‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 4 sur 52 · HISTOIRE MODERNE · texte numérisé non relu

HISTOIRE MODERNE

La découverte du nouveau monde fut une révolution du monde économique^ dont nous nous rendons difficilement compte dans Téloignement. Le génie de Colomb fit présent à l'Europe d'un monde nouveau, d'un nouvel hémisphère, d'une nouvelle nature, de nouveaux produits, d'une nouvelle race d'hommes. Al côté d'un si grand mérite, la gloire de ces conquérants, qui amoncellent des cadavres et des ruines pour s'en faire un piédestal, doit rentrer dans le néant, couverte de honte et de mépris. Ce fut un spectacle miraculeux et à peine croyable, loi-sque ce grand navigateur, comme un plongeur qui rapporte une perle, rapportant de sa course périlleuse, pour perle, un univers, offrît aux yeux étonnés les échantillons du nouveau monde. C'était là l'accomplissement des rêves les plus hardis, la réalisation des plus folles chimères. A côté d'animaux et d'ai'bres inconnus, on voyait des plantes et des

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liommes nouveaux, des produits des Indes Orientaies, après lesquels courait alors l'Europe entière, et au-dessus de tout cela brillaient des lingots d'or. L'or éclipsa tout le reste aux yeux des spectateurs, fit battre tous les cœurs, s'empara de tous les esprits, et l'Europe presque entière se jeta à sa recherche en Amérique. L'or ensanglantera l'Europe. Pour le trouver, on déchirera le sol de l'Amérique', on y engloutira une race d'hommes tout entière , la race indienne; on en réduira une autre à l'esclavage , la race noire; on rouvrira cette plaie hideuse de l'esclavage à peine fermée ; on trafiquera de la chair humaine ; et, après s'être gorgé de sang et d'or, après avoir souillé cette belle conquête de l'esprit humain par tous les égarements et par tous les crimes, on se trouvera plus pauvre qu'au début; jusqu'à ce qu'enfin, l'esprit reprenant ses droits et la vengeance ac* complie, on soit revenu à de plus saines idées et à de plus justes principes.

L'or et les métaux précieux devinrent le secret de la richesse, le but de toute tendance, la condition sine qud non de l'existence des États, et donna naissance au système d'Économie politique qu'on a appelé le système mercantile. — Ce système a eu pour bases : la défense de l'exportation des métaux précieux et l'encouragement de leur importation ; la restriction de l'achat des produits

étrangers, et la protection de la vente des produits indigènes, attendu que Tacliat prive du numéraire et que la vente au contraire l'augmente. 11 eut pour conséquences : Taugmentation des objets de vente, ou la plus grande production possible, et la protection des fabriques ; Tencouragement de l'importation des produits bruts , comme servant à la production , et plus tard à l'exportation et à la vente; et la restriction de l'exportation des produits bruts , comme tendant à diminuer la production, et plus tard la vente.

La plus grande exportation et la moindre importation possible constituaient la perfection du système mercantile. Le surcroit de l'exportation sur l'importation constituait une balance de commerce avantageuse, qui, au contraire, s'appelait désavan-* tageuse^ lorsque l'importation dépassait l'exportation.

Le système mercantile , ou commerçant , considérait ainsi comme la source principale de la richesse des nations l'exportation^ qui est une branche du commerce extérieur, lequel n'est luimême qu'une partie du commerce en général. Venaient ensuite les manufactures comme destinées à alimenter l'exportation. Mais ce système, bien qu'il fût , de nom , celui du commerce , était loin de lui être propice en réalité; au contraire, il lui causa de graves préjudices. Il l'entrava de ces

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liens qui paralysèrent son essor, qui font inéroe encore aujourd'hui le dése^MÛr des partisans de sa liberlé, et qui excitent les reproches de la plupart des auteurs en Économie politique. Si^ d'ailleurs , il tendit à relever les manufactures, il y porta la gène par sa manie réglementaire. Il exclut le libre concours des peuples, en même temps que, par ses prohibitions, il éloigna les nations les unes des autres, provoqua Fégoisme national , et priva les peuples des Inenfaits qui résulteraient de la liberté de leurs rapports mutuels. Ce fut aussi ce système qui , assignant a Tagrioullure une place secondaire, lui causa de grands détriments.

Les erreiu*s de ce système sont si palpables, qu'il semblerait inutile d'insister sur leur gravité. Le système mercantile confondait le signe avec la chose , la partie avec le tout ; l'argent est le signe des richesses, et non point les richesses mêmes; il est une partie des richesses, et non point toute la ridiesse. L'erreur de ce système était plus concevable, lorsqu'il confondait avec le but individuel le but national. L'argent est le but de I économie du particulier, et non celui de Téconomie des nations. L'apparition de ce système est explicable au point des lumières du temps; et, si l'erreur est naturelle , le système était nécessaire dans la marche des choses. Aussi n'est-ce pas sa naissance qui doit nous étonner autant que sa longue

durée et sa généralité. Du moment que toutes les nations devaient vendre sans acheter, personne ne pouvait ni vendre ni acheter. « Exporter plus qu'importer, » veut dire donner plus que prendre en re-> tour, et ce système devenait une absurdité par sa seule abstraction. On aurait dû dire : « Échanger moins que vendre. » Mais nous verrons plus tard qu'une nation ne fait jamais qu'échanger, et que la monnaie est une marchandise que les nations échangent comme une autre, et qu'elles doivent acheter lorsque leur sol ne produit pas les métaux précieux qui servent à la confectionner.

Les uns attribuent la fondation du système mercantile à Law (Schoen); d'autres à Charles-Quint ( Blanqui ) , et la plupart à Colbert, sans avoir des raisons prépondérantes pour l'un ou pour l'autre. Nous trouvons les germes de ce système dans les temps les plus reculés. Les Romains défendaient l'exportation des métaux précieux , tant durant la république que lors de l'empire. La même défense se retrouve en Angleterre avant Guillaume le Conquérant et sous le règne de Henri VIII.

L'économie de Charles-Quint était pleine de préjugés et de désordres. Tous les trésors du nouveau monde n'étaient pas à même de couvrir les dépenses de ses guerres et de ses fantaisies. 11 s'abaissait jusqu'à l'altération des monnaies, et se souillait par des extorsions. S'il percevait des im-

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pôls sur les produits étrangers , il n'en eiemptait pas ceux de son propre pays au moment de leur exportation , et imposait Timportation des matières brutes. Loin de prospérer , le commerce et les fabriques déchurent sous son sceptre. Tout cela ne saurait, à mon avis, justifier l'assertion de M. Blanqui , ei n'est plutôt propre qu'à la renverser (i).

Suitjr, né en i56o, mort en 1641 9 administra les finances de la France de 1 587 à 1 6 1 1 . En moins de quinze années, il acquitta 100 millions de dettes, augmenta les revenus de 4 millions, et laissa , à la mort de Henri IV , un trésor de 35 millions , ce qui équivaudrait a 80,000,000 de francs de notre monnaie actuelle. La joie que causa sa retraite aux courtisans, et la consternation qu'elle répandit dans le peuple, sont le plus grand éloge qu'on puisse faire de cet homme d'Etat. Il fut un modèle de probité et de justice, et géra cinq minbtères avec un zèle sans égal. 11 créa des routes , projeta les principaux canaux , embellit Paris, institua la marine, perfectionna l'arsenal, il fut admirablement secondé dans ses vues par un roi bien rare dans les annales du monde, et qui parait avoir entendu , sinon les finances, au moins l'Économie politique , mieux que son ministre. Le ciel

^1^ BUoqui, Histoire de l^Economie politique, t. il , |k -j,^»

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