TOME I
Le salut tient à ce que nous sommes et non à ce que nous faisons. N. D. 118.
11 n'y a pas des chrétiens de foi et des chrétiens d'oeuvre ; dans ce sens exclusif, ni les uns ni les autres ne sont des chrétiens, ni des moitiés de chrétiens ; ce sont des pharisiens. N. E. 355.
Comptez que vous n'aurez la vie et par conséquent le salut (car ce sont deux noms d'une même chose), que lorsque votre cœur aura perçu la vérité comme il perçoit la douleur et la joie, lorsqu'elle sera devenue, non plus seulement une impression que vous recevez par quelque organe, mais un organe même de votre être moral; lorsqu'elle sera le point de vue de vos jugements, et l'impulsion générale de votre conduite ; lorsque, placée au sommet de votre existence, elle pèsera sur toute sa pente et en déterminera le cours, ainsi qu'une source alimentée par le ciel pèse sur les flots qui jaillissent immédiatement dans son sein, et par les premiers sur tous les autres, jusqu'au dernier terme qu'ils doivent atteindre. Tant que vous n'avez pas la conscience d'une telle foi, ne dites point que vous croyez, ne dites point que vous êtes chrétiens ; disposez-vous à de nouveaux progrés, ou plutôt, du siège commode où vous êtes assis, levez-vous et marchez, marchez à la recherche de la vérité ; heureux qu'on vous ait montré le chemin, heureux d'être sûrs de la posséder si vous le voulez réellement! D. Ai'S.
Obéirez-vous afin d'être sauvés ? ou obéirez-vous parce que vous êtes sauvés?
Ce choix, Dieu ne nous l'a pas laissé. Il savait bien que, si nous devions être sauvés par l'obéissance, nous ne serions jamais sauvés. E. E. 365.
Le salut par l'obéissance, ce système si raisonnable, n'est-il pas au-dessus de l'humanité et de chaque homme en particulier? Est-il un seul individu de notre espèce qui puisse l'embrasser sérieusement sans embrasser la condamnation, le suivre jusqu'au bout sans arriver au désespoir? et au contraire, cet autre système, si insensé que St. Paul la appelé sans détour une folie, mais la folie de Dieu, ne donne-t-il pas à l'homme, avec la joie et la paix, des forces qui lui étaient inconnues? 367.
Qui est-ce qui obéit, sinon celui qui aime? Qui est-ce qui aime, sinon celui qui se croit aimé? Le nombre ne fait pas la vérité, et n'y eùt-il qu'un seul homme sur la terre qui eût accepté l'Evangile, il faudrait voir dans cet homme l'humanité restaurée, le parti de la vérité, la race de Dieu. La question n'est pas de savoir si les conditions du salut sont acceptées, mais si ce sont en effet des conditions de salut, et s'il y a quelque autre nom sur la terre, quelque autre principe, quelque autre système, par lequel les hommes puissent être sauvés. 369.
Laissons St. Jacques et St. Paul combattre dans un même esprit des erreurs opposées et faire face à deux pharisaïsmes, St. Paul à celui de la loi, St. Jacques à celui de la foi.
b) Foi, une œuvre ; œuvre et foi. Foi et volonté.
Toute la vie est dans la foi, et qui a vu la foi a vu la vie, La foi n'est pas une œuvre distincte , c'est toute l'œuvre , toute l'œuvre de Dieu. Un homme qui tiendrait un gland ne pourraitil pas dire : je porte un chêne dans ma main? Car ce gland est en soi-même tout ce qu'il faut qu'il soit pour devenir un chêne.
La foi et les œuvres , en tant qu'il s'agit de la véritable foi et des véritables œuvres, composent un tout indivisible et se complètent mutuellement , si bien que les œuvres sans la foi ne sont rien ; et que la foi sans les œuvres n'est qu'un mot. N. E. 343.
L'Évangile parle d'un pardon gratuit, base et préliminaire de la nouvelle alliance, puis de la foi à ce pardon, comme de l'œuvre par excellence, de l'œuvre qui renferme toutes les œuvres, de même que le grain de blé renferme tout l'épi. Cette foi que Dieu donne après en avoir donné l'objet, fait ce que, sans elle, aucune œuvre n'eût pu faire ni ne ferait jamais , elle nous justifie , elle nous revêt de la seule justice dont nous soyons capables, la justice du repentir, l'abandon de la justice propre , l'espérance en Dieu seul , et , si l'on peut s'exprimer ainsi , la démission entre ses mains, de toutes nos prétentions et présomptions. Elle vide et
elle purifie le vase de notre cœur, le rend propre à recevoir Dieu, et devient la racine saine et vigoureuse d'une nouvelle vie, puisque non-seulement elle nous soumet à Dieu par l'abdication la plus absolue, mais nous unit à lui par la confiance la plus absolue. La foi est une faculté ; or, l'acte est le signe de la faculté , et la faculté qui ne fait pas n'est pas une faculté. Notre foi, une avec nos œuvres , se constate par nos œuvres , ou , pour parler avec St. Jacques (qu'on a vainement tenté de brouiller avec St. Paul), elle agit avec nos œuvres , qui, de leur côté, la rendent parfaite ou la consomment. La foi et les œuvres, le tronc et les branches , forment un tout, une seule et même œuvre, une seule et même justice ; mais tantôt, parce que le principe renferme tout, il est dit que nous sommes justifiés par la foi , c'est-à-dire sauvés par le principe, et tantôt, parce que ce que nous faisons est le témoignage et la mesure de ce que nous sommes, il est dit que nous recevrons selon ce que nous aurons fait. S. xii, 373.
Ce qui sauve, dit-on, c'est la foi, le principe intérieur de vérité et de vie qui est aux œuvres ce que le tronc est aux branches. Nous en convenons sans détour. Mais il ne faut pas non plus oublier ceci : c'est que nos œuvres ne sont pas seulement la manifestation de notre foi et de notre amour : elles en sont aussi l'aliment. Si la vie prend naturellement la forme de l'âme, l'âme prend aussi la forme de la vie ; plus la foi agit, plus elle se fortifie; plus l'amour agit, plus il aime. L'exercice de nos facultés leur profite toujours, et cela est vrai dans cette sublime sphère comme dans toutes les autres. Vous croirez mieux, vous aimerez davantage à mesure que vous accomplirez plus d'œuvres de foi et d'amour ; et parce que vous aimerez, vous aurez le bonheur promis par l'Évangile; car l'amour, c'est le salut, l'amour, c'est le ciel.
Jésus-Christ a dit vrai : il n'y a qu'une œuvre au fond : c'est de croire du cœur à celui que Dieu a envoyé. 1 06.
Une œuvre de Dieu ou une œuvre digne de Dieu doit être nécessairement une œuvre de liberté , et puisqu'il y a une loi que nous ne nous sommes pas faite, et qui nous lie le voulant ou ne le voulant pas, une œuvre commandée ne peut être en même temps
une œuvre de liberté que par l'intervention de l'amour, qui est, pour parler exactement, la liberté dans l'obéissance. 79.
Il ne s'agit que de croire, et l'on aimera; et parce qu'on aimera, les œuvres qu'on fera désormais seront des œuvres de Dieu. 88.
Un fait demeure : l'homme ne sera jamais sauvé tant qu'il croira pouvoir l'être par ses œuvres. Un fait demeure : l'homme ne sera sauvé que lorsqu'il aura renoncé à vouloir l'être par ses œuvres. Cette renonciation n'est pas ce qui le sauvera , car cette renonciation suppose qu'il n'y a rien en lui , absolument rien par quoi il puisse être sauvé ; mais cette renonciation est-elle, oui ou non, une condition du salut? Oui, elle est une condition du salut. Cette renonciation est-elle, oui ou non , une action, une œuvre? Oui, elle est une action , une œuvre. Donc, une œuvre nous est présentée par l'Evangile comme une condition de salut ; mais comme toutes les œuvres , et plus évidemment que toutes les œuvres, cette œuvre est une grâce, un don, et non pas un mérite. Elle est l'œuvre de Dieu , nous le répétons , dans tous les sens qu'on peut donner à cette expression : dans ce sens qu'elle est selon le cœur de Dieu , et dans ce sens aussi que c'est Dieu qui l'opère par nous et en nous 113.
Quand même la foi serait une œuvre, elle n'en serait pas moins distincte des œuvres conçues et accomplies sans elle. Qu'on l'appelle œuvre tant qu'on voudra , elle n'en sera pas moins la foi ; elle n'en sera pas moins la condition des œuvres, le commencement des œuvres, la plus difficile des œuvres. Elle n'en sera pas moins la porte étroite par où il faut entrer, la condition qu'il faut accomplir , la victoire qu'il faut remporter, le joug sous lequel il faut passer avant de pouvoir faire les œuvres de Dieu. Et si l'on convient de tout cela, la distinction subsiste et la vérité est sauvée.
La foi qui est du dedans et qui ne paraît point, les œuvres qui sont du dehors et qui paraissent, ne sont ensemble qu'un tout, qu'une même œuvre, dont les parties ne différent entre elles qu'en ce que les unes paraissent et les autres ne paraissent point.
La foi est, dans l'homme, cette force vive , ce principe de dé-
veloppement , cette action incessante et cachée ; et c'est dans ce sens qu'on peut dire qu'elle a les œuvres , comme on peut dire que la semence de la plante a ou contient la plante. En d'autres termes, l'obéissance du dedans contient en germe toute l'obéissance du dehors. 352.
Les œuvres ne sont encore que la foi, mais la foi rendue parfaite, la foi déployée, ramifiée , fructifiante. L'arbre ne vaut pas mieux que son germe, la vie ne vaut pas mieux que son principe; mais le germe, mais le principe ont donné tout ce qu'ils devaient donner , tout ce qu'ils contenaient. Les œuvres ont rendu la foi visible, et, en la rendant visible , elle l'ont rendue puissante au dehors, comraunicative , contagieuse ; mais elles ne l'ont pas fait être ce qu'elle n'était pas. 353.
La foi entraîne si impérieusement et si prochainement les œuvres; les œuvres supposent si nécessairement la foi ; les deux choses se tiennent tellement ensemble, et sont si prés de faire une seule et même chose dans le véritable chrétien , que l'opposition , la distinction même n'existe pour ainsi dire pas pour lui ; et que vous le verrez, dans bien des cas, les substituer librement l'une à l'autre , insistant tour à tour sur la foi sans faire mention des œuvres, parce que la foi renferme les œuvres, ou sur les œuvres sans faire mention de la foi , parce que les œuvres renferment la foi. M. 222.
La foi chrétienne est la victoire du monde ; la foi chrétienne renferme tous les éléments d'une vie sainte; et ce qui le prouve mieux que nos raisonnements , ce sont tant de vies si pures , si pleines , si conséquentes, dont le christianisme seul nous fournit le modèle. D. 88.
La foi commence, pour Abraham, du moment que, sur un signe visible il croit à l'invisible ; du moment qu'il va sur la parole de Dieu à la rencontre de l'inconnu, de l'incertain, que dis-je? de l'impossible ; car quoi de plus impossible que d'immoler son fils? On ne croit pas sans avoir vu d'abord ; mais croire ensuite sans voir, parce qu'une fois on a vu ; opposer la parole de Dieu aux plus terribles , aux plus accablantes apparences ; marcher d'un pas assuré dans la nuit ; poser un pied ferme dans le vide ; est-ce
là un état ou une œuvre? Est-ce a-ir ou seulement croire? Croire de la sorte, n'est-ce pas obéir? Oui, la foi est l'obéissance intérieure de la conscience et de la volonté. La foi , dans Abraham , était donc une œuvre , et c'est comme telle qu'elle put lui être imputée à justice. N. D. 96.
S'il est un sens dans lequel la foi fait opposition aux œuvres et les œuvres à la foi , il en est un autre dans lequel la foi et les œuvres ne font qu'un. Ce qui est, dans l'Ecriture, opposé à la foi, ce sont les œuvres sans la foi ; mais jamais l'Écriture ne met en opposition la foi et les œuvres de la foi. N. E. 329.
La foi, ne l'oublions jamais, est une œuvre qui produit d'autres œuvres, une œuvre mère dont toutes les œuvres sont les filles. La mère peut être jugée dans les filles, comme elle peut l'être en elle-même : le résultat est le même , la justice la même , la sagesse de Dieu et la raison de l'homme sont satisfaites dans les deux cas ou dans les deux formes. Ne nous arrêtons pas à cela. Si quelqu'un n'avait pas compris que la foi , bien loin d'être un pur et simple événement où notre volonté est étrangère , est , au contraire , l'usage le plus réel et le plus considérable que nous puissions faire de notre liberté , c'est qu'il n'aurait pas compris que la foi consiste essentiellement à accepter successivement la sentence qui nous déclare tous déchus et condamnés, et l'amnistie qui nous relève en nous humiliant ; il n'aurait pas vu que la foi est une abdication de nos justices , un hommage volontaire à la justice de Dieu , une remise pleine et entière de notre sort entre ses mains, une consécration de toute notre vie à son service , en un mot, l'acte le plus énergique aussi bien que le plus décisif, l'acte le plus moral comme le plus heureux dont la grâce de Dieu puisse nous rendre capables , et que c'est précisément en nous en rendant capables que la grâce de Dieu nous sauve. Les œuvres ne sont donc qu une continuation de la foi, pesez bien ce terme, comme les branches sont une continuation du tronc , le tronc une continuation des racines. Et de même que les branches, le tronc et les racines ne font qu'un , les œuvres, la foi, la grâce ne font qu'un. 332.
— Séparée de la vie du cœur, qu'est-ce que la foi ? Comment
la saisir? comment la constater? Et quand on serait parvenu à s'assurer qu'on croit réellement et fermement ce que l'on croit , que l'on n'entretient aucun doute sur l'objet de ses croyances , qu'y gagnerait-on ? Cette certitude n'est que le point de départ (le la foi, le minerai grossier d'où il reste à dégager l'or. 337.
L/acte destiné à nous mettre en communion de pensées , de volonté, d'habitude avec Jésus-Christ doit être un acte moral. La foi est un désir, la foi est un hommage, la foi est une promesse , la foi est presque un amour. Elle est à la fois tout cela, et elle est en même temps tout ce qu'il y a de plus simple : un regard du cœur vers le Dieu de miséricorde , a une sérieuse et véhémente considération de Jésus-Christ crucifié , » l'abandon de tous nos intérêts entre ses mains divines, le repos de l'esprit et la paix du cœur dans la certitude de son amour et de sa puissance , notre main placée enfantinement dans sa main comme dans celle d'un protecteur et d'un guide : telle est la foi. Elle peut avoir pour point de départ une certitude historique ; mais cette certitude n'est pas la foi ; elle peut prendre la forme d'une théorie philosophique, mais cette théorie n'est pas la foi ; elle peut rester à l'état d'opinion , mais cette opinion n'est pas la foi ; elle peut se réduire à un préjugé populaire , mais ce préjugé n'est pas la foi. Croire , c'est se confier; croire c'est compter sur Dieu. E. E. 427.
— La foi est un acte moral, mais d'une espèce particulière. La foi est une application de la volonté, mais non une application immédiate. Il ne s'agit poin+ comme dans les devoirs de la vie sociale, de se dire : je veux croire, de même qu'on peut se dire : je veux payer mes dettes, je veux m' abstenir de la médisance , etc. Ici la volonté n'a pas pour objet direct l'acte de la foi , ni aucun acte distinct: elle a pour objet des dispositions intérieures, de purs sentiments, des modifications non de la conduite mais du cœur. L'adhésion aux vérités du christianisme suppose nécessairement une révolution de l'âme et pour ainsi dire un déplacement de la base sur laquelle nous étions accoutumés à asseoir nos jugements ; ce n'est pas notre conduite qui change , c'est notre être ; en sorte qu'il est question, non de faire autre chose que ce que nous faisions , mais de devemr autres que nous étions. Révolution in-
visible, transformation mystérieuse , môme pour nous au dedans de qui elle se passe. I.
La foi ne commence qu'où la volonté commence , où l'âme est de quelque usage, où il y a, pour tout dire, une action. La foi est donc une œuvre ou elle n'est rien. N. D. 97.
Il y a dans la foi, comme dans ce qui la continue , un acte de volonté , qui , pour être un don de Dieu, n'en est pas moins un acte de volonté. 464.
Comme qu'on s'y prenne, la foi n'est pas la cause du salut, et la foi est la condition. Pour avoir part au bénéfice du pardon, aux fruits du dévouement de Jésus-Christ , il faut croire , et la foi est un fait moral qui se passe dans l'homme. E. E. 433.
c) Assuraîice du salut; Généralité de la grâce.
Ce qu'on appelle communément l'assurance du salut, on devrait l'appeler la conscience du salut ; car on a le sentiment du salut comme on a, quant à la vie morale, le sentiment de vouloir le bien ou d'avoir aimé, et, quant à l'existence corporelle, le sentiment de se bien porter, le sentiment de vivre. N. E. 338.
Ce qu'on appelle l'assurance du salut au lieu de l'appeler la conscience du salut, c'est Dieu dans le cœur ; c'est cette communion de volonté et d'esprit entre Dieu et l'homme que l'homme ne peut provoquer. R. C. v, 81.
L'idée de l'assurance du salut ne vient pas seulement du dehors, n'obtient pas seulement de l'autorité de la parole écrite l'entrée de notre esprit : elle germe, elle naît dans le cœur sous la chaleur du soleil de la grâce ; elle y éclôt naïve, étonnée et comme effrayée d'elle-même, éblouie de sa propre beauté ; elle tarde, elle hésite à se reconnaître ; peu s'en faut que, par humilité, elle ne se renie d'abord, mais elle est : il suffit ; et ceux qui assistent à sa première manifestation, ceux que peut-être elle avait rebutés ailleurs en se présentant comme article de foi, comme anticipation téméraire de la logique de l'esprit sur celle du cœur, ceux-là se plaisent à l'accueillir, lorsqu'elle se produit comme une grâce acceptée à genoux, avec surprise et en tremblant. L. 19«. m, 268.