‹ Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et reflexionsChapitre 61 sur 81 · L.18Mi · texte numérisé non relu

L.18Mi

Le protestantisme , restauration de l'Évangile , a fait succéder au règne d'une Église le régne du Saint-Esprit. C'est son principe vital et distinctif. Quelqu'un a appelé ceci du rationalisme : que ne disait-il du mysticisme ? Mais ce n'est ni l'un ni l'autre, c'est du spiritualisme chrétien. E. x.

Le protestantisme, comme religion, pourrait être faux ; comme principe, il est vrai ; comme principe, il ne diffère en rien d'essentiel du principe de la philosophie : comme elle, il veut avoir des raisons de croire. S. ii, 157.

Le protestantisme n'est pour moi qu'un point de départ : ma religion est au delà. Je pourrais, comme protestant, avoir des opinions catholiques, et qui sait si je n'en ai pas? Ce que je repousse absolument, c'est l'autorité. xi, 288.

Le protestantisme pour les uns est un parti, pour les autres une religion ; c'est qu'il est à la fois païen et chrétien ; c'est qu'il n'est, à proprement parler, qu'un espace ménagé à la liberté de conscience, et où peuvent s'abriter également la foi et l'incrédulité. Mais, dans les consciences délicates, une grande liberté emporte une grande responsabilité ; le sentiment de cette responsabilité crée en elles une vie religieuse plus spontanée, plus individuelle, plus intense que dans aucun autre système. La liberté est la patrie des croyances sérieuses, fortes et conséquentes. Là, le christianisme est l'affaire de chacun ; là , je l'avoue , ne cesse point miraculeusement l'attrait des formes et le prestige de l'autorité ; mais l'homme y est incessamment averti de l'insuffisance de l'autorité et des formes; elles lui refusent l'asile qu'il leur

demande, et, si l'on peut parler ainsi, le repoussent incessamment vers sa conscience et vers l'Évangile. A côté de ce que le rationalisme a de plus insipide et de plus languissant, vous trouvez ce que la foi positive a de plus savoureux et le zèle de plus actif. Le catholique, s'il veut, donne charge à l'Église de croire pour lui ; le protestant , sujet à la môme tentation , est continuellement rappelé à l'usage de sa propre liberté par l'usage qu'il en voit faire dans sa communion. Mille questions se lèvent et se posent devant lui ; il ne peut ni les ignorer, ni en renvoyer la solution à une autorité qui n'existe pas, ou que nul n'est tenu de reconnaître. La liberté, pour lui, est bien moins un droit qu'un devoir. Admirable renversement des idées vulgaires ! Idée qui réveille sans cesse la conscience, qui combat la pesanteur de la chair, qui ne permet pas dans l'Église protestante un long engourdissement, ni une décadence irrémédiable, et, dans nos temps en particulier, y produit des effets qui commencent, même au dehors, à devenir sensibles. L. 19*. i, 364.

Quand une fois le principe du protestantisme a été faussé au point de voir dans les représentants des intérêts sociaux , communs à tous, les représentants des intérêts spirituels, communs à quelques-uns seulement, aucune conséquence ne doit étonner. Ce qui doit étonner dans un pareil ordre de choses, ce n'est pas la mort, c'est la vie. 431.

La doctrine évangélique a nié à l'Église romaine son principe; et quant au siècle, elle lui a tout accordé dans un sens, et tout refusé dans l'autre ; elle a tout accordé à la nature humaine, tout refusé au péché. S.xi, 37:2.

Le protestantisme n'est pas la religion, mais le point de départ de la religion ; c'est le principe de la liberté et de l'individualité appliqué aux choses religieuses ; ce n'est donc pas au protestantisme qu'il faut demander l'unité ; il y aurait contradiction presque dans les termes ; l'unité est dans le royaume de Jésus- Christ et dans l'Esprit, l'unité est dans le christianisme.

Non-seulement le protestantisme est un hommage rendu au principe de la liberté religieuse ; mais le protestantisme nest que

cela. Le christianisme est autre chose ; le protestantisme nest que cela. Si, refusanf à nos frères la liberté de conscience, nous nous disons protestants, nous avons menti. Q. 397.

Le principe caractéristique du protestantisme est tout à fait en dehors du dogme ; ce principe n'est autre chose que l'indépendance absolue de la conscience. Les réformateurs, qui consommèrent leur schisme en vertu de cette idée, ne la suivirent pas jusqu'au bout. Ils placèrent leur Église sous la protection de différents princes qui avaient adopté leurs principes; et l'harmonie qui exista, pendant le temps du premier zèle, entre l'État et les Églises, ne permit pas de voir les inconvénients de ce système. Lorsque, plus tard, l'esprit de liberté consacré par la réforme eut agi dans le sein des Églises, les réformés furent contraints devoir qu'il y avait quelque chose à ajouter au système de leurs ancêtres , mais ce qui se fût fait sans peine à l'époque du grand mouvement qui rompait l'unité de l'Église, ce qui n'eût paru que la conséquence spontanée des principes adoptés, rencontre aujourd'hui de fort grandes difficultés, et ne s'obtiendra qu'au prix de longs efforts.

Être protestant, c'est protester sans cesse contre toute contrainte en matière de religion ; être protestant et gêner les consciences, c'est la plus choquante des contradictions. i50.

Le protestantisme, en politique, en religion, en littérature, est le droit de s'isoler de la communauté des croyances, pour voir si l'on pourra s'y rattacher et jusqu'à quel point. C'est ce droit de séparer sa fortune intellectuelle de la fortune indivise et des croyances publiques, pour la compter de nouveau et se rengager de nouveau, mais avec connaissance de cause, dans l'association. Le protestantisme, c'est l'individualisme dans la pensée. Le protestantisme, c'est une forme de la liberté. N. E. 383-384.

Le protestantisme, après avoir fait envie, comme liberté, commence à faire peur comme religion : c'est tout ce qu'on peut dire, sur son compte, de plus favorable et de plus encourageant.

Page 1