‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 25 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la Division des Propriétés foncières.

Sous le rapport de la production ooinnie de ia distribution des richesses , sous le rapport de Téconomie politique comme de la politique, la petite propriélë est préférable à la grande.

On fait ordinairement valoir en faveur de la grande propriété, que ses capitaux sont plus considérables, que ses moyens d'essai, d'entreprise et d'amélioration sont plus vastes que ceux des petits cultivateurs; que les grands propriétaires ont des pâturages plus étendus, un bétail [)lus nombreux, de meilleure race et mieux entretenu. On les croit plus en état de faire face aux revers et aux mauvaises années. On leur attribue même généralement plus de connaissances spéciales, et Ton fait surtout ressortir que le revenu net des grandes propriétés est relativement bien plus considérable que celui des petites, tout en convenant que ces dernières retirent vu masse un revenu knil plus grand.

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La quantité des capitaux est indépendante de la division ou de l'agglomération des terres. Une très- vaste propriété peut très-bien n'être qu'un vaste désert , rester ^n friche ou être mal cultivée faute de capital. A chaque pas, on rencontre en Russie de ces grandes propriétés qui , parce qu'elles . ne sont pas pourvues d'un capital suffisant, ne rapportent rien ou coûtent plus qu'elles ne rapportent. Il est indubitable qu'une quantité de terrain, partagée entre plusieurs propriétaires, présentera bien plus de capital, de bâtisses, d'ins-^ truments aratoires, de bétail , que si elle était entre les mains d'un seul.

Les grands propriétaires ont ordinairement des goûts de luxe et d'oisiveté, et, au lieu de soigner leurs terres, ils vont dans les métropoles servir leurs passions ou celles des autres. C'est tout au plus s'ils visitent leurs châteaux pour la chasse ou pour le plaisir. Loin de posséder en agriculture des connaissances spéciales, ils n'en ont souvent aucune, et s'estiment fort heureux de trouver un intendant un peu honnête et intelligent , ou un fermier tant soit peu désintéressé.

Le petit propriétaire, au contraire, a toute sa fortune et toutes ses espérances, dans sa petite terre ; tous ses soins et tous ses efforts y seront nécessairement consacrés. Son bétail , moins nombreux que celui de son riche voisin , sera souvent

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coiDpanitivemeni plus nombreux pour le peu de terrain qu'il a à engraisser , et sera toujours certainement mieux soigné. Chez le grand propriétaire, il y aura plus de luxe et d'ostentation ; chez le petit, les dépenses seront mieux entendues.

Quant au déchet et au dommage , s'ils frappent paiement la grande propriété comme la petite, ils seront par eux-mêmes plus considérables pour la première y et c'est encore une question douteuse, que celle de savoir si le grand propriétaire a plus que le petit de quoi couvrir son dégât et réparer ses pertes. Les associations des petits propriétaires pour l'assurance mutuelle contre les ravages des intempéries , ne peuvent laisser aucun doute sur leur facilité à se soustraire aux revers.

A supposer même que le revenu net des petites propriétés soit relativement moins considérable que celui des grandes , leur revenu brut Tétant plus, elles sont nécessairement plus avantageuses à la nation qui vit sur son revenu brut.

La nation riche n'est pas celle qui a un petit nombre de riches , de grands propriétaires à côté d*un grand nombre de misérables; c'est celle qui aie moins de pauvres et le plus de gens aisés. La division des propriétés foncières appelle un plus grand nombre d'individus à participer aux richesses, et doit pour cette raison même être préférée à Tagglomération des terres.

Le morcellement des terres est aussi plus politique. Plus il y a de propriétaires dans un État, et moins il y a de prolétaires , plus TÉtat est assuré de son repos. Un propriétaire est pour ainsi dire attaché au sol de son pays dont il est toujours l'utile appui; les prolétaires , plus ou moins mécontents, plus ou moins turbulents, sont de ceux qui suscitent habituellement de graves inquiétudes au gouvernement. Depuis que la France a près de 2 5 millions d'âmes intéressées aux propriétés, les biens sont mieux garantis et plus à couvert des violations qu'a entraînées la révolution, lorsque le nombre des propriétaires était de la moitié moins grand. La Grande-Bretagne, au contraire, qui a cinq fois moins de propriétaires fonciers que la France, est peut-être à la veille d'un bouleversement (i).

L'inégalité des héritages, les majorats, les fidéicommis, les possessions de mainmorte, toutes les mesures qui protègent l'agglomération des terres ne sont donc pas compatibles avec les principes d'une saine économie politique.

Le servage modifie singulièrement la question de la division des propriétés. Le grand propriétaire à la rigueur laisse à ses serfs plus de liberté, plus

(i) Chaque famille de propriétaire a, terme moyen, en France, io 1/4 hect.; en Angleterre, 4a hect.

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de temps à eux et plus de movens d'améliorer leur position. Souvenl aussi il a plus de facilité pour les soulager dans leur misère. Si le petit propriétaire est plus assidu auprès de ses serfs. plus initié dans leurs besoins , et a parfois plus de soin d*eux en rapport de leur plus petit nombre, d'autre part, il cherche à en tirer tout le parti possible, et finit souvent par les ruiner complètement. En thèse générale, je crois que si les serfs des grands propriétaires ne sont pas plus riches que ceux des petits, la faute en est à eux particulièrement, ou, pour mieux dire, à leur condition qui lue toute espèce de prévoyance, d'industrie et de lèle. Si , dans fintérét du gouvernement , il esl bon de r^ler le maximum des serfs que peut posséder un seigneur, il est encore plus urgent, dans luitërét des paysans, d'en fixer le minimum. Le* jour où toutes les classes, sans distinction, seront admises en Russie à la possession foncière, les propriétés seront mieux divisées, les terres plus chères et mieux cultivées, le repos public sera mieux garanti.

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