‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 35 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des Révohtions.

Trois causes amènent les révolutions : Tabus de la force, la faiblesse du gouvernement, et l'imperfection des institutions sociales.

Quand la coupe est pleine, elledëborde; quand la mesure des iniquités est remplie, les liens qui unissent les peuples aux chefs sont brisés. Le contrat social est rompu , quand une des parties contractantes dépasse ses droits ou ne satisfait pas à ses obligations. Or, le droit du gouvernement est de gouverner, mais son devoir est de gouverner selon les lois de la nature ou les conventions passées avec les sujets; le devoir du peuple est

d^obëir, mais ce n*esl qu'autant qu'on ne lui demande rien de contraire à son droit.

Le contrat social n'a pas besoin d'être une charte; il peut être écrit dans les cœurs de tous les hommes, ne consister que dans les lots du bon sens et de la nature , et c'est là ■ême de toutes les chartes la plus sacrée et la plus inviolable. Les gouvernements n'ont pas été institués pour leur bon plaisir, mais bien pour le bonheur des peuples , et lorsqu'ils gouvernent dans leur intérêt particulier, qui n'est pas celui de la plus grande masse , ils ne peuvent que mettre contre eux le plus grand nombre des citoyens qui, de mécontenta, deviennent rebelles et presque aussitôt agresseurs. Lorsque les gouvernements ne reml^iasent par leur devoir, ils se départissent de leurs droits et dispensent le peuple du devoir d'obéissance et de soumission .

Gomme c'est presque toujours le peuple qui investit le gouvernement de son autorité, celuici ne s'en trouve que le dépositaire , et le |)eu-

pie est le maitre suprême du pouvoir, qu'il peut retirer ou déplacer à son gré. Du moment que le pacte a été librement contracté, il peut être librement dissous : le pouvoir peut abdiquer, et le peuple peut rompre avec le pou* voir. Quant au gouvernement qui se sentit imposé de force ^ il peut être renversé par la forc€;et périr par Tarme dont il s'est servi lui* même. Si le pouvoir reste slationnaire ou tombe en décadence, tandis que le peuple grandit , il se dissout de lui-même. Le jour où il ne convient plus au peuple, il doit néces* sairement faire place à un autre.

N'est-ce pas là, dira-t-on, légitimer la rë* volte que de donner au peuple le pouvoir de défaire les gouvernements à son gré? Mais à quoi servirait-il de le lui contester, fr'il peut s'eD emparer au besoin ? La force suprême est un argument sans réplique. On ne peut appeler d'un peuple qu'à Dieu, et la voix du peuple est celle de Dieu. Si je voulais parler le lan* gage de Hegel, j'aurais dit que ce qui est puis-

smt est moral , et que ce qui est moral est paissant) comme il a dit que ce qui est réel eit rationnel > et que ce qui est rationnel est wUL Dantf ce sens, la puissance suprême est Morale, et tout fait accompli est légal. Si Ton eoDoèdeau gouvernement le droit de s'établir al de M soutenir par la force, ne faut-il pas aoGcyrder au peuple le droit de renverser le poavoMr par la force? Heureusement pour les gouvernements, un peuple ne se soulève pas tous les jours comme un seul homme, et^ malheureusement pour les peuples , les gouvernements se soutiennent encore longtemps Wft€A qu'ils sont devenus impopulaires.

Toutefois, il faut désirer que les gouverneiMBls soient le plus stables possible. Eutre deul maux, il faut choisir le moindre. Or, l'anarchie, qui serait la conséquence immédiate des bouleversements continus, est pire que les vices mêmes des gouvernements légitimement établis. H fout souffrir ceux-ci et réprimer ceux-là. La prospérité des nations ne peut être

établie sur le volcan des révolutions^ qui engloutit peuples et souverains; et puisque les révolutions ne peuvent former Tétat normal des nations , leur principe j tout en existant de droit, doit être circonscrit de fait; Tespril révolutionnaire doit être comprimé, dans l'intérêt du peuple, par le peuple lui-même. Une fois le pouvoir réparti , il doit être maintenu dans les mains de ceux auxquels il a été confié.

Les nations elles-mêmes se sont peu à peu dessaisies de leur droit de révolution , .orsque, n'écoutant que leur instinct de conservation / elles ont voulu perpétuer le pouvoir dans Iqs familles, où elles ont choisi leur chef, et Font rendu héréditaire. Elles Font, de plus, sagement entouré de force, de puissance et de faste,' pour le mettre à l'abri de toute atteinte; et , lorsque enfin elles ont voulu se donner des gan* ranties contre les abus, elles ont respecté le faite du pouvoir, et n'ont fait peser la respon* Habilité que sur des ministres.

Que les fonctionnaires soient donc responsables de tout le mal qu'ils commettent ou qu'ils soulTreut; que les mauvais rois ne trouvent pas d'exécuteurs de leurs mauvais desseins; mais que le cri : «A bas les rois, i> soit remplacé par celui : «A bas les révolu lious. » Qui pourrait mesurer la profondeur de leurs maux ? Les liens de la société sont brisés ; dans les moments d'effervescence générale, toute voix est étouffée, toute retenue est oubliée, le carnage est suivi de la désolation; et alors même que le gouffre révolutionnaire se ferme sur ses victimes, la mer populaire est longtemps encore remuée par l'orage des passions. Ce n'est pas assez que d'abriter l'État contre les abus. du pouvoir, il faut surtout le soustraire aux passions bien plus dangereuses du peuple, et le fortifier contre ses atteintes.

Malheureusement les révolutions sont indispensables dans les États comme dans la nature entière, et souvent, pour être plus efficaces, elles doivent être plus terribles. Les

Itl LIVRE PREMIER.

gouYemements sont sujets à des égarements qui provoqaeDtrefTervescenœ générale^ el qui ne se répriment que par les bouleTersements publics; les ciloyens sont sujets à la désobéissance et à la révolte.

L'injustice bouleverse Thomme dans son Cor intérieur y le blesse dans la moindre de ses fibres ^ et produit sur lui tous les effets du délire ; elle suspend la hache sur toutes les t^Msa; elle jette l'inquiétude dans tous les cœurs ; et ^ la paix en étant une ficus bannie, le tumulte amène la révolte. Un acte injuste , qui est resté impuni, en provoque aussitôt d'autres ^ qui, n'étant pas réprimés , sont suivis de nouveaux et dg plus violents. Le gouvernement a uo compte courant chez le peuple, qui enr^;istre ses bonnes et ses mauvaises actionS| et,loni* que ces dernières surpassent de beaucoop les premières , le crédit du gouvernement est détruit; le peuple patiente bien encore, mais l'orage s'amasse dans l'ombre, et éclate un jour à b grande surprise du gouvernement

weiiçle, qui fie demande d'où il vient. H ne nent que de lui ; lui seul est la cause de tous les aiauK qu'entraîne la révolution. C'est son injiMtioe qui a rendu les hommes méchants, qui leur a appris leur force, qui les a poussés à en user, et même k en abuser. Les rois, qui ne voient dans leurs sujets que des révolutionnaires , et ne s'aperçoivent pas de leurs propres torts, subissent la loi commune: ils voient k paille dans l'œil d'autrui, et ne voient pas la poutre dans le leur.

La désobéissance , de son c6té, est l'injusliœ des sujets , et produit des maux presque semblables ; elle est l'arme du faible, et lui est awBÎ naturelle que l'abus de la force l'est au pouvoir ; elle est même moins condamnable, parce qu'elle est souvent une conséquence fiwcée de l'état précaire du sujet, auquel elle sert en quelque sorte de dédommagement. La désobéissance mène droit à la révolte, et pro* duit des révolutions tout autant que l'injustice des gouvernemculs. Ou doit sarmer contre

l'une aussi bien que contre l'autre ; recommander la docilité aux uns, l'équité aux autres; ces deux principes se soutiennent mutuellement, et, religieusement respectés, assurent le repos et le bonheur publics.

Quelque penchant qu'ait un peuple aux révolutions, c'est bien moins lui que le gouvernement qui les produit. La raison en est simple : la rél>ellioaest punie de mort ou de prismi; les abus du pouvoir présentent plus de teoliH tions que de dangers. On échappe plutôt à la justice du peuple qu'à celle des tribunaux^ On gêne, on opprime, on étouffe, on tracasse le peuple pour le plaisir de le faire, pour essayer sa force ; on se fait un jeu du pouvoir , de celte arme à deux tranchants, de cette machine formidable, jusqu'à ce que le peuple se soit fkil de l'air par lui-même, et en soit venu à se faire un jouet du pouvoir. Entre le peuple et le gouvernement , le plus révolutionnaire est sou*vent ce dernier.

L'air et le grand jour est, pour les peuples

FORMES DE GOUVERINEMËNT. 2l.>

comme pour les plantes, la première condition de la \ie. Une cordiale entente entre le pouvoir et le peuple est le salut du gouvernement, et, pour y parvenir, il faut une pleine confiance et des concessions réciproques.

Les révolutions sont les peines infligées aux gouvernements; mais, comme toutes les peines , elle» n'atteignent pas tous les coupables, et n'intimident pas les grands criminels. I^urs leçons, si terribles qu'elles soient, ne sont pas efficaces pour tous. Le pouvoir, toujours amoureux de lui-même , est confiant par sa niiture, et porté à croire que les révolutions, qui ont eu lieu dans d autres temps ou dans d'autres pays, ne se réaliseront pas sous son rigne. Quant aux bons souverains , ils n'ont besoin d'autre enseignement que de celui de lénr devoir et de leur conscience.

Les gouvernements portent seuls la responsabilité des abus que provoquent les révolutions, comme de tous les maux qui les suivent. Plus elles sont affreuses, plus ils doivent cherclier

il leftf^révenir^ Oo les empêche^ en éloigoiot tout préiexie de mécontentemeot , en gourer* oaot selon les préceptes de la morale , dudretl et du devoir, selon les lois de Téquîté el de la sagesse. On les prévient par des réfonnes aft* gement combinées , par des concessions habilement ménagées. Les peuples grandissent^ €t les hommes mûrs «vetrieut être autrement rég» que des enfants; les peuples civilisés doivmit être gouvernés autrement que des sauvages^ Le ppuvoir doit donc se régler sur les néeea* sites des temps et des circonstances, (oéderÀ temps une partie, pour ne par perdre le toiity sacrifier de bon gré quelque chose, pour .np pas se voir enlever plus par la force, qui» aoe fois abandonnée à elle-même, ne comiatt|4lia de frein, et s'arrête difficilement dans sas esM^ gences. Les besoins du peuple se trahiiseiit p«^ des demandes ou deaplaiateSf l^^gou^r^rnapi^^t prêtera l'oreille aii^ unes et mxx AutPM^ sgura di&cerner la gêne véritable des ^lammr^ déi)ué«s de fondemept, les besoin» impéiwm

des demandes eu^^érées ; il remédiera aux uns et fera taire les autres.

Les petites amëliorations sonl en général fadkmeot accordées, mais les grandes reformes le font toujours attendre. Il est si dur de transiger avec le peuple, il est si doux de rcv en maitre absolu , qu'on ne se prête pas tant à des concessions. H parait humiliant, dangisreiix même , de céder à des inférieurs ; car y une fois que le peuple a obtenu une chose, Uen demande une autre, étend et régie ses prétentions sur les concessions qu'on lui fait; et œ qui n*est que sagesse et prévoyance de la part du gouvernement, peut passer pour de k fidblease aux yeux du peuple. Tout cela fait q«e les réformes ne saccordent que devant nne force majeure, et, imposées par la nécesûlé, elles perdent tout le caractère de concesvolontaires, et d'une libre générosité.

révolutions, avons-nous dit, s'accomplîfifient ausai par la faiblesse du gouvernement .

218 UVHE PREMIER.

Lorsque des intrigants ou des ambitieux s^'etu* parent du timon des affaires, sans y être appela par le vœu national, il y a là une usurpation, une simple substitution des gouvernants qui ne peut s'opërer que grâce à la fai* blesse du pouvoir. Un gouvernement qui ne sait pas étoufler une révolte à son germe, et faire avorter la révolution, ne recueille que les fruîla de sa faiblesse , s'il se trouve débordé par elki. Mais, dans le cas où une révolution est ^e^ venue nécessaire, et se voit comprimée par la force , ce n'est là que partie remise. Tant qu'on n'aura pas ren^édié aux causes réelles du mal-' aise, la révolution reviendra tôt ou tard à.l» chaire, qu'on n'en doute pas, avec des forew plus imposantes, et se rendra maîtresse detoute résistance.

Les révolutions ne s'attaquent pas seule* ment aux monarchies ou au despotisme^ dleii sont propres à tous les gouvernements. Le peuple, il est vrai, ne s'insurge pas contre lui-^méme , mais les pauvres consptt*ent contre

les riches, et les riclies contre les pauvres; œux qui sont exclus du pouvoir, contre ses dépositaires; la minorité contre la majorité, ei vice versa. Chacun peut conspirer contre la liberté publique et tendre au pouvoir suprême. Les hommes sont partout et toujours les mêmes y ambitieux , jaloux et turbulents, mécontents et avides. Si la monarchie doit se garantir contre les démagogues, la i*épublique doit se prémunir contre les tyrans. La démocratie est même plus exposée aux révolulions que les autres formes de gouvernement , parce qu'un seul s'empare plus aisément du pouvoir que tous ne parviennent à la maturité nécessaire pour se régir eux-mêmes, ou à la concorde nécessaire pour renverser le gouvernement. On complote toujours contre le pouvoir quel qu'il soit; le Faible conspire toujours contre le fort , et cherche à suppléer à la force par la ruse. La force , trop confiante, opprime le faible et finit par se perdre d'elle-même. Cest au pouvoir a user de sagesse et d'habileté

pour déjouer les complots^ pour étudier les partis et les factions , pour se guider sur le mouvement du progrès dans les différentes classes de la société , pour parer aux abus et complaire aux exigences.

Les révolutions émanent du peuple, du pouvoir on de l'étranger. Les dernières, imposées par la force ennemie, conservent toujours un caractère odieux qui compromet leur durée. Le pouvoir ne produit de révolutions qu'a acm profit; il use plutôt de la ruse que de la foroe, comptant sur le temps plutôt qu'il n'a recours à des coups d'État.

La troisième cause, et la source principale des révolutions, est Fimperfection des institutions sociales et le malaise des peuples. Les

gouvernements n'y peuvent souvent que peu de chose ; le temps et les lumières peuvent seuls beaucoup. En France^ les restes du système féodal n'ont pu élre renversés que

pnr fai révolution ; ailleurs, les fruits de oetle mkae révolution ne pourront être la ooosé» quence que d'autres bouleversemeots; car il oTest pas probable que les gouvernements les préirienneut. L'égalité devant la loi y la liberté dea opinions y une juste répartition des droits et des impôts sont à la fois beaucoup et peu de diose : beaucoup pour ceux qui ne les possè« dent pas^ peu de chose pour ceux qui les ont. La misère accable les hommes y et pourra donner lieu à de grands bouleversements, si ron n^ remédie à temps. Si Ton ne trouve pas les moyens de faire subsister le peuple légalement, il pourra un jour les conquérir parla force. La propriété est, de nos jours , concentrée en trop peu de mains, ou bien disséminée en parcelles trop insuffisantes. Le riche fait la loi au pauvre, et la fait parfois cruelle et aveugle. Cest une tyrannie comme une autre, qui verra un jour sa fin. Après le règne de la bourgeoisie, devra venir celui du peuple, et ii sera sévère, si celui des classes actuellement prédominantes

321 LIYBE PREMIER.

ne devient pas plus indulgent, plus circonspect et moins ëgoîste. Si Ton né s'entend pas, si Ton ne s'associe pas à temps , d'une manière ou d'une autre , si l'on ne pourvoit pas à la subsistance des classes nombreuses de certains pays, la propriété courra de grands dangers. Après les révolutions politiques viennent toujours les révolutions économiques, et elles sont tout aussi funestes si l'on ne les prévient pas.

ÏJVRE SECOND

De la succession au trône.

Dans les monarchies, le roi ne meurt pas, le tn)ne ne doit jamais être vacant; c'est un bien national qui ne doit jamais manquer de dépositaire. S'il peut être à propos parfois de restreindre les successions privées, il est toujours bon de porter à son entier développement le principe de Tliérédité du trône, par-

tout où il a été consacré et adopté pour base de roi^oisation sociale.

Pour une monarchie, le plus grand danger est Tabsence de Théritier de la couronne : eUe ouvre une large voie aux passions , aux désordres et aux révolutions. Ce n'est pas dans Fintérét de la dynastie , mai* hien dans celui de l'État qu'on doit maintenir et perpétuer sans interruption 9 dans la (amille régnante, la succession au trône.

Dans cette vue , on marie les princes jeunes, et quels que soient les dangers et les chaînes inséparables d'une nombreuse famille de princes, rivalités, intrigues, guerres civiles, dépenses toujours excessives de leur entretien, on préfère tom ces niconténients à eelut bie» plus grand dont aurait à souffrir le pays, si le trtkm devenait jmnais vacant. Les discordes, leâ li* vadftés peurent être prétemtes parule^ êng» ci fmniuftble& lois sur la succession au trône ^ pat une bonne éAfcation des prinots; les cliatges peuvent être dimiMiéw par des dîa*

positions économiques dans les lois du budget et de la liste civile. Les princes des lignes collatérales peuvent être investis de fonctions plus ou moins hautes, dans l'État ou Tarmée. Lenrparentéavecleroi leur donnant un facile accès auprès de lui^ exercera une salutaire influence sur les branches de Tadministration qui leur seront confiées ; appelés h les étudier à fond y ils instruiront le chef de l'État des abus, et des besoins du pays.

(Test encore pour éviter toute vacance au tr6ne, qu'on le rend accessible aux femmes. Si les femmes ont moins de tète y elles ont toujours plus de cœur que les hommes , et c'est souvent par le cœur, plus que par la tête, qu'on gouverne le mieux. Dans les monarchies constitutionnelles, où la prérogative des rois est plus ou moins circonscrite, le règne des femmes est plutôt un avantage qu'un inconvénient : trop d'énergie produisant souvent trop d'empiétements sur les droits du peuple.

Les mœui's dissolues de quel(|ues reines de

n6 LIVRE SECOND.

TEurope ont trouvé leurs défenseurs et apo* logistes, qui sont oiéme allés jusqu'à dire que le règne des amants de la reine est le meilleur de tous. Sans partager à cet égard leur conviction, nous pouvons dire que la civilisation, l'opinion et la morale publiques répriment de plus en plus les mœurs des reinesf leurs égarements peuvent surtout être prévenus par des mariages opportuns et bien assortis.

La position du mari de la reine est une position délicate; mais comme il ne manquera jamais apparemment de prince d'assez bonne volonté pour ambitionner ce rang, quelque sul>ordonné qu'il soit y il n'y a pas grand mal à retourner l'ordre de la nature et à soumettre, une fois, le mari à la femme, ou au moins à la constitution du pays , dans l'inlérét même de la nation.

En général, il est bon toutefois d'éloigner le plus possible les femmes du trône; de u^ les y appeler qu'en cas d'absolue nécessité ,

POLlTlQtE INTÈRIEIRK. 157

qu'à Tabseoce lolaie d*héritiers mâles, même ks plus éloigués.

Toujours en vue de ce principe de la noninlemiption dans la succession au trône, on doit bâter, autant que possible, la majorité du roi. On a plus de latitude à cet égard sous un régime constitutionnel que sous un gouvernement absolu j les inconvénients d'une majorité précoce étant en rapport direct avec retendue du pouvoir.

Toutefois , les événements viennent souvent déjouer toute prévision et exposer le pays aux dangers des interrègnes. Aussi la régence est un point qu'on doit régler d'avance.

Entre une mèi-e et un oncle, les raisons de préférer l'un à l'autre sont presque égales, et la liberté du choix peut être laissée entière à la loi. Une mère a plus de soins, d'amour pour son fils; plus d'envie de lui rendre la tâche facile et de lui préparer un règne heureux. L'intérêt personnel d'un régent est souvent en

opposition avec celui de son pupille, et Tusur-

palion lui est plus facile. Il aura plus de peine à renoncer au pouvoir, auquel il aura pris goût; il voudra conserver^ à toute force, une influence sur le prince devenu majeur. Qu'on ait lieu ou non de regretter son administration , sa présence pourra être importune. Un conseil de régence y avec un simple président, le plus proche parent du mineur, paraît être ce qu'il y a de moins dangereux. Sous ce rap* port encore, le gouvernement constitutionnel est le meilleur, en tant qu'il empêche les principaux abus de la part des régents.

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