CHAPITRE IV
Du Revenu inlernatioDaL
Nous entendons par reifenu international le revenu perçu par une nation sur une autre, par les sujets d'un pays sur ceux d'un autre.
Un étranger vient-il s'établir dans un pays^ et, de manière ou d'autre, s'y fait-il un revenu, les nationaux le regardent souvent d'un œil inquiet, jaloux et mécontent, parce qu'ils ne se rendent I pas un compte juste de la nature des choses, de
I la répartition des richesses. Le revenu de cet étran-
ger est-il une perte pour la nation qui le lui fournit? Est-il un gain pour la nation à laquelle l'étranger appartient? S'il introduit une industrie nouvelle dans le pays où il s'établit, c'est de sa part un véritable bienfait : il procure à la nation qui le reçoit des jouissances qu'elle n'aurait pas eues sans lui ou qu'elle n'aurait pas eues aussitôt. S'il exploite une branche d'industrie déjà existante, il donne son travail au pays et en retire
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réquivalent en revenu. Si son travail est rfieilleur que celui des artisans du pays, il procure un nouvel avantage aux consommateui*s nationaux y et sa concurrence peut aboutir à améliorer la production totale. Elle peut toutefois présenter un désavantage : ses revenus peuvent être enlevés aux artisans nationaux et son établissement empêcher eeloi d'un national.
Tant que l'artisan étranger dépense ses revenus dans le pays d'où il les tire , ce pays profite et de iOD travail y et de .son revenu : sans lui ce travail aVusterait pas et ce revenu ne serait pas versé dans la masse de la circulation. Mais si , au contiairei il fait passer ses revenus dans son pays natal, le pays qui les lui fournit ne conserve que son travail et en perd la rétribution.* Cette perle même n^est ordinairement que partielle; Tartisan étranger laisse une grande partie de son revenu dans le pays : tout son revenu -coût et une partie de son revenu net.
Les choses se passent ainsi dans toutes les industries, matérielles ou immatérielles. Un instituteur, on maître étranger vient-il élever ou instruire les cafiints du pays? Si les nationaux ne peuvent pas l'acquitter de cette mission, ou ne sauraient le Ure aussi bien, l'étranger ne peut être que bienvenu. Il donne au pays où il vient , le service de M connaissances, de ses principes, service pro-
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duel if en instruction, en capital immatériel. Il fait de ses élèves des hommes capables et les rend propres à être utiles un jour à leur patrie. La rémunération qu'il reçoit ne représente qu'une faible part des valeurs qu'il crée et qu'il donne au pays. Son revenq même est généralement dépensé dans le pays, et ce qui en sort en est une trop faible part pour entrer en comparaison avec ce qui en reste. Mais si les ser^^ices que cet étranger rend au pays pouvaient lui être rendus tout aussi bien et mieux encore par ses sujets, l'étranger leur enlève leur bénéfice , prive d'emploi leurs moyens et leur travail, et ce qu'il gagne n'est gagné qu'au détri* ment des nationaux. Et comme il y a toujours des dangers et des inconvénients graves à confier à des étrangers l'instruction des indigènes, un gouvernement n'agira que sagement en s'opposant à l'établissement des directeurs de pension^ des gouverneurs et des instituteurs étrangers qui viennent envahir son territoire.
Le service public nous conduit à des observations analogues. Toute politique saine ne peut, en thèse générale, que réprouver l'admission des étrangers au service public. Presque jamais ils ne connaissent leur pays adoptif aussi bien que les hommes du pays même. La langue leur en est peu familière et rien n'est plus ridicule que d'entendre des étrangers donner des ordres en martyri*
saut la langue dont ils se servent pour commander. Jamais ils ne peuvent s'approprier Tesprit, le sendment national , ces éléments de vie, ces expressions des besoins du peuple; car il n'est pas donné de comprendre ni d'apprendre ce qu'on ne peut que sentir. Le chaleureux patriotisme qu'on leur voit affecter n'est le plus souvent que du charlatanisme. Ceux qui se laissent prendre à de telles expansions ne sont que des dupes; car celui qui a cessé d'aimer son pays en aime difTicilement un autre. C'est en vain qu'on les aura comblés de bienraits, de richesses et de pouvoir : ils tournent leurs pas et leur cœur du côté où soufTle lèvent de la faveur. Tout en servant un nouveau pays y ils ne servent que leurs propres intérêts. Ils peuvent bien présenter des capacités peu ordinaires, des connaissances profondes et variées; mais un patriotisme sincère vaut bien des lumières et balance bien des capacités; s'il n'assure pas toujours le succès, il garantit de la trahison.
S*il convient d'excepter certaines spécialités qui ne se rencontrent pas dans le pays et qu'on fait bien d'attirer de l'étranger, en thèse générale, le service public est le patrimoine des nationaux , et le service des étrangers est une plaie politique et économique: économicpie, parce qu'ils enlèvent aux nationaux des postes et des traitements cjui leur reviennent de droit, et ne donnent au pays
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qu'un travail dont les nationaux s'acquitteraient souvent mieux; politique , parce que protéger les étrangers aux dépens des nationaux , c'est pousser ceux-ci à aller tenter la fortune hors du pays natal. Aussi dans presque tous les pays civilisés, la non* admission des étrangers au service public est-elle le sujet d'une disposition législative.
Les étrangers qui viennent dans un pays pour leurs plaisirs et leurs affaires , accroissent le revenu national de la totalité des dépenses qu'ils font dans le pays. Rome, une grande partie de l'Italie y les eaux ne subsistent que par les étran* gers. La Suisse, Paris même en retirent de grands bénéfices. A part les curiosités, les avantages et les agréments , on ne saurait assez faire pour attirer les étrangers. Une politique sage facilitera l'accès du pays à tout étranger inoffensif, éloignera de lui toute vexation et l'affranchira de toute formalité inutile.
•Les individus qui s'en vont à l'étranger font perdre à leur pays tout le revenu qu'ils dépensent au dehors. S'ils s'y établissent définitivement, ils enlèvent à leur patrie leur fortune, leur capital matériel et in^matériel, leui*s capacités, leur activité, et leur industrie s'ils en ont une. L'idée d'opposer des obstacles à ces émigrations s'offre naturellement, mais son exécution est presque im-
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possible. On ne saurait empêcher 1 émigration sans porter atteinte à la liberté individuelle, et les mesures qu'on prendrait dans ce but, souvent vexatoiresy seraient toujours illusoires. Si les liens de la naissance, de la parenté, des habitudes, de raflfectioD, si tout ce que contient le mot sacré de la patrie n*est pas à même de lier un lionmie à son pays, les ordonnances et les décrets n'y parviendront point. L'amour de la patrie ne se commande ni ne se décrète. Et qu a donc à faire un pays de ces enfants bâtards qui le renient ou qui y renoncent? Ils ne peuvent lui être qu'inutiles ou nuisibles. Qu'on les plaigne, qu'on ait poui^ eux de la pitié s'ils ne méritent pas le mépris, mais qu^on les laisse partir.
L'émigration n'est cependant pas toujoui*s condamnable. La force des choses, les circonstances peuvent arracher un homme à son pays. Son éducation, ses goûts, ses penchants qui n'ont pas dépendu de lui peuvent l'attacher à un pays étranger, où un séjour plus ou moins prolongé, des relations continues ont fait pour lui un cercle d'habitudes. Ses intérêts, ses afTaires peuvent le forcer à changer de domicile : il peut ne ])as trouver dans son pays les moyens d'existence* que lui offre le pays étranger. Le retenir dans ce cas ce se fait commettre un attentat à ses jours: car, comme l'a si bien dit Say, ce qui ne s'en \a }>as ]>cm* la
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porte de l'étranger^ s'en ira parcelle de la tombe. 11 y a plus : un gouvernement despotique et tyrannique peut faire fuir ceux de ses sujets qui ne sont pas faits pour être esclaves. La faute n'en est qu'au gouvernement lui-même, et son rôle dan» toute cette question doit être purement négatif. Pour se faire aimer, il doit se rendre digne de l'amour de ses sujets : il doit être bon , juste et éclairé. Cette première condition accomplie, il peut prétendre à rendre ses sujets meilleurs y mais il n'a pas à songer à prescrire l'amour. L'amour viendra de lui-même et sera d'autant plus efficace qu'il sera volontaire. 11 sera toujours temps de faire usage des peines contre les ennemis de tout bien, les ennemis de l'humanité.
La plus grande partie du revenu international se réalise par le commerce extérieur. Une nation exporte dés produits et en importe d'autres. Son importation solde son exportation , et vice versa. L'une est l'expression et le signe de l'autre, et l'une n'est ni plus ni moins importante que l'autre.
Ler rapport de l'importation à l'exportation constitue la balance du commerce. On l'appelle fa\fo^ niblcj lorsque l'exportation surpasse l'importation. H serait plus logique d'entendre tout le contraire par cette dénomination et d'appeler favoiable le surcroit de l'importation sur l'exportation, de la
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valeur reçue sur la valeur donnée. Comme il n*est fias conforme au bon sens ni à la nature des choses qu'une nation exporte plus ({u'elle n'importe, l'excëdant de l'exportation sur l'importation est censé rentrer dans le pays en numéraire. Aussi les partisans de la balance du commerce ne devraientils entendre par balance favorable que l'excédant de l'importation du numéraire sur son exportation. L'argent n'étant cependant pas une richesse par excellence ni un produit de préférence, tout le système de la l>alance est renversé de fond en comble. Toutes les fois que l'importation excède l'exportation , ou que celle-ci sjirpasse l'autre, on doit en conclure que le surplus a été donné en crédit, et que la nation qui l'a reçu s'est constituée débitrice.
En définitive, la nature des produits qui font l'objet du commerce extérieur est parfaitement indifférente pour une nation : elle ne doit préférer que ceux qui soni le plus demandés et le mieux rétribués, à ceux dont elle retire un revenu moins considérable. L'aident n'a sous ce rapport aucun avantage sur les autres produits, et son importation peut être plus défavorable ((ue celle de toute autre espèce de marchandise, (^est ainsi ((ue la Russie peut souvent avoir intérêt à tirer de la France des vins et des soieries, plutôt que des es|)èces, et t|ue la France peut trouver son compte
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à se faire solder en chanvre ou en cuir plutôt qu'en numéraire. Il en est de même des produit^ fabriqués: leur exportation n'est pas toujours plusavantageuse pour une nation que celle des produits bruts. Que la Russie exporte des peaux non préparées ou des bottes faites pour loo^ooo roubles, le résultat est le même, du moment qu'elle échange pour la même valeur chacune de ces parties. La distribution peut être différente, mais la conséquence est la même. Dans un cas, toute la valeur exportée peut revenir au propriétaire foncier seul; dans l'autre, elle peut se répartir dans une quantité illimitée d'industriels, de capitalistes et d'ouvriers ; mais dans l'un comme dans l'autre cas , c'est toujours f 00,000 roubles que la Russie donne pour 100,000 roubles.
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