CHAPITRE VI
De la PopiiktioL
La célérité avec laquelle s'est répandu le système de Malthus sur la population, égale la promptitude avec laquelle il tend vers sa chute. S'offrant avec plusieurs séductions d'esprit, telles que la nouveauté des idées sur un sujet d'une grande importance et d'un haut intérêt , la hardiesse des conclusions, il a été embrassé avec empressement par des esprits impressionnables. Hérissé de paradoxes, d'hypothèses, d'erreurs sur le fond, il n'a pu s'imposer aux hommes profonds et pénétrants; conduisant à des principes d'égoïsme, d'avarice et de cruauté, il a été repoussé tacitement par des cœurs nobles et généreux , et enfin il a été profondement ébranlé par des esprits hardis, éloquents et vastes.
Malthus posait en principe que les hommes tendent à s'accroître en proportion géométrique, et que les subsistances ne s'augmentent qu'en
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proportion aridimélique; i\ueu conséquence, la population tend constamment a surpasser ses moveiis de subsistance. Il attribuait le fait contraire , lorsqu'il a lien , aux obstacles qu'il appelait suppressifs et restrictifs. Il rangeait la famine, la peste et la guerre parmi les premiers, et mettait la diasteté à la tête des seconds.
Une population surpassant les moyens de subfistance étant une grande calamité, les obstacles restrictifs et même les obstacles suppressifs obtenaient aux yeux de Maltbus une haute valeur; il recommandait Tabstinence, et était prêt à bénir les guerres et les pestes. A son banquet de la vie, il a*y avait pas de place pour les derniers et les plus mal venus. Il demandait , dans la vue de diminuer la population , Tabolition des secours privés et publics, et concluait en proposant qu il fût publié une loi portant que lassistance des paroisses se* rail refusée aux enfants nés d'un mariage contracté plus d*un an après que cette loi aurait été promulguée, et à tous les enfants illégitimes nés deux ans après la même époque. « Il faut, disait-il, c désavouer publiquement le prétendu droit des « pauvres à être entretenusaux frais de TKtat i ]. » De pareilles conclusions auraient du scniles
^i) BCalthus, Essai sur li' priiinpe de itopulation , -i' r<l., t lu, p. 366.
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faire repousser ces maximes , quand même elles auraient été assises sur des bases justes; mais le système de Malthus péchait par le fondement. Quelle est donc cette proportion géométrique à laquelle il assujettissait l'accroissement des hommes? Il y aurait eu tout autant de raison de supposer cet accroissement encore plus considérable, puisque Ëuler concluait que la population devait doubler en la 4/5 ans, si les naissances étaient aux décès dans le rapport de 3 à i . W. Petti croyait que, dans certaines circonstances, le nombre des habitants pouvait doubler en lo ans, etPrees as^ surait que, dans certaines colonies de l'intérieur de l'Amérique, la population doublait en iSans: Malthus était donc bien modeste en n'adoptant que le terme de ^5 ans pour faire doubler la population. Certes, si Euler eût pu se douter des déductions auxquelles ses calculs abstraits devaient donner lieu , il aurait détruit ses tables qu'il n'avait faites que sur les données et l'invitation de Sûssmilch.
Mais où donc les hommes croissent-ils en proportion géométrique ? Aux États-Unis seulement , la population tend à doubler en 2 5 ans. En Angleterre, elle ne double qu'en 55-6o ans; en Russie en 4^9 en Suède en 100 ans, et en France en lao ans. Eh bien , en Amérique, la population n'a pas produit les calamités qu'on a cru devoir
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lui attribuer dans le monde ancien, et en Europe, raccroissement de la population est loin de se régler sur les moyens de subsistance; ce sont au contraire ces derniers qui s'accroissent bien plus que n^augmente la population. Je ne veux d'autre preuve de cette assertion que ce que dit Malthus lui-même, dans un autre de ses ouvrages. Selon lui , en Angleterre , de 1660 à 1700, le prix des blés a été en diminuant, tandis que les salaires ont été en s'élevant, et il n'est pourtant pas réiulté une augmentation proportionnelle de population. Le même cas s'est renouvelé en Ecosse pendant les 5o années suivantes. Le surcroît de ressources a amélioré le genre de vie et ne s'est pas fait sentir sur la population (i).
Où sont les preuves que les moyens de subsistance Décroissent au contraire qu'en proportion arithmétique? Les bœufs doublent en 10 ans, les moutons enôans, les porcs en a ans. Les blés quintuplent, les pommes de terre décuplent en une seule année, et le mais donne, année commune, i5o fan^ues pour un. I^s produits des manufactures, qui sont aussi des moyens de subsistance, d'existence ou de revenu , se multiplient bien plus considérablement encore. Qui peut évaluer toutes les terres qui sont encore en Triche par le
(1) Malthus 9 Principes d*éc(>n. polit., t. I*', p. ')6S-3G7,
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monde? Le commerce n'est -il pas à même de met* tre les ressources d*un paysan service des besoins d'un autre ? L'industrie humaine ne peut-elle donc pas pénétrer dans tous les pays et en utiliser toutes les parties? Qui peut prévoir toutes les perfections dont Tagriculture est susceptible dans son avenir? La seule suppression des jachères a doublé les produits de la terre. La France peut aisément nourrir une population cinq fois plus forte que celle qu'elle contient actuellement ; la Russie peut en renfermer une dix fois plus considérable, et Malthus lui-même dit, dans un de ses passages : « Je n'ai nulle peine à concevoir « que l'Angleterre, par exemple» moyennant une « bonne direction de l'industrie nationale, pjût, « dans le cours de quelques siècles, contenir le a double ou le triple de sa population actuelle, et ff que chaque individu y fut mieux nourri et mieux c( vêtu que ceux qui l'habitent à présent ( i ). » Le sol fertile du Mexique, selon M. Humboldt, pour^ rait,par un simple perfectionnement de la culture , nourrir une population dix fois plus nombreuse (a).
Eh quoi ! la subsistance ne dépend pas de l'honime, mais l'homme dépendrait de sa subsistance au
(i) £ssai, t. III , p. 297.
(2) Hiiiiiboldt, Essai politique sur la Nouvelle- Espagne, t. III, liv. IV, chap. IX, p, 89.
DISTRinUTION l)l-:S UICIIKSSKS. H If
point qu^il ue pourrait la mulliplier? Le blé, les nioutonset les porcs lui fei*aient donc la loi de ▼ie ou de mort , en tout temps et en tout lieu ? Il peut paraître plus piquant de dire que les moyens de subsistance règlent les naissances et le nombre des hommes; mais il est plus logi(|ue, il me semble, de dire que le nombre des liommes règle les moyens de subsistance ( i). Les liommes ne poussent pas comme les clioux et les carottes ; mais les choux et les carottes poussent conmie le veut
rhomme.
Demandez au bon sens , à ce génie de Tbumanité, comme Fa si bien désigné Gœtlie : Qui est-ce qui r^le la population? Elle dépend, vous dirat^ily de beaucoup de cboses à la fois et un peu de tout : des climats, des complexions, et certes aussi un peu des moyens de subsistance. Demandez-le, d'autre part, aux génies delà science, a J.-B. Say, par exemple; et vous obtenez pour réponse que bi population dépend des moulins, des toiles, des arbres... (a); en Hollande, de la toile; en Irlande,
(i) D*aprés Malthus, la pupiihition :»ornit, dans deux siècle», au moyens de subsistance dans le rapport de iSG à 9 , et de 4f096 à i3 dans trois sich-Ics.
Everett, au contraire, aniniir cpit* les inoycus i\v miLms- UiDce rroilront connue les uonilnc^ i, m, 100, 1000, (*t(-., lonqae la population croîtra roninn* 1, /, .| , H, v\r.
fa) .SaT, Cours, t. IV, p. 3*^8, 3'|i). ilr.
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de la pomaie de terre ; en INorwëge j du poisson !
Malthus croyait que la nation anglaise pourrait remplir à elle seule Funivers entier, et que, si on la laissait faire , elle peuplerait les myriades des astres qui tournent autour du soleil , et d'autres sphères encore. Mais deux harengs, deux simples harengs, d'après le calcul de G. Fontana, rempliraient en dix ans l'Océan entier, si on les laissait faire, quand même cet Océan occuperait toute la surface du globe.
Les familles les plus riches et les plus puissantes de l'Europe se sont éteintes, et certes personne ne s'avisera d'en attribuer la cause au manque de subsistances. Pour un couple riche, bien né, qui, après avoir longuement et mûrement discuté sur la question de savoir s'il va se donner un cheval ou un enfant, préfère le cheval à l'enfant, combien n'y en a-t-il pas d'autres qui se mettent au martyre pour avoir un enfant, sans jamais obtenir la réalisation de leur ardent désir? D'un autre côté, les pauvres se marient et se perpétuent avec une facilité si prodigieuse, qu'elle était devenue proverbiale déjà 'du temps des Romains, où l'on citait le prolétaire comme un modèle de fécondité. On dirait que le pauvre voit son seul salut dans le mariage, et sa seule consolation dans les enfants, qui, loin de l'appauvrir, sont souvent pour lui une ressource et un capital.
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Ce qu'il y a d'extraoïxlinaire dans lesvstèine de Hallhus n'est que de l'extravagance, et il viendra certes un temps où ce système n'existera plus que comme une relique historique , comme une de ces erreurs gigantesques dont notre science est si abondamment pourvue.
Quelques-uns voudraient substituer les mots de revenu et de capital aux moyens de subsistance de MalthuSy et dire que la population dépend du revenu et des capitaux ; mais ils ne sont pas plus heureux, car les naissances ne se règlent pas plus sur les revenus que sur les capitaux : pour un mariage déraison, il y a cent mariages, sinon d'indination, au moins de hasard, d'obligation ou d'essai.
Croître et multiplier est une loi de la nature pour les hommes comme pour les animaux , pour les plantes comme pour les pierres, pour tout ce qui vit ou existe, une loi qu'on ne peut méconnaître et qu'on ne saurait violer impunément. L'homme qui's'abstient du sexe se tue; celui qui satisfait ce penchant par des moyens contre nature se tue aussi ; celui qui J assouvit hors le mariage est triplement criminel, d'abord envers luimême qu'il démoralise, ensuite envers l:i femme qu'il perd, enfin envers les enfants qu*il voue à la honte et au malheur. L'homme naitpour don-
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lier le jour à des élres comme lui, et ne meuit que pour faire place à d'autres que lui.
On a trop souvent exagéré les maux qu'entratne à sa suite Te^Lcès de la population, et l'on a totale* ment perdu de vue les maux qui suivent le défaut 4e population : le manque de bras et le manque de travail, de la division du travail et des échanges, le manque delà production. La circulation des richesses n'est que lente et défectueuse 'dans une population clair-semée ; les communications y sont difficiles et rares ; les cités et les marchés' y sont en petit nombre et sans importance; la civilisation et la liberté y sont enchainées ou circonscrites. Voyez la Russie : les villageois y perdent des journées entières pour se rendre à l'église de leur paroisse, des semaines pour aller au marché, des mois pour aller à la foire, où ils ne font que des achats et des ventes qui se font ailleurs journellement et sur les lieux mêmes. La moitié des terres est en friche ou en jachère, ia culture est négligée faute de bras ; les métiers et les arts sont ambulants, faute de population et d'oocupation sufTisante. L'administration se voit obligée à des dépenses qu'elle ferait pour des popula* tions plus nombreuses, sans avoir les revenus qui résulteraient de l'accroissement des contribuables.
La première et la principale richesse nationale, c'est la population. Toutes les autres en découlent,
oe.se créent et ne subsistent que par les hommes et pour les hommes. T^'honimc est la source de tous les revenus et la cause première de toutes les richesses. On a beau rabaisser, il a toujours une valeur quelconque, ne serait-ce que celle du poar anglais ou du nègre esclave. Un peuple qui s*aocroU, s'enrichit; celui qui diminue, décline; et une population stationnaire est un signe et une cause de Timmobilité de la production et de la richesse.
Toutefois, personne ne peut mettre en doute lu possibilité d'un excès de population sur les moyens de subsistance, dans des circonstances et des pays donnés: la masse des indigents de tant de pays en est une triste preuve. Oui, il peut y avoir des hommes de trop, et il y a véritablement des gens qui auraient dû ne jamais venir. Oui, il n*y pas de place pour tout le monde au banquet de la vie; et ceux pour lesquels il nV a de place qu'à riiospice ou àThôpital, à la porte des églises ^ sur la voie publique ou en prison , ceux-là sont de trop dans le monde. Il y a des êtres malheureux pour lesquels la vie , loin d'être un plaisir ou une ressource, n'est qu'un triste fardeau; des cn- Gunls qui, loin de servir d'aide et de consolation à leurs parents, ne leur causent qu'un surcroit de misère et de chagrin; des êtres, enfin, qui no
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sont utiles à personne et qui sont à charge à beaucoup de monde.' Certes , leurs parents auraient mieux fait de ne pas leur donner le jour. Et pourtant la vie 9 quelque pénible qu'elle soit, a un attrait si puissant, que le plus malheureux serait en peine de dire s'il eût mieux aime ne jamais venir au monde , n'être jamais sorti du néant. Je conçois qu'on recommande l'abstinence aux pauvres, j'admettrais même qu'on songeât à l'exiger et à la prescrire , si l'on pouvait savoir d'avance le sort d'un enfant.
L'instruction publique, destinée à devenir de plus en plus éclairée et efficace, est un sûr remède contre l'excès de la population. Le pauvre sait parfaitement juger des inconvénients de la pauvreté, ou du moins les apprécie-t-ii mieux que le riche; l'amour des enfants, son propre intérêt, sauront balancer en lui le désir de la procréa* tion , quelque puissant qu'il soit. Il y aura de plus en plus des gens qui , pour ne pas donner le jour à des êtres plus malheureux qu'eux , pour ne pas empirer leur propre position, se refuseront le plaisir d'avoir des enfants.
On ne saurait pourtant proscrire le mariage et recommander le célibat. Le mariage est une des principales bases de notre organisation sociale; il relève l'homme, il lui assigne sa véritable place dans la société ^ comme il est le salut et le seul
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refuge de la femme. Jamais je ne sousci'irai à l'assertion d'Ortès, que l'abstinence volontaire du mariage chez lliomme est la pi*enve de la sublimité de son être et de sa raison. Loin de là, la géuéralisation du célibat a été de tout temps Tindice de la désoi^nisation et de la décadence des empires. Il a souvent été lefTet du vice et rarement une cause de vertu; or, le vice ruine les États , et la vertu les soutient.
Sous le rapport économique , le célibat n'est pas une économie , mais plutôt une cause et une source de dépenses et de dérangement de fortune; le mariage es t|un stimulant puissant du travail; le célibat est le compagnon de roisivclé, qui est la mère du vice; le mariage porle à l'épargne et repose sur la prévoyance, le célibat pousse à la dissipation.
Le célibat n'est pas même un obstacle à l'accroissement de la population , et les enfants des célibataires ne sont pas même, aux yeux de l'économie politique, mieux venus que les enfants légitimes. Les enfants illégitimes ne sont pas un remède contre la miscVc nationale, mais en sont, au contraire, les plus grands propagateurs, comme ils en sont les premières victimes. En Suède y pour i sur i6 qui ne \it pas du produit du travail manuel, il y a juste aussi i enfant illé-
gitimesur 16. Celte coïncidence est de nature à provoquer bien des réflexions.
Nonobstant tous ces raisonnements, Malthus s'aiarnie plus de la pauvreté que de la débauche, quMl prévoit comme une suite possible de sa co/itrainte morale (1).
La position du gouvernement à Tégard de la question de la population est très-facile, elle se résume encore une fois par ces mots : Laisser faire et laisser aller, ou bien ne rien faire pour ne pas mal faire. Partout où l-accroissement de la population est désirable, toute protection de cette augmentation est superflue. La force des choses et leur libre cours amèneront naturellement le développement de la population. Il suffira au gonvernement de ne l'entraver en rien et d'éloigner tout ce qui pourrait l'èmpécher. Les armées sont la ruine de la population ; elles arrachent au sol ou aux métiers les hommes les plus robustes et les mieux constitués, dans la fleur de l'âge et de la force; elle les rend inutiles et même pernicieux à la génération. L'armée est la source de la débauche et des maladies qu'elle répand dans le peuple. Les gouvernements sages et fermes sauront réprimer ce mal en attendant que la civilisa-
(i) Essai, t. III, p. 298.
mSTBIBL'TION DKS RICHESSES. 34U
lion de Funivers ait démontré toule ral)$ui*dilé de rentretieude grandes armées , prèles à s entrégoi]gerpour quelques mesquins intérêts^ en atten< dant que les peuples cessent de vivi*e pour se iaire du mal et pour sentre-détruire; qu'ils s'accoulent a ne songer qu au bien commun et à se consacivr les uns et les aulies à leur bonheur réciproque. Les cloitres causent aussi des pertes considérables à la population; rarement avantageux aux mœurs, ils leur sont souvent préjudiciables.
Eo ce qui concerne le cas contraii^e, celui où un pays souffrirait évidemment d'un trop plein de population , le devoir du gouvernement est le même que dans le premier cas : il doit se rentei^ mer dans unestiicte neutralité. II ne |)ourraitiaiiv ^u'un triste abus de son dit>it en s*immiscant dans les rapports intimes des familles , sans y être appelé ni consulté. Cet abus ne profiterait à pt^rsoDue et ne pourrait susciter que des embarras. Les particuliers sont des juges bien plus compétents que le gouvernement en ce cpii concerne leur position privée , leur fortune , leurs ressources présentes et leur espoir dans Tavenir. Le gouver* nementy en s'abstenant de toute intervention, se décharge de toute responsabilité pour h*s suites des liens contractés à la légère, et les individus n'ont à s'en prendre qu'à eux-mêmes âvs tristes résultats de ces unions inconsidérées. On ne peut
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donc que repousser la proposition d'exiger pour le mariage des garanties de moyens d'existence, qui, au fond , pourraient être souvent très-fausses , sans que l'administration eût les moyens de s'assurer de leur fausseté.
Les gouvernements ne doivent ni protéger ni empêcher les émigrations. Ils ne sauraient les empêcher mieux qu'en procurant à leurs sujets une dose de bonheur qu'ils ne sauraient trouver dans d'autres pays. La force des choses les secourt plus que ne saurait le faire toute défense d'émigration. Un homme ne quitte sa patrie qu'à contre>cœur et lorsqu'il y est réduit par la dernière des nécessités. Quant aux hommes dangereux et inutiles, leur émigration n'est pas une perte, mais est un gain et un avantage pour TÉtat. ^ais puisque ce sont rarement les meilleurs sujets qui quittent les premiers leur pays, ce doit être pour le gouvernement une raison suffisante de ne pas attirer les émigrés. Il agit même prudemment lorsqu'il refuse les gens qui ne lui inspirent pas de confiance.
Le défaut de moyens d'existence dans la patrie et la certitude d'en trouver à l'étranger sont une protection suffisante de l'émigration. Les gouvernements inquiétés par un trop grand nombre de sujets tâcheront de porter toutes les lumières possibles sur la question de l'émigration, de dissiper
kscimirsy les espérances cliîmérii|ues« ainsi quo les inquiétudes mal fondées, lis s\>pposei\>nt on oQtie à tout enrôlement forcé et trompeur.
353 UVBB TBOISIBIIE.