L. 19MI
Si la douleur endort souvent, la douleur quelquefois enivre; elle nous donne un secret sentiment de notre importance , elle nous occupe de nous, elle nous absorbe dans la contemplation de nous-mêmes , et nous dispense de la joie dont les consolations humilient. N. D. 451.
Si une pieuse douleur partage avec la joie le privilège d'abréger les jours , si le temps paraît court au cœur brisé qui pleure, il n'en est pas de même d'une affliction qui est plutôt celle du corps que celle de l'âme : elle a tout le caractère et tous les effets de l'ennui, car ce n'est au fond qu'un ennui. M. 219.
Les douleurs de la charité valent mille fois les joies de l'égoïsme; aimer est la récompense d'aimer, aimer est la consolation d'aimer; toujours souffrir, mais toujours aimer, ce serait le paradis en comparaison de toujours prospérer et de haïr toujours. 143.
En théorie il est peu de gens qui ne méprisent la vie ; car elle ne répond proprement à l'idéal de personne. L'homme porte en lui le sentiment qu'il est fait pour la perfection et le bonheur. On comprend à ce point de vue qu'on ait dit que la mélancolie est le caractère des hommes profonds. R. G. v, 745.
Par un côté la mélancolie est chrétienne. Quand le chrétien compare à cette nouvelle terre oit la justice habitera, — la justice, le besoin le plus impérieux de notre âme, car c'est là ce qui nous
attire vers ces hauteurs lumineuses et sereines de l'éternité, — celui qui la compare à cette terre trempée de nos larmes et souillée de nos péchés, peut éprouver de la tristesse. 755.
Il faudra toujours donner à l'âme qui pleure une raison de se réjouir; toute autre consolation est vaine comme le néant.
La tristesse est la mort de l'âme, la joie en est la vie. La tristesse nous refoule et nous resserre en nous-mêmes ; la joie nous ouvre, pour ainsi dire, nous dilate et nous répand ; elle est pour les âmes ce qu'une douce chaleur est pour les corps. 433.
Toute âme porte en soi, sans se l'avouer, un trésor de tristesse. Et c'est même une condition de notre nature, que toujours, à nos joies les plus vives, je ne sais quoi de triste se mêle, comme en un chant d'allégresse un lointain murmure, un gémissement mal étouffé ; on dirait que le bruit même de la joie va réveiller au fond de l'âme une douleur assoupie ; on dirait que le sentiment de notre misère attende ce moment précis pour nous saisir et nous étreindre, et que les feux qui s'allument dans notre
nuit servent de signal au fantôme La joie la plus pure, la plus
profonde et la plus sainte n'est jamais, tant que la chair et la vie nous détiennent dans leurs liens, jamais exempte de quelques retours mélancoliques ; ces retours, à la vérité, sont loin de la troubler et de l'appauvrir ; ils la nourrissent au contraire; ils lui donnent lieu d'éclater ; ils lui mettent dans la bouche de nouveaux cantiques. Néanmoins cette joie est le miel de Samson ; il a été trouvé dans la bouche du lion ; ce doux est né de l'amer ; et si cet amer ne se fait plus sentir, il a soin de se rappeler à notre pensée. 436.
Rien n'est plus selon Dieu que la tristesse du chrétien après qu'il a péché On peut même dire en un sens qu'elle ne peut jamais être excessive. Le péché, qui a nécessité, de la part de Dieu, un excès de miséricorde, peut bien mériter, delà part de l'homme, un excès de douleur ; et comme le premier de ces excès n'a produit aucun désordre en Dieu, le second ne donne lieu à aucun désordre dans l'homme. 447.
— Toute douleur qui n'aboutit pas à la joie est un désordre aux yeux de Dieu. M. 132.
La plus grande compensation de nos chagrins, c'est d'être compris. ' T. 63.
Une foi sans joie est un autel sans parfums. La joie est le signe et l'ornement de la reconnaissance. La joie doit couronner tous nos sentiments envers Dieu et tous nos actes de religion ; même quand nous jeûnons, nous devons oindre notre tête et laver notre visage. M. 431.
La vraie joie est humble, elle n'excite pas les bouillonnements de la vanité et ne fait pas déborder le cœur comme un vase trop plein ; elle retient, elle remet l'homme à sa place ; elle ne le fait pas Dieu à la place de Dieu. En le ramenant sans cesse à la source de son bonheur, elle lui fait sentir et savourer sa dépendance ; il ne se réjouit même qu'avec tremblement, sachant bien que sa félicité n'est pas à lui, qu'elle eût pu fort bien ne lui appartenir jamais, et que l'humilité et la reconnaissance donnent à la joie sa véritable saveur et toute sa pureté. 128.
C'est notre joie et non notre tristesse qui peut honorer Dieu.
La joie chrétienne ne fuit pas le commerce des hommes, mais elle a moins peur encore de la solitude ; elle s'y fortifie au contraire, car elle y trouve mieux qu'ailleurs sa source incessamment coulante, la prière et la contemplation ; elle refleurit où d'autres joies se flétrissent, elle redouble où d'autres expirent. 139.
Il n'y a qu'une douleur qui puisse interrompre la joie, et dans laquelle, pour un temps plus ou moins long, elle s'abîme et disparaît : c'est la douleur du péché. 145.
Le christianisme accorde des moments à la tristesse, il voue à la joie notre vie tout entière . N. D.454.
A Dieu ne plaise que, faisant d'une grâce de l'Évangile un fruit du tempérament, j'impose à la joie chrétienne une certaine physionomie et de certains traits, et que je lui prescrive de rayonner autour d'elle comme un soleil ! Permettons au tempérament, aux circonstances, d'amortir l'éclat de cette joie ; mais n'accordons pas qu'ils puissent jamais l'éteindre ; la foi peut bien être sans allégresse et sans transports; mais la foi sans joie n'est plus la foi.
La joie n'est pas seulement un privilège du chrétien ; la joie est sa force. 443.
Il a été pourvu à ce que la même dispensation qui portait la joie dans le cœur de l'homme, du même coup et par un même effet y portât l'amour. Une divine violence a été faite à ce cœur qui ne pouvait être gagné que par violence. L'homme avait renversé tous ses rapports avec Dieu : Dieu, à son tour, a renversé tous ses rapports avec l'homme. L'homme s'était fait Dieu, Dieu s'est fait homme. L'homme avait tout refusé à Dieu, Dieu s'est donné luimême à l'homme dans la personne de Jésus-Christ. La croix élevée sur Golgotha a montré à l'humanité dans un gage de réconciliation un prodige de charité. N. E. 45.
Chrétien et triste, mondain et joyeux, sont-ils des synonymes? Quant à moi, je déclare que, depuis que je suis en état d'observer, rien ne m'a autant frappé dans la société que la distribution de la joie et de la tristesse. J'ai vu, en général, l'abattement, les idées noires, l'humeur morose, la misanthropie, du côté où l'Évangile n'est pas; c'est à l'autre bord que j'ai trouvé la sérénité, le contentement et la paix^ Mais sur quel bord s'amuse-t-on davantage? Ah ! posons bien la question : où s'applique-t-on mieux à conjurer l'ennui, à organiser des ligues contre la tristesse, à étourdir la douleur, à sortir l'âme d'elle-même ? J'en conviens : c'est dans le monde. Mais s'il était un monde où l'on n'eût pas besoin de tout cela, un monde où le bonheur fût tellement indigène et natif que tout ce que l'on invente ailleurs pour l'appeler ne fût propre, là qu'à le bannir et à le détruire, un monde où ces amusements auraient pour effet de distraire l'âme, non de ses chagrins, mais de son bonheur : dans lequel de ces deux mondes, je vous prie, serait la joie, et dans lequel la tristesse? Le monde où l'on s'amuse le plus est nécessairement le plus triste ; et puisque la littérature n'est que le monde écrit, la littérature chrétienne doit être moins triste que l'autre. L. 19«. i, 41 i .
* Bien entendu chez les chrétiens de cœur, renouvelés dans la charité. Le christianisme de spéculation, qui n'est pas devenu une vie de l'âme, le christianisme de secte et de parti, le fantôme en un mot du
Le tremblement, c'est-à-dire un profond respect, un sentiment et un aveu de dépendance, une humiliation d'autant plus profonde que la joie est plus vive, voilà ce qui doit, non diminuer, mais sanctifier la joie dans le cœur de tout homme qui croit en Dieu, et qui sait que lui-même ne peut rien, qu'il ne possède rien qu'à titre de concession temporaire et toujours révocable, et qu'il n'y a ni force, ni sagesse, ni prudence pour résister à l'Éternel.
Il y a une joie spirituelle, surnaturelle, qui repose au fond de l'âme chrétienne dans les jours tranquilles, mais que l'affliction fait bouillonner et déborder, et qui réserve ce qu'elle a de plus sensible et de plus touchant pour les moments mêmes où toute joie paraît impossible. Cette joie de l'esprit ne fait pas disparaître la tristesse delà nature ; mais cette tristesse n'éteint pas cette joie; elles subsistent à côté l'une de l'autre, la tristesse servant d'occasion et d'aliment à la joie, la joie prévenant l'excès de la tristesse.
h) Amour de la gloire; haUtudes ; solitude ; extraordinaire; jeûne et colère ; prière.
Riches ou pauvres, grands ou petits, nous aimons tous la gloire. Ce besoin de l'estime des autres nous suit comme notre ombre.
Voilà ce qui est condamné : les éloges des hommes donnés pour but à nos actions, leur approbation préférée à celle de Dieu, la gloire qui vient des hommes ambitionnée, celle qui vient de Dieu négligée. 218.
Il n'est pas d'ambition, de quelque beau nom qu'elle se pare, que l'Évangile ne refoule . 234
Sans compter toutes les tromperies de l'espérance, n'est-ce pas, en morale, une malheureuse chose que cette perspective prématurée de la gloire? ne déplace-l-elle pas le point de vue, tout
christianisme n'égaie pas, il rend triste plutôt. Dans le divin système de l'Evangile, l'amour naît de la joie, et l'amour à son tour enfante la joie. U n'y a de bonheur que dans un cœur qui aime.
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moral, tout affectueux, où il faudrait soigneusement maintenir l'enfance? et, parmi les hommes célèbres, les plus grands n'ontils pas grandi dans l'ombre, moins occupés de leur renom futur que du noble attrait de la science, de l'art ou de la vertu?
Il y a un danger attaché à toute élévation, et il ne faut pas en excepter l'élévation spirituelle. D. 239.
Il n'y a qu'une approbation qu'on puisse chercher sans danger : c'est dans le ciel, celle de Dieu; sur la terre, celle de ses saints. Et encore ne faut-il chercher celle-ci que comme une manifestation de celle-là. En général, les réprimandes des justes valent mieux que leurs louanges. 229.
Les triomphes de l'amour-propre sont vains et tristes ; ils ne remplissent point le cœur ; ils ne font qu'en approfondir toujours davantage le vide immense et dévorant ; le premier effet d'un triomphe est d'en faire désirer un autre ; les retours de l'opinion sont excessifs et cruels ; il est insensé de mettre son bonheur à la merci de cette opinion volage et inconséquente. Lorsque ce besoin d'estime et d'applaudissements s'est emparé d'une âme, il n'y laisse rien subsister à côté de lui.
Il n'y a plus de place pour -l'amour dans une âme que remplit la gloire ; rien ne dessèche plus le cœur que cette funeste passion : elle nous enlève les plus pures jouissances et les plus modestes émotions dont notre âme est susceptible. 231.
Ah ! il est plus facile au pauvre de manger ses aliments sans sel qu'à notre pauvre nature de se contenter du témoignage de la conscience sans y joindre un seul grain de sel dont l'approbation humaine assaisonne nos sacrifices. N. D. 31 .
On a plus facilement et plutôt vaincu tous les autres obstacles que celui qui résulte de l'amour de la gloire qui vient des hommes. D.219.
Pour s'assurer la gloire qui vient des hommes, il faut se prêter à leurs maximes, se proportionner à leur taille; il n'est pas permis de surpasser, c'est-à-dire d'humilier ceux de qui l'on attend la gloire, et, réciproquement, pour être parfait, il faut absolument rechercher les regards et ambitionner l'approbation d'un être parfait. 225.
— Les habitudes sont des attaches, des chaînes. On les contracte sans s'en apercevoir, souvent sans y trouver de plaisir : on ne peut les rompre sans douleur. 11 en coûte de ne plus être ce qu'on a toujours été, de ne plus faire ce qu'on a toujours fait. La vie elle-même dans sa forme la moins attrayante, la vie la moins digne de ce nom nous est chère par la seule habitude de vivre ; et l'on nous voit suspendre avec grand soin aux murs de nos demeures des cadres qui n'encadrent rien. Les attachements les plus intimes, à plus forte raison les devoirs les moins contestés, ont souvent reculé devant la puissance de l'habitude. Avoir les reins ceints, ce n'est donc pas seulement nous défier de nos attachements , c'est ne pas permettre à nos habitudes de jeter au dedans des racines trop fortes. Ne regardez comme indifférent ou comme petit rien de ce qui est habituel. Les liens les plus invisibles ne sont pas les moins forts, et dans tous les cas leur nombre les rend indestructibles : il faut se souvenir qu'un câble est composé de fils. Il est impossible de se passer d'habitudes; une vie sans habitudes est une vie sans règle. Mais à leur égard comme à l'égard de tout'Je reste, il faut dire avec l'apôtre: « Je puis user de toutes choses, mais je ne me rendrai esclave de rien » (4 Cor. vi-i2). N.E. 124-125.
Sans recourir à aucune explication maligne ou dégradante, il est certain que fort souvent nous agissons parce que nous avons agi, nous continuons parce que nous avons commencé, nous nous attachons à notre œuvre parce qu'elle est nôtre ou parce que c'est une œuvre. Le regard sur Christ seul peut rendre à l'action, non pas cette vivacité fiévreuse que nos passions lui donneront toujours assez, mais cette force calme, cette mesure, cette justesse délicate, cette beauté, que nos passions ne lui donneront jamais'. E. E.48.
La réforme des habitudes n'est rien sans la réforme du cœur.
Beaucoup de chrétiens, après s'être mis extérieurement au service de Jésus-Christ, après avoir en apparence réglé leur vie sur son exemple et sur ses commandements, persistent dans quelque habitude ou dans quelque penchant contraire à l'Évangile, ou
* Voir sur l'habitude en général, Psychologie, tome II.
bien, ce qui est au fond la même chose, s'affectionnent tellement à des choses innocentes en elles-mêmes et légitimes, que, lorsque le moment vient où le service du Seigneur en exigerait le sacrifice, ils s'en trouvent incapables, et démentent toutes leurs concessions précédentes par un honteux refus. 293.
— La solitude trop profonde, trop prolongée, a d'autres, mais d'aussi grands dangers que le monde ; elle est, comme habitude, contraire à la volonté du Créateur, qui a déclaré qu'il n'était pas bon que l'homme fût seul ; elle est contraire à la pensée de Jésus- Christ, qui a prié son père, non de nous ôter du monde, mais de nous préserver du mal ; elle n'est donc recommandable que comme exception et non comme régie ; mais comme exception ou comme remède (on ne se nourrit pas d'un remède) elle est très-recommandable. T. 125.
La solitude véritable est dans le cœur ; et celui qui ne saurait pas l'y trouver ne la trouverait pas ailleurs ; on rencontre ordinairement le monde avec soi dans le cabinet quand on l'y porte avec soi. N.E. 290-291.
Maint ermite vit dans le monde ; maint homme du monde vit dans la solitude. D. 197.
Nous ne croyons pas exagérer en disant que ceux qui n'aiment pas la solitude n'aiment pas la vérité. Au moins est-il certain que ceux qui n'aiment pas la vérité n'aiment pas non plus la solitude.
La solitude, si elle était prolongée, nuirait à notre religion aussi bien que le commerce avec le monde extérieur. 272.
Il n'est pas bon, « même sous le point de vue religieux, que l'homme soit seul » (Genèse ii, 18). Mais il lui serait encore moins bon de n'être jamais seul. A force de se mêler avec les hommes, on perd son empreinte; on échange son propre caractère contre le caractère général ; on pense avec l'esprit des autres ; on cesse d'être soi-même. Or, pour pouvoir devenir chrétien, il faut d'abord être soi-même ; il faut s'appartenir pour se donner à Dieu. Si nous venions à perdre dans le commerce du monde cette forme native de notre être qui fait que nous sommes nous-mêmes, la vérité, en nous abordant, chercherait en vain où se
prendre ; et nous, qui aurions peu à peu laissé l'âme de tous se substituera la nôtre, nous n'aurions plus de quoi sentir la vérité, la reconnaître et l'accueillir. 268.
Il ne faut pas considérer la solitude comme un état, mais comme une action, comme un exercice; il faut, pour pouvoir se continuer dans la retraite, qu'elle ait commencé dans le cœur ; il faudrait même qu'elle pût s'y consommer ; qu'elle fût plus ou moins indépendante des circonstances extérieures, en sorte que, même dans l'agitation de l'action et dans le bruit du monde, nous pussions jouir de ses bienfaits. 291.
Un cœur vraiment solitaire c'est celui où Dieu est présent ; la présence de Dieu, qui est le but de la solitude, en est aussi le moyen. 292.
0 mes chers frères, jusqu'au dernier moment, ne consentez jamais à l'isolement où l'on vous condamne ; qu'il ne soit jamais votre fait; soyez exilés, mais ne vous exilez pas ; ne vous renfermez pas dans une égoïste paix ; descendez de votre gloire sans y renoncer ni la désavouer ; pécheurs, mêlez-vous aux pécheurs sans vous associer au péché ; que votre sûreté ne vous rende jamais durs -, que le christianisme ne vous sorte pas de l'humanité ; soyez, au contraire, d'autant plus hommes que vous êtes plus chrétiens. 24.
Craignez qu'isolés par votre faute sur les sommets de votre dignité nouvelle, l'orgueil ne vienne vous trouver dans votre solitude, et ne vous précipite de ces hauteurs, non pas dans les rangs de cette multitude que vous avez trop désavouée, mais beaucoup plus bas. 25.
— Ne demandez pas à la foi chrétienne seulement les choses éclatantes; car ce qui la distingue, c'est qu'elle tient tendues à la l'ois toutes les cordes de notre âme, et que son influence se répand sur tous les points à la fois. D. 89.
Le superflu est le nécessaire du chrétien; l'extraordinaire est son ordinaire ; ce qui est le terme pour les uns est le point de départ pour les autres; et comme les hommes du monde n'appellent naturel que ce qui est ordinaire, le vrai chrétien doit être à leurs yeux un être surnaturel ou une chimère. N. D. 161.
L'extraordinaire est la loi du monde moral, et par conséquent le caractère de la vie chrétienne, qui est la vraie vie morale.
C'est tout l'Évangile qui est extraordinaire. Il n'est pas, çà et là, armé d'aiguillons: il est tout aiguillon. Cette religion est toute terreur, comme elle est tout amour. Elle est toute terreur pour quiconque elle n'est pas tout amour. L'esprit dont l'Évangile est rempli est un esprit nouveau. Comme il crée un homme nouveau, il crée une nouvelle société. 175.
Celui qui aurait tiré du précepte de Jésus-Christ : Faites des choses extraordinaires, le droit ou l'obligation d'effaroucher ses semblables, de les choquer en pure perte, d'être gratuitement inintelligible, aurait pris tout l'Évangile à contre-sens; mais un autre n'aurait pas mieux saisi l'Évangile : c'est celui qui se serait iiiit une loi d'être toujours compris et de n'étonner jamais. On n'est pas chrétien à ce taux-là ; on ne Test même qu'à la condition de vouloir bien, quand la gloire de Dieu et le bien de nos frères l'exigeront, scandaliser la sagesse mondaine. 192.
Quel bruit fait la vie du chrétien? le moindre possible. Elle retentit, comme l'airain de nos tours, quand on la frappe; mais d'elle-même elle se tait. Il est vrai qu'il ne tient pas à elle de n'être point frappée ; il ne dépend pas d'elle non plus, d'elle, vrai et rare diamant, de ne point jeter de feux à la rencontre de quelques rayons du soleil. Quoi qu'elle fasse, il faut qu'un jour ou l'autre elle éclate. Elle n'est pas extraordinaire pour rien. 191 .
— Le jeune, trop négligé, trop décrié parmi nous, est une bonne et belle institution. 11 donne une forme plus sensible à des idées qui devraient nous dominer habituellement, celle de notre indignité et celle de notre dépendance. Il rend à l'esprit ce qu'il enlève à la matière , et , allégeant en quelque sorte cette âme qu'opprime à l'ordinaire le fardeau de la chair, il facilite son essort vers les objets du monde invisible. Enfin, par les privations volontaires que nous nous imposons alors, il augmente notre compassion pour les privations involontaires dotant de nos frères dont la vie, hélas! est un jeûne perpétuel. M. 220.
Mais après tout, le jeûne n'a de prix que selon les dispositions dont on l'accompagne. 121.