‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 14 sur 52 · LIYBE PBEHIBR · texte numérisé non relu

LIYBE PBEHIBR

et plus encoi*e en changeant d'occupation , perd le temps qu'il utilise en se bornant à une seule opération. Un forgeron ordinaire peut faire deux à trois cents clous par jour; celui qui ne fait que des clous peut en faire en un jour plus de deux mille. Un ouvrier seul fait vingt épingles par jour, et dix ouvriers, travaillant séparément, n'en feraient que deux cents. Se réunissant et se partageant le travail, ces dix ouvriers feront quarantehuit mille épingles en un seul jour. C'est ainsi que le travail d'une simple épingle comporte dix-huit divisions séparées, et devient, dans les fabriques ordinaires, le produit de dix-huit ouvriers difFérents.

Ne pouvant nier les efTets miraculeux delà division du travail, on lui reproche deux inconvénients qui paraissent très^raves aux yeux de beaucoup de monde. On l'accuse d'abord d'abrutir les ouvriers et d'être contraire à leui*s facultés intellectuelles et morales. C'est là pousser la crainte trop loin, et avoir une bien faible idée de ces mêmes facultés de l'homme. Sans que la division du travail soit favorable au développement de l'intelligence, la vie de fabrique n'al>sorbe pourtant pas la vie de l'homme; la parcelle du travail (|ui lui est dévolue, n'a pas non plus cet effet, précisément parce qu'elle est trop minime pour avoir une telle influence. Par cela même qu'on

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passe su vie à remplir la lunclioii d'un levier on d'une manivelle, on ne devient pas soi-niénie nu levier, el pour ne faire autre chose qne la dixlinitième partie d'une épingle, il n'est pas dit qu'on ne soit propre à ne faire ni rien de ptns ni rien deraieux. Le levier necesse pas d'être Itomnie, la manivelle reprend tous ses droits le reste de la journée, et le fabricant de la dix-liuilième paHie d'une épingle est père de famille , citoyen comme un autre, souvent même mieux qu'un autre. — « C'est un triste témoignage ît se rendie, dit J. I).

■ Say, que de n'avoir jamais fait que ta dix-huitième

■ partie d'une épingle; et (|u'on ne s'imagine pas <« que ce soit uniquement l'ouvrierqui toute sa vie !■ conduit une lime on un marteau, qui dégénère

• ainsi de la dignité de sa nature; c'est encore « flionime qui, parétat, exerce les facultés les plus « déliées de son esprit. C'est bien parune suite de la " séparation des occupations que , près des trihu- « naux, il V a des />n7cu/v'ur^ dont l'unique occii- > patîon est de représenter les plaideurs et de suî- « vre pour eux tous les détails de la procédure.

• On ne refuse pas en général à ces hommes de « loi l'adresse ni l'esprit de ressources dans les B choses qui tiennent ii leur niriier; cependant il « est (el pTOCureur , même parmi les plus habiles, ■■ qui ignore les plus simples procédés des mis '■ ilitni il fiiii iiMJi:'- à tout moment : s'il faut quV/

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K raccommode le moindre de ses meubles, ii ne (c saura par où s'y prendre; il lui sera impossible « même dtenfoncer un clou sans faire sourire le «r plus médiocre apprenti : et qu'on le mette dans M une situation plus importante; qu'il s'agisse de « sauver la vie d'un ami qui se noie , de préserver « sa ville des embûches de Vennemi, il sera bien ce autrement embarrassé; tandis qu'un paysan (c grossier, l'habitant d'un pays demi-sauvage , se a tirera rnfec honneur d'une semblable difHt< culte (i). »

Si l'on disait que J. B. Say avait apparemment , peu avant d'avoir écrit ces lignes, perdu un procès grâce à quelque procureur, on ne ferait que se servir de ses propres armes et de ses propres paroles, lorsqu'il attribue un passage de Montesquieu contre les moulins à quelque procès que l'auteur de V Esprit des lois auitiit pei*du contre un meunier (i).

L'autre objection contre la division du travail se fonde sur le danger auquel sont exposés les ouvriers de se voir privés de leur gagne-pain. La demande des produits peut baisser , elle peut même cesser entièrement , soit à la suite d'un changement de goûts et de besoins, soit par l'efTet de nouvelles inventions qui rendent inutiles certains

(i ; J. B. Say, Traité dVconoiiiie politique , 6* 6H., p. 99. (a) *- Cours d^cconoinie politique.

Qor fien «bai§ cr cas. <lciiMfc réduit à la condSÉDa <f «■ Irvîcr <w d" ou te fabricant de b dK-hailïfg pjytîe é|Âs^ ? L\«iiTier de Tcntier. oks<r«e-l-<«. eotîer: ■nk cejai qui n'eist qne <f iiDe madiioe. h HoiiBe partie d'mn atelier, oe HKiam-l-il fo» de tàim dn qu'il pmé de ftoo cbc^if traraîl? Le rewde se tn>v«e pcMirtaot danf la caiHr BKflw da val.

été r<«nTier. flm&s <mrâhle sna la dt 900 tra^^aîL La dix^nôtâesie partie d^Boe fpBg>r scn de smle à owne de devenir b t partie d'âne carie de ym. L'oo^TÎer de T

. des que ledâôftdeses ptcrtiuls '« perdra tootcs le» o^arjcri et tootft Is prioes <|iie loi ov^ o«tfê r^if»«ntî«ee de son Mlier. 0 ^uuiia peirt^Kre de iaîfa aïkaol dcB oioir apftfift « oolre* Iodci^ ^fmt Taa%jiiT dt la partie ama primn^iaai t tnMn^ one ocw^cBe IM ■ iiiiiiâ m Quant a la sent- tmfjmtrtAjmeit a iaipiilh paridt». la dntfiâoo do tforaôi eipu^* In . il d'v a pM de tra^aôi esempt de c^rtle D £airt «e SMrdev «nrtr/iii de naeltre ec hajtuwàsnif^ ^ porticxiiiers a^ar o^oclasc» «ra» jcttéi^iM }#j«r ie f#o* Uir de la dhiwjn du tnr* ail «i xf«i «»i!' irtadmi a

qua r^iurvltH

176 LÎVRC PBEMIBR.

Les conditions de la division du travail sont i'ëtendue du marché et les capitaux. Il est clair que la division du travail ne peut s'introduire qu'à la faveur de la possibilité de vendre tout le sur* croit de production qui peut résulter de l'application de ce principe j que, d'autre part, on ne saurait adopter sans capitaux suffisants pour faire face à tout le surcroit d'avances que nécessitera l'augmentation de la production à la suite de la division du travail.

l^s efîets de la division du travail ne se bornent pas aux individus; ils s'étendent aux nations et à leurs rapports réciproques. Un peuple ne peut pas produire à lui seul tout ce dont il peut avoir besoin. Il est d'ailleurs certaines choses qu'il ne saurait faire aussi bien que les produit un autre peuple. La nature même varie ses dons, et ao* corde à un pays telles productions qu'elle refuse à un autre. Une nation , comme un individu, qui voudrait tout faire par elle-même, ne réussirait à bien faire que très-peu de chose. En se bornant, au contraire, à certaines productions, elle y attein* dra un haut degré de perfection. Toutes ces causes réunies font aux nations un devoir de s'allier dans le but de la satisfaction de leurs besoins, de s'en rapporter les unes aux autres pour les produits les plus propres aux diflereiits sols et aux différentes occupations.

PmODl^CTlOIf DES B1CHESSES. 177

Toutefois 9 nous verrons plus tai-d que Texten- 8ÎOD de ce principe, si fécond en richesses, aux rapports internationaux, doit être compris parmi les illusions, et qu'il faut, quant à présent, se oontenfer de son application partielle.

De \m Bé«mon an Travail.

L^bomme isolé est un être faible et impuissant. Adam Ta été certainement, et la première vérité que lliommeait reconnue, c'est qu'il ne vaut rien pour lui d'être seul. A part les traditions des Genèses des différents peuples , il n'existe aucun indioe que les hommes aient jamais vécu isolés. L'homme est un animal social , nul dans l'état de nature, tout-puissant dans l'état de société. L'instinct a rapproché les hommes les uns des autres ; Fesprit a approuvé ce que pouvait avoir fait l'instinct.

La réunion des hommes en société a amené la réunion de leurs efforts et de leurs moyens pour dea buts communs et généraux. L'homme n'a acquis son pouvoir sur la matière, son empire sur le monde, que par sa réunion avec ses semblables. Si depuis il conserve ce pouvoir, s'il étend de jour

en jour cet empire , il ne le doit qu'à la commu* nauté des efTorts. Ce principe d'association volontaire ou involontaire j fortuite ou prévue, est de* venu le secret de toute activité humaine, le pivot de la vie de Thomme^ Télément de son être, le garant de son bonheur. Aveuglément ou instinctivement, avec ou sans connaissance de cause, rhomme obéit à ce principe par lequel se meut et se fait toute chose.

Seul et isolé, Thomme serait une béte sauvage : que ferait-il abandonné à lui-même? 11 se nour^ rirait de quelques racines, se vêtirait de quelques peaux, et cacherait sa nullité dans quelque grotte. S'il fait quelque chose de digne, d'utile, de beau et de grand , il ne le doit qu'à la réunion du travail, qu'à l'appui mutuel, qu'à l'aide réciproque. La société est la condition de toute production, la base de toute richesse. Les métiers et les industries , les sciences et les arts ne se sont formés et n'existent que grâce à la réunion du travail. Tous, ils se prêtent aide et appui et ne se divisent que pour se réunir. La division des occupations n*a pu s'établir que par l'efTet du même principe. Il n'y a de bottiers que parce qu'il y a des tailleurs; il n'y a d'artistes que parce qu'il y a des artisans. Un homme ne peut se vouer à une occupation exclusive sans la certitude que d'auti*e$ pourvoiront à ses besoins ; il ne peut s'appliquer à servir

PIODUCT107I DES KICHESSES. 179

les besoins d'autrui qu'autant que d'autres se prè> feront à satisfaire les siens. Le commerçant assiste le fobrîcanty celui-ci le cultivateur; le savant les sert tons y et tous se servent réciproquement.

Le principe de la division du travail est donc subordonné à celui de la réunion, dont il découle et dont il nest qu'une simple conséquence, un appendice. On ne peut faire la dix-huitième parlie d'une épingle qu'autant qu'il y a dix-sept antres personnes qui se partagent entre elles son icbèvement.

La réunion du travail est partout , dans les petites choses comme dans les grandesl Le manchon d*ane de nos dames pourra nous en fournir la preuve. Que d'hommes, que de capitaux, que d'efforts il a mis à contribution ! Il a fallu d'abord ^Aléoui qui a tué de ses flèches les zibelines qui ont fourni ce manchon. Leurs peaux lui ont servi à payer son issek (son impôt). Les voituriers rosses ont transporté ces fourrures à Moskou, de la i Saint-Pétersbourg; un navire français s'en est ébm^ pour ]es conduire au Havre. Un pelletier de Faris leur a donné la forme qu'on leur voit actuellement. Le marchand de soie a fourni rétofie qui double le manchon. Combien de fois ces peaux ont changé de main en procurant chaque fois un bénéfice nouveau et acquérant

une valeur nouvelle; et ce vaisseau qui les a por-

180 LIVRK PREVIER.

tées, n'cst-il pas lui-même un monde entier qui a demandé pour sa mise en état et son ronctionnement les efTorts combinés de milliei*s d'homnnes? Quelle réunion de travaux a donc nécessitée un simple manchon de zibeline!

Le principe qui régit le monde industriel, la réunion du travail, une fois reconnu , rhomme procède avec connaissance de cause y il s'associe. L'un prête ses capitaux, l'autre ses talents ; d'autres mettent en commun tous leurs moyens et tous leurs efTorts j s'imposent un même but et partagent entre eux les résultats bons ou mauvais. Par l'efTet de l'association , les faillites deviennent plus supportables, les gains plus assurés, quoique moins considérables. La réunion des intérêts et du travail garantit le succès, l'association dans les bénéfices assure leur juste répartition. Que d'entreprises ne s'établissent que par l'association, que d'autres ne réussissent quepar elle! Cet esprit d'association s'emparant de tout le monde, pénétrant toutes les branches de l'activité humaine, vivifie toutes les industries et aboutit à la richesse gén^ raie. I^ commerce ne vit que par le génie de société; les fabriques ne se soutiennent que parle compagnonnage ; le crédit ne se développe que par lassociation ; la bienfaisance ne s'organise et ne devient efficace qu'à l'aide de l'assistance mutuelle.

VHODlICTIOn DES BICUESSES. ISI

L'industrie immatérielle profite elle-même cou-

sidérahlement de cet esprit d'association. Les sii-

vanls, mettant en eonimun leurs lumières, s' é-

Lt^irent et se guident mutudiement, et mènent à

■fin bien des œuvi'es qui dépasseraient les eflbrts

Individuels. Les spécialités devenant le partage

des capacités subordonnées, les esprits vastes s'é-

lèvent à la totalité des connaissances humaines, ou

1 moins à toute une spbère de lumières.

Le fermier devient l'associé du propriétjtire en

ippf>rtant à la terre son savoir ou son capital.

L'ouvrier, devenant l'associé du maître, se délivre

d'une pénible dépendance : intéressé dans le gain,

'.' s'intéresse au succès , se réconcilie avec son

iTt en s'unissant à son maître, 'perfectionne son

nvail, i-edouble de zèle, et voit augmenter son

Msance en augmentant celle du maître. Le mari-

' lui-^néme peut devenir l'associé de Tarma-

Grâce à l'association, on voit le commerce exploiter les pays les plus éloignés et les moins praticables. Certaines réunions ont pour but de paralyser t'infoilune; les unes garantissent contre le feu, d'autres contre les intempéries qui ravagent les campagnes, d'autres encore contre leii léles et les naufrages ; celles-ci assuren ! recrutement, celles-là contre la misère.

léme ne lrnu>

' pas en défanl la piévû;

182 LIVfiE PBRMIER.

l'association qui établit des assurances sur la vie.

L'association est la pierre de touche de la richesse et de la civilisation nationale, tout aussi bien que peut l'être la division du travail. Plus un pays est riche et civilisé j plus il est pénétré de l'esprit de société. Un pays pauvre ou barbare offre, au contraire , à peine quelques faibles indices d'entreprises poursuivies en commun : on se craint , on se fuit; on ne se confie pas, on ne s'associe pas. À mesure que la civilisation se répand et que la richesse se développe, les hommes se rapprochent et se lient.

Le même principe d'assistance s'étend aux rapports internationaux et unit les peuples par un lien commun pour le bien général et pour le bien particulier. Les diflerents pays se prêtent les produits de leur sol et de leur industrie, s'assistent de leurs moyens et de leui*s lumières, et en retirent un accroissement de richesse et de bien-être.

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