C. Sanctification
a) Sandipcation; foi et juslification.
Quoiqu'il ait été nécessaire de distinguer par différents noms les moments de la vie spirituelle, ce ne sont toujours que des moments d'une même œuvre ; oui, l'œuvre de Dieu dans la conversion, puis dans la sanctification, est continue, indivisible.
Le salut individuel, c'est la réunion spontanée et la subordination libre et joyeuse de l'être moral à son principe, du moi créé au Moi créateur. S. xv, 92.
Votre salut ne s'accomplit pas hors de vous ni sans vous ; vous ne sauriez être sauvés si vous n'êtes changés, et vous ne pouvez être changés, c'est-à-dire régénérés, sûns être par là même sauvés. Votre salut n'est pas votre œuvre, mais, fondé en Dieu, il s'achève en vous, et c'est en considérant ces deux grandes phases, ces deux grands actes de la miséricorde, que l'Évangile appelle Jésus-Christ le chef et le consommateur de votre salut.
S'il est certain que, sans la sanctification aucun de nous ne verra le Seigneur, c'est-à-dire ne sera sauvé, il est donc certain que la sanctification est le dernier but, la consommation de l'œu-
vre de Dieu, qui nous justifie d'abord par son Fils, afin de nous sanctifier ensuite par son Esprit. M. 93.
Nous serons sauvés par grâce, ou nous ne serons point sauvés. Mais il est également certain que, sans la sanctification, nul ne verra le Seigneur, et il faut bien que la sanctification du cœur ait pour effet la sanctification de la conduite ; la seconde reproduit la première comme une statue reproduit les contours du moule dans lequel on l'a fondue, et dans ce sens l'Évangile a pu dire, comme la loi, que cha(}ue homme, au jour du jugement, recevra « selon le bien ou le mal qu'il aura fait étant dans son corps. » Les effets accuseront le principe, et il sera égal d'être jugé par les effets du principe ou par le principe lui-même. N. D. 369.
Une des plus funestes illusions, en même temps qu'une des plus mélancoliques, serait de remplacer la continuité du progrès par la perpétuité des regrets, et de croire qu'il suffit, si l'on n'avance pas, de dire tous les jours à Dieu avec une douleur qui, prenez-y garde, s'affaiblit tous les jours : « Mon Dieu, je le confesse ; je suis le même aujourd'hui qu'hier, et je serai demain le même qu'aujourd'hui. » N'est-ce pas cà cette douleur que se réduit aujourd'hui le christianisme de beaucoup de personnes? M. 99. il est tel de nos péchés qui ne donne à personne le droit de révoquer en doute la sincérité de notre foi ; mais décidément l'homme sans miséricorde n'a pas cru ; le chrétien qui n'aime pas n'est pas chrétien ; il porte injustement les insignes du christianisme ; il a usurpé son titre ; il est un intrus ; il est plus éloigné de la lumière et du royaume de Dieu que ceux qui n'ont pas entendu parler de Jésus-Christ, et même que ceux qui, en ayant entendu parler, n'ont pas cru en lui. N. E.336. Si du pardon pris en lui-même, nous passons à sa réalisation, nous reconnaîtrons qu'encore ici il faut une victime. Le pardon consommé, le salut, le ciel, c'est le cœur de l'homme rendu à Dieu ; c'est Dieu avec nous ; plus que cela, c'est Dieu au dedans de nous. R. G. v, 83. L'homme a fait tous les frais de la chute, Dieu fait toute la dépense de la réconciliation. Dieu hors du cœur c'était le péché et sa peine, Dieu dans le cœur c'est le pardon et son fruit.* Ceux
qui craindraient de diminuer la gloire de Dieu, en disant qu'il ne peut sauver sans régénérer, se tromperaient,^ il n'y a pas d'atteinte à la souveraineté de Dieu. Il ne connaît d'autre impossibilité que celle de mal faire. Nous aimons à répéter avec un chrétien : le Fils de Dieu nous a mérité la résfénération . 84.
Ce qui caractérise une âme chrétienne, ce n'est pas précisément l'enthousiasme et l'ardeur, encore moins le talent et l'éloquence : c'est la foi humble, la foi qui sait attendre, c'est l'humilité, c'est surtout l'amour. D. 239.
L'impossibilité de la croire véritablement sans le secours du Saint-Esprit est une partie de cette vérité même et un des objets de la foi chrétienne. 375.
Qu'est-ce qui, dans la foi, sauve en sanctifiant, sanctifie en sauvant? C'est l'acceptation de la vérité pour la vérité elle-même. C'est de croire sur le témoignage de la conscience. — Christ formé en nous, voilà la foi. I.
Dans l'Évangile, la foi est représentée comme ayant une force intrinsèque, une vertu propre, une influence directe sur la vie, et parla vie sur le salut. La foi, dans 1" Évangile, ne sauve que parce qu'elle régénère. La foi consiste à recevoir dans le cœur des choses propres à le changer. D. 88.
Résumer n'est pas choisir ; c'est ramasser sur un point toute une doctrine. La vivante et rapide synthèse de la foi contient tout l'Évangile ; mais là c'est l'âme qui résume. R. C. v, 79.
La vie chrétienne est comme un arbre ; les racines de l'arbre plongent dans la terre, et ses rameaux se baignent continuellement dans ce subtil océan qu'on appelle l'atmosphère. Le sol fertile où nos racines s'enfoncent, c'est la foi au pardon ; l'atmosphère bénigne et fécondante où se plongent nos rameaux, c'est la foi à la perpétuelle assistance de cet Esprit de sainteté dont St. Paul dit: Celui qui sonde les cœurs connaît quelle estraffeclion de V Esprit lorsqu il jwie pour les saints selon Dieu. M. 88.
La repentance est une grâce, car tout est grâce. Nous ne pouvons pas plus, par nous-mêmes et sans Dieu, nous repentir, que nous ne pouvons croire, que nous ne pouvons obéir, que nous ne pouvons persévérer. Gela étant bien reconnu, et reconnu avec
bénédiction, disons maintenant que la repentance, qui est une grâce^ n'en est pas moins une condition du salut, que le salut n'est offert dans l'Évangile qu'à la repentance, et que la foi ne sauve qu'en tant qu'elle implique ou qu'elle produit la repentance. Rien de plus constant, rien de plus capital dans la doctrine évangélique. Q. 672.
Soit avant, soit après la certitude obtenue, c'est une tâche particulière, aussi rude qu'indispensable, que de se dépouiller entre les mains de Dieu de toute justice propre et de toute confiance en soi-même, de s'avouer pécheur et perdu ; il en coûte à la chair un combat plus ou moins long, plus ou moins sanglant ; et la victoire est si difficile, et elle s'obtient par des moyens qui nous sont tellement étrangers, et elle s'accomplit d'une manière si mystérieuse, qu'il n'est aucun de ceux qui l'ont remportée qui ne soit prêt à déclarer que la foi est pour lui une œuvre de Dieu dans tous les sens du mot, c'est-à-dire l'action de Dieu dans et par la sienne. N. D. 104.
Il est impossible que ce qui n'est pas une justice soit imputé à justice. Il est impossible qu'un fait involontaire devienne la condition du salut. 11 est impossible que le pur et simple acquiescement à des preuves ait le moindre rapport avec la jouissance delà félicité céleste et la possession de Dieu même. Il est impossible que Dieu ait jamais dit : « Vous croirez d'une manière quelcon- « que, dans un esprit quelconque, que Jésus-Christ est celui que « j'ai envoyé, et cettecroyancevousobtiendrala vie éternelle.» 94. Il faut nécessairement que la sanctification soit comprise dans la foi, de la môme manière qu'une plante l'est dans son germe ; eu d'autres termes, il faut que la foi soit sanctifiante ; mais comment le serait-elle si nous ne la recevions que par l'esprit et non par le cœur ; et s'il était égal de croire d'une manière ou d'une autre, pourvu que l'on crût ?
La foi, dans sa plénitude, est une obéissance du cœur, et ce n'est qu'à ce titre qu'elle est véritablement la foi ; jusqu'alors ce n'est que la croyance. N. E. 346.
La foi, sans doute, nous rend agréables. à Dieu, mais en tant seulement qu'elle est une obéissance du cœur, et il faut qu'elle le soit en effet.
Il y a un commencement de sanctification dans la foi. L*âme qui croit est une âme qui, reconnaissant le néant de sa propre justice, a recherché la justice de Dieu; l'âme qui croit est une âme qui s'est remise à la merci de Dieu , pour ne subsister désormais que par lui. Ne sont-ce point là les prémices de la sainteté?
Si la foi sauve, c'est parce qu'elle produit l'espérance et la charité ; la foi qui ne les produit pas n'est pas la foi. 97.
Si la sincérité est le seul caractère, le seul mérite de la vraie foi, en quoi l'emportera devant Dieu un idolâtre sur un chrétien? La foi est un noble exercice de toutes les facultés humaines ; c'est l'harmonie de la raison, de la conscience et du cœur sur une doctrine qui vous est donnée pour divine ; essayez de dépouiller la foi d'un de ces éléments, vous n'avez plus la véritable foi ; enlevez-les tous, vous n'avez qu'une image grossière de la foi. Le cœur est-il gagné sans la conscience et sans la raison, la foi n'est qu'une sensibilité irritée par des images redoutables ou flattée par des tableaux séduisants. La conscience seule est-elle saisie, vous avez la religion du remords, non celle de l'espérance et de l'amour. La raison seule est-elle mise au jour, vous avez une doctrine philosophique sans effet sur l'âme. Il faut que ces différentes facultés dont l'homme se compose reçoivent simultanément l'impression des doctrines et y adhérent en commun. L. G. 89.
Il faut distinguer dans la conviction religieuse l'acte en luimême et son objet. L'acte n'est autre chose, dans la supposition la plus favorable, qu'une soumission raisonnable à des preuves bien administrées ; et appliqué à des choses de morale et de religion, il suppose une certaine diligence de la raison, une certaine droiture d'intention, un certain sérieux de l'âme. On ne se livre pas à ces recherches, on n'y persiste pas, on ne les poursuit pas jusqu'à un résultat, sans être plus ou moins dans les dispositions que je viens d'indiquer, et ces dispositions sans doute sont une première bénédiction. Elle serait la première et la dernière à la fois, elle serait tout, s'il ne s'agissait pour le croyant que de prouver sa soumission aux révélations quelconques de Dieu, et d'admettre, sur le témoignage de la raison, des choses qui surpassent
la raison. Mais il n'en est point ainsi. En nous donnant des choses à croire, Dieu n'a pas voulu seulement nous faire feire un exercice d'obéissance ou, pour mieux dire, de raison : il a voulu nous mettre en contact avec certains faits, destinés à nous modifier, à renouveler tout notre être. Il a voulu créer et enraciner dans notre cœur, par la contemplation de ces faits, certains sentiments par lesquels notre vie entière doit être changée. Par une providence admirable, ces faits révélés par l'Évangile sont à la fois hors de nous et en nous, extérieurs et moraux, divins et humains. Nous sommes sauvés par grâce (voilà Dieu), mais par le moyen de la foi (nous voilà nous-mêmes); le même fait s'accomplit deux fois tout entier : tout entier sur Golgotha, tout entier dans notre cœur. Nous sommes ouvriers avec Dieu dans l'œuvre de notre salut : il donne la substance et nous le travail ; ou plutôt il donne tout sans réserve; mais il exécute à la fois son dessein par lui et par nous. En un mot, il y a une vérité hors de nous, mais il faut qu'elle devienne vérité en nous ; que notre cœur s'y attache, se l'incorpore, la transforme en soi, se transforme en elle. Or, il ne peut être modifié par cette vérité que selon la nature de cette vérité. Il n'est pas renouvelé par la croyance nue, mais par l'objet de la croyance. Ce qu'elle est, il le devient. Voilà, en religion, ce que c'est que croire.
Il est très-vrai que la foi produirait la vie ; mais l'absence de foi vient elle-même d'une diminution de vie Nous pensons qu'en matière de religion la difficulté de croire se rattache à l'affaiblissement de la foi morale, et celui-ci à l'engourdissement du sens moral. La religion peut revivre malgré tous ces obstacles et réparer tous ses maux ; mais il n'en est pas moins vrai que la déperdition de l'élément de la foi chez un peuple est un fait moral, un fait imputable, le stigmate ou la cicatrice d'un péché. E. 33.
Celui en qui la promesse du salut n'aurait produit ni amour, ni zèle, ni désir de sanctification, n'aurait qu'une foi morte et vaine; mais celui qui attendrait, pour accepter la promesse, qu'elle eût produit en lui tous ces effets, renverserait l'économie de l'Evangile, et rebrousserait du chemin de la grâce vers la loi, et des mérites de Jésus-Christ vers les mérites humains. N. m, 708.