‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 39 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la religion dans l'Etat

Il n'y a pas de principe plus avoué en théorie, et dont on s'écarte plus en pratique, que celui de la tolérance en matière de religion.

Les dogmes qui n'ont pour eux d'autres moyens de persuasion que la force brutale, pèchent par la base, n'inspirent ni foi ni amour, et se discréditent par le moyen même

dont ils se servent pour triompher.

La force compromet souvent la cause qu'elle est seule à servir, et si elle vient à manquer, la cause est perdue. La violence ne peut rien sur la vérité ni sur les convictions. Imposer de force une foi, c'est faire des martyrs ou des

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hypocrites. Si le christianisme s'est fait pUis d^adeptes que rislamisme, c'est précisément parce qu'il a usé de moyens {Micifiques, de moyens moraux et intellectuels; tandis que Tislamisme n a eu recours, pour pro|>ager sa foi, qu'à la conquête, sans avoir les moyens d'assurer sa victoire.

La religion est encoi*e le plus grand bien des hommes, et vouloir les en priver, c'est s attaquer à ce qu'ils ont de plus sacré et de plus cher, c'est se faire de grands ennemis, pour ne recueillir, le plus souvent, que des résultats équivoques ou déplorables. Le sort des peuples assujettis est assez pénible par lui-même, pour nepasl'aggraverenleur Àtant le seul bien qui puisse leur servir de consolation. Leur laisser, au contraire, la libre profession de leur foi, c'est les réconcilier avec leur infortune et leurs oppresseurs; c'est leur rendre le joug moins pénible, et se faire, à soi , la tâche de la domination plus facile. On peut , il est vrai , prétendre, avec plus de succès, à détruire la na-

tionalité d'un peuple soumis, en proscrivant sa religion; mais celle prétention est impie, et son exécution est une barbarie qui ne peut même pas trouver de justiGcation dans le fanatisme et la bigoterie, ces vices des païens ou des ignorants; car ce n'est même pas alors llntérét religieux, mais simplement une atroce politique qui sert de mobile à cette persécution.

Aussi la religion n'a-t«»elle, le plus souvent, servi que d exctise à des persécutions politiques, ou même de prétexte pour dissimuler des causes moins nobles encore. Ainsi jadis on persécutait les Juifs pour leurs ricliesses, comme on les pei*sécute aujourd'hui pour leur misère. Alors on voulait s'emparer de leur avoir, et maintenant on craint qu'ils ne s'enrichissent aux dépens des chrétiens. — « Lais* seK«les venir, disait Pierre P'', qu'ils s'essayent avec les nnens. 0 -^ Laisse2&-les venir, pourrait dire un antre souverain , afin qu'ils deviennent meilleurs, en trouvant oh reposer leur tête.

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l^e jour où le mépris public et la persérution politique cesseront d'élre le lot des Juifs, ils ae relèveront de leur abject ion et écbappe- ■"ont à leur condamnation. Le jour où ils auront des droils véritables et égaux à ceux des nationaux, ils s'en rendront dignes, et rivaliseront avec eux dans la voie du bien. Pour quelques sujets méprisables, les Israélites présentent des hommes remarquables en tout genre. Peu de nations i*éunissent la diversité et la per* fection des talents, au point où on les trouve cliez les Hébreux, et leurs facultés prendront une meilleuredirection, quand on sera devenu plus humain el plus chrétien envers eux. Lorsque la clémence aura paciGé les |)euples, les lumières concilieront ce qu'il y a d'antipathique dans les Religions, et les bons procédés tendront de plus en plus à convertir les Juifs. Rien n'est plus ini politique que de se priver gratuitement de leur industrie. Les peuples qui ont usé de tolérance envers etix« ont eu maints sujets de s'applaudir dv

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rhospitalitë (jirils leur ont accordée. Les sciences et les arts, le commerce et Tindustrie en ont retiré de notables avantages. La musique et les lettres citent plusieurs illustrations d origine hébraïque; la banque est devenue surtout la spécialité dans laquelle ils ont de tout temps excellé. Les états peu peuplés ont une raison de plus pour bien agir envers les Juifs qui viennent s'établir sur leurs terres. Il Fatit surtout ne pas perdre de vue que, pendant que les Juifs rivalisent avantageusement avec les chrétiens dans des carrières honorables, ceux-ci ne leur laissent rien à envier sous le rapport de la fourberie et de la fraude.

J^ royaume de la religion n'est pas de ce monde. Si ce peut être là une raison pour que l'Etat ne s'immisce pas dans les affaires de l'Église y c'en est une plus encore pour que l'Église ne se mêle pas des affaires de l'État. La juste séparation du pouvoir sacerdotal et du pouvoirtemporel est sans contredit la plus

grave et la plus difficile question de tous les t<mip6. Elle a divisé le inonde pendant des siédeSy et n'a pas encore obtenu de solution complète. 11 y a là plus qu'un principe de politique; il y a toute une difTérence de religion. Ainsi les états catholiques conservent encore une grande part , dans le gouvernement , au pouvoir spirituel ; tandis que les états protes*» fanis le soumettent complètement au pouvoir temporel.

Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est àCésar, tel doit être le principe dirigeant dans la part à faire à chacune de ces deux puissances.

Le pouvoir religieux est un quatrième pouvoir dans l'État y le pouvoir moral, qui, pour le moins, doit conserver une importance égale k celle des trois autres. L'Église et l'État doivent se soutenir l'un l'autre, se compléter, ^éclairer réciproquement, se contrôler et se modérer l'un par l'autre. Il y a despotisme, lorsque le temporel règne sur le spirituel»

comme il y a abus lorsque l'Église usurpe le pouvoir séculier; il y a déchirement et désordre lorsque l'Église et l'État se disputent le pouvoir. Le salut est dans une juste répartition de l'autorité entre eux^ dans leur utile émulation à travailler au bien commun. L'État doit surveiller l'Église; l'Église doit exercer une influence morale sur le gouvernement. L'un et l'autre doivent empêcher les abus qui pourraient se commettre de part et d'autre. L'Église et l'État doivent être indépendants, chacun dans sa sphère particulière^etse soumettre l'un à l'autre, dans tout ce qui est du ressort et de la compétence exclusive de l'un d'eux.

Les dogmes religieux sont du domaine de rÉglise seule. Ils ne peuvent être contrôlés par l'État que pour ce qui le touche de près, et ne doivent être soumis à aucune répression quelorsqu'ilsempiètentsurlepouvoirtemporel.

L'Église est un sanctuaire inviolable pour l'État. I^ discipline intérieure , la juridiction sur les membres du clergé , la distribution des

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charges ecclésiastiques, ia censure des livres religieux, doiveul appartenir à l'Eglise. L'État u'y peut réclamer qu'une part subordonnée. Il ne doit veiller qu'à la discipline extérieure, qu'à l'exercice des di*oils civils du ciei^é. Il ne peut revendiquer la juridiction des clercs, que pour les délits profanes; il ne peut se réserver que l'approbation des élections ecclésiastiques; c'est tout au plus s'il peut prétendre au choix entre des candidats proposés par l'Église.

L'État doit en outre protéger l'Église; il doit maintenir le respect dû à ses actes, le libre exercice de ses rites et coutumes. D'un autre côté, il doit garautir les particuliers contre les chicanes, les offenses, qu'elles partent de la chaire ou de la presse, et contre les actes arbitraires de toute espèce, de la part des prêtres. La protection accordée par l'État à l'Église ne doit cependant jamais aller au point de lui assurer la domination exclusive sur les autres pi'ofessions.

Pour que ie ctei*gé soit indépendant , il faut qu'il jouisse d'une position matérielle assurée. Si ce n'est pas à l'État à salarier le clergé, il est bien pins inconvenant de le faire rétribuer séparément pour chaque ofBce et sacrement . Cesl là ravaler son état et en faire un métier, il n'est pas plus tolérable d'abandonner au prêtre le soin de s'entretenir lui-même, en lui laissant l'usufruit de quelque terrain qu'il est obligé de cultiver presque de ses mains. C'est à la commune à le rétribuer d'une manière fiiLe et honorable, et c'est au gouvernement à composer les paroisses le plus également posi> sibl«.

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