TOME I
sera toujours un scepticisme avec lequel la vie religieuse est inconeiliable. 145.
Les vérités par lesquelles on est chrétien, hors desquelles on ne l'est pas, les vérités dont la profession franche, en paroles et en actes, signale et signalera toujours, aux yeux de tous les chrétiens, un véritable frère en Christ, les vérités dont pas une ne pourrait être supprimée sans que le christianisme en lut blessé au cœur, les vérités, enfin, auxquelles se rattachent et sans lesquelles manquant de base toutes les doctrines plus particulières dont se composent des formulaires plus détaillés, voilà ce dont le symbole du peuple de l'Égliso nous paraît devoir être exclusivement composé. 656.
Toute Église qui ne confesse point sa foi n'en a point, tout peuple où il est de principe de taire sa conviction religieuse ne peut être un peuple vrai. Car la franchise sur le fait de la religion est le point de départ de toutes les autres. N. n, 297.
La vérité se sauve elle-même, et n'a pas besoin de l'article d'un formulaire ; ^'est à elle à créer les symboles, non aux symboles à la créer. Mais si l'abandon du symbole implique l'abandon de la vérité, on ne peut faire bon marché de l'un sans faire bon marché de l'autre. Or, si nous voulons que la vérité nous g-arde, il faut que nous la gardions. Q. 240.
Les confessions de foi nées des divisions de l'Église sur le sens delà Bible ont d'abord été un traité d'alliance défensive, plus tard un signe d^ ralliement, dans tous les temps un point d'appui utile à retrouver, un document précieux ta invoquer. Elles sont tout cela, mais rien de plus. 206.
Le symbole naît de la sollicitude pour la Bible, du désir d'en fixer le vrai sens, et d'en conserver les enseignements dans leur pureté. Seulement dans le cas des symboles, cette interprétation est soustraite aux caprices de l'opinion populaire et à l'arbitraire du corps ecclésiastique. 145.
Il est presque inévitable que chacun estime son symbole parfait, son exégèse sans faute comme sans fraude ; mais, à prendre les faits dans leur ensemble et l'homme dans sa nature, }e suis peu disposé, pour ce qui me concerne, à accueillir de la part de qui
que ce soit une telle prétention. Je ne dirai pas que « Dieu est plus grand que notre cœur, » et que la vérité divine nous débordera toujours ; mais je dirai bien que quelque chose s'échappe toujours à travers les fêlures du vase : que quelque reste imperceptible d'impureté aigrit toujours tant soit peu la divine liqueur ; et que telle est, en des choses de cet ordre, l'intime union, la réaction mutuelle de l'intelligence et du cœur, que, quand on n'a pas toute la vie, on n'a pas non plus toute la vérité.
Loin de moi cependant la pensée que le plus pur et le plus éclairé parmi les chrétiens n'ait qu'un reflet ou un lambeau du christianisme, ou qu'il n'y ait, entre tous ceux qui s'emparent du nom de chrétiens, qu'une différence du plus ou du moins. Ceux qui ont saisi le christianisme par le centre ou par les racines sont moralement à l'antipode de ceux qui l'ont saisi par quelqu'une de ses branches ou de ses extrémités. E. F. 242.
Aussi longtemps qu'un symbole n'est qu'une abstraction en dehors de celui qui la proclame, une vérité apprise par cœur et non par le cœur, nous préférons de beaucoup à cette vérité sans vie, sans personnalité, à cette vérité qui n'est point encore faite âme, nous lui préférons une erreur, oui, une erreur sincère, une erreur à laquelle on croit ; une telle erreur a plus de droit au nom de vérité que la vérité même avant que nous nous soyons identifiés avec elle. On est surtout porté à le dire et à le sentir dans une époque où, par un contraste d'ailleurs assez naturel, il y a tant de doctrines et si peu de convictions. L. 19«. m, 26o.
L'abrogation ou le changement d'un symbole ne peut guère avoir lieu, je crois, que par voie de révolution, car un symbole est une constitution. Q. 86.
Un gouvernement civil est mauvais gardien d'un symbole, et quand l'ensemble d'un clergé, et peut-être l'ensemble d'une Église, a délaissé une confession de foi, la minorité qui réclame en faveur de cette confession de foi l'intervention de l'autorité, exige une chose presque impossible moralement.... L'orthodoxie ne se restaure pas à coup d'autorité, et des arrêtés n'ont aucune prise sur les idées. 117.
c) Miiltitiidinisme ; discipline; forme d'Eglise.
Nous aimons l'Eglise visible, et ce qu'on pourra dire à son avantage ne saurait nous déplaire et nous contrarier, pourvu que ce qu'on en dira ne porte aucune atteinte à la glorieuse liberté des enfants de Dieu, et n'attribue pas à l'Église visible je ne sais quelle vertu magique, contre laquelle nous protesterions de toutes nos forces. 356.
On n'est pas chrétien pour avoir été inscrit et enrégimenté dans une commune chrétienne ; et Jésus n'est pas venu sur la terre fonder les paroisses, mais une Église. D. 285.
L'Église, j'entends l'Église visible, se compose de tous ceux qui, d'une volonté spontanée, ont résolu d'en faire partie. L'Église est un corps dont nul n'est membre par le fait de sa naissance, auquel nul n'est censé appartenir avant d'en avoir déclaré l'intention, et sur les destinées duquel nul n'a droit d'agir directement s'il n'offre pas à l'Église des garanties qu'elle seule, comme Église, est en état d'apprécier. Q.474.
Bellarmin, lorsqu'on lui représentait combien de membres morts son système enfermait dans l'Église, répondait avec assurance : « Ils sont morts, à la vérité , mais toujours ce sont des membres. » En fait de religion, des membres morts ne sont pas des membres. Ce sont des étrangers égarés dans un empire dont ils ne peuvent apprendre ni la langue, ni les lois, ni les mœurs. Ils n'ont point d'esprit public, point de zèle pour cette terre étrangère, aucun moyen de la servir et de participer aux avantages qu'elle offre à ses vrais enfants. L. C. 265.
Une Église de multitude est celle dont on devient membre sans avoir subi préalablement, de la part de qui que ce soit, un examen de conscience. Ceci range parmi les Églises de multitude les Églises dites d'État, mais ce qui distingue des Églises d'État l'Église de multitude que nous avons en vue, c'est la spontanéité, c'est la liberté de choix, c'est l'accession personnelle, c'est, pardessus tout, l'abolition de la fatale formule : cujus regio, hiijiis religio. Il ne faut pas m'opposer qu'à défaut de l'autorité politique on aura celle de l'exemple, les traditions de la famille, la force de
l'éducation. Sans doute que tout cela, de fait, sinon en droit, restreint la liberté de l'individu et l'indépendance de son choix. Mais il y a une différence capitale : c'est que désormais la qualité de croyant est nettement séparée de celle de citoyen ; qu'il n'y a plus entre les deux aucune solidarité reconnue ou supposée ; c'est que la fiction d'un Etat croyant n'est plus là pour entretenir dans les esprits le préjugé matérialiste contre lequel Jésus- Christ s'est élevé avec une divine éloquence auprès du puits de Jacob; c'est que la religion est remise en possession du caractère de spiritualité que le nationalisme lui enlève inévitablement ; c'est que, quelle que soit la puissance des faits, le principe du moins demeure intact, et, sans cesse enseveli par notre sens charnel, incessamment ressuscite, incessamment réclame ses droits. Q. 460.
Je suis mulUtudrmste, en ce sens que j'exclus absolument la prétention de pénétrer dans l'intérieur des consciences et d'exercer un jugement qui n'appartient qu'à Dieu. Cette prétention me parait absurde, téméraire, dangereuse, sans appui dans la Bible, sans appui dans l'histoire des Églises apostoliques. Mais il est très-vrai que l'Église de l'examen individuel est une société, que la notion exclusive d'école rejette les protestants dans le système catholique, et, que ce système ayant nécessairement pour forme un fait unique, on est forcé, dès qu'on rejette l'idée de société pour embrasser exclusivement celle d'école, ou de renoncer à former une Église, ou de rentrer au giron de l'Eglise romaine.
Avant tout l'Église est une société spirituelle ; c'est son caractère fondamental, puisque c'est son but; elle est destinée à unir les esprits aux esprits, et tous ensemble au Père des esprits. Leur union visible n'est pas un but, mais seulement une nécessité imposée par l'organisation de l'être humain. Le corps, en lui-môme et pour lui-même, ne demande pas cette association. La société religieuse est une réunion d'esprits, lesquels, cela va bien sans dire, apportent leur corps avec eux et ne peuvent même avoir de contact mutuel qu'au moyen de leur corps. Mais le lien commun de ces esprits est une foi commune ; c'est tellement la base de leur association, que l'Église, dans son idéal, ne renferme que des
croyants, des convertis, des élus, et que, dans son idéal encore, elle repousse la distinction d'Église visible, et d'Église invisible, attendu que les membres de la première sont tous censés membres de la seconde. Or, cet idéal ne se réalise, on le sent bien, dans aucun système. Tous les systèmes possibles allient des croyants avec des infidèles, des élus avec des réprouvés, de vrais membres avec des faux frères, des esprits avec des corps. Aucun de ces systèmes n'a droit à une préférence exclusive ; tous sont défectueux, tous sont admissibles; aucun n'accomplit le but, tous le réalisent en partie ; et tout ce qu'il y a en tous de sincère, de spirituel et de pur se réunit pour former au-dessus des cadres et des compartiments visibles, la véritable Église universelle, une déjà sur la terre en esprit, en prière et en vœux, comme elle le sera visiblement dans le ciel en paix, en perfection et en gloire. Le conducteur de cette Église ici-bas, son porte-étendard, son grand maître, c'est l'Esprit de Dieu, qui l'enseigne dans chacun de ses membres. Avant d'avoir recours à quelque autre système d'unité, il faudrait destituer le Saint-Esprit. Si cet Esprit a été donné, il est l'autorité vivante, l'interprète infaillible, la tradition inextinguible de tous les fidèles à travers tous les âges.
Ch. III, 180.
La discipline est la morale de l'Église en tant qu'Église.
La morale est la suite du dogme ; c'est le dogme pratiqué. La discipline est la suite de la doctrine : c'est la doctrine pratiquée dans la sphère ecclésiastique.
On peut bien, ou plutôt on doit, en discipline, tenir compte des circonstances, précisément dans le même sens et de la même manière qu'on en tient compte dans la morale. La forme change, le principe reste.
Il y a en morale des principes immuables ; il y en a d'immuables en discipline ; ou plutôt la morale est immuable, la discipline est immuable. Il ne s'agit que de distinguer la forme ou l'accident du fond ou de l'essence.
C'est sur cette distinction qu'on diffère et que l'on conteste.
Nul doute que les apôtres n'eussent étendu les rigueurs salutai-
res de la discipline, s'ils l'avaient pu, aux tiédes, aux égoïstes, aux formalistes, à ceux qui ont le bruit de vivre et qui sont nrorts ; mais ils l'ont borné, comme chacun sait, aux pécheurs scandaleux, et en se conformant à leur pratique, on ne risquera jamais d'introduire l'injustice ou l'arbitraire dans le gouvernement de l'Église. 83.
§ III. — SO\ GOL'VERXEME^'T.
a) Par les laïques.
Bien qu'il y ait dans l'Église comme ailleurs une division de travail, aucun travail n'est vil, aucune œuvre n'entraîne dérogeance; les plus humbles, au contraire, sont les plus nobles; on n'est pas un véritable serviteur du Christ quand on prétend ne le servir qu'en grand et de loin ; et tout vrai chrétien « aspire à descendre. » U.LII.
Rien, dans l'Évangile, ne nous autorise à croire qu'aucun fidèle soit plus déshérité du droit de veiller aux intérêts de l'Église comme telle, que ne l'est le citoyen, dans un pays libre, de veiller aux intérêts de la république; toute l'histoire des plus beaux temps de l'Église abonde en exemples contraires à cette opinion, et conformes au principe qui fait de l'Église chrétienne un peuple de ministres et d'apôtres.... D'un autre côté, on s'abuserait fort sur les intérêts de l'Église et sur sa nature même, si l'on comptait pour rien les services indirects, qui sont également à la portée de tout le monde et qui sont les plus importants. Ces services indirects, qu'est-ce? pas autre chose qu'une conduite innocente, une vie de renoncement, et l'habitude de la charité. A défaut, ou plutôt au-dessus de tout autre moyen, il faut compter celui-là. E.E.136.
b) Par le pouvoir civil,
L'Église est une œuvre spirituelle, dont la gloire, dont la condition, dont l'essence même est de demeurer spirituelle. L'Église
dans les temps évangéliques, est la véritable arche du Seigneur, qui ne veut pas être soutenue par le bras de chair. Tout bras humain, sans doute, n'est pas un bras de chair. Le bras de chair est seulement celui dont l'impulsion et le principe de mouvement n'est pas l'esprit et la liberté. L'argent se spiritualise entre des mains spirituelles; l'esprit se matérialise dans la pensée même de l'homme charnel. Si la bonne volonté d'Husa fut réprouvée parce que son empressement trahissait une défaillance de sa foi, quel cas Jésus-Christ peut-il faire d'un secours dans lequel ne se manifeste et même ne s'avoue aucun principe spirituel ? Q. 570.
Le peuple civil n'a pas plus que le gouvernement civil le droit de gouverner l'Église. E. 487.
Une assemblée de fidèles peut bien nommer son ministre ; une assemblée de citoyens peut bien élire son député ; mais une agrégation d'individus de toutes les croyances n'est pas compétente pour choisir un pasteur. Q. 37.
Par quel miracle une doctrine qui est folie pour l'homme naturel (1 Corinth. i, 21), serait-elle, sans réserve et sans difficulté, la doctrine de tous les individus habitant un même sol? Eternel objet de douleur et de joie, la croix n'est pas moins, pour un grand nombre d'hommes et dans tous les siècles, un éternel sujet de scandale et d'effroi. L'histoire et la psychologie nous font comprendre comment, sur la recommandation des siècles, sous l'empire des bienfaits reçus et d'une force secrète que la vérité exerce sur les consciences, des multitudes, des peuples ont adopté le christianisme, et en ont fait une partie intégrante de leur établissement politique. On a pu obtenir cela ; mais on ne réussira jamais à accommoder un symbole chrétien à la raison de tous. Quand on aura soulagé une confession de foi de quelques thèses secondaires et controversées entre les chrétiens, ce qui restera, si l'on n'a pas retranché le christianisme lui-même, conservera toute l'amertume de la vérité ; et le catéchisme le plus populaire ne sera pas, à cet égard, plus agréable à savourer que le symbole le plus scolastique et le plus diffus. 273.
c) Par le clergé.
Le clergé n'est pas l'Église ; l'Église, ce sont les fidèles ; l'Église doit se gouverner elle-même ; les prédicateurs de l'Évangile n'en sont pas les seuls ministres ; il n'y a pas proprement de clergé dans une Église évangélique, c'est toute l'Église qui est le clergé (xlri^.o;, l'héritage du Seigneur, le patrimoine de Jésus-Christ, ou la part de Dieu). Ainsi faisaient les apôtres, qui n'ont jamais, en fait ni en paroles, sanctionné l'idée étrange qui concentre dans les fonctionnaires, dans une seule classe des fonctionnaires de l'Église, toute l'activité, tous les attributs, tous les devoirs dévolus à l'ensemble des fidèles. Ainsi pensaient, ainsi prêchaient les ministres de la parole divine, qui, dans le cours du dix-septième siècle, ont tant honoré l'Église réformée libre de France. 477.
L'Évangile a fait une chose qu'on ne remarque point assez.
L'homme, avant lui, n'arrivait h la divinité que sous les auspices du prêtre. L'Évangile a supprimé le prêtre ; l'Évangile nie le prêtre ; le prêtre comme tel , est contradictoire à l'Évangile. Il n'y a, en un sens, qu'un prêtre, qui est Jésus- Christ; dans un autre sens, il y en a autant qu'il y a de fidèles. Mais le prêtre proprement dit , tel que l'entendait la religion juive, tel que l'entend le catholicisme, est, à l'égard du christianisme, un véritable contre-sens. Dans l'économie nouvelle, les recours , les moyens ne sont pas abolis; l'homme y sert encore de secours à l'homme, et l'Église est le moyen de tous ; mais le fidèle reste entièrement libre et entièrement responsable, en sorte qu'à cet égard, comme à tout autre, il est fondé à dire : « il m'est permis d'user de toutes choses ; mais je ne me rendrai esclave de rien. » Cela signifie que les rapports entre Dieu et le fidèle, tels que les a établis celui qui s'appelle le médiateur, sont des rapports immédiats, ils ne l'avaient jamais été, et n'avaient pu jamais l'être. Indépendamment du prêtre, que nous trouvons partout, il y avait la nation, espèce de prêtre qui, après s'être fait une religion à son image et à son usage, l'imposait telle quelle aux particuliers. N'ajouterons-nous pas qu'il y avait encore un