‹ Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et reflexionsChapitre 74 sur 81 · TOME 1. n · texte numérisé non relu

TOME 1. n

avenir ; c*est dire qu'elle n'a rien à apprendre à l'homme, aucun sacrifice à lui demander, aucun hommage à en prétendre, ou bien, c'est faire à l'homme l'honneur exorbitant de le déclarer prévenu d'avance pour la loi de la perfection et tout prêt à l'accomplir ; car je ne veux pas présumer que, puisque vous parlez de religion, vous avez en vue quelque chose de moins que la perfection.

C'est parce que le christianisme prétend de l'homme qu'il soit parfait, c'est-à-dire qu'il mette toute sa volonté au service de la volonté divine, que le christianisme a semé sur la terre plus de divisions et de controverses qu'aucune autre religion....

Le christianisme est la religion de Dieu, tombant comme l'éclair au milieu des religions de l'homme, c'est-à-dire du moi humain diversement transformé et déguisé. C'est Dieu voulant se mettre dans le centre de l'homme à la place de l'homme. C'est la prétention la plus exorbitante, la plus énorme, si elle n'était pas divine. C'est une révolution fondamentale de l'homme demandée à l'homme. C'est le droit de Dieu posé en face des passions humaines, et l'homme mis en demeure de choisir entre ses passions et le droit de Dieu. Mais c'est autre chose encore, et qu'on y prenne garde : cette beauté a saisi tous les esprits; les uns l'adorent, les autres la repoussent ; d'autres, et c'est le plus grand des malheurs, la repoussent intérieurement et s'en décorent au dehors. La religion bien apprise, bien répétée, devient le manteau de l'ambition, de la cupidité et de la tyrannie. En un mot, à l'apparition du christianisme, toutes les passions s'élancent de leurrepaire, et dans les sens les plus différents, tourbillonnent autour de ce soleil. Tout ce qui existait, en mal comme en bien, dans le cœur de l'homme, fait effort pour en sortir et se précipite dans la vie. Toutes les forces de la nature humaine se dilatent et s'emparent de l'espace Le christianisme a été, dans la vie du monde,

une crise qui a fait suer à la nature humaine toute sa méchanceté ; mais sous cette sueur, comme sous une rosée amère, la bénédiction a germé et l'arbre du salut a poussé ses branches jusqu'au ciel, et a porté à Dieu, dans son riche feuillage, un parfum de sainteté et d'adoration tel que la terre n'en avait jamais exhalé.

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