‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 33 sur 52 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De b Répijblique.

' De nos joiii*s les républiques ne sont guère de saison; elles sont plus ou moins discréditées, el on les croit assez généralement impossibles. L'intérêt personnel et la crainte peuvent entrer dans celte prévention pour quel(|ue chose : on ne veut pas se mettre mal avec le pouvoir et rompre tout à fait avec la royauté. Mais la conviction est aussi pour beaucoup dans cette opinion , et c'est elle seule qui doit nous occuper.

On croit les hommes et les peuples moins libres de nos jours qu'ils ne Tétaient dans

Tantiquité. La haine des tyrans et Tamour de la liberté paraissent avoir été plus enracinés chez les anciens que parmi les modernes. Machiavel attribue cette différence à celle des religions. La religion chrétienne recommande, il est vrai, la patience dans le malheur, la résignation à l'injustice, des vertus calmes et pacifiques, mais elle prescrit aussi la justice et l'équité aux souverains , elle ordonne de souffrir pour le bien , et ne s'oppose nullement à la consolidation de la libellé publique,

Eëtrce la vertu qui nou$ manque? Mais la verly es^ nécçissaire à tous ie$ Etats : ils se décomposeiit tous dè$ qu'elle s'en éloigne. Ou bien Êiut-il n'entendre avec Montesquieu , par vertu , que la frugalité, l'égalité et la pauvreté ? La frugalité des anciens était une vertu obligée, une co^équence forcée de leur pauvreté.

Quant à Id pauvreté elle-même , je ne pense nullement qu'elle soit une condition indis^ pensable de la liberté; bien au contraire, le pauvre dépend du riche, el qui dit riche, dit

indépendant : la ricliesse amène et consolide la liberté en assurant la propriété et en émancipant le travail. Quant à l'indépendance nationale, rien ne prouve que le riche n\ lienne pas autant que le pauvre, et il n'est pas vrai que celui qui n'a rien soil un meilleur soldat qu'un aulre; c'est tout au pluss^il est un hardi brigand : le courage ne se règle pas en raison inverse de la fortune.

Reste donc l'égalité. Elle était, sans contre* dît, mieux établie dans l'antiquité que de nos jours, et sa disparition a toujours entraîné la dissolution des républiques. Pour être égaux endroits, il faut, jusqu'à un certain point, Fétre de fait. Il ne s agit pourtant pas ici d'une égalité absolue : un mendiant peut être plus libre dans son vote qu'un fonctionnaire public. — L'égalité est une bonne et belle chose sous plus d'un rapport ; elle a bien des attraits et bien des séductions. LVgalilé des richesses rendrait impossibles toutes CCS discussions d'intérêt, ces discordes et ces procès qui touinien-

teut la société y ces brigues , ces menées et ces crimes qui ta souillent. Elle baunii^ak le vol el ferait régner forcément la moi*ale. Les hommes ayant moins de causes d'envie et de dispute, seraient plus étroitement unis pour te bien commun, pour le bien de TÉtat, qui en retire^ rait de graves avantages. Plus le cercle de Taotivité individuelle est circonscrit , plus s'étend celui de l'activité publique, et les eflforts des hommes se reportent nécessairement sur l'État. Mais d'autre part, l'égalité tuerait toute actl* vite individuetle, et cette activité produit soit* vent de grandes choses; elle détruirait les- richesses qui j à tout prendre, valent mieux que l'égalité dans la misère, et, à ce prix, Tégalité elle-même serait trop chèrement payée. H eo est de la richesse ù peu près comme de Fes-^ prit : répartie également entre tout le moode, elle deviendrait imperceptible dans la masse et s'annulerait en se divisant. £n outre, et c'est là une remarque aussi ancienne (|ue la science, l'égalité est la phis haute injustice

FORMES DE GOUVERNEMENT. ino

qiiaud elle rélribue le mérite el ractîvité à l'^l de rincapacité et de l'oisiveté. HeureiisemeDl que l'égalité extrême n'est i)as indispensable ni pour la république, ni pour la liberlë.

Od croit généi*alenient que les républiques ne sont faites que pour de très-petits États ; que les provinces éloignées de la métropole a^en émancipent trop aisément en passant sous le despotisme d'un seul. Mais ceci arrive dans tous les États indilTéremment, surtout lorsque les gouverneui*s des provinces réunissent en leut*s mains le pouvoir militaire au pouvoir civil. Si la république se perd en s'élendanty trop petite , elle reste trop faible , el serait facilement opprimée ou conquise, de manière qu'il n'y aurait plus de limites qu'on pût assigner à une république , et son existence serait impossible.

11 y a une auti*e raison <|ui rend les démocraties pures incompatibles avec les Liats trop considérables. Les assemblées {^énéiales du

peuple ne sont faciles que dans des villes ou des paya de peu d'étendue. Elles enlèvent Irùp de temps, et causent trop de pertes par toul où un déplacement trop grand condamné lesaf^r Paires privées à une trop longue interruption. Dans l'antiquité, les hommes libres abandonnaient aux esclaves le ^oin de leur maison et dé leur fortune. Le travail de Thomme libre se bornait à la part qu'il prenait aux aflatres de rÉtat. Aujourd'hui les choses ont changé , et les intérêts publics trouvent leur plus grand écueil dans les intérêts matériels des particu* liers. Les seconds absorbent presciue toujours les premiers , et l'indifTérence aux afTaires publiques est incompatible avec la république. Solon la punissait de l'infamie.

Le plus grand obstacle à l'établissement des républiques me parait être dans la liberté individuelle, que l'on considère généralement comme un bienfait des temps modernes , et à laquelle l'antiquité était essentiellement opposée. En effet, l'État doit prédominer sur l'in-

dividuy mais ce u'est que dans rintërét de la liberlé publique, sans laquelle il ne peut y avoir de liberté privée, el ce principe ne doit être étranger à aucune forme de gouvernement. Si lous sont esclaves, la liberté de chacun ne peut être qu'une dérision. Lorsque le corps est malade, les membres ne peuvent pas être sains. La liberté individuelle , dont on se pare tant de nos jours, n'est, le plus souvent, que de l'égoisme qui ruine la vertu, morcelle les forces, divise et affaiblit les intérêts et les tendances. La tyrannie même, pour le bien public, n'en est pas une, tandis que l'indépendance privée compromet la liberté publique, et mène droit à la tyrannie. Elle doit être réprimée dans l'intérêt de la liberté même. Puis il n'y a encore que trop d'entraves à la liberté individuelle dans nos sociétés actuelles, et la république peut comporter une lai*ge part de liberté privée.

Se gouverner soi-même est difficile pour un

n3 LIVRE PREMIER.

peuple lout autant que pour les individus; mais il est encore plus difficile de gouverner autrui. Mous sommes souvent les meilleurs juges de ce qui nous convient le mieux, et il y a des gens, comme il peut y avoir des peuples, qui se gouvernent par eux-mêmes mieux que d'autres ne sauraient le faire. Le gouvernement populaire a toujours cet avants^, qu'il est en paix avec lui-même, et dans la satisfaction de ses propres œuvres, car il ne tient qu^à lui de changer ce qui est ; tandis que sous un gouvernement monarchique, on s'en prend de tout à l'autorité , on exagère les maux , et on ne tient compte ni des obstacles ni des difficultés.

Le peuple est un tyran comme un autre, souvent plus cruel et plus aveugle, rarement plus circonspect et plus sage. Accessible à la flatterie , il en est avide autant qu'un monarque peut jamais l'être ; il a ses colères comme ses pré«jugés, ses prédilections comme ses antipathies. Loin d'être aussi éclairé qu'un seul peut l'être,

il est sujet à de plus graves erreurs ; il a les vices des individus, sans avcir leurs bonnes qualités, et en outre il a des défauts qui lui sont propres. Il est quelquefois plus facile à abuser, et il agit avec plus de précipitation : Thistoire nous en offrirait des preuves sSins fin. L'ignorance où le peuple d'Athènes se trouvait à F^rd de la Sicile, lui a fait entreprendre une guerre désastreuse; le sort do Milet n'a dépendu que de la vitesse de la galère chargée de révoquer l'ordre de sa destruction. Aristagoras, qui n'a pu surprendre Cléomène seul, parvint à tromper trente mille Athéniens. L'inquisition de Venise, le régime de la terreur en France, ont bien de quoi discréditer les républiques, quand même on devrait attribuer à la révolution la plus grande partie des massacres qui l'ont souillée. De peur d'être maltraités , les hommes de couleur ne votent pas aux États-Unis, et la liberté d'opinions y eiiste de fait bien moins que de droit. La y quiconque ne pense pas comme la majo-

rite, en subit. toute la tyrannie. Le peu(>ie , comraé une mer inconstante et orageuse, une" fois qu'il est mis en mouvement, ne se calme^ que difficilement. Aujourd'hui il court avec ses chefs au Capitole, demain il les précipitera*, d^a rouae Taipéienàe, ou les exilera part Tostracisme. I.*es crimes desrots sonèipeul-étné? plus nombreux que ceux des peup)eà;«ais/le! pouvoir dés premiers a eu plus de durée; el^ si la politique peut apporter :des perfectîonili^ ments à la république y les constitutions nei peuvent que réconcilier l'avenir avec lai nio«** narehie^

Le peuple^est un mauvais juge ;ila cohiiaii/sauce el l'application des lois nesauraieiitiétre) farailièresà là multitude. S6Qboo sens estrlbiit) au plus apfce à disicerner lesi faîtsyet à diécideé> s'ils ont réellèBieitt: eu lieu: Le- pourvoir juéi^.: ciaire ne peut donc être cohGé au peuple què> pour l'apprédation des faits. Les crimes pud^^ litiqnes ne doivent pas être de sa compétence ^ étant souverain, il est partie, iltiepeut être

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JDge. Le crime de lèse-nation est aussi riche en atrocités que celui de lèse-majeslé.

Le pouvoir exécutif ne doit être confié qu'à des gens spéciaux et expérimentés ; le peuple n'a le temps que d'ordonner ou tout au plus de surveiller l'exécution de ses ordres. Le pouiroir législatif est le seul qui lui soit propre.

La multitude est plus à Tabri de la corruption qu'une minorité quelconque ; mais un roi absolu l'est plus encore, si c'est possible, et les magistrats populaires, sortant des classes ind^ntes, sont plus sujets à la vénalité. Jugiirkha n'a pas emporté de Rome l'opinion de Pjrrrhus; il n'y a pas trouvé de Fabricius , et, pour un Aristide, Athènes avait un Thémistocle et un Alcibiade, et Sparte elle-même a eu des Lysandre et des Pausanias.

Deux esprits valent mieux qu'un seul, mais la proportion ne s'étend pas à des milliers d'esprits. Les règles des mathématiques ne sont pas celles de la politique. Le banquet où chacun apporte son plat ne vaut pas toujours

mieux que le repas d'un particulier, comme Ta prétendu Aristote. Le mérite vaut mieux que le nombre , et, dans les démocraties, c'est le nombre et non pas le mérite qui gouverne. Le système représentatif adapté aux repu* bliques, peut éviter bien des abus, aplanir bien des difficultés, éloigner la masse ignorante de la participation directe aux affaires , rendre possible le gouvernement démocratique dans des pays vastes , appliquer enfin les règles d'une sage politique à l'administration publique, mais il ne pourra ni établir le pouvoir exécutif, ni le coordonner avec les deux autres pouvoirs, aussi bien que le fait la monarchie constitutionnelle.

Les chefs de la république sont électifs, et ne conservent leur pouvoir que peu de temps. De là, plusieurs avantages et plusieurs inconvénients. L'inamovibilité du pouvoir, surtout lorsqu'elle s'unit avec l'irresponsabilité, endort et rend insouciant le chef de l'État, ou

bien elle en fait un tyran. L'éligibilité, au contraire, produit une digne émulation , tant parmi les prétendants au pouvoir que parmi ses dépositaires. L'effet est surtout immanquable, lorsqu'il peut y avoir réélection. On ^eul se faire regretter, ou désirer et conserver, comme on veut aussi illustrer son passage au pouvoir par des faits éclatants et glorieux , par une administration juste, éclairée et une gestion désintéressée.

On se demande souvent doù vient c|ue le nombre des grands hommes dans lantiquité a été plus considérable qu'il ne Test de nos jours. Il serait fau\ de croire que notre race se soit abâtardie, comme il n'est qu a moitié juste de supposer qu'en s'élevant par lu civilisation, elle soit arrivée à une sorte de niveau général, et que les lumières, en s'éteudant, ont ^alisé les intelligences et rendu la prépondérance beaucoup plus difficile. Le génie et les grands caractères ne perdent rien de leur importance en s'alliant avec Tinstruction. I^s

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instilulions seules ont rendu les illustrations moins fréquentes en rendant l'accès au pou* voir moins facile , en le concentrant dans les mains d'un seul et en lui concédant Télection des fonctionnaires. Le peuple s'acquitte mieux de cette mission quelessou verains^car il est plus à même de connaître les hommes , se trouvant avec eux dans un contact plus immédiat et plus fréquent. On se méfie d'un prince ; on ne peut se garantir de la surveillance de tout un peuple, qui pénètre les moindres qualités et apprend les plus petites actions d'un homme, et c'est là souvent qu'est la juste mesure de sa valeur. Le gouvernement d'un peuple se rapproche beaucoup de celui de la famille : un bon père sera généralement un bon chef. Ii'homnoe cruel ou injuste envei*s ses enfants le sera encore plus avec ses concitoyens ; M le fi\t*il qu'envers ses domestiques ou ses animaux , il le sera de même envers ses subordonnés. L'homme prévenant et obligeant pour les petits ne sera fier qu'avec les grands.

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L'homme courageux dans les événemenis de diaque jour le sera iDfailliblement aux yeux du public ou en présence des grandes assem«>

Hais y d'autre part, I élection amène toujours des inlrigues, et le peu de durée du pouiroir ne permet pas à ceux qui l'exercent d'acqnërir la oonnaissance et l'expénence néces-^ sures à la conduite des affaires publiques. L'enifie même de s'illustrer que ressentiront les chefs peut engager le peuple dans des guerres inutiles ou désastreuses, dans des entreprises ruineuses, partout où la constitution o'y met pas d^entraves. Le changement des diefs de l'État est toujours suivi de celui d'un grand nombre de fonctionnaires; et si c'est là mi inconvénient sensible, même dans les monarchies constitutionnelles, où ne se remplacent que les ministres, il est bien plus déplorable dans les républiques, où le cliangenient atteint le chef de l'État lui-même. Il est vrai qoe, sachant d'avance à quoi ils doivent s'at-

lendre^ les employés disposent loiil pour leur retraite et leur rentrée dans la \ie privée; mais leurs intérêts personnels^ comme les intérêts de l'État , ne laissent pas de souffrir considérablement de cette instabilité. A tout cela, on peut objecter que les menées des par* tis constituent la vie politique du peuple; qne leur assigner une arène, un but, une époque fixe y c'est les régulariser; que la tyrannie grandit à l'abri de l'indifférence populaire pour les affaires publiques; que les intérêts privés ne font, de gré ou de force, que servii; les principes qui ne peuvent vaincre sans combattre; que les connaissances politiques sont de nos jours à la portée de tout le monde; que le génie d'un élu vaut mieux que l'expérience d'un chef à long terme, sans parler de l'incapxité et de l'ignorance d'un héritier imbu de préjugés, ou d'un enfant dans les langes; que l'élection , la destitution et le déplacement des fonctionnaires, peuvent être répartis entre plusieurs corps ou pouvoirs, aiusî

que cela se fait, eiilre autres, aux Élats-Dnis, où la distribution des emplois est abandon- Dee au président, mais soumise à la confirmation du sénat; qu'enfin il est plus logique de chercher à placer la capacité au sommet du pouvoir que de s'appliquer seulement à paralyser rincapacité des monarques par des chartes; que le principe de Télection, une fois reconnu juste et utile, ne perd rien en sVtendant au chef de l'État.

Mais les factions ne sont pas un bien ; elles sont plutôt un mal, surtout lorsque, dépassant les moyens légaux , elles ont recours ii des moyens condamnables, à la corruption ou aux violences. L'indifTérence pour les affaires publiques n'est pas autant à craindre que Pambition qui dévore les hommes , et les pousse au pouvoir par des voies indignes et au détriment des intérêts les plus graves.

Le pouvoir exécutif doit être puissant, et « sa durée, a dit M. de Tocqueville, est un premier élément desii puissance: on ne crahu

oi on n'aime ce qui ne doit pas durer longtemps. » Le même auteur nous apprend que rapproche de Télection du président amène aux Étals-Unis une apathie et une indiffërence dans le pouvoir exécutif qui ne peut être que funeste.

Quant à la régularité et à Tunité d'un 8yti«tème trop conséquent avec lui-même, elles ne sont pas nécessaires dans un édifice aussi compliqué que le gouvernement d'un grand pays. Il est même bon que le principe de l'élection s'arrête devant le chef de l'État, que les brigues et les menées ne montent pas jusqu'à la cime du pouvoir, que tout plie devant le prince et rentre à sa voix dans le devoir. Inamovible et irresponsable, il doit veiller sur les ressorts qui font mouvoir l'État, les contenir les uns par les autres, régler leurs fonctions respectives , et maintenir l'ordre et la liberté en empêchant les empiétements d'un pouvoir sur l'autre. L'organisation du pouvoir exécutif a toujours été l'écueil des démo-

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cralies. S'il est trop faible, la macliiue gouvernementale fonctionne mal; trop fort, il compromet les intérêts populaires. Rome, daoft les temps de danger, a du créer des dictateurs investis d'un pouvoir royal, et les républiques italiennes, de peur de l'usurpation, appelaient des étrange]*s au commandement de leurs armées. La nionarcliie constitutionoelle évite tous ces périls: son clief tient un juste milieu entre trop et trop peu de force.

Reste le nom de roi qui cho(|ue la susceptibilité des républicains; ils voudraient l'abolir avant tout , comme un souvenir odieux , comme un reste inutile de l'ancienne monarchie, et donner de nouveaux noms à des choses nouvelles. J'avoue que je ne partage nullement leur aveugle prévention, et je mets la chose avant le mot, l'essence avant la forme. Je n'ai, au fond, de prédilection pour aucun titre; président ou dictateur, protecteur ou stathi«uder, roi ou empereur, |>eu inim-

porte : pourvu que la liberté et la prospérité du peuple soient assurées, j'adopterai tel nom qu'on voudra. Mais on ne rompt pas avec le passé aussi facilement qu'on le croit; ici il est même inutile de le faire, comme il serait éga-' lement impolitique de contrarier les habitudes ou les préjugés de l'étranger, dont l'influence n'est jamais à dédaigner. Il est absurde de risquer la chose pour le mot , de mettre tout en jeu pour un seul nom. Il est même bon de conserver le litre de roi , ne serait-ce que comme un reste de la vieille royauté, un soii^ venir de son omnipotence passée et l'exprès* sion de la limitation présente de son pouvoir ; il est bon de réconcilier le peuple avec ce nom, plus imposant qu'odieux , et qui ajoute à sa puissance un prestige, et lui donne un titre au respect qui ne peut que renforcer l'autorité du pouvoir exécutif, sans compromettre nullement les libertés du peuple.

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