‹ Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et reflexionsChapitre 66 sur 81 · L. 19Mii · texte numérisé non relu

L. 19Mii

Sans se faire élaborer de classe en classe dans la société, les idées évangéliques, pures comme un rayon de soleil qui a traversé l'éther, tombent de la Bible dans le cœur, et si c'est l'autorité d'abord qui les a dirigées, bientôt l'individualité reprend ses droits ; le cœur touché s'approprie ce qui lui a été donné ; il se le donne à soi-même une seconde fois ; il s'en fait une vérité de sentiment et d'expérience ; et, chose remarquable ! individualisée en lui, elle n'en est pas moins universelle, perpétuellement identique à elle-même ; et son identité immuable, d'âge en âge et de cœur en cœur, atteste que ce n'est pas une idée séculaire, mais une idée éternelle. 300.

Et que seraient les luttes de la vérité, et qu'est-ce qu'auraient de sublime ses saintes agonies, si elle n'avait à combattre que l'erreur et à conquérir que l'intelligence? La vérité (et nous parlons ici de la vérité humaine , de ce qui fait que l'homme luimême est vérité) est une transformation de l'être qui la reçoit. Ce n'est pas une certaine manière de juger, c'est la lumière même de nos jugements, c'est ce qui fait leur valeur, et la valeur de l'homme lui-même. La vérité , c'est l'ordre , c'est l'harmonie, c'est la paix; c'est l'homme restitué à l'image de Dieu; c'est Dieu dans l'homme. 2.

Tout se devine, excepté le christianisme; on ne le pénétre point du dehors ; et ce qu'il a d'intime et de propre ne s'apprend jamais par simple ouï-dire. 6.

Un élément de conviction vous échappe et n'est pas au pouvoir de votre raison , qui évidemment est à bout et n'y entend plus rien. Entrez, et vous verrez de dedans ce qu'on ne peut voir de dehors; pratiquez le christianisme et vous le connaîtrez. P. 235.

C'est un trait de la méthode de Jésus-Christ de nous faire conclure de l'espèce au genre, afin d'exercer en nous la conséquence morale, la logique de la conscience, la spontanéité. H. 146.

Pascal n'est pas devenu chrétien comme tout le monde ; il a, sinon le premier, du moins le premier d'une manière expresse, appelé au conseil, sur la grande question de la vérité du christianisme, les facultés morales dépossédées de leur droit de suffrage au profit des facultés intellectuelles ; il a fait revenir à l'homme tout entier le jugement de cette grande question ; il a, du fond de notre nature, évoqué de nouveaux témoins qu'on ne faisait point comparaître ; il a prétendu que leur témoignage, si négligé, suffisait pleinement à chacun de nous pour soi-même, et qu'en définitive il n'y avait point de véritable lumière , de conviction utile pour qui ne les avait point entendus. P. 7t .

Pascal suppose, ou plutôt il prétend qu'en nous examinant nous-mêmes et en examinant le contenu de l'Évangile avec notre conscience, nous ne pouvons manquer d'arriver à croire, le Saint- Esprit y mettant la main. Mais, pour lui, croire est inséparable de comprendre ; croire, c'est comprendre avec le cœur, avec un un nouveau cœur dont le Saint-Esprit nous pourvoit. Le Saint- Esprit, non l'Église, voilà l'autorité. 75.

On ne devient réellement chrétien qu'en tant qu'on finit du moins par où il eût fallu commencer. Il faut que, pour chacun, le moment arrive où sa foi ne sera plus fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu, et où elle se sépare sans regret des arguments dont elle s'est d'abord contentée , comme un conquérant qui, assuré de sa conquête, congédie sans crainte, aux rives d'où il est parti, les navires qui l'ont amené au port.

C'est cette foi que 1 apôtre caractérise en disant qu'elle est fon-

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