‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 22 sur 52 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Du Profit des Capitaux.

Le profit des capitaux dépend du rap|)()rt de Tolfre à la demande des capitaux. Partout où la demande en excède l'ofTre, le profit est grand. (^ est ce qui se rencontre toujours dans les pays vierges, (|ui débutent dans la carrièœ industrielleou qui entrent dans leur développement matériel; oii les difierentes branches de l'industrie ne sont pas encore pourvues de capitaux nécessaires, et oii ces derniers sont difficiles à trouver, ou bien ne s'otlVent pas dans la quantité demandée. La llussie et TAmérique présentent par cette raison de plus liants profits qu'on n'en retire habituellement en Hollande ou en Angleterre. Dans ces derniers pa\s 3^/0 est le taux habituel ; 10 % est en Russie un taux très-modéré. En Asie, le profil est eiH*ore plus grand. En Chine 20 "'„ P«i'^i>(? pour un taux honnête, et les lois y permettent (l<* le porter à lo %. Au moyen âge le taux était pins haut (pTil

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ne TesUle nos jours, parce que les capitaux étaient alors moins abondants.

Dans les pays où les capitaux sont nombreux « où les difTërentes entreprises en trouvent facilement à leur disposition, la concurrence n'existe pas entre les demandeurs des capitaux , mais entre ceux qui les offrent, et elle en réduit le profit au taux le plus bas possible.

Il suit de là que les profits des capitaux , différant en ce point de la rente foncière, tendent constamment à baisser, à la longue, à mesure du développement des richesses et du progrès des nations. L'attrait si puissant du gain et l'intérêt individuel tendent à niveler les profits des capitaux de pays à pays. Ils attirent les capitaux là où ils profitent le plus, et leur font quitter le pays où ils sont peu demandés , et par conséquent peu rétribués. Malheureusement trop d'obstacles paralysent l'exportation des capitaux. On ne les confie pas volontiers à des étrangers , et on ne se prive pas de la faculté de les surveiller. Quant à les faire valoir soi-même dans des pays étrangers, les intérêts qu'on en retirerait ne coutre-balancent pas, aux yeux de la plupart, le désagrément de quitter son pays, auquel on est attaché par tant de liens différents. Peu de gens connaissent un pays étranger aussi bien que le leur propre; les institutions, les habitudes, la nature des affaires qui s'y font , leur

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sont plus OU moins inconnues 9 et, par suite d'une méfiance assez naturelle, ils sont retenus au pays auquel les attachent d'anciennes habitudes, le repos, la confiance et Tamitié.

Le rapport entre TolTre et la demande des capitaux ne dépend pas seulement de la marche constante et progressive des peuples dans l'industrie, du degré relatif des nations dans l'opulence; il est souvent influencé par un ordre de choses particulier et passager. Une industrie nouvelle se présente, une source particulière s'ouvre à l'emploi des capitaux, les capitaux seront plus demandés et plus rétribués.

Outre la cause principale, le rap{K)rt de l'oflre à la demande, il y a plusieurs causes particulières (|ui influent sur le taux des profits des capitaux. Tels sont le mode de destination et l'emploi d'un capital.

On doit mettre en première ligne la sûreté, tant générale que particulière à l'entreprise à laquelle on voue un capital. Une des causes principales du haut intérêt des capitaux en Orient est le manque de sécurité. Plus la législation et la juridiction d'un pays sont mauvaises, plus les propriétés sont exposées aux atteintes et aux empiétements, plus les capitaux fuient ou se cachent; moins ils s'olTrent, plus ils sont n*tril>u('s. Mais vc

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qui contribue plus encore à rélévation de leur profil, c'est la nécessité d'une assurance contre les risques auxquels ils sont exposés. La même cause produit le même effet dans les cas particuliers. Plus il y a de chances de perte dans une spéculation quelconque , plus elle est censée rapporter : les réussites doivent payer pour les pertes.

Âd. Smith pense que la constance ou Tinterruption de Femploi des capitaux ne peut atTecter leur profit. « C'est, dit-il, la faute du capitaliste et non celle des affaires, si le capital n'est pas constamment employé (i). »

Cette assertion ne me parait pas juste dans le sens de généralité que lui donne Smith. Parfois, il est vrai , les capitaux chôment par la paresse et l'insouciance ou le manque de savoir-faire du capitaliste; mais d'autres fois ils restent oisifs par la faute des affaires et par la nature de l'entreprise. Ainsi le capital du batelier, du restaurant aux environs des villes, doivent rapporter en été de quoi couvrir les frais de l'hiver. L'inconstance de l'occupation affecte certains capitaux fixes plus que les salaires. Le travail de l'homme se porte plus aisément d'une occupation à une autre que ne sauraient le faire les capitaux, et surtout les capitaux fixes. Un batelier peut être commissionnaire en

(i) Liv. I, di. X.

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Iliver, un limonadier colporteur; un niarcbaud de fruits peut vendre des épices, loi*s(|ne In saison des fruits est passée, tandis que les bateaux cliôment lors des glaces, et que le fonds d'un restaurant ne peut se transporter en entier. C'est ainsi que les bateaux à vapeur de la Balti(|ue sont phis chers que ceux de la jMéditerranée, parce qu'ils no fonctionnent pas pendant l'iiiver.

En général, les salaires et les profits sont intimement liés entre eux, comme le sont le travail et le capital dont ils émanent, et il devient souvent difficile de distinguer la cause du taux des revenus, et de savoir si Ton doit attribuer ce taux au travail ou au capital. Il en est ainsi encore du désagrément et de la défaveur qui s'altacbent à certaines occupations. Ces incon\énieiits concernent le travail plus que le capital et iiiHiirMit sur le salaire plus que sur le profit. Le capital est nialériel et ne saurait être alTecté par des raisrins morales; le travail au contraire est pervjiinel, et la rétribution plus forte dans les occupations défavorables doit être rapportée au travail plutôt qu*au capital. Toutefois on voit tous les jours d«'s gens se contenter de moindres pro^t^ dans df-s emplois plus bonorablps et plus a;;r('alilr'S. en e\i;rer et en obtenir de plus forts pour des ricrciipation^ qui ne présentent pas la nu'rme rr»mpf-nsaiîori. Quant à la difficulté de s^- iiK-ltrr- au courani

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des afTaires, si elle a nécessité des avances, la rentrée en revient aux capitaux, et les capitaux dont remploi demande une rare intelligence, une expérience particulière , des connaissances peu ré» pandues , retirent nécessairement une part des bénéfices qui reviennent à ces mêmes capacités.

Smith pense aussi que « les difTérents taux du profit dans les diverses branches d'industrie ne peuvent pas résulter des différents degrés de confiance accordés à ceux qui les exercent. » « Quand une personne, dit-il , n'emploie au commerce d'autres capitaux que les siens propres^ il n'y a pas lieu a confiance, et le crédit qu'elle peut d'ailleurs se faire dans le public, ne dépend pas de la nature de son commerccy mais de l'opinion qu'on a de sa fortune, de sa probité et de saprudénce(i).x>C'est là méconnaître la nature du crédit. Qui ne sait pas (et Smith le savait mieux que tout autre) que le crédit, la confiance et le profit sont en rapport direct avec la sûreté d'une entreprise, avec la certitude des l'entrées et la nature du commerce ? L'augmenta* tion de la confiance réciproque et générale dans un pays augmente l'offre des capitaux et en diminue les profits; la cause contraire produit toujours un effet contraire.

Les profits des capitaux sont considérablement affectés par la variation des prix tant des produits

(i) Liv. I, chap. x.

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qui entrent dans la composition de ces mêmes capitaux y que de ceux qui en découlent, ou que ces apitaux servent à produire. La hausse ou la baisse de ces prix produit nécessairement une hausse ou une baisse équivalente dans les profits.

Ad. Smith, et après lui , J.-B. Say , pensent que le capital le plus avantageusement employé pour une nation est celui qui sapplique à la culture de la lerre; qu'après celui-ci, l'emploi le plus prodnctifest celui des manufactures; vient ensuite le commerce intérieur, puis le commerce extérieur; et enfin, toujours suivant les mêmes auteurs, l'emploi le moins favorable à la nation est celui des capitaux occupés au commerce du transport de rëtranger à l'étranger ( i ).

N'est-ce pas dire, en d'autres ternies, que l'industrie la plus productive est l'agriculture, que les manufactures le sont moins, et que le commerce de transport est de toutes les industries la plus stérile? N'est-ce pas là la reproduction, affaiblie il est vrai, de l'erreur des physiocrates? Car enfin pourquoi le capital agricole, si je puis le désigner ainsi , est-il le plus pi^oductif? a Parce cju'il met le plus de travail productif en acti\ité, o dil Smith. — (« Dans les manufactures, dit-il plus loin,

(i) Smith, lîv. Il, rhap. v. — S.iv, Trait**, liv. H, chap. VIII, S 3.

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la nature ne fait rien (! ! ) « — ) ; « Parce qu'il provoque, dit Say, le pouvoir productif des terres du pays et du travail du pays. Il auguiente à la fois les profits industriels et les profits fonciers.» — Mais les manufactures provoquent aussi le pouvoir pioductif des terres bien plus que l'agriculture ne provoque le travail des fabriques. Un peuple fabricant tire .ordinairement de sa terre tout ce qu'elle peut produire, tandis qu'un peuple agricolen'est pas censé être manufacturier, les fabriques étant à un degré plus haut dans le développement national, (^«omment est-il possible que le capital agricole augmente les profits industriels en même temps qu'il augmente les profits fonciers? Un capital appliqué à la terre ne profite pas aux manufactures^ et il est des capitaux que les manufactures feront mieux valoir que la culture des terres. Plus les terres seront pourvues de capitaux, moins ceux-ci rapporteront : la rente d'un fonds ne se règle pas sur les capitaux qui y sont engagés. Les capitaux consacrés les premiers à la terre, ceux qu'on emploie à défricher, à dessécher ou à engraisser le sol, sont les plus productifs. Les capitaux subséquents sont loin de rapporter autant. Après avoir employé à la terre les capitaux strictement nécessaires , une nation fait bien d'en employer d'autres aux manufactures, où ils lui seront plus utiles que si elle les consacrait de nouveau aux terres.

MSTIIITTIOTS DE> C1CHFS^F.$. SOS

■ La principale cause îles proi;ivs rnpiilrs tle nos colonies d^Amérique vers la ricliosse ol Tii^raiidttfiemeutp dit Ad. Smith , cest que jiis(|u a pivsoiit presque tous leurs capitaux ont vXv einplovvs à ragricullure.— Si les Américains venaient à arrêter {Importation des manufactures d'Europe « et en donnant par là un monopole à ceux de leurs compatriotes qui fabriqueraient les mêmes espèces d'ouvrages, détourner pour ce ^cnre d\Mnploi, mie grande partie de leur capital actuel , ils retarderaient par cette conduite les progi*ès ultérieurs de la valeur de leur produit annuel , hien loin de les accélérer y et ils entraveraient la marche de h'ur pays vers Topulence et la grandeur, hien loin de la favoriser. »

On est surpris de la prévision de Smith et ses prédictions ne se sont que trop réalisées. Jamais le système pixthibitif n'a essuyé une défaite plus complète qu'aux États-Unis de i8i() à i8!V>. Il a paralysé le commerce extérieur, a causé de graves préjudices à l'agriculture et n'a pu faire* prospérer les manufactures. Depuis, on s'est rapproché du principe de la liherté du commerce. Mais TAmérique est dans un état exceptionnel .: son sdI est fertile en produits particuliers, sa po|)idalif)ii est comparativement peu nomhreuse, et elle iTest

encore qu'au déhut de sa carrièrf. Kieii ne dit (pie

•in

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l'avenir ne lui réserve de devenir, par la voie naturelle du développement, la rivale dangereuse de l'Angleterre en manufactures, comme elle l'est déjà en commerce.

Le père de notre science me semble être moins heureux dans ses recherches sur l'antiquité : — «-La Chine, l'Egypte, l'Indostan, dit-il, les trois pays les plus riches qui aient jamais existé dans l'antiquité sous tous les rapports, sont principalement renommés pour leur supériorité en agriculture et en manufacture. Il ne parait pas qu'ils aient jamais brillé par leur commerce avec l'étranger. » — Smith , en écrivant ces lignes, ne pensait ni aux Phéniciens ni aux Carthaginois, ces Anglais du * monde ancien. Une des causes de la pauvreté des anciens a été précisément la préférence qu'ils donnaient à l'agriculture.

S'il est vrai que le commerce intérieur soit plus profitable pour une nation que le commerce étranger, en tant que, dans le premier, les deux parties intéressées sont des nationaux et que leurs profits reviennent en entier à la même nation; d'autre part , le commerce extérieur procure à une nation des produits nouveaux , un surcroit réel d'aisance et de richesse. Si^ dans le commerce intérieur, le prdfit est double pour une nation, c'est parce qu'il y a deux de ses capitaux en mouvement; il est simple dans le commerce extérieur.

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|i0te qu'ici, il n\ adViit*:i^é i|iriiii sou! cipit:)! île oelle ménie nation.

Déds b généralité des Hiits et à la Uui^iio« les ajNtausL ne sont pas plus protitnblos lians une indoslrie que dans une autre. Un accroisseuient île piofil pour les capitaux dans une branrliei|uelconqoe, y attire ti^ut aussitôt de nouveaux capitaux qui font baisser le profit. Les capitaux tendent toujours à se niveler comparativement dans tous les emplois. Dans un cas donné, il peut être a\antageax pour une nation de se porter siu* une industrie de préférence à une autiT, de consacrer ses c^Mtaux à une espèce de production plutôt i\ul\ vue autre; mais il serait oiseux et impossible de dëBnir pour toutes les nations îndi.stinetenuMit remploi le plus profitable des capitaux. H ressort delà position particulière <le clia(pie conlrre dans an temps donné. Ainsi TK^yptc a rtê riebe |)ar la fertilité de son sol et par la fécondation de son fleuve, les Pbéniciens par le conuneree à IViranfjBt^ les Hollandais par celui de transport; mais si chacun de ces pays avait embrassé une autre indus- Irieque celle qu'il a préférée, si la Pbénitie avait clé agricole et rÉgypteconmuMeante, il est certain qoMls n'auraient pas atteint le de^ré de* prospérité auquel ils sont parvenus.

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