CHAPITRE IV
GoDcIusioD des chapitres précédents. Maxioies géiiéidk.
La perfection n'est pas donnée à riionune; elle est l'œuvre de Dieu. Les gouvernements que nous venons dépasser en revue sont loin d*étre parfaits; ceux qu'on pourrait trouver à l'avenir ne le seront pas non plus. Les passions humaines viendront toujours démentii' les plus sages prévisions, renverserou oorronn pre les meilleures institutions. Si , laissant lu la réalité, nous voulions nous élever dans le domaine de l'imagination, nous trouverions peut-être quelque chose c|ui ressemblerait à la perfection, niaisqui serait certes dénué d application pratique, un jeu dVsprit plus ou moins
piquant et utile, mais qui, au fond, ne serait qu'un rêve.
Pour qu'une monarchie absolue fût parfaite, il faudrait qu'elle eût pour chef un dieu; la république illimitée demande des vertus qui ne sont pas communes parmi les hommes. Le gouvernement représentatif est le meilleur de tous , parce qu'il se base sur les faiblesses humaines , et , supposant l'erreur naturelle , cherche à l'éviter dans le contre-poids des .passions, des intérêts et des forces.
Pour qu'un gouvernement soit parfait ^ il faut que le peuple le soit , et plus les hommes sont imparfaits, bruts ou corrompus, moins vaudra le gouvernement qui les régit. Mais les hommes parfaits n'ont pas besoin de gouvernement , parce qu'ils ne font rien de mauvais; et tant que les hommes seront mé^ chants , il existera des gouvernements qui ne seront pas beaucoup meilleurs que les peuples. Aussi , après tout , n'est-ce pas le meilleur gouvernement qu'on doit se proposer comme le
dernier but de ses reclierclies ; on doil plulot songer à rendre inutile tout gouvernement, en rendant les hommes meilleurs.
On croit généralement que le meilleur gouvernement est celui qui est le plus analogue aux mœurs et aux lumières d*un peuple, qui est le plus conforme à son état de civilisation. Ceci ferait que la plupart des pays se Irouveniient posséder en réalité le meilleur gouvernement dont ils soient susceptibles. L'Allemand est rêveur , spéculatif par sa nature; il aime une existence tranquille , et préfère la vie de famille à la vie publique , la pensée à l'action. La monarchie sei*ait donc le gouvernement qui lui convient le mieux, surtout lorsque ses monarques seraient des philosophes. La Russie est le pays classique du despotisme. IjB Suisse est le fover des libertcrs déniocratiques. Quoi qu'on en dise, les mœurs y sont très^pnres, dans les parties au moins qui n'ont pas subi l'influence corruptrice de l'étranger.
1^ frugalité y est la compagne naturelle de la pauvreté. L'ÂDgIeterre est le berceau du gou* vernement constitutionnel ; la discussion publique y est naturelle : jamais assemblée n'y manqua d'orateurs. La monarcbie constitutionnelle est encore la meilleure république pour la France. L'Espagne est moins heureuse, précisément parce qu'elle ne s'est pas encore identifiée avec la Forme du gouvernement qu'elle a emprunté. Les États-Unis sont dans une position toute particulière. Là sont venus s'établir^ dans un pays nouveau, des hommes riches d'une expérience politique qu'ils ont pu sans peine appliquer à leur nouvelle patrie. Appartenant à une seule classe, à la classe moyenne, ils étaient égaux en richesse comme leurs enfants le sont encore en instructioD. L'aristocratie foncière n'a pu s'y établir, parce que les terres y étaient immenses et les boiihmes en petit nombre , et que les lois sur l'héritage l'ont em{>échée depuis. La misèi*e n'y a pas encore piis racine, et le bien-être y e&L
FORMKS DE GOIVERNEMEM. Hi9
encore aisé à acquérir. I «es émigrants trou vèi*ent donc en Amérique table rase pour leurs plans, et purent les établir à leur aise et ti pn'on. Telle est au moins Fopinion que M. de Tocqueville a énoncée dans sa Démocratie en /tinérique. D'autres, plus démocrates, ne partagent pas son a\is; ils ne voient pas que des hommes purs dans les puritains qui les premiers sont venus en Amérique; ils croient que* la conquête, la royauté et lanstocratieontici, comme ailleurs , présidé à la distribution drs terres. Enthousiastes du gouvernement des États-Unis , ils pensent que les institutions seules de ce [)ays ont rendu les hommes meilleurs et ont privé la richesse de toute influence politique , à tel point qu elle y est plutôt un obstacle qu'un secours l\ IVIévalion aux hautes dignités de Tintât. — O qu'il y a de certain, c'est que les Etats- Dnis, se trouvant isolés de toute influence étrangère, n'ayant ni invasion à craindre, ni guerre probable à sonlenir, leur éloigiiemenl
même leur donnant de trop grands avantages sur les puissances européennes, leur pouvoir exécutif a pu être plus faible que dans Fan* cien monde, et la royauté n'y était pas de ri* gueur.
De tout ceci on déduit que le bien et le mal soiDt relatif ; que ce qui est bon dans un cer* tain temps et un certain pays, peut éire im* possible ou impraticable pour d'autres; que tel mode de gouvernement enfîn qui convieni à un peuple peut très-bien ne pas convenir è tons. Les Iroquois et les Sandvricbiens ne sauraient que faire d'une constitution. Les Calmouks et les Tatares se querelieraient au lieu de discuter, et prendraient les coups de poing pour les ipeilleurs arguments. La presse ne pour^ rait guère prospérer dans les pays du bambou et des veines. Dans un pays où la civilisation est à naître, où l'instruction politique n'a pas encore vu le jour, il ne faut, pense-t-on, se reposer que sur leslumières des princes, et les parlements n'y sauraient être qu'un embarras. Un gouver*
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nement absolu qui a pour chef un monarque eicdlent^pourraétre infiniment meilleur qu'un gouvernement constitutionnel avec des ministres incapables ou des chambres corrompues. Un gouvernement nouveau, dit-on, ne vaut pas un gouvernement ancien , et le meilleur est celui qui s'est développé naturellement par la marche du temps et des événements. La liberté serait un mauvais don à faire aux peuples heureux dans l'esclavage, s'il était vrai qu'on pût retirer un vrai bonheur de ce régime. H faut de la vertu pour la liberté , et elle ne prospère pmm étiez des peuples corrompus. Une copie dn gouvernement vaut rarement un original. On ne sait dire quel est le peuple le plus à plaindre, du peuple qui est au-dessus de ses institutions ou de celui qui leur est inférieur. On pense qu'il ne suffit pas de transporter les lois d'un pays dans un autre, si l'on ne les fait pas suivre des hommes pour qui elles sont faites et de ceux qui les font exécuter, et qu'il est par consé<juenl très-rarement
lion d'emprunter les lois d'un autre peuple. A en croire M. de Tocqueville, ie Mexique, pour avoir adopté la constitution des États» Unis y est ballotté entre l'anarchie et le despo» tisme militaire.
Je suis loin de partager toute cette manière de voir. Quelque justes que soient ces raisonnements , il faut bien se garder de leur accor* der une foi entière. Quelque sensé que soîile principe de la conservation, il faut se garder de fermer à clef la porte du progrès et de la perfectibilité. Les règles du vrai, de Futile et du juste ne se modifient pas sur les temps et les lieux , elles restent immuables à travers les siècles et les distances. Partout et toujours l'absolutisme est une mauvaise chose el Iq liberté en est une bonne. Une charte , si défectueuse qu'elle soit , vaut mieux que l'absence de toute garantie du peuple. 11 vaut mieuji imiter les bonnes institutions d'un autre peu-i pie , que de conserver les vices originaires des siennes, et de persister dans de vieux abus.
Quelque anglaise que soit la constitution de h France , elle vaut bien mieux que son ancien r%ime , et l'on s'est partout bien trouvé de Fadoption des lois romaines , du système administratif et judiciaire de la France. Un peuple a beau être inculte, il saura bien trouver des individus qui le représenteront dignement auprès du gouvernement; leur bon sens saura discerner le bien et le mal dans une foule de questions y opposer des entraves à Tarbitiaire, et trouver même des remèdes aux embarras du pays. Si les institutions doivent saccommoder au peuple, le peuple peut et saura se façonner à ses institutions qui , à leur tour, feront son éducation , de même que les bonnes lob rendent les hommes meilleurs. Ainsi voiton la civilisation arracher parfois la liberté de la presse; mais la liberté de la presse pourrait plus aisément et plus sûrement encore faire nattre la civilisation.
Tel peuple, tel gouvernement. Quand des
raiUioDs d'hommes se laissent tyranniser .par un seul j on a tort de ne s'en prendre qu'à lui : un autre en aurait fait tout autant, peut^re même plus à sa place ; mais il faut dire que ce peuple est un troupeau qui n'est pas digne d'être mené autrement. Un gouvernement sera toujours tel que le peuple le veut et le mérite. Quand on ne peut rien sur lui par la force , on s'y prend par la douceur; car, quoi qu'il en coûte, on aime mieux bien gouverner, que de ne pas gouverner du tout. Il en est des hommes comme des animaux, des hommes pris en particulier comme en masse. Il y en a qui ne supportent pas les mauvais traitementa, qui meurent sous les coups , quand ils ne peuvent pas faire mourir leurs oppresseurs. Il y en a d'autres, au contraire, qui ne marchent que sous l'impulsion des coups.
La meilleure constitution d'un peuple cat-ia constitution naturelle. Les chartes ne seront que des mensonges, des chiffons de papier sans valeur, partout où le peuple n'a pas en
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aoi^Hiéme la force de maintenir leur validité. Le peuple, au contraire, qui connaît son droit et est assez fort pour le faire valoir et respecter. D'y Terra jamais porter atteinte. La crainte èa ch&timent éloignera toute tentative de ce §eun. Le droit naturel est de toutes les chartes k plus com{rfète et la plus belle : elle est écrite dans tous les cœurs et a le ciel pour protecicvr. Avec un peuple mûr pour la liberté, les mauvais rois sont impossibles, et les mauvaises mathutions deviennent bonnes par Tusage qdVin en fait. Les lois anglaises sont restées à peu près telles qu'elles étaient il y a des siècles, Tapplicaiion seule en a changé, et on ne se res- S0M que médiocrement de leur imperfection. Les meilleures lois et les meilleures institutions nt servîrotit k rien à un peuple éorrompu. On les éludera , on les laissera dépérir. Chez un peuple libre, un tyran ne trouvera ni bourrcÉux ni victimes.
La prospérité d'un peuple n'est point une
dhose définie d'une manière absolue. Elle con-
siste dans la satisfaction que clmcun a de sa position^etellepeutse trouver sous un rëgîme \icieux , comme elle peut manquer sous un gouvernement plus parfait. A. cet ëgard, les sauvages sont peut-être plus heureux que les peuples policés y car ils n'ont ni la connaissance d'une position meilleure, ni le sentiment de leur nullité.
L'homme est une créature bien feible et biao malheureuse. Il n'est jamais pleinement content de son sort. Il a toujours un mieux devant lui qui le trouble tant qu'il ne l'a pas atteint , et qui ne le satisfait pas lorsqu'il y est parvenu. L'horizon de ses souhaits s'étend à mesure qu'il avance; un désir à peine accompli ^ est aussitôt remplacé en lui par un autre, et l'insatiabilité le réduit à un état de tourmente perpétuelle. Il est de sa nature de ne jamais se complaire en sa destinée. Esclave, il veut la liberté; libre, il regrette l'esclavage ou ambitionne le commandement. Il n'y a pas jusqu'à l'homme instruit lui-même qui ne soit parfois
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porté à envier l'ignorance , qui se présente à Un sous l'aspect de rinsoucîance et du repos. Nous tournons toujours dans le même cercle \icieux. k peine avons-nous renversé la monarchie et établi la république , que la liberté nous accable de son poids et que nous nous donnons au premier tyran venu. Nous marchons au hasard et à tâtons, et nous cherchons en vain une lumière qui nous guide. Nous avons condamné la tyrannie, et la liberté ne nous satisfait pas, car elle aussi a ses travei*s. Elle ne détruit pas le désir de commander et fait oublier l'art d'obéir. L'égalité ofTense ceux qui ne veulent être que des supérieurs, et révolte ceux qui ne peuvent être (|ue des inférieurs , car l'égalité absolue n'est (|u'une chimère; et encore la liberté, tout imparfaite qu'elle est, est bien loin d'être assurée. — « La deslinalion de l'humanité, demandai-jeunjour à Charles Rotteck, n'est-elle pas la liberté? — La destination de l'humanité, m'a-t-il répondu, est de toujours tendre à la libeiié el de nv jamais l'aneiiidrr.»
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Mais si Ut perfection n'est pas le lot de l'humanité j la perfectibilité doit être rol>jet constant de ses recherches.
Il y a deux espèces d'immoralité dans les peuples : celle de la licence et celle de l'esclavage. La première ne reconnaît aucun frein a ses passions, n'a rien de sacré , veut tout saper pour se faire une part , non de liberté réelle et de véritable indépendance , mais de jouissances plus ou moins matérielles. La vraie morale est pour elle un mot vide de sens; elle a l'immoralité pour effet et pour principe. A ses yeux, la religion est un reste de fanatisme, une faiblesse d'esprit; l'ordre et la paix, un obstacle à ses vues; le gouvernement^ uu abus, un monopole; l'obéissance, un pré»
jugé.
L'esclavage démoralise l'homme aulant que
la licence, et présente les mêmes atrocités sous des formes plus rudes et plus dégoûtantes encore. L'esclave immole tout à son maître:
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rhouneur est pour lui un mot sans valeur , sans signification; les liens de famille sont trop faibles pour mettre un frein à ses pendiants grossiers. Sous le régime de Fesclavage, OD u'ose ni plaindre ni pleurer un frère, on sacrifie son fils même du moment qu'il devient compromettant. Il n'y a pas d'infamie et de vilenie auxquelles on ne se prête pour parve* nir. L'esclavage n'est pas même dans l'intérêi des despotes, de ceux au moins qui veulent conserver à leur État de la force et de la durée, incompatibles avec Tindignité que produit l'esclavage.
Dans l'un comme dans l'autre cas, la société est désoi^anisée dans sa base, et TÉtat est au bord de l'abime. La licence et Tesclavage sont les deux abîmes contre lescfuels on ne saurait assez prémunir les peuples. Lordre, la libertr et la prospérité sont aussi peu dans un extrénir que dans l'autre , dans la licence aussi peu (|ur dans l'esclaxage. 1^ \rair liberté est un composé de devoirs autant r|uc de droits, ri, poui
rinviolabililé des droits , il faut le saint accomplissement des devoirs.
Il y a trois moyens de gouverner les hooK mes : la crainte , TamotTr et la persuasion. Ls crainte, administrée en doses convenables, est un très-bon spécifique contre le désordre; mais donnée en doses trop Ibrtes, elle compromet la vie même de FÉtat, en empêchant la libre circulation de ses éléments, et en privant de la liberté de fonctionner ses membres et ses oi^anes. La peur est un bâton qui, s'il ne fait fuir y retient et corrige. La crainte, loute-pui»* santé sur des peuples sauvages , est aussi indispensable pour les peuples civilisés : c'est le frein qui les maintient dans l'obéissance et dans l'ordi^e.
L'amour est un moyen de gouvernement applicable aux peuples barbares] tout aussi bien qu'aux peuples cîvilisés ; mais c'est là un moyen plus difficile et parfois moins efficace. Ce qui inspire l'amour aux uns excite la haine
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des autres, et ce qui indigne ceux-ci flatte ceux-là. H est impossible de se faire aimer de tout le monde y et s'il n'est pas excessivement difficile de plaire au plus grand nombre, il est souvent impolitique de le rechercber; car ce sont rarement les plus nombreux qui sont les plus forts, les plus influents et les plus à craindre. En outre, l'amour est un sentiment îaconstant;souvent il abandonnecelui qui tient ses promesses pour celui qui ne fait que promettre davantage. Il est moins facile de l'appliquer aux grandes nations qu'aux petites, qui se rapprochent plus des familles.
De tous ces moyens, le meilleur est la persuasion. 11 est principalement l'efTet de la civilisation : pour la brute il n'y a de persuasif que les coups. 11 faut deux choses pour régner par la persuasion : rendre le peuple apte à apprécier les mesures du gouvernement, et faire que ces mêmes mesures soient dignes de l'approbation du peuple. Le gouvernement qui doute de ses capacités peul seul songer à rr-
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tenir Je peuple dans rabrutissement, qui n'est nullement une garantie de Tordre : l'ignorance fait trouvent plus de mutins et de rebelles que le raisonnement. Un homme qui raisonne est plus difficile à gouverner qu'une brute; mais il est plus doux et plus beau de commander jà des hommes éclaires, et c'est la une tâche d'au«> tant plus honorable qu'elle est plus difficile. La civilisation véritable ne détruit pas robéia* sauce , mais l'affermit : elle ne fait que la circonscrire dans les limites des convenances et du droit.
Mais si aucun de ces moyens pris isolément ne peut suffire , leur réunion doit produire un meiUeur résultat, et c'est a la fois par la crainte, par l'amour et la persuasion qu'il faut r^^r sur les hommes. La fusion de ces trois éléments est bien difficile : la crainte , poussée trop loin, exclut l'amour et inspire la méfiance; le jour où elle devient humiliante, elle provoque la haine. L'amour sans la crainte compromet l'o-* béissance. La persuasion seulesauveet concilie
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Tun et l'autre de ces principes ; elle établit l'ordre en dëmontrant la nécessité de la soumission à la loi et au pouvoir qui est appelé à veiller sur elle.
Un gouvernement doit gouverner le moins possible. Cest une machine comme une autre, dont les ressorts s'usent par un usage trop assidu ou trop violent. Sa maxime générale doit être d'abandonner au soin de l'activité individuelle tout ce qu'elle peut produire par ellemême. La puissance est son capital : il doit s'en montrer le plus économe possible. 11 ne doit intervenir que lorsqu'il y est appelé, que lorsqu'il y a un danger réel, ou que le bien qu'il se propose., et dont l'utilité lui est démontrée, ue peut se faire sans lui. La manie gouvernementale a toujours caractérisé et constitué la tyrannie. I^a liberté individuelle est le bien le plus sacré et le plus cher aux hommes. Sa consolidation comme son développement doit éln? un des objets principaux de l'Ktat, la mission
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essentielle du gouvernement. La tyrannie la plus révoltante est celle qui violente les personnes. Les intérêts privés ont accompli plus de bouleversements , ont été les mobiles de plus de révolutions que les intérêts publics. Les petites causes ont souvent produit de grands effets. Cest donc surtout les petits intérétsque le gouvernement doit se garder de léser, parce qu'il n'y peut gagner que fort peu, tandis qu'il se compromet beaucoup et peut se faire des torts infinis. Mais il y a loin de la manie réglementaire à l'inertie et à l'insouciance , et le gouvernement doit suivre une juste mesure entre ces deux extrêmes : ne jamais descendre dans la lice des intérêts privés, mais aussi ne laisser échapper aucune occasion de faire le bien et de servir les intérêts publics. Il doit tendre à se rendre inutile; il doit élever le peuple et l'habituer à marcher seul : c'est à la fois faciliter sa tâche et affermir sou pouvoir. Un gouvernement n'est jamais inutile au point d'être superflu, et son inaction lui assure sou-
vent plus de durée qu'une tracasserie perpétuelle et une surveillance inquiétante. Le gouvernement étant un mal nécessaire , il doit se restreindre y s'efTacer et se rendre invisible. Se voir et se sentir toujours gouverné est humiliant pour les peuples comme pour les enfants. Il suit de là qu'un gouvernement doit être sobre de défenses. Le péché est venu au monde par le fruit défendu.