‹ Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et reflexionsChapitre 55 sur 81 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

ensemble d'actes matériels, dont la vertu tout objective, quels qu'en eussent été, d'abord, le sens et l'intention, déterminait la condition religieuse de l'individu, de préférence aux faits immatériels, et substituait, dans le culte, le faire à I'être, le corps à l'âme, et pour ainsi parler, l'acte à l'agent lui-même ? De tout cela, l'Évangile n'a rien laissé subsister. A tout cela il a fait succéder l'adoration en esprit et en vérité, dont la première condition, comme le premier caractère, est une franche, vive et intime personnalité. Partout où l'adoration chrétienne a pris un autre aspect, la faute en esta l'homme, non à l'Évangile, et il n'est de cet Évangile pas un dogme, pas un précepte, pas une page qui ne proteste.

Aucun homme, Dieu seul pouvait poser ce principe, imposer cette loi. Cette innovation est divine. L'homme naturel est socialiste ; toute religion humaine est socialiste ; c'est là, tout à la fois, sa faiblesse et sa force ; sa faiblesse, si vous regardez au principe, sa force, si vous considérez les résultats extérieurs. La spontanéité, la consistance, et, pour le bien dire, la souveraineté de l'individu en matière de religion, se rattachent à un principe dont l'homme ne dispose pas. E. F. 449.

Les attributions du ministre sont distinctes, mais n'ont rien d'absolument exclusif. On ne doit point se passer de lui lorsqu'il est là, ou lorsqu'on peut se procurer sa présence ; on doit respecter une division de travail que Dieu lui-même a consacrée ; mais si l'on allait jusqu'à prétendre qu'il y a un acte, je dis un seul acte, qui, nécessaire en lui-même et urgent dans le cas donné, ne peut être accompli que par l'homme qu'on appelle pasteur, tellement que, consommé par un autre membre du troupeau, le même acte fût nul de plein droit, on aurait virtuellement réintégré au sein du protestantisme le sacerdoce romain, et, sous le modeste nom de ministres, nous aurions en effet des prêtres. Q. 667.

La diagonale est la ligne favorite de toutes les assemblées qui se forment dans le but de résoudre une question de conscience.

Rien ne serait plus fâcheux, en politique, rien aussi en matière ecclésiastique, qu'un corps trop homogène. Rien ne serait plus à

craindre qu'un corps tout composé de ce qu'on appelle des ex^ perts. 198.

Toute spécialité, exclusivement cultivée, môme la spécialité théologique, conduit à quelques idées étroites ; les hommes trèsspéciaux, en tout genre, dont le regard approfondit un certain point des questions, mais un seul, se trouvent bien de l'assistance et des conseils des hommes moins spéciaux, moins profonds, mais plus naïfs, et, si j'ose dire ainsi, plus généraux. 197.

Un corps dont tous les membres sont voués à la même spécialité, prend nécessairement quelque chose d'étroit dans les idées et dans les mœurs, et fmit par ne plus correspondre à des besoins généraux. Il devient compacte et tenace comme de l'argile; or, de même que pour faire de l'argile une terre végétale, il faut y mêler du sable, de même il faut, dans les corps ecclésiastiques, mêler des laïques aux pasteurs, pour que l'Église soit bien représentée, et ses besoins généraux bien compris. 199.

Le catholicisme, dans un certain sens, est une religion bien plus populaire que le protestantisme. Le catholique, je l'avoue, ne fait pas, comme membre de l'Église, des actes proprement dits, mais il fait des gestes. Il a une religion amusante, et l'on peut dire, que cette religion, en effet, amuse les douleurs, les ennuis, les disgrâces d'une foule d'infortunés. Le protestantisme n'est pas amusant. S'il n'amuse pas, il faut qu'il occupe. Or, dans le système de l'Eglise d'État le protestantisme n'occupe point du tout. Ne dites pas que le christianisme donne au chrétien assez de besogne. C'est vrai; mais prenez l'homme tel qu'il est, il est actif; prenez la religion telle qu'elle est, elle est sociale. Il est mauvais de rester entièrement passif, incompétent, éternellement mineur, dans une Église qui s'est refusé la grande ressource de l'amusement. Si l'on veut que les troupeaux s'intéressent à l'Église, il faut les sortir de la passivité ; et quand ils s'intéresseront à leur Église, ils seront plus près qu'on ne croit de s'intéresser à la rdigion. Tout ceci est d'une psychologie vulgaire, mais incontestable. Nous ne disons rien du droit. Où est le droit des ministre de gouverner sans le peuple ? « Hommes noirs d'où sortez-vous ? 3> A cette question, le prêtre saurait que répondre ; mais le ministre, que répondra-t-il ? 372.

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