L. 19Mii
Il faut, d'une certaine manière, devenir fou afin de devenir sage, c'est-à-dire, en nous exprimant plus simplement, qu'il faut que la raison s'humilie devant des choses qui n'étaient jamais montées au cœur de l'homme, et que Dieu a préparées à ceux qui l'aiment. L'amour ouvre l'esprit à des pensées si hautes, si nouvelles, qu'elles doivent paraître folie à ceux qui ne les acceptent pas. P. 236.
Il existe, parmi les croyants sincères, beaucoup d'hommes qui ont tourné longtemps autour du christianisme, religion de leur esprit, comme autour d'un sanctuaire impénétrable, frappant tour à tour à toutes les portes de cet asile sans le voir s'ouvrir, revenant sans succès vers ces portes déjà plusieurs fois tentées, croyant à la fois et ne croyant pas, chrétiens par leurs désirs, païens par leurs espérances, convaincus et non persuadés, éclairés et non point consolés. C'est à ceux-là que je m'adresse; je fais appel à leur sincérité, et je leur demande : D'où vient que vous croyez, et que vous n'avez encore que les charges et non les bénéfices de votre foi? D'où vient que vous portez la foi comme un joug qui vous gène et vous pèse, non comme des ailes qui vous soulèvent audessus de vos misères et du monde ? D'où vient qu'au sein de cette religion que vous avez acceptée et que vous croyez, vous êtes étrangers, dépaysés, et comme hors de votre atmosphère naturelle? D'où vient que vous n'êtes pas à la maison dans la
maison de votre père? Mettons le doigt sur la plaie. C'est que votre cœur n'est pas encore touché. D, 42.
On n'est pas croyant par tradition ; mais la tradition peut conduire à le devenir, soit qu'on examine la religion avec sa raison, soit qu'on la sonde ou qu'on la goûte avec son cœur. P. 49.
Le besoin religieux, pour être efficace et fécond, doit avoir à sa base un besoin moral. Comment éveiller ce besoin? Ainsi notre vie morale a besoin de la foi, et la foi elle-même a besoin d'un commencement de vie morale. Quand l'une et l'autre manquent, comment éveiller l'une par l'autre ? E. 4.
La peur que fait l'Évans^ile est un commencement d'adhésion.
— La promulgation des vérités qui ne fussent jamais, d'ellesmêmes, montées dans le cœur de l'homme peut avoir besoin de signes extérieurs que ne réclame point leur transmission ultérieure.
Le motif du miracle ne peut être qu'une intention qui, par sa nature, l'emporte sur tous les miracles et coûte plus à croire et à s'avouer que tous les miracles ensemble. R. vi, 34.
Un miracle est une parole abrégée qui avertit que la Divinité est là, et que la parole à laquelle il sert de cachet est une parole divine. Sur cette parole on raisonne, de cette parole on tire des conclusions, à cette parole on cède, on se rend. Tout cela est fort raisonnable, fort digne d'un être pensant ; la pensée n'a pas été supprimée , mais excitée , dirigée ; l'homme conserve la conscience de ce qu'il fait et de ce qu'il devient ; il reste en possession de soi-même : c'est dans le cas contraire que sa conversion serait un fait magique, ou plutôt cène serait pas une conversion.
Les miracles ne convertissent pas ; leur vue peut convaincre l'esprit ; le cœur a besoin de cette « démonstration de puissance >) qui n'appartient qu'à l'esprit de Dieu. D. 48.
Les miracles ont été rarement employés pour convertir et ont rarement converti; ils ont été, pour ceux qui ont cru, la récompense et l'encouragement plutôt que le fondement de leur foi ; et ils ont eu si souvent pour seul effet visible de confondre
dM
l'incrédulité ou de lui enlever toute excuse, qu'on a pu être tenté de croire que c'était aussi leur seul but. La même observation s'applique aux prophéties. P. 345.
— L'Esprit de Dieu siège dans l'Évangile comme dans son trône ; mais cet Esprit n'est pas lié ; il ne l'a jamais été ; il est l'auteur de tous les soupirs qui, de cette terre profanée, ont cherché dans les cieux un Dieu saint et sanctifiant, de tous les efforts tentés par les âmes sincères pour approprier à leur faiblesse la force divine, de tous ces élans vers un Évangile inconnu, vers un Christ sans nom, vers une sainteté sans type, qui, depuis la grande catastrophe de notre nature morale se sont de loin en loin , et plus souvent qu'on ne croit peut-être, élevés en témoignage pour la vérité, ensevelie sous les ruines de notre innocence.
Approchez l'Évangile d'une de ces âmes à qui l'Esprit céleste a enseigné les rudiments de la foi, vous verrez, à la manière dont elle s'en emparera, qu'elle y croyait d'avance, que d'avance elle était chrétienne. N.E. 75,
Il en est, dans leur nombre (de ceux qui ne croient pas), qui gravissent vers la vérité d'un pas lent, mais persévérant, mais infatigable. Il y a déjà du christianisme dans ces âmes sérieuses et touchées qui cherchent de toutes parts un autre Dieu que celui que le monde leur a fait. Car déjà, sans avoir une notion claire de l'Évangile, elles ont reçu du Saint-Esprit une secrète impulsion qui les porte à chercher un Dieu revêtu de tous les caractères que l'Évangile a révélés, un Dieu infiniment juste , un Dieu infiniment bon, une Providence. La religion leur tend la main et les salue d'un doux nom alors même qu'ils veulent se roidir contre elle ; car elle a découvert en eux une soif de justice et de paix qu'elle seule est en état de satisfaire, et elle attend le moment heureux où, reconnaissant l'accord frappant des révélations chrétiennes avec les révélations incomplètes de la voix intérieure, ces chrétiens anticipés, ces chrétiens de désir et de besoin le deviendront aussi de fait et de profession. D. 106.
Il est des hommes, je suis loin de le nier, à qui Dieu semble s'être manifesté comme à Moïse sur le Sinaï, avec toute la majesté d'un législateur et d'un juge. Par une faveur céleste, qu'on
peut bien appeler un commencement de la grâce, ils ont senti la grandeur, la nécessité, l'inflexibilité de la loi morale , et ils ont cru en même temps pouvoir la réaliser dans leur vie. Tout entiers à cette idée, ils se sont mis à l'œuvre ; et tantôt retranchant, tantôt ajoutant, tantôt corrigeant, toujours préoccupés du désir de la perfection, ils ont soumis leur corps et leur esprit à la plus sévère discipline. Mais quand ils ont vu que la tâche n'avait point de fin, la carrière point d'issue, qu'un vice extirpé en laissait apercevoir un autre; qu'après tant de corrections de détail, l'ensemble de la vie, le fond de l'âme n'était point essentiellement changé, que le vieil homme était encore là dans sa décrépitude mal déguisée, que la maladie dont ils avaient à se relever n'était point une maladie, mais la mort même, et qu'il ne s'agissait pas pour eux de guérir, mais de vivre ; quand ils ont vu, en un mot, que le travail n'amenait point la paix, et qu'ils ont senti en même temps ce besoin de paix s'accroître des efforts mêmes qu'ils avaient
faits pour le satisfaire alors s'est vérifié en eux ce qu'a dit
Jésus-Christ : « Ceux qui voudront faire la volonté de mon Père connaîtront si ma doctrine vient de Dieu, ou si elle vient des hommes. » D.i21.
Ces sentiments qui sont de la terre (le besoin du salut), quoiqu'ils se manifestent chez peu d'hommes, et quoique la connaissance distincte de Jésus-Christ soit l'unique moyen de les éveiller chez le plus grand nombre, ces sentiments, nous les attribuons hautement à la grâce, à l'influence de l'Esprit divin, qui a toujours soufflé où il a voulu, et ne s'est jamais laissé lier ; nous croyons seulement qu'il y a eu de tout temps et dans tous les lieux d'involontaires témoins de la grande vérité qui est à la base de toutes les vérités évangéliques, nous voulons dire la conviction de notre chute première et de notre impuissance à nous relever sans l'intervention de Dieu même. Eh bien, les âmes où cette vérité s'est fait jour avant que la grande vérité de la médiation divine leur fût révélée, les âmes qui, autant qu'il était en elles, ont cru avant d'avoir vu, à quelle hauteur les placez- vous vis-à-vis de ces âmes qui, connaissant Jésus-Christ, croient en lui d'une foi littérale et passive, non d'un libre consentement,
mais d'une croyance servile, et qui, pour tout dire en un mot, ne vont pas au-devant de lui, ne l'embrassent pas et ne se couronnent pas de ses mérites, de sa gloire, et de leur dépendance à son égard? Qui, des premiers ou des seconds, remplit le mieux les conditions de la véritable foi ? Auxquels préférablement leur foi sera-t-elle imputée à justice ? A ceux dont la croyance est complète, mais morte, ou à ceux dont la croyance est incomplète, mais vivante? A ceux dont la foi est une œuvre , ou à ceux dont la foi n'est pas une œuvre? A ceux qui n'ont pas connu le Sauveur, mais qui l'ont désiré, ou à ceux qui, le connaissant, ne le désirent pas ou ne l'apprécient point ? A ceux qui croient à un Sauveur, ou à ceux qui croient au besoin d'un Sauveur? Votre conscience prononcera. N. D. 121 .
Celui dont il faut se revêtir ne leur a pas encore été manifesté ; parce que quelque obstacle, né du dehors et du dedans, les a empêchés jusqu'à présent de croire en Jésus-Christ. Ils y croiront un jour ; Dieu ne laissera pas incomplète une œuvre dont la meilleure partie est déjà faite en eux ; mais cette douloureuse épreuve peut se prolonger encore ; il faut que la prière de l'Église travaille avec eux, combatte pour eux ; il faut que, du sein des temples et du secret des cabinets , ceux qui ont été délivrés avant eux crient au grand Libérateur : « Ils croient, Seigneur, ils croient ; subviens à leur incrédulité. » 123.
c) Objections.
La vérité chrétienne, parce qu'elle était vérité, dut, à sa première apparition, avoir tout le monde contre elle. Parce qu'elle était la vérité, elle dut peu à peu se soumettre la multitude. 21 .
Si la doctrine chrétienne, malgré son éternelle jeunesse et son éternelle beauté, rencontre tant d'esprits qui n'en veulent pas, ce n'est point que la plupart d'entre eux aient des arguments à faire valoir contre elle, un système à lui opposer. Quelques-uns peuvent bien , pour un moment, se donner l'air d'argumenter en forme, mais vous les voyez bientôt se rejeter à dire que cette doctrine est trop vieille et trop fanée pour eux. Apparemment qu'ils
sont, eux, trop jeunes et trop verts ! C'est qu'au contraire ils sont trop vieux pour elle ; c'est que cette doctrine, on la reçoit avec l'âme; c'est que, pour la recevoir, il faut avoir dans l'âme quelques points vivants, fussent-ils saignants ; c'est que ces points, j'allais dire l'âme elle-même, leur manquent ; c'est que, au railieu de tout ce bagage confus de maximes, d'opinions et de mots, ils ont égaré la clef du trésor; c'est que, tout particulièrement, les grandes notions ou plutôt les grands sentiments de devoir, dépêché, de responsabilité, n'existent plus chez eux qu'à titre de traditions pâlies et comme les souvenirs d'un autre monde, comme les souvenirs d'un souvenir. N'oserons-nous pas dire que chez eux la vérité morale ne sait où se prendre, la terre végétale manquant à l'arbre qu'on veut planter en eux? Ils n'ont à lui offrir qu'un sable aride et anguleux , qui n'est bon qu'à couper ses racines. Voyez, au contraire, ces hommes en qui les déblais de l'esprit n'ont point obstrué les chemins de l'âme, voyez ces hommes grossiers, sauvages peut-être, mais simples. La vérité chrétienne leur est inopinément présentée : ne dirait-on pas qu'ils l'attendaient ?
A la vue du grand mystère de l'expiation, leur âme, que travaillait le besoin d'expiation, heureuse d'une découverte qui peutêtre leur déclare leur besoin en même temps qu'elle le satisfait, leur âme, plus heureuse que celle d'Archimède, ne s'écrie-t-elle pas : Je l'ai trouvé ! Ne montre-t-elle pas dans sa joie, joie baignée de larmes et pleine de courage, ne montre-t-elle pas une vigueur, une fraîcheur inconnue à tant de beaux esprits usés par la pensée? N'a-t-elle pas accueilli déplus grandes pensées qu'ils n'en sauraient, eux, recevoir et supporter? Et pour tout cela que leur a-t-il fallu? Peu d'étude, vraiment, et peu de méditations. Ils ont retrouvé et ramassé avec empressement ce qu'ils ne savaient pas avoir perdu. Ils ont reconnu ce qu'ils ne pensaient pas avoir jamais connu. Ils se sont, pour mieux dire, retrouvés eux-mêmes, dans les éléments les plus éminents de leur être. La vérité chrétienne n'est en effet que l'éternelle vérité morale, dans sa plénitude, dans toute sa vie, et munie pour la seconde fois du sceau divin. Or, la vérité morale s'apprend moins qu'elle se reconnaît.
La foi du chrétien trouve dans l'ensemble de la révélation évangélique trois objets distincts : des vérités métaphysiques, des vérités historiques, et des vérités morales. — A ces trois égards, nos facultés morales trouvent une application dans le christianisme. Les vérités purement métaphysiques sont inconcevables ; pour les admettre il faut de la soumission. Les vérités historiques sont plus ou moins compliquées, pour les recevoir il faut au moins de l'attention. Enfin, parmi les vérités morales, il en est qui nous condamnent : pour les recevoir, il faut de l'humilité ; il en est d'autres qui nous obligent : pour y acquiescer, il faut du courage.
Il faut remarquer que les vérités de la dernière classe, les vérités morales, sont présentées dans l'Évangile comme les plus importantes; qu'elles le sont en effet puisque leur adoption parle cœur forme le vrai but de la révélation et le vrai mobile d'une nouvelle vie, et le vrai moyen de salut; enfin que cette adhésion est la plus difficile, puisqu'il est constant par l'expérience, d'un côté que des personnes, après avoir adopté les vérités des deux premières classes, ont reculé comme d'effroi devant celles de la dernière ; et d'un autre côté, que la répugnance qu'inspirent ces vérités a souvent empêché d'adhérer aux vérités historiques et métaphysiques de la Bible ; et aussi que l'acceptation des doctrines morales de la Bible a entraîné, pour plusieurs, l'acceptation des vérités historiques et métaphysiques sur lesquelles leur esprit conservait encore quelques doutes. Il est plus facile peut-être de soumettre son esprit au mystère de l'incarnation, qu'il ne l'est de soumettre son cœur à cette humiliante doctrine : un Sauveur est notre unique ressource. I.
Est-ce la faute de la vérité si, notre cœur étant partagé, notre esprit l'est aussi, et si les axiomes de l'homme innocent sont les problèmes de l'homme déchu? N. D. 12.
Si l'on veut faire de la clarté et de la simplicité la marque de la vérité, on risque, dans beaucoup de cas, d'embrasser l'erreur en croyant embrasser la vérité ; car l'erreur, la plupart du temps, a sur la vérité l'avantage de la simplicité. L'erreur ne fait bien souvent que supprimer un des éléments de chaque question , pour se procurer, par cette suppression arbitraire , un
simulacre d'unité. Toute vérité, dans l'état actuel de la nature humaine, se compose de deux termes qu'il faut concilier, et ne devient vérité dans notre esprit que par la conciliation de ces deux termes. Ce sont toujours deux éléments à réduire à un seul, ou parleur conciliation, ou par la suppression de l'un des deux. Le premier pas vers la vérité est de reconnaître l'existence des deux éléments; le second est de les réunir sans les détruire.
L'esprit humain, en général, est en dehors de cette condition de simplicité dont on voudrait faire le caractère et la marque du vrai. 43.
La simplicité de la vérité n'est pas toujours le point de départ, elle est souvent le dernier terme des travaux de la pensée. En morale, à certaines époques, il faut bien de l'esprit pour oser dire que deux fois deux font quatre. L. 49^ m, 458.
Tous les incrédules du siècle dernier se sont bornés à tourner leurs armes contre l'authenticité de la religion chrétienne, et je conçois que la véracité des apôtres soit un grand moyen de la constater; mais une preuve plus directe de la vérité de l'Évangile est fournie par l'Évangile lui-même. Le grand fait de l'Évangile c'est l'Homme-Dieu, c'est Dieu manifesté en chair, Dieu revêtant notre nature pour la relever et la sanctifier. On n'est chrétien que lorsqu'on a accepté par le cœur cette vérité qui fut de tout temps scandale aux Juifs et folie aux Grecs. Il est remarquable que le dix-huitième siècle n'ait ni attaqué ni défendu le christianisme sur ce point fondamental, tandis qu'aujourd'hui c'est là que se pressent amis et ennemis. L. 18^ ii, 294.
Il nous faut l'avouer : nous concevons mieux ceux qui, à bon escient, repoussent l'Evangile à cause de ce qu'il contient, que ceux qui l'acceptent par ignorance de ce qu'il contient. L'aversion des premiers est plus naturelle que le bon vouloir des seconds. La préoccupation de ces derniers nous semble même passer tellement les bornes, que c'est à peine si nous osons la croire volontaire. En effet, le dogme chrétien de la rédemption n'est pas seulement (si l'on veut bien nous permettre ici le langage de l'école) actuellement présent dans une foule de déclarations scripturaires qui le placent au centre de tout le système ; il
est, ainsi que nous l'avons dit, virtuellement partout, partout pour un esprit philosophique et attentif; et l'on ne peut assez admirer que des hommes qui possèdent à un degré rare l'habitude et le talent de l'analyse, en cette unique occasion l'appliquent si mal, ou plutôt en fassent si peu d'usage. L. 19«. m, 61.
Faites tout pour qu'on vous comprenne ; mais n'attendez pas, pour agir, la certitude d'être compris de tout le monde; car, sur ce pied, vous n'agiriez jamais. La vérité a reçu de magnifiques promesses ; mais, bien loin de compter dans leur nombre celle d'échapper à toute mauvaise interprétration, c'est au contraire à être mal comprise qu'elle doit se préparer d'abord et se soumettre longtemps. N.D.27.
Les préjugés qui peuvent armer contre le christianisme un esprit pensant ont leur racine dans notre nature, qui, du moins comme fait, est une vérité, et, à partir du fait de la chute, une nécessité ; nos plus funestes erreurs sont des erreurs humaines ; il faut môme convenir qu'il y a une vérité à la racine de chacune d'elles ; car elles ne sont guère que le prolongement tortueux d'une tige primitivement droite. Il y a donc pour le chrétien plus d'une raison pour ne pas tout d'abord détourner son regard d'une œuvre directement hostile à ses convictions. L. 19®. m, 115.
Chose merveilleuse! autrefois l'Évangile était trop haut, et cette hauteur était le scandale du monde ; aujourd'hui, il est trop bas : scandale nouveau. Et il est très-vrai que l'Évangile est tout à la fois trop haut pour notre sens charnel, et trop bas pour notre orgueil. C'est ce dernier reproche que doit lui faire un siècle ivre d'orgueil comme le nôtre. P. M. 266.
Chacun comprendrait aisément que le christianisme, sans en rien retrancher, pût convenir à tout autre qu'à lui ; mais comme, en même temps, chacun pour son compte le repousse, il s'ensuit qu'il est repoussé de tout le monde, et que la plus humaine des vérités est traitée comme la moins humaine des erreurs. E. 296.
Lors même qu'il serait prouvé que des abus ont indirectement profité à la religion, est-ce une raison de conclure qu'elle ne peut subsister qu'au moyen de ces abus? Dieu peut faire servir le mal au bien ; tout le monde le sait ; mais dire qu'il ne soutient le bien
que par le mal, n'est-ce pas admettre une parenté intime, un rapport d'essence entre le bien et le mal? Et quand on affirme que le christianisme n'a pu être conservé que par sa corruption même, est-on fondé à parler des voies insondables de la Providence ? Une œuvre qui n'aurait de condition de vie que dans sa corruption ne saurait être l'œuvre de la divine Providence. S. ii, 38 1 .
Le vague a toujours eu un faux air d'infini, et sous plus d'un rapport les limites nous font peur. Nous désirons tout ensemble et nous craignons de connaître, parce que si, dans un sens, la connaissance nous étend, dans un autre elle nous resserre. Le dernier mot, quel qu'il soit, nous fait peur, comme étant le dernier. Il nous semble, pour le moins, que la certitude fera disparaître la poésie, qui n'est autre chose que la spontanéité et la liberté de l'esprit humain ; sous les notes de cette musique rêveuse, nous ne voulons lire aucune parole : que dis-je? il nous semble que le christianisme, avec ses lumières relatives, est venu inscrire notre vie dans un horizon clair, dur et froid, et nous lui en voulons, esprits énervés que nous sommes, d'avoir uni la précision à la grandeur. L.19M,261.
Ce qu'on doit craindre pour la religion, ce ne sont pas des attaques qui l'avertissent ; au contraire il les faudrait désirer ; ce qui est à craindre pour elle, c'est la dissimulation qui la ronge et la putréfie. E.U7.
Si l'opposition a été vive surtout contre la vérité chrétienne et contre Jésus-Christ, c'est que la vérité chrétienne est toute la vérité morale; et que Jésus-Christ en est la personnification. C'est sous deux rapports que la croix est le point culminant de l'histoire de l'humanité ; un même jour ayant résumé pour elle, dans un peuple, toute la puissance du mal, dans un homme toute l'idée du bien. S.ix, 26.
% II. — CiiRACTERE HISTORIQLE ET ORIGI!VE SLRXATLRELLE Dl CHRISTIA\IS:?IE.
a) Mosaïsme et christianisme.
L'amour rend intelligibles à l'homme les vérités de l'Évangile ; non point ces vérités abstraites qui sont relatives à l'essence même de Dieu, et dont la connaissance est également inaccessible et inutile pour nous, mais ces autres vérités qui concernent leur rapport avec Dieu, et qui constituent le fond même de la religion. Ce sont ces vérités qui échappent à la raison et que l'amour saisit sans peine. D. 34.
Il y a une sorte de physiologie du christianisme à laquelle on voudrait quelquefois réduire toute l'apologétique ; elle explique humainement une œuvre que l'apologétique explique divinement.