‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 21 sur 52 · DU REVENU · texte numérisé non relu

DU REVENU

Le revenu national est la somme des revenus des particuliers , plus le revenu du gouvernement que celui-ci ne perçoit pas sur ses sujets , mais qu'il retire soit des propriétés de TEtat , soit des institutions publiques, de ses entreprises industrielles, ou des contributions imposées à IVtranger, en un mot des sources indépendantes de la fortune des particuliers. L'impôt étant fourni par le revenu des particuliers, ne saurait, à moins de double emploi, être compris dans le revenu du gouvernement, puiscpie les cotes des contributions entrent en ligne de compte dans les revenus de chacun.

On distingue ordinaireineiU le revenu en n'vrmê hnU eXenrei'eiuinet. On comprend par revenu brut

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le total du revenu, et par revenu net, Texcédant du revenu brut sur le montant des avances. Pour plus de clarté, nous croyons devoir adopter la dénomination de reifenu^coûl pour désigner la partie du revenu affectée à la rentrée des frais.

Le revenu national, suivant les trois sources de richesse, se partage en trois branches principales : le revenu de la terre, le revenu du travail, et le revenu des capitaux , ou , proprement parlant, la rente foncière f le salaire et le profit.

De la Renie kcm

Le revenu de la terre se compose du revenu du travail qui s'applique à la terre, du profit du capital qu'on y emploie et de la rente foncière. Le travail et le capital fonctionnent, dans la production agricole, d'après les lois qui leur sont propres dans toutes les industries. Leurs revenus seront coiisi-

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dërëft dans les chapitres du salaire et du pix>ril. Nous n^avons donc à traiter ici que la troisiènu» espèce des i-evenus terriens, qui proviennent de h lerre même et que nous appelons rente foncirn*. Cest le revenu net qui reste au propriétaire, déduction faite des salaires et du profit habituel des capitaux qu'il a placés dans sa terre, lorsqu'il administre son bien par lui-même; ou bien c'est le fermage que lui paie celui à qui il confie l'emploi de sa terre, et dont le montant est toujours l'équivalent de la coopération du sol. I.e profit du fermier est le salaire de son travail , qui revient au propriétaire lorsqu'il administre sa terre par luimême.

La rente foncière est due à deuv circonstances : à la quantité limitée de terres et h la difTérence de leurs qualités. Si la nature avait produit les terres dans la profusion avec laquelle elle nous a départi Tair et la lumière, les terres seraient un bien universel, accessible à tout le monde, dont Tusage serait gratuit , et qui ne pourrait rapporter aucun revenu. Elles n'ont pu devenir des propriétés que parce qu'elles ne sont pas illimitées. En outre, la cpialité des terrains étant très-variée, les propriétaires des terrains les plus favorisés se sont trouvés dans le cas de faire payer à d'autres cet avantage, d'en retirer un revenu qui constitue précisément la rente foncière.

IjA rente foncière n'est pas due au droit de propriété seul; tel propriétaire peut ne retirer de sa propriété aucun revenu net et ne pas trouver de fermier , même quand il y en aurait de libres.

La rente foncière n'est pas une nécessité de tout temps et de tout lieu. Il y a dans le monde des terres qui ne sont la propriété de personne; d'autres restent constamment en friche, quoiqu'elles aient un maître ; d'autres encore ne cou* vrent que les dépenses qu'elles nécessitent et payent tout au plus le temps et la peine qu'exige leur culture. Il n'y a que les terres privilégiées par la nature et les circonstances qui rapportent une rente. Cette rente n'est l'effet que d'un certain développement des richesses, de la population , des besoins et des moyens d'y pourvoir, d'une certaine élévation dans la demande des produits de la terre, et en conséquence elle ne se rencontre guère chez les peuples vierges et pauvres. Il n'en est pas encoie question dans une grande partie du monde, ni chez les peuples sauvages, ni chez les peuplades nomades.

Lsi culture de la terre a cela de particulier que, ses produits satisfaisant au premier, au plus près* sant, au plus indispensable des besoins de l'homme, celui de la nourriture, cette culture doit se faire quand même. On retire les capitaux de la plupart des autres industries, dès qu'ils cessent de rap-

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porter un revenu net ; mais on continue Tagricullure, même quand elle ne rapporte pas de rente foncière. Il n'en est pas de même du revenu-ooiît de la terre; il est la première condition de la culture, qui n'aurait pas lieu si les frais qu'elle occasionne n'étaient pas remhoui-sés. Mais la rente foncière étant un revenu net, ne peut pas faire partie des fi*ais indispensables de la culture; elle n*est que la suite d'un ordre de choses particulier, qui favorise le propriétaire aux dépens des consommateurs.

Dans Tindustrie extractiveou agricole, on commence toujours par exploiter les localités les plus fécondes, les moins difficiles ou les moins conteuses. Le chasseur, le pécheur se portent d'abord de préférence sur les lieux les plus riches en gibier ou en poisson; les pasteurs se campent dans les prairies les plus grasses; les peuplades agricoles s'établissent dans les lieux les plus favorables, et n'occupent des terres moins fertiles qu'à la suite et en pt*oportion de l'augmentation de leur nombre et de leurs besoins. Le maître d'un champ commence par en cultiver la partie (|ui lui promet le plus de fruits pour le moins de peines, et ne passe à l'exploitation du reste (|ue lorsque besoins et ceux de sa famille se sont accrus au là de ce que rapporte la meilleure partie de

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son champ. Celte loi est celle de tous les temps et de tous les lieux; elle n'exerce pas moins son empire dans des circonstances où elle échappe à Tobservation , dans les pays où les besoins du peuple sont de niveau avec ses ressources, où la moindre parcelle du plus mauvais terrain est exploitée avec les plus grands soins et avec les plus grands sacrifices.

Supposons le sol d'un pays divisé en classes, suivant les qualités respectives de ses diverses parties. Admettons trois classes. La première produira dix grains et au-dessus pour une semence, la seconde cinq , la troisième trois et au-dessous. Nécessairement on commencera par cultiver la première classe, et les prix de ses produits ne seront que le montant des frais de leur production, lesquels consistent en salaires et eu profit des capitaux strictement nécessaires à ces terres. On ne retirera ainsi que le revenu-coût, et il n'y aura pas de rente foncière. On se bornera à la culture des terres de première classe, tant que leurs produits seront à même de satisfaire tous les besoins dans le pays donné.

La population s'augmente, la demande hausse au delà du montant des produits de la première classe. Que fait-on? On passe à la culture de la seconde classe. I^es terres qui y sont comprises sont moins bonnes, demandent autant de travail

DISTBIBUTIO?! DES BICHESSES. 289

poar une moins grande quantité de produits, ou plus de travail et plus de capitaux pour la même quantité. Leurs produits exigent donc plus de frais de production que ceux de la première dasse; le prix en sera par conséquent plus élevé que celui des produits qui, jusque-là, faisaient bce à la totalité de la demande. Dans cet étal de ckoses, les propriétaires des terrains de la première classe élèvent les prix de leurs produits au niveau des prix de la seconde classe, et cette augmentation constitue leur revenu net, leur rente foncière. Qui pourrait les en empêcher ? L'intérêt leur en fait une loi, et la concurrence ne peut s*y opposer, parce qu'elle ne peut francliir les limites que lui assignera nature, en bornant la quantité et la qualité des terres. Cette concurrence ne se ferait sentir que dans le cas où les propriétaires des premiers terrains voudraient élever le prix de leurs produits au-dessus des frais de leur production , avant que la demande eut absorbé la totalité des produits des terrains de la première classe, ou dans le cas où ils élèveraient leurs prix au-dessus de ceux de la classe inférieure, lorsque celle-ci se trouverait exploitée. Dans ces deux cas, la concurrence pourrait produire à meilleur marché en procédant à la culture des terrains immédiatement inférieurs en qualité, et par là, empêcher un monopole anticipé ou exagéré.

3f)0 LIYBE TR01S1SMS.

Il ne se produira de rente pour la seconde classe de terrains que loi*squ'un nouveau surcroît de demande nécessitera la culture de la troisième classe. Cette nouvelle culture, en créant une rente pour la seconde classe , augmentera la rente de la première de tout le montant de la rente de la seconde classe. Ainsi , le taux de la rente est l'excédant des frais de production des terrains de moindre qualité sur ceux des terrains de qualité supérieure.

En définitive donc, la rente est le résultat de plus de frais pour moins ou pour autant de produits, comme aussi, et dans le principe, elle est le résultat d'un surcroit de besoins et d'une hausse dans la demande. Ces deux eau* ses agissent simultanément : l'augmentation des besoins provoque une plus grande productic5n qui , en agriculture , entraine de plus grands frais. Ces plus grands frais haussent les prix des produits, ce dont profitent les propriétaires les plus favorisés pour s'arroger un monopole et retirer un bénéfice qui constitue la rente foncière. La rente foncière est donc un effet du monopole de propriété , comme elle est l'effet d'une augmentation de la demande et des frais de production. Elle peut être indistinctement attribuée à chacune de ces causes; mais le monopole n'est qu'une cause postérieure

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aox deux autres , et n Vst que la suite de la hausse des frais et des \m\.

La renie, comme on le voit, est un elTet du prix, mais à son tour, elle en est une cause. Profitant d^une hausse qui n'est d'abord que particulière et produite sur un point donné, elle la nivelle, la répand, la rend commune et généi*ale; die maintient, dans un cercle plus étendu, les prii au taux le plus élevé possible. Elle augmente donc les prix, car, sans elle, les produits des terres seraient moins chers de la totalité de la rente. Sous ce rapport , il n>n est pas autrement delà rente que du salaire et du profit, et Smith a certes tort de dire que « le taux, c^le^é ou bas, des salaires et des profits est la cause du prix, tandis c|uele taux, élevé ou l)asde la rente, nest que reflet du prix (i\ » Les profits el les salaires dépendent des prix de leurs produits, dont ils tirent leur source, et Smith en convient lui-même, lorsqu'il dit que « le profit du capital varie avec le prix des marchandises (|ui font l'objet de remploi (a). »

La rente foncière est réglée par le maximum des frais de production agricole, par le taux des fraise! des prix des plus mauvaises terres qui se

(i) Liv. 1, chap. ix.

(i) Liv. I, chap. \.

trou veut exploitées dans uu moment donné , car il y a ceci de particulier dans les produits de la terre y que le prix en est réglé par le mode le plus mauvais, le plus difficile ou le plus cher de leur production , ces trois termes étant synonymes en économie politique. Les l>onnes terres étant limitées , il arrive un temps où elles ne peuvent plus faire Tace à la demande : les plus mauvaises sont alors appelées à y pourvoir; celles-ci nécessitent plus de frais, leurs produits sont plus chers, et les propriétaires des meilleurs terrains élèvent leurs prix au pair de celui des mauvaises terres qui, conséquemment, se trouvent régler, en définitive, le prix général des produits de la terre.

La rente foncière ne contribue qu a augmenter la valeur échangeable des produis, et , ne produisant aucune valeur d'usage, n'augmente en rien la richesse nationale. Elle rapporte un revenu à une classe de la population, à une partie des propriétaires; mais ce revenu est prélevé sur les consommateurs, sans qu'il leur soit offert pour ce surcroit de dépense un équivalent d'utilité. Pour la nation^ la rente n'est point un avantage; elle n'augmente pas la production; elle ne change que la distribution des richesses. La rente foncière est le signe et l'effet d'un accroissement de population, d'une augmentation de besoins et des

moyens iïy j>oui*voir; mais elle n'esl luilleiiiei)! une cause de richesse. Les forces productives de la terre sont un don gratuit de la nature. L'a|)propriation de la terre est une condition première de sa production ; mais elle devient un inconvénient du moment qu'on la fait payer à autrui. L'augmentation des frais de production, la nécessité déplus de dépenses est en soi toujours UD désavantage qui n'est pas racheté par la faculté défaire ces dépenses, car cette faculté pourrait s'utiliser ailleurs, vivifier quelque autre branche d'industrie, et servir à créer des valeurs véritables. On serait mal avisé d'avancer que la rente foncière, en élevant les prix des blés, est avantageuse en ce qu'elle oblige les consommateurs à augmenter leur production. Autant vaudrait dire qu'un mauvais climat esl un avantage, parce qu'il cause plus de besoins et provoque une plus grande aelivité qui a pour consé(|uence une production plus considérable. On pourrail , par de tels moyens, justifier tous les abus et représenter comme avantageux tous les maux imaginables. Ainsi, rincendie qui ravage les fruits des aimées et des siècles, provoque aussi de nouveaux efforts dont les résultais surpassent souvent les pertes. Il n'en est pas moins vrai que l'incendie esl un élément de destruction et non pas de pnKluction.

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Mais si la reute foncière ne crée pas de nouvelles richesses, est-ce à dire que les fonds de terre ne sont pas productifs? Nullement. Outre que la terre présente au travail et aux capitaux une occupation et un bénéfice qu'ils ne pourraient rencontrer ailleurs, elle ajoute aux produits qu'en retire le travail, une utilité réelle, une valeur d'usage qui n'est due qu'à sa coopération, et qui est indépendante du travail des capitaux. Cette coopération et cette production de la terre, gratuites d'abord, ne sont pas pour cela moins positives ni moins importantes. Mais plus tard , lorsque les propriétaires s'arrogent un monopole et font payer aux consommateurs la coopération de la terre, ils en retii'ent un bénéfice net qui est toujours en rapport direct avec la productivité de leurs teirains. La rente des propriétaires n'est donc pas une perte pour la société, puisqu'eux-mémes font partie de la société , et gagnent ce (|u'ils font perdre à d'autres.

La rente foncière étant la suite de l'accroissement de la demande, de la population et des richesses nationales , il s'ensuit qu'elle tend à augmenter en proportion du développement des nations. L'offre des produits de la terre n'a pas, comme la demande, la faculté de s'élever à l'infini , attendu que les forces productives du sol ont des limites fixes, qu'il n'est pas donné à l'homme

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de reculer à son gré. Le travail de riiomiiie esl le principal agent des productions non agricoles, et les produits des manufactures étant susceptibles d'améliorations indéfinies, les frais de leur production tendent abaisser de plus en plus, et à en faire descendre le prix. Mais, dans la production agricole, le principal agent étant la terre, qui est bornée dans son étendue et dans ses forces productives, cette production devient plus difficile à mesure qu'on est appelé à cultiver des terres moins fertiles pour faire face aux nouvelles demandes; ces terres, exigeant plus de frais de culture, font constamment hausser les prix des produits de la terre, et font en même temps el eu proportion augmenter la rente foncière. Les bits viennent à l'appui du raisonnement : les prix des blés et la rente foncière sont plus élevés dans les pays plus riches et plus avancés. Les produits de la terre sont plus chers en Angleterre qu'en Russie, non que le travail soit plus cher dans le premier de ces pays que dans le second , car, s'il est mieux rétribué en Angleterre, il est moins productif et moins bon en Russie, et en outre les capitaux sont plus abondants en Angleterre, mais parce que la production agiicole de la Russie surpasse ses besoins, el aussi parce que la différence entre les meilleurs cl les plus mauvais terrains cultivés, est plus p;rande en An^irleiK*

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qu'en Russie; ce qui fait que les frais de pi*oduction sont y en résultat , plus grands en Angleterre.

lllSTBIBt*TIO?S DES RICHESSES. ^M

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