‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 15 sur 52 · CHAPITRE \1U · texte numérisé non relu

CHAPITRE \1U

IsCEQiaiîi

Qa^cst-ce que le capital ? Ayons recours aoe Ibis an Diciimmmhr de GwwurfTr, poisqull sert de gaideet «nnOmctioD à beaucoup de monde. Nous j fisonsà Farticle CapiiaJ: i Iam iy^ tiltt samiê ont clé Jppelfa^ capital par nms les êconooitstes t\ » Qn*oo aflle dooc dire à un portcurd^cau qui jouit Jtmnt santéfie fer, qu^d csl un ricbe capitaliste* et soo gras bon sens êdateta d'un çros rire. Qui sont donc ÊOÊU ces éconoaiîstfs qui ont dit une semblable chose? — Au commencement de Farticle oo lit : c Le capital comprend KHiie/orrr crrMiinety rinlefligmce aussi bien que la force physique. • Donc la nature* Phomme* Fesprit* toutes ks «ources de la richesse, tous les facteurs de b pro* doction seraient des capitaux, et il ne s^agirait pfais que de savoir ce qui n'est pas capital. — On

.1 Tim I,^ 46>.

11^4 LlVfiB PABMIEA.

y trouve encore : « Le capital est, pour TécoDomiste, la portion des produits crées qui reste disponible après toute consommation. » — Les débris d'un repas seraient donc^ dans ce sens, des capitaux, a C'est l'excédant de la production sur la consommation j » ajoute l'article. — Mais les produits, les revenus que l'on consomme iminé> diatement et improductivement, sont des excédants de la production sans être des capitaux.

Un capital est un fonds accumulé de richesses appliqué à la production.

Après la nature et le travail de l'homme, le capital est une troisième source de richesses et uo troisième facteur de la production. Produit luimême d'un travail précédent, le capital est ud moyen de production secondaire et subordoonë aux deux facteurs principaux de la richesse dont il émane; mais son importance dans l'augmentation des richesses est immense , et le capital est une condition première de presque toute production. C'est aussi pourquoi on le trouve dans les productions les plus simples et dès le premier degré du développement des richesses et des peuples. L'attirail du pécheur, 1^ armes du chasseur, la pioche du cultivateur, la corbeille où ae récoltent les fruits, le vase où se conserve le lait, sont des capitaux.

Tout ce qui n'est pas l'effet d'une pi*oducliou

PBODUCnOll DBt miGHBSBlS. 186

aDtëiieure ou qui n'est pas destiné à une production ultérieure, n'est pas capital. Tout ce qui est compris dans un des premiers agents de la production, tout ce qui provient immédiatement de la nature, ou qui est du domaine exclusif du travail, n'est pas capital. Ainsi, les fonds de terre, produits exclusifs de la nature, ne sont pas des capitaux; mais les améliorations du sol, provenant de l'homme et réagissant sur la produc^ tion, contribuant à son augmentation, figurent à juste titre parmi les capitaux. Le» semences, les instruments d'agriculture de tout genre, les bestiaux employés à la culture ecaot des produits qui contribuent à la production, sont également des capitaux.

Les capitaux sont des produits détournés de la consommation et appliqués à une nouvelle production. Us proviennent de l'épargne et concourent à la production. Leur fonction se trouve dans la production , et leurs résultats dans de nouveaux produits. Tout ce qui n'est pas sujet à la consom* mation et qui n'est pas le fruit de l'épargne, doit être exclu des capitaux. Les fonds de terre, dont la substance ne provient pas de l'épargne et ne ccMDporte pas l'idée d'une destruction complète, ne remplissent pas les conditions essentielles du capital.

Les capitaux eux-mêmes sont sujets a la con-

sommation durant leur fonction dans la produo tion j et cette consommation est appelée reproduc^ tive^ sa valeur se retrouvant dans les nouveaux produits auxquels les capitaux ont contribué. Tous se détruisent à la longue, les uns seulement plus lentement que les autres ; ceux-ci dans des années ou même des siècles , ceux-là au moment même de leur emploi. Les produits des capitaux sont tantôt homogènes, tantôt hétérogènes aux capitaux. Les semences se repix^duisent en grains; les matières premières des manufactures, au contraire ^ perdent leur forme et se retrouvent dans des produits où on les reconnaît difTicilement, comme le coton et la laine dans différents tissus. L'aident se reproduit sous une forme nouvelle, presque aussi souvent qu'il change de main.

Les capitaux qui conservent leur forme sans changer de main, sont des capitaux fixes ; ceux, au contraire, dont la modification est la condition de leur productivité s'appellent capitaux circulants. Les constructions, les machines et les outils appartiennent à la première classe; les matières premières, les matériaux bruts, l'argent, font partie de la seconde classe des capitaux. Tout capital fixe demande et suppose nécessairement un capital circulant. Les constructions et les machines ont besoin de réparations, demandent des frais d'entretien et exigent des matières brutes pour leur

PHODUCTION DES RICHESSES. tST

emploi. Vn capital circulant peut au contraiie foDctîunner sans capital fixe.

La proporlion de ces deux espèces de capitaux est très-dirrérenle selon la nature des industries et des occupations auxquelles ils sont employés. L'agriculture est de toutes les industries celle qui a le plus de capitaux fixes; le commerce est celle au contraire qui en a le moins.

Toute accumulation de richesses qui ne sert pas à ta production, mais qui sert à la consomraatiou, est \xn fonds tL^ consomindlion. Les provisions de vivres, de vêtements, de meubles d'un usage journalier, sont des fonds de consommation.

Lu seul et même fonds peut tour à tour figurer parmi les capitaux et parmi les fonds de consommatioo. Une maison qu'habite le propriétaii-eseul, est un fonds de consommation; s'il la loue, elle devient pour lui une source de revenu , un capital. Un parc ou un jardin peuvent aussi réunir à la fois les deux natures de fonds; servant de jouissance à leur propriétaire, ils peuvent en même temps lui rapporter un revenu. Ce qui est capital pour fnn peut être pour xni autre un fonds de consommation, ou un simple revenu destiné à la consommation : les salaires sont des avances que fait l'entrepreneur et qui doivent lui rentrer avec bénéfice rn [U'odiiits dnnr il [layc le travail. Capi-

188 LIVBB PREMIER.

tal pour lui , les salaires ne sont , pour les ouvriers, qu'une source de consommation. Les fonds qui attendent leur placement, qui sont destinés à la production, mais qui restent sans emploi, sont des capitaux oisifs.

Il est inutile de dire que les capitaux ne consistent pas seulement en argent, et que l'argent n'est capital que lorsqu'on l'emploie en avances à l'industrie.

J. B. Say a appelé F homme a un capital (i). » Cela me parait être une vaine subtilité. L'homme est un être excessivement combiné et susceptible de beaucoup de dénominations. On l'appelle tantôt animal, tantôt machine; il peut passer tantôt pour un produit, tantôt pour un agent de la production, tantôt pour une richesse, tantôt pour producteur par excellence. Auteur du monde industriel, l'homme n'en est pas un simple ressort. Les capitaux viennent de l'homme et servent il l'homme , mais l'homme n'est pas un capital. Lui donner ce titre, ce n'est ni ajouter à son impoi^ tance , ni éclaircir la notion du capital ou en r^ lever la signification. Il n'est conforme à l'usage d'aucune langue d'appeler l'homme un capital, et il n'est pas bon de mettre sans utilité la science en désaccord avec l'usage. Il n'y a que les maîtres

(i) Cours, première partie, ch. x.

PRODUCTION DES miCHlSSBS. tt9

el les marchands d'esclaves, qui considèrent les hommes comme un capital. Ainsi, le colon espa* gnol deTAmériquedit, en parlant de ses esclaves, que c'est un capital qui rapporte 7 pour cent, parce que cent esclaves lui en font naître sept autres par an. Le négrier, à son tour, évalue à 7 pour cent le dégât que sa caipdson ¥u>ire essuie habituellement dans la traversée de l'Atlantique.

L'industrie immatérielle ayant été reconnue par nous pour une industrie sui generis^ doit nécessairement faire, et fait réellement usage d'un ordre particulier de capitaux qu'il est bon d'appder capital immatériel. Ce capital se compose des connaissances et des facultés de l'homme, qui, nécessitant des avances souvent très-importantes, rapportent des bénéfices plus ou moins considérables. Ces capitaux^ comme les autres» peuvent être oisifs, lorsque l'homme ne fait aucun usage de ses moyens ou ne les emploie pas convenablement: ils peuvent chômer en entier ou en partie^ Lorsqu'un homme ne tire aucun revenu de ses GMultés ou de ses connaissances, que celles-ci ne servent pas a la production , ou ne lui procurent qu*uDe simple jouissance, elles remplissent alors le r61e des fonds de consomniation. Le capital immatériel est un capital fixe par sa nature, qui n'est pas susceptible d'aliénation ^ et qui ne peut changer de propriétaire. Ses services seuls se pré-

tent, se louent ou se vendent, et ils se multiplient presque sans se détruire.

Les capitaux se divisent en outre en capitaux privés eX publics. Ces derniers consistent en monuments et en institutions d'utilité publique : les voies artificielles de communication , la monnaie y la flotte, les édifices publics en font partie. La somme des capitaux publics et des capitaux privés compose le capital national.

Il résulte de la nature des capitaux qu'ils ne sont pas susceptibles d'être appréciés, même approximativement, et qu'en conséquence, la peine qu'on se donne pour y parvenir, ne peut être qu'infructueuse. Tous les jours, les capitaux se détériorent , se détruisent , disparaissent entièrement ou changent de destination; tous les jours il s'en produit de nouveaux, etieur valeur se trouve ainsi tour à tour diminuée ou accrue. Il n'est pas possible de les suivre a travers toute cette variation perpétuelle , quand même on aurait les moyens de les évaluer. Mais les particuliers eux-mêmes ne peuvent pas toujours déterminer au juste le montant de leurs capitaux; souvent ils ont intérêt k le déguiser, et le font avec plus ou moins de succès, si bien que le gouvernement n'a aucun moyen de saisir le' chiffre du capital privé. Il ne peut même pas se rendre un compte exact de ses capitaux publics. Les déboursés qu'il a faits pour ses

étaHJwnnents oe sauraient lui senrir de vraie mcsore de la Talear de ces cafHtanii dans un temps donné. Tel canal vaudra cent fois plus qaH n'a coûté; tel édifice n^anra servi qua engloutir inutilenient des fonds. En dernière ana- Hse, le capital national reste donc une quantité problématique, et Ton ne doit ajouter que trèspeu de Cm à toutes les évaluations qu'on voit figuier dans des ouvrages statistiques, ou même <fam des rde.és publiés par les g.>o.em«nents.

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