterai à satiété : toute vérité dont l'homme est le sujet a deux pôles et n'est vérité qu'à ce prix. En toute vérité de cet ordre, deux éléments, qui ne sont contraires qu'en apparence, se complètent et se soutiennent l'un l'autre. En d'autres termes, la vérité morale, et par conséquent la vérité religieuse, est à la fois une et complexe, et la vie, qui n'est que la vérité réalisée, a pour condition cette complexité et cette unité. Tout chrétien vivant , qu'il soit du nombre des simples ou qu'il compte parmi les docteurs , concilie au dedans de soi ces deux éléments , ou , si l'on veut, ces deux contraires ; et même il n'est chrétien vivant que parce que , grâce à l'action de l'esprit divin , il les concilie. La science pure y échoue , la dialectique y répugne : il lui est plus naturel de diviser que de réunir. Ajoutons que diviser est , sous tous les rapports , plus facile , plus commode et plus clair. Mais l'unité, en ces matières , ne consiste pas à supprimer arbitrairement l'un des termes du problème ; elle consiste à les reconnaître tous deux, et à les fondre l'un dans l'autre. Trancher le nœud n'est rien , le dénouer sans déchirer est tout. C'est ce que toutes les sectes oublient ; et tous , plus ou moins , nous sommes sectaires. Mais l'Esprit de Dieu n'est pas sectaire , et quand il vient à toucher notre cœur il nous élève, en dépit de notre dialectique, et quelles que soient nos opinions, au-dessus de la secte. 94.
B. Foi.
a) Sa définition.
La foi consiste à croire, et croire c'est tenir une chose pour vraie et certaine. N. E. 344-345.
Ceci, cependant, n'est que le commencement, le minimum et, pour ainsi dire, l'a 6 c de la foi. On ne s'en peut passer, non plus
que le laboureur d'un terrain pour y semer son blé ; toutefois, si l'on en restait là, non-seulement on n'en serait pas plus avancé, mais il vaudrait mieux peut-être n'avoir jamais cru. Si la croyance pure et simple, c'est-à-dire la certitude qu'une chose est, et qu'une autre n'est pas, passe à bon droit pour un avantage, c'est que la vue qu'elle nous procure de certains objets, je veux dire de Dieu, de sa gloire, de ses promesses, nous dispose à l'obéissance, mais avant l'obéissance des mains, il doit y avoir l'obéissance du cœur.
La foi est la mystérieuse insertion qui nous fait être autant de sarments du cep qui est Jésus-Christ, duquel, étant uni à lui, nous tirons désormais toute notre sève, et dont la vie devient la nôtre. Il suffit de le savoir pour comprendre que la foi sauve.
La première des grâces de la nouvelle alliance est la foi. Le propre de la foi est de s'attacher, avant tout et après tout, à ce que Dieu a dit. Croire, c'est se reposer entièrement sur l'infaillibilité et sur la fidélité de Dieu ; c'est mettre au-dessus de toute certitude et de toute garantie celles qui naissent de son témoignage ; c'est tenir chaque mot sorti de sa bouche comme plus substantiel et plus réel que la réalité même ; c'est, dans la pratique, regarder le devoir tel que Dieu l'a imposé, comme plus évident et plus fort que tout ; c'est par conséquent aller, les yeux fermés, au-devant des événements, comme au-devant de Dieu même ; c'est ne demander point à voir, mais considérer la vue ou comme récompense définitive de la foi, ou comme un miséricordieux soulagement que Dieu pourra , quand il le jugera nécessaire, accorder à notre faiblesse ; c'est , plus généralement encore, vivre de l'esprit, qui est la meilleure partie de nous-mêmes, nous dérober à la tyrannie des sens, nous attacher en toutes choses au fond, à l'essence même de la vérité, non à des accidents extérieurs ou à des signes ; préférer l'invisible, qui est éternel, au visible, qui est passager, et la possession du bien suprême aux marques sensibles de sa présence ; enfin, pour ce qui concerne particulièrement Jésus-Christ, bénir Dieu de ce que la Parole a été faite chair, et de ce que la sagesse éternelle a conversé avec les enfants des hommes, mais ne pas voir en Jésus-Christ, bien qu'il soit
homme dans un sens parfait, un individu ordinaire, dont la présence est indissolublement attachée au corps qu'il figure, en telle sorte qu'il serait moins présent, moins proche et moins uni à nous lorsque nos yeux cesseraient de le \oir. 384.
La foi est le génie du cœur. R. G. v, 746.
La nature humaine veut croire; quiconque cherche à la détourner de cette impulsion la rejette en définitive du côté de l'autorité, et cela dans un sens bien plus étendu qu'on ne se l'imagine.
La foi fut en tout temps la force des faibles et le salut des malheureux. D. 76.
La foi ennoblit toutes les servitudes, elle les change en liberté; la foi est la liberté dans la servitude. E. 250.
Nous ne sommes ennoblis ni parce que nous voyons ni parce que nous sommes, mais par ce que nous croyons. Notre dignité consiste dans notre foi. Sans les convictions morales, qui ne relèvent d'aucune expérience, mais d'elles-mêmes, l'homme est un être dégradé. E.F.349.
La foi est dans une certaine mesure, l'apanage commun de l'espèce humaine, et dans une mesure plus haute, la dotation particulière des caractères élevés, des plus nobles esprits, et la source de tout ce qui, dans le monde, porte l'empreinte de la grandeur.
Les religions humaines et la religion de Jésus-Christ sont, sur le principe de la foi, dans la vérité philosophique, avec cette différence qu'il n'y a dans les premières qu'un faible et inutile commencement de vérité, et que dans la seule religion de Jésus- Christ se trouve la vérité dans toute sa plénitude et dans toute son énergie. 69.
Si la connaissance et la foi se ressemblent, en ce que la connaissance est comprise dans la foi, il importe pourtant de les distinguer. Toute connaissance ne sauve pas ; l'on pourrait même dire que ce n'est pas la connaissance qui sauve mais la foi, et qu'il faut, pour opérer notre salut, que la connaissance devienne de la foi. Deux choses sont nécessaires : la connaissance elle-même, et une certaine manière de connaître. E. E. 425.
Sans doute que, quand on ne sait pas ce qu'on doit croire, on ne peut avoir aucune paix, puisque c'est dans les vérités qui sont l'objet de la foi que se trouve le principe de la paix ; mais il ne s'ensuit pas que, lorsqu'on sait ce qu'il faut croire, et même lorsqu'on le croit, on ait par cela seul la paix. La paix que proclamèrent les anges dans la nuit solennelle où Emmanuel nous fut donné, était sans doute quelque chose de mieux que le repos de la raison après les oscillations du doute. S. xii, 374.
La foi ne consiste pas à croire qu'on est sauvé. Elle consiste à croire qu'on est aimé ; qu'on a reçu, sans y être absolument pour rien , le pardon de ses transgressions , que rien ne nous séparera de l'amour de Dieu. Elle consiste à croire, quand elle a obtenu sa plénitude, que Dieu nous sauvera certainement ; mais elle ne consiste pas à croire que nous sommes dès à présent sauvés ; car, dit St. Paul, « nous ne sommes sauvés qu'en espérance. y> N. E. 332.
Il fallait que la liberté concourût à réparer les maux qu'elle a faits; de là ressort la nécessité de fonder la religion non sur la vue qui exclut toute application de la liberté, mais sur la foi qui en réclame un usage étendu. L
(( Croire sans voir, » ce n'est pas seulement tenir pour vrai un fait dont on n'a pas été témoin ; c'est encore, c'est surtout acquiescer à un principe en vertu du témoignage que lui rend notre conscience, et indépendamment de toute autre considération. C'est en cela proprement que consiste la vraie foi, la foi qui sauve.
Croire la vérité et agir selon la vérité qu'on croit, c'est tout l'homme, c'est toute la vie, etc'est aussi le salut. N. E. 358.
Dés ici-bas la vue est le caractère idéal de la foi; tout ce qui est au-dessous de ce caractère n'est point rigoureusement la foi ; la foi qui n'est point vue est une chimère, et, dans un sens moral et spirituel, il faut voir, toucher et goûter pour croire. La foi est, selon l'expression de St. Paul, la vive représentation, ou, pour rendre mieux toute l'énergie de ses expressions, la substance de ce qu'on espère. L'Évcingile n'est pour nous une vérité que lorsqu'il est pour nous une réalité, lorsque, réveillant en nous des
forces endormies, y comblant des lacunes senties , achevant mille données, résolvant mille énigmes, il donne enfin un sens à notre existence. D. 406-407.
Toute pensée est exclusive, parce qu elle est une pensée. Elle n'affirme pas une chose sans en nier une autre. Elle n'est pensée qu'autant qu'elle se définit à elle-même son objet. Elle est donc douée, conuTie la matière, d'impénétrabilité. Une pensée qui se laisse pénétrer par une autre pensée, n'est pas une véritable pensée. Tout système qui accueille tons les systèmes, n'est pas un système, mais plutôt, quelque apparence qu'il se donne et quelque prétention qu'il élève, il est la négation de tout système. Une religion qui ne tire point son caractère de son objet, mais son objet de son caractère, qui ne sent pas selon ce qu'elle croit, mais qui croit selon ce qu'elle sent, ne peut prétendre au nom de religion. Des impressions involontaires, un état involontaire de l'âme n'accusent aucun objet distinct , et peuvent ressortir aux objets les plus différents. L'objet inconnu et voilé de ces émotions si diverses peut prendre tel ou tel nom convenu, mais le nom ne fait pas l'objet. Sous le nom de Dieu, non défini, c'est à l'univers peut-être que je crois, à mes sensations, à moi-même. Tout se réduit en nuances, en simples aspects dans ce syncrétisme religieux. Là où tout est symbole, où l'objet échappe toujours, l'objet même devient symbole, et Dieu n'est plus qu'un autre nom de l'univers. Et puis, tout en ne définissant rien, et par conséquent en accueillant tout, on ne laisse pas d'exclure ; on exclut par là même qu'on accueille; les doctrines positives ne se laissent pas ainsi accueillir ; elles veulent bien qu'on les nie, mais non pas qu'on les réduise à la valeur de pures formes ; c'est la politesse même qu'on leur fait qui les blesse, et cette espèce de tolérance intellectuelle qu'on leur accorde les offense plus que la haine.
La vérité doit être aimée pour elle-même, et il faut, pour en bien juger, la séparer de l'habitude. Il y a plus, une vérité devient une erreur, lorsque, consacrée par l'habitude, elle s'oppose à d'autres vérités, ou lorsque, n'étant que relative, elle se donne pour absolue. L'habitude a tort encore quand elle érige en rites ira-
miiablcs des formes que certains lieux, que certains temps ont pu réclamer, que d'autres temps, d'autres lieux ne réclament plus, et même repoussent. Le dirai-je? Mais pourquoi ne le dirais-je pas ? La vérité absolue elle-même, et, si l'on veut, la foi considérée dans son objet, ne doit pas devenir une pure habitude, elle vieillirait et mourrait dans notre sein, si tous les jours, si à chaque heure, elle n'y renaissait. Pûen, dans ce monde, ne se conserve qu'à condition de se renouveler. Q. /i83.
h) Ses phases.
Croire n'est pas un état où l'on se place une fois pour toutes, en acceptant les preuves de la vérité religieuse ; croire est une action, une action de l'âme, acceptant toujours de nouveau ce qu'elle a cru d'abord et s'y réunissant incessamment. S'il en est ainsi, et s'il est vrai qu'on ne puisse croire sans regarder, n'est-il pas clair qu'à dater de la conversion, qui a eu pour principe un regard, il faut regarder sans cesse ? D'autres diront peut-être : Il ne faut pas regarder sans cesse, mais réfléchir sans cesse à ce qu'on a vu. Certes, nous ne prétendons pas exclure la pensée ; et même il y en a nécessairement beaucoup dans ce regard que nous recommandons ; toutefois nous ne serions pas contents si cette pensée ne venait pas de ce regard, ou si ce regard ne revenait pas à la suite de cette pensée. Après tout, l'objet du christianisme n'est pas une vérité abstraite ; c'est un fait, c'est une personne, c'est Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Ce fait , cette personne s'offre naturellement au regard avant de s'offrir à la pensée ; et ce qui agit sur notre âme, dans le sens heureux que Dieu a voulu, c'est cet objet lui-même. Nous ne croyons pas au christianisme, nous croyons en Jésus-Christ, Ce qui se fait de chrétien dans le monde, ce n'est pas le christianisme qui le fait (car le christianisme n'est lui-même qu'un effet), c'est Jésus-Christ. Les rapports que nous entretenons comme chrétiens, ne sont pas des rapports intellectuels, des rapports de notre esprit avec une vérité, mais des rapports de personne à personne, des rapports de nous, hommes, avec Jésus-Christ homme et Dieu. L'objet de notre foi est
invisible, mais non impersonnel ; il ne se voit pas avec les yeux de la chair, mais néanmoins il se voit ; et nous ne conversons pas avec lui comme avec une idée, c'est-à-dire au fond comme avec nous-mêmes, mais comme avec un Être qui est avec nous jusqu'à la fm du monde. E. 45.
La mesure de la foi est, pour chacun, la mesure de la paix, de la charité, de la liberté, de la vie. 4.30.
C'est peu à peu que l'on s'assure que l'on croit sérieusement ; c'est peu à peu que la foi, comme l'embryon dans le sein maternel, se forme, prononce ses traits, et se caractérise comme foi. C'est par l'action, c'est par la vie qu'elle en vient là ; et l'action, la vie supposent des préceptes, et des occasions de nous y conformer. N. D. 378.
La foi n'est pas une chose égale à tous les moments et chez tous, une chose dans laquelle il ne puisse point y avoir de plus ou de moins, une chose qui, par sa nature, soit à la fois indivisible et infinie. Non, une personne peut avoir la foi, la foi chrétienne, et quelque chose manquer à sa foi. M. 82.
c) Objective et subjective ; — d'autorité.
On a relevé la foi subjective, comme la nomme l'école, au-dessus de la foi objective, en insinuant que l'important est de croire fermement, quel que soit d'ailleurs l'objet de la foi ; sans doute on n'entendait appliquer cette maxime qu'aux nuances de la vérité, non à la vérité môme ; mais combien le passage est facile ! D. 85.
Le caractère de la foi n'est pas tout sans l'objet de la foi, et c'est à son objet qu'elle doit son caractère. Ce n'est pas à mesure que nous croyons davantage, c'est selon ce que nous croyons, que nous sommes tout ce que nous pouvons, tout ce que nous devons être. La foi qui nous élève au but de notre existence, c'est celle qui nous dépouille de nous-mêmes et nous revêt de Dieu ; c'est celle qui nous met à la merci de Dieu, celle qui nous fait tout attendre de lui, celle qui anéantit en nous l'idée que nous ayons un droit quelconque à exercer contre Dieu (car c'est bien en ces termes que doit se traduire la prévention de la propre justice) ; en un
mot, c'est la foi qui ne compte pas avec Dieu, qui se répute insolvable, et ne trouve que l'amour qui soit cligne de correspondre à l'amour. C'est la foi à l'Évangile, la foi en Jésus-Christ. N. E. 349 .
Croire en Jésus-Christ, c'est croire qu'il nous a été envoyé, qu'il nous a été donné ; c'est croire que l'objet suprême de la dilection du Père, celui dont le nom seul de Fils caractérise dignement la nature, la perfection et la gloire , embrassant dans un amour immense le genre humain tout entier, a revêtu notre chair mortelle pour pouvoir être le réparateur de nos misères, notre représentant, notre caution et notre intercesseur. Otez par une supposition douloureuse, ôtez Jésus-Christ du monde, avec sa puissance de miséricorde et son titre de Sauveur, et par conséquent replacez l'humanité où Jésus-Christ l'a trouvée, en face d'un Dieu inconnu, du Dieu de Sinaï, enveloppé de ténèbres que perce seul, de loin en loin le feu sinistre des éclairs ; ou en face de ce Dieu des philosophes, puissance sans personnalité, essence nidifférente, gouffre des existences, effroi de l'imagination ou du cœur; ou bien enfin en face de deux portes fermées, dont l'une est la porte de l'enfer, et l'autre celle du néant : oui, replacez l'humanité où Jésus- Christ l'a trouvée, et dites à cette humanité : Aimez Dieu, au cas qu'il y ait un Dieu ; aimez Dieu, au cas qu'il soit juste ; aimez Dieu, au cas qu'il vous aime. Du fond de ces cœurs palpitants vous entendrez s'élancer mille cris divers, mais incessamment réprimés. Oui, Dieu nous aime; mais s'il ne m'aimait pas! Oui, Dieu est juste ; mais s'il est juste, il est redoutable et comment l'aimer? et s'il est injuste, il n'est pas respectable, et comment l'aimer ? Dieu existe, cela est plus clair que la lumière du soleil ; Dieu est bon puisqu'il est Dieu ; mais s'il est Dieu, il est saint : que puisje en conclure? Que puis-je en espérer pour moi? Que veut-il? qu'a-t-il résolu ? puis-je l'aimer seulement parce qu'il est aimable? puis-je l'aimer s'il ne m'aime pas? puis-je aimer celui qui me hait peut-être ? puis-je aimer dans cette incertitude? et ne fautil pas , (f pour que je coure dans la voie des commandements de Dieu, que lui-même d'abord ait mis au large mon cœur? » (Ps. cxix, 32.) N.D. 84.
— Nous pouvons observer autour de nous deux espèces de
croyance religieuse : l'une d'autorité, de tradition et d'habitude ; l'autre, de conviction immédiate et d'expérience : et tantôt la première ou la seconde existant seule chez im individu, tantôt ces deux sources de croyance se réunissant et se confondant. D. 395.
La foi d'autorité est la croyance que nous accordons à certains faits , sur le témoignage de personnes que nous jugeons sincères et bien informées. Il n'y a rien là, en soi, de déraisonnable : la déraison consisterait, au contraire, à ne vouloir faire aucun usage de ce moyen d'instruction ; une telle prétention, poussée jusqu'à son dernier terme, paralyserait la vie entière. 396.
La foi d'autorité repose sur deux bases qui doivent l'honorer à nos yeux : la foi à l'intelligence et la foi à la moralité. 397.
Nous reconnaissons que tout commencement est bon entre les mains de Dieu ; que la foi passive peut devenir une foi active, la foi servile une foi libre ; mais jusque-là nous prétendons que ce n'est pas la foi, du moins pas une foi vivante, et que, tout de même que la foi sans les œuvres est morte, la foi qui n'est pas une œuvre est morte. N. D. 109.
Ce qu'il y a de sûr, c'est que la croyance, à moins que ce consentement du cœur et de la volonté ne s'y joigne, n'est qu'une simple croyance, et nullement la foi ; ce qu'il y a de sûr, c'est que ce consentement est l'essentiel, le point capital de la foi, tellement que si quelqu'un, hors de la connaissance de Jésus-Christ, avait senti le besoin d'un Sauveur, l'avait demandé, l'avait, pour ainsi dire éventuellement accepté, il serait dans les conditions de la vraie foi, et en recueillerait le bénéfice. Ainsi la croyance distincte au mystère de piété , en tant qu'elle n'est que croyance , peut demeurer sans effet pour celui qui la possède ; ainsi la disposition du cœur à recevoir Jésus-Christ, qu'on ne connaît pas, aurait tout le caractère et toute la valeur d'une véritable foi ; car elle est une œuvre, et la première ne l'est pas. 101.
Que vous croyiez à la religion parce que vos pères y ont cru, parce qu'on y croit autour de vous, parce que c'est la charte du pays, parce que le budget y croit (pauvres preuves sans doute ! ), ou que vous y croyiez parce que la science vous a développé les preuves de l'authenticité des Écritures, ou parce que l'Église où
vous êtes nés vous paraît couler à flots non interrompus du pied de la croix et vous apporter incessamment les eaux de l;i source elle-même, je dis, dans toutes ces suppositions, que si cette loi est autre chose que la préparation à une foi plus personnelle, si votre conviction n'acquiert pas d'autres bases, si vous ne finissez pas par croire sur le témoignage intérieur ce que vous avez commencé par croire sur le témoignage d'autrui, vous êtes, avec la conviction la plus légitime, la plus ferme, et, à quelques égards, la plus efficace, en dehors des conditions de lavérittible foi. D. 400. II y a dans ce que nous appelons l'objet de la foi, dans les doctrines de l'Évangile, une vertu qui transforme ceux qui les étudient : il en sort une religion complète, munie de ses preuves, de ses titres, de tous ses antécédents comme de toutes ses conséquences, qui peut se passer de vous ; la religion, contemplée par le cœur, se prouve, s'interprète elle-même ; une fois qu'elle a déployé cette vertu, c'est sans retour ; c'est-à dire qu'une fois émancipé, on ne rentre pas dans la servitude. Aussi, partout où l'autorité est maîtresse et voudra continuer à l'être, elle resserrera en des limites aussi étroites que possible l'indépendance de l'étude de la religion, elle en écartera les divins documents, ou les environnera de documents de sa main, qui, si l'on peut le dire ainsi, éraousseront les regards et voileront certaines vérités, celles qui, par leur nature , pénètrent plus avant dans l'âme et y réveillent plus vivement le sentiment et le besoin de l'indépendance. Se voitelle menacée, entamée, elle se porte tout entière vers la brèche ; elle néglige les vérités internes, et proprement religieuses dont elle est dépositaire, et s'attache aux dogmes extérieurs, c'est-àdire à ceux qui concernent son droit d'enseigner et de prescrire ; peu à peu la soumission à l'autorité devient à ses yeux toute la religion, la nécessité de l'autorité toute sa philosophie, la démonstration de l'autorité toute sa théologie : et l'homme incessamment distrait du principal par l'accessoire, passe sa vie à bâtir une maison qu'il n'habitera jamais. Dans toutes les situations, l'autorité ne verra pas avec plaisir la religion faire elle-même ses affaires, plaider elle-même sa cause, et déployer son évidence interne. Elle ne se plaira pas à lui voir manifester ce caractère hautement
rationnel qui éclate dans le surnaturel et même par le surnaturel des faits qu'elle annonce. Fidèle à son point de départ elle rendrait volontiers , si elle le pouvait, toutes choses plus difficiles à croire qu'elle ne le sont naturellement ; elle fera un mérite d'adhérer ta ce qui répugne ; elle est pressée entre deux nécessités opposées : celle d'encourager la vie religieuse qui est nécessairement une vie intérieure, et celle d'en réprimer l'essor dans certaines limites ; car il est clair que la foi changée en vue détrône l'autorité dans l'âme du fidèle, non pas formellement toujours, mais en principe et en réalité. Celui qui croit de cette manière, quoi qu'on en dise, et quoi qu'il en puisse croire lui-môme , a cessé par ce fait de dépendre de l'autorité. 405.