‹ Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et reflexionsChapitre 56 sur 81 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Secles el partis.

§ I.— REMiiRQLEIS GÉIVÉRALES.

a) Controverse.

Une religion au-dessus ou au-dessous de la controverse est une religion sans conséquence. Une religion qui ne trouve dans l'homme rien à contredire ni à enchaîner n'est pas une religion. Si la présence de la controverse n'est pas à elle seule le criteiium de la vérité d'une doctrine, une doctrine qui ne suscite aucune contradiction manque d'un des caractères de la vérité. De même que le corps humain placé dans une température parfaitement égale à la sienne n'éprouve aucune sensation particulière, ne subit aucune impression ni bonne ni mauvaise, de même en est-il de l'âme à qui l'on donne ponr milieu une religion identique à ses dispositions. Telle est la religion naturelle : elle laisse l'homme comme elle le trouve, et lui, à son tour, la laisse comme il l'a trouvée; l'accord est parfait, parce que réciproquement l'action est nulle. L. i9Mi,155.

On n'est point assez fort contre une doctrine quand on n'en connaît que les côtés faibles. S. xi, 226.

La controverse a pu troubler des amitiés, amitiés superficielles peut-être ; la réserve ne permet pas même à l'amitié de naître, ou finit infailliblement par l'étouffer. E . 1 36.

On peut déplorer la condition humaine qui change en semence de guerre le germe béni de la paix ; mais il faudrait gémir davantage si la cause de ces malheureux effets n'existait pas ; si la religion n'étant pas une affaire collective, n'était pas un objet d'entretien et de discussion entre les hommes ; et si, sous le prétexte trompeur d'un recueillement plus intime et d'une paix plus profonde, elle était reléguée dans le cœur de chaque individu avec

défense d'en sortir et de se répandre. Nous ne doutons pas, malgré les espérances dont se flatte une spiritualité erronée, que la reliofion ne mourût dans ce recueillement et dans ce silence universel, et que, pour avoir refusé d'être sociale, elle ne cessât même d'être individuelle. 168.

Le premier pas à faire en toute controverse, le seul moyen de faire avancer une question, c'est de mettre tout le monde en demeure de se reconnaître et de se classer. Rien n'est plus contraire à une conciliation finale, que cette confusion qui entasse d'un même côté, à la faveur d'apparences superficielles, les amis et les adversaires de la même cause. Or, pour opérer cette division utile, il faut, en toute question, remonter aux premiers principes. C'est là qu'on obtient la conscience de toute la profondeur d'un dissentiment qui semblait jusqu'alors ne résider que dans la sphère de l'application. S'il était possible, en chaque polémique, de remonter ainsi au point précis où l'angle s'ouvre, on serait surpris de se trouver, tantôt beaucoup plus désuni, tantôt beaucoup plus d'accord qu'on ne se l'imaginait. E. F. 167.

b) Esprit de parti.

L'esprit de parti a de pires erreurs que l'esprit de système.

Toute cause, et la plus sainte ne fait pas exception, est grosse d'un parti, comme toute vérité est grosse d'une erreur. Honneur tout ensemble et malheur à qui prétend distinguer entre la cause et le parti! U.xviii.

Les partis ne font bien qu'une chose à la fois. xxxi.

Tous les docteurs pieux ont eu la même religion et la même morale. F. 272.

C'est ce qui relève de l'âme qui tend à ramener l'unité entre les hommes. 333.

c) Quelques maximes; prosélytisme.

Ce serait assez bien vu, peut-être, de se faire, par hypothèse, l'avocat de l'opinion qu'on se prépare à combattre. L

Je me reprocherais presque autant de manquer à une vieille chose qu'à un vieil homme. Q. 48.

Quand il s'agit de ramener au devoir un insolent et de maintenir une autorité menacée, on n'a pas toujours le choix du langage.

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